Les sorcières étaient réputées pour se réunir la nuit dans des endroits spéciaux pour accomplir des rites magiques. Les lieux que les sorcières choisissent pour pratiquer leur art ne sont donc pas le fruit du hasard. Les lieux de sabbat étaient en général situés à l'écart des populations, sur un mont ou bien dans une forêt. Les lieux sont très variés et permettent l’efficacité du rite, par les pouvoirs qu’on leur accorde autant que par la mémoire qu’ils suscitent, en conditionnant les acteurs de la cérémonie magique.
Entre 1250 et 1350 de nombreux débats se sont déroulés sur la nature des démons.
L'Inquisition, commencée en 1229, répand les idées d'hérésie, de sorcellerie.
En 1486-1487 deux dominicain rhénans, Jacob Sprenger et Henry Institoris (Krämer), dans le Malleus maleficarum (Le marteau des sorcières), soutiennent la thèse du complot sataniste et de la secte des sorciers. La sorcellerie recrute surtout parmi les femmes. Les sorcières effectuent des vols nocturnes, elles rendent hommage au diable, il y a accouplement avec des démons (incubes), anthropophagie.
Par des démons pareils, les actes sexuels de l'impureté la plus honteuse sont commis, non pour le plaisir mais pour l'infection du corps et de l'âme de ceux dont ils se font incubes et succubes. Ensuite au terme d'un acte pareil, conception et génération parfaites peuvent être réalisées par des femmes : ils peuvent à l'endroit requis du ventre de la femme approcher la semence humaine de la matière préparée pour elle. Tout comme ils peuvent recueillir des semences d'autres choses pour d'autres effets. Dans de telles générations, ce qu'on attribue au démon, c'est seulement le mouvement local et non la génération elle-même, dont le principe n'est pas la puissance du démon ou du corps par lui assumé, mais la puissance de celui de qui est la semence. D'où l'engendré est fils non du démon mais d'un homme. (...) Un démon succube prend la semence d'un homme scélérat, un démon proprement délégué près de cet homme et qui ne voudra pas se faire l'incube d'une sorcière. Il donne cette semence à un autre démon détaché près d'une femme, une sorcière ; et celui-ci, sous une constellation qui lui est favorable pour produire quelqu'un ou quelqu'une capable de maléfices, se fait l'incube d'une sorcière.
Un cercle de pierres à l'intérieur duquel ils ont exécuté une danse rituelle est la seule trace tangible laissée par les participants au sabbat. Cette danse, au paléolithique comme dans certaines sociétés traditionnelles contemporaines, devait sans doute conduire les participants à un état proche de la transe de type chamanique. À partir du néolithique, avec la naissance de cultes liés à l’observation des astres et leur adoration en tant que divinités, la danse en cercle, un flambeau en main, fait sans doute son apparition, mais les deux types doivent coexister, selon les cérémonies liées aux périodes de l’année.
Le sabbat n’a pas particulièrement lieu le samedi mais plutôt à la veille des fêtes chrétiennes. Dans la tradition la plus ancienne, il semble même qu’il ait eu lieu plutôt dans la nuit du jeudi au vendredi. Les solstices, les équinoxes, sont des dates importantes, comme le 2 février (correspondant à la chandeleur), le 1er mai ou le 1er novembre. Avec les débuts de l’agriculture se développent les cultes agraires liés à la fertilité, qui perdureront durant toute l’antiquité et nous sont assez bien connus. Les fêtes en l’honneur de Dionysos, les Bacchanales sont en quelque sorte autant de prototypes antiques de ce que sera le sabbat, ou plutôt l'esba, du Moyen Âge. L’on y arrive alors avant minuit pour partir à l’aube.
Célébration des forces vitales de la Nature incarnées par le Dieu cornu, symbolisé par le cerf ou un autre animal à cornes tel le bouc ou le taureau, et dès les origines certainement personnifié par le chaman de la tribu s’ornant de ses attributs et portant un masque figurant l’animal, maître de la cérémonie, il s’agit d’un spectacle dont les participants sont les acteurs. Aussi la cérémonie se compose-t-elle d’un banquet où l’animal, de la préhistoire à l’antiquité, était sacrifié et consommé sur place. Des drogues extraites de plantes ayant un effet hallucinogène y étaient certainement consommées pour parvenir à la vision extatique durant la danse rituelle. En certains cas, chez les primitifs, une victime humaine, capturée dans une tribu ennemie, était probablement sacrifiée, d’où le cannibalisme parfois évoqué.
Au Moyen Âge, on y vient pour s’échanger les recettes de toute une pharmacopée traditionnelle, onguents, potions, confectionnés avec des simples végétaux ou des organes d’animaux, y apprendre les incantations nécessaires au bon fonctionnement des remèdes, ceci pour ce qui est des réunions, plus particulièrement liées au « culte de Diane » hérité de l’antiquité, fréquentées par une société essentiellement féminine structurée selon des critères égalitaires et matriarcaux où le savoir se transmettait de mère en fille, de génération en génération, de sorcière « initiée » à « adepte » nouvelle recrue. Société de guérisseuses et de sages-femmes, le terme de « Belladone » désignant la plante médicinale est là pour en témoigner. S’y rendent des femmes habiles en leur art, entreprenantes et vivant de leur commerce, fileuses et tisserandes ; et la quenouille, le fuseau apparaissent dans les contes de fées des veillées. Leurs groupes forment alors sans aucun doute des réseaux solidaires.
À partir du moment où les grandes hérésies apparaissent, le sabbat et ses pratiques cultuelles païennes peuvent être génériquement qualifiés de sorcellerie. Cette pratique, tolérée par le christianisme conquérant mais pas encore enracinée en profondeur dans la société rurale (le christianisme ne s’y étant pas implanté du jour au lendemain et le nord de l’Europe et les pays slaves ne furent guère christianisés avant l’an mille), va être perçue comme une forme d’hérésie et combattue comme telle au fur et à mesure que les participants vont devenir plus nombreux. Or ils vont le devenir, et le sabbat va drainer, du fond des campagnes, les déshérités de tout poil et de toutes origines, les mécontents et les malheureux, les « déçus de la religion officielle », par le biais du bouche-à-oreille. Il s’agit alors plutôt d’un festin où les drogues et la boisson ont certainement leur rôle (il suffit de penser au joli champignon rouge à pois blancs qu’est l’Amanita muscaria, présent dans l’iconographie des fables). On vient dès lors au sabbat pour oublier des conditions de vie difficiles, pour manger à satiété et faire la fête. Et si le « diable » y fait son apparition, masqué comme il se doit, pour y mener la danse, c’est bien souvent à un rebelle contre l’ordre établi qu’il fait penser. Dans les procès-verbaux des tribunaux de l’Inquisition, il est généralement décrit comme affable et débonnaire, et non pas comme un criminel sanguinaire.
Un des aspects du sabbat souvent évoqué, tant par la culture populaire que par l’Inquisition, est son caractère sexuel, explosion des sens. Dans une société sexophobe où, par tradition religieuse après la rupture avec la liberté sexuelle de l’Antiquité qui n’était pas hantée par l’idée de « péché », la chasteté est à l’ordre du jour et les interdits sont nombreux ; le sabbat devient l’occasion de rapports sexuels et de relations libres. Indubitablement, cette liberté sexuelle évoquée et qualifiée d’orgiaque fait partie de cette fête comme dans tout rite de la fertilité et en toute occasion sociale dans un monde rural au moment des moissons, des vendanges, etc. Selon la nature et le caractère de ses participants, ces réunions peuvent évidemment avoir connu des dérives bestiales, parfois effectivement sataniques, et criminelles.
Il faut distinguer le sabbat des sorcières du Chabbat hébraïque. Au Moyen Âge, certains textes chrétiens de démonologie vont jusqu'à qualifier le sabbat des sorcières de « synagogue des sorcières » ou de « synagogue du diable », sans doute à cause de l'analogie entre les deux termes, mais aussi parce que les rites et usages juifs étaient alors méconnus et mal considérés (antijudaïsme). En réalité, Shabbath est le septième jour sanctifié par Dieu dans la Bible hébraïque. Il correspond au vendredi-samedi occidental, jour de repos pour le judaïsme : Shabbath commence le vendredi soir et s'achève le samedi soir-
Le procès des Templiers, en 1307, donne reconnaissance à l'idée que certains adorent une idole à tête animale et le corps couvert de la graisse d'un nouveau-né. Ou alors ces sacrilèges adoreraient un chat noir. En 1324-1325, en Irlande, à Kilkenny, l'évêque de Ledreda intente un procès à Lady Kyteler, qu'il accuse de posséder un démon privé avec lequel elle a des relations sexuelles et qui lui permet d'ensorceler ses ennemis. La bulle Super illius specula (1326) du pape Jean XXI assimile la magie rituelle à une hérésie. "A la fin du XIV° s., deux femmes de Milan sont accusées de chevaucher des animaux, la nuit, de les dévorer, puis de les ressusciter. Elles sont aussi accusées d'entretenir des relations sexuelles avec un démon. C'est le premier cas avéré d'une collision entre plusieurs de ces croyances : celles des dames de la nuit et celle de la sorcière cannibale"
Le stéréotype du sabbat se forme vers 1400-1430 dans les Alpes françaises, plus précisément dans le Valais et les diocèses de Sion et de Lausanne." Il y a des sorciers et des sorcières, ils s'enduisent le corps d'un onguent fait de chair d'enfants sacrifiés rituellement, ils volent dans les airs vite et loin à cheval sur des animaux ou des balais, ils se rassemblent alors dans un lieu écarté, ils participent là à une cérémonie présidée par le Diable qui est représenté par un bouc, ils adorent le Démon, ils renient la foi chrétienne, ils piétinent les insignes du christianisme, la cérémonie se termine par une orgie générale où les sorciers s'accouplent avec des démons succubes et les sorcières avec des démons incubes. Suit un grand festin au cours duquel sont dévorés des enfants préalablement mis à mort rituellement."
Les prédications de Bernardin de Sienne, en Italie du Nord, vers 1420, ont joué un rôle quant au mythe du sabbat. Il avait inauguré le bûcher des vanités où sont brûlés les objets qui poussent au péché, spécialement ceux qui touchent à la vanité, comme les miroirs, les cosmétiques, les robes richement travaillées, les bijoux, les instruments de musique, mais aussi les livres immoraux, les chansons non religieuses, les images licencieuses.


La sorcellerie recrute surtout parmi les femmes. Les sorcières effectuent des vols nocturnes, elles rendent hommage au diable, il y a accouplement avec des démons (incubes), anthropophagie. Par des démons pareils, les actes sexuels de l'impureté la plus honteuse sont commis, non pour le plaisir mais pour l'infection du corps et de l'âme de ceux dont ils se font incubes et succubes. Ensuite au terme d'un acte pareil, conception et génération parfaites peuvent être réalisées par des femmes : ils peuvent à l'endroit requis du ventre de la femme approcher la semence humaine de la matière préparée pour elle. Tout comme ils peuvent recueillir des semences d'autres choses pour d'autres effets. Dans de telles générations, ce qu'on attribue au démon, c'est seulement le mouvement local et non la génération elle-même, dont le principe n'est pas la puissance du démon ou du corps par lui assumé, mais la puissance de celui de qui est la semence. D'où l'engendré est fils non du démon mais d'un homme. (...) Un démon succube prend la semence d'un homme scélérat, un démon proprement délégué près de cet homme et qui ne voudra pas se faire l'incube d'une sorcière. Il donne cette semence à un autre démon détaché près d'une femme, une sorcière ; et celui-ci, sous une constellation qui lui est favorable pour produire quelqu'un ou quelqu'une capable de maléfices, se fait l'incube d'une sorcière.
En 1489, Ulrich Molitor, dans son De Lamiis et Pythonicis Mulieribus (des sorcières et des devins femmes), nie les incubes : "Il ne me paraît pas possible que le diable, agissant comme succube avec un homme puisse recueillir des germes et les transmettre ensuite, comme incube, à une femme." Il attribue le phénomène de sorcellerie à l'imagination. En 1563, Johann Wier tient les sorcières pour de pauvres femmes mélancoliques (De praestigiis daemonorum ac incantationibus, trad. : Cinq livres de l'imposture et tromperie des diables, Paris, 1567). En 1921, Margaret Murray, dans The Witch-Cult in Western Europe, a renouvelé la représentation du sabbat. Elle y voit un culte de la fécondité (Janus, Dianus, Diane). Mais le diable apparait un peu plus tard comme un personnage sympathique, pas tellement satanique et cruel, mais plutôt aimable, comme dans le maitre et marguerite de Boulgakov ou le diable respecte Jésus et puni même mais sans jamais tuer ceux qui ne croient pas en l'existence du sauveur. Il en vient même a accomplir des actes justes en sauvant le maitre et en le ramenant a marguerite . Ce livre a été écrit sous la terreur face a un mouvement anti-religieux.
Selon la tradition, les contes, les légendes, le sabbat est célébré dans une clairière, une lande, à un carrefour, de nuit dans un endroit désert, près d’une source ou d'une fontaine, ou en un lieu offrant une particularité topographique, tel qu’un sommet de colline, un rocher ou un amas de pierres, ou encore un lieu connu depuis la préhistoire, comme un dolmen, ou simplement un grand arbre séculaire, toujours dans la nature et en contact avec elle . Les cultes des religions païennes n’ont rien à voir avec le satanisme : c’est le christianisme qui voudra y voir le diable, qu’il assimilera à ce que les anthropologues appellent le Dieu Cornu ( peut-être le Cernunos des gaulois), divinité symbolisant la vie depuis les premières expériences religieuses des hommes et expression de la pensée magique au cours du paléolithique. Ce n’est qu’en 1303, dans un document où l’évêque de Coventry sera accusé de sorcellerie, que l’Église utilisera pour la première fois le terme de « diable » à propos du Dieu Cornu. Un cercle de pierres à l'intérieur duquel ils ont exécuté une danse rituelle est la seule trace tangible laissée par les participants au sabbat. Cette danse, au paléolithique comme dans certaines sociétés traditionnelles contemporaines, devait sans doute conduire les participants à un état proche de la transe de type chamanique.

À partir du néolithique, avec la naissance de cultes liés à l’observation des astres et leur adoration en tant que divinités, la danse en cercle, un flambeau en main, fait sans doute son apparition, mais les deux types doivent coexister, selon les cérémonies liées aux périodes de l’année. Le sabbat n’a pas particulièrement lieu le samedi mais plutôt à la veille des fêtes chrétiennes. Dans la tradition la plus ancienne, il semble même qu’il ait eu lieu plutôt dans la nuit du jeudi au vendredi. Les solstices, les équinoxes, sont des dates importantes, comme le 2 février (correspondant à la chandeleur), le 1er mai ou le 1er novembre. Avec les débuts de l’agriculture se développent les cultes agraires liés à la fertilité, qui perdureront durant toute l’antiquité et nous sont assez bien connus.
Les fêtes en l’honneur de Dionysos, les Bacchanales sont en quelque sorte autant de prototypes antiques de ce que sera le sabbat, ou plutôt l'esba, du Moyen Âge. L’on y arrive alors avant minuit pour partir à l’aube. Célébration des forces vitales de la Nature incarnées par le Dieu cornu, symbolisé par le cerf ou un autre animal à cornes tel le bouc ou le taureau, et dès les origines certainement personnifié par le chaman de la tribu s’ornant de ses attributs et portant un masque figurant l’animal, maître de la cérémonie, il s’agit d’un spectacle dont les participants sont les acteurs. Aussi la cérémonie se compose-t-elle d’un banquet où l’animal, de la préhistoire à l’antiquité, était sacrifié et consommé sur place. Des drogues extraites de plantes ayant un effet hallucinogène y étaient certainement consommées pour parvenir à la vision extatique durant la danse rituelle. En certains cas, chez les primitifs, une victime humaine, capturée dans une tribu ennemie, était probablement sacrifiée, d’où le cannibalisme parfois évoqué.
Au Moyen Âge, on y vient pour s’échanger les recettes de toute une pharmacopée traditionnelle, onguents, potions, confectionnés avec des simples végétaux ou des organes d’animaux, y apprendre les incantations nécessaires au bon fonctionnement des remèdes, ceci pour ce qui est des réunions, plus particulièrement liées au « culte de Diane » hérité de l’antiquité, fréquentées par une société essentiellement féminine structurée selon des critères égalitaires et matriarcaux où le savoir se transmettait de mère en fille, de génération en génération, de sorcière « initiée » à « adepte » nouvelle recrue. Société de guérisseuses et de sages-femmes, le terme de « Belladone » désignant la plante médicinale est là pour en témoigner. S’y rendent des femmes habiles en leur art, entreprenantes et vivant de leur commerce, fileuses et tisserandes ; et la quenouille, le fuseau apparaissent dans les contes de fées des veillées. Leurs groupes forment alors sans aucun doute des réseaux solidaires. À partir du moment où les grandes hérésies apparaissent, le sabbat et ses pratiques cultuelles païennes peuvent être génériquement qualifiés de sorcellerie.
Cette pratique, tolérée par le christianisme conquérant mais pas encore enracinée en profondeur dans la société rurale (le christianisme ne s’y étant pas implanté du jour au lendemain et le nord de l’Europe et les pays slaves ne furent guère christianisés avant l’an mille), va être perçue comme une forme d’hérésie et combattue comme telle au fur et à mesure que les participants vont devenir plus nombreux. Or ils vont le devenir, et le sabbat va drainer, du fond des campagnes, les déshérités de tout poil et de toutes origines, les mécontents et les malheureux, les « déçus de la religion officielle », par le biais du bouche-à-oreille. Il s’agit alors plutôt d’un festin où les drogues et la boisson ont certainement leur rôle (il suffit de penser au joli champignon rouge à pois blancs qu’est l’Amanita muscaria, présent dans l’iconographie des fables). On vient dès lors au sabbat pour oublier des conditions de vie difficiles, pour manger à satiété et faire la fête. Et si le « diable » y fait son apparition, masqué comme il se doit, pour y mener la danse, c’est bien souvent à un rebelle contre l’ordre établi qu’il fait penser.
Dans les procès-verbaux des tribunaux de l’Inquisition, il est généralement décrit comme affable et débonnaire, et non pas comme un criminel sanguinaire. Un des aspects du sabbat souvent évoqué, tant par la culture populaire que par l’Inquisition, est son caractère sexuel, explosion des sens. Dans une société sexophobe où, par tradition religieuse après la rupture avec la liberté sexuelle de l’Antiquité qui n’était pas hantée par l’idée de « péché », la chasteté est à l’ordre du jour et les interdits sont nombreux ; le sabbat devient l’occasion de rapports sexuels et de relations libres. Indubitablement, cette liberté sexuelle évoquée et qualifiée d’orgiaque fait partie de cette fête comme dans tout rite de la fertilité et en toute occasion sociale dans un monde rural au moment des moissons, des vendanges, etc. Selon la nature et le caractère de ses participants, ces réunions peuvent évidemment avoir connu des dérives bestiales, parfois effectivement sataniques, et criminelles.
Le pacte avec le diable
Vers la fin du XVe siècle, de nombreux Européens cultivés croyaient que les sorcières pratiquaient de nombreuses activités diaboliques en plus de la magie noire. Ils croyaient que les sorcières faisaient un pacte explicite personnel avec le diable.
Le pacte avec le diable donnait à la sorcière le pouvoir d'accomplir des maléfices et la faisait entrer au service du diable. Les sorcières acceptaient alors de rejeter la foi chrétienne et d'être rebaptisées par le diable en guise de soumission. Le diable appliquait une marque sur la sorcière. Cette croyance était surtout partagée par les classes dominantes et cultivées de l'époque. En effet, les classes populaires avaient tendance à plus se focaliser sur la capacité de la sorcière à nuire plutôt que sur son lien avec le diable-
Le pacte avec le diable est une notion très ancienne et a une origine qui remonte avant le Moyen Âge. Par ce pacte, la sorcière était censée conclure un accord semblable à un contrat juridique obligeant le diable à fournir la richesse et des pouvoirs a la sorcière en échange de sa soumission et son âme après sa mort .
Les thèmes du vol nocturne, de la transformation en animal, de l'assemblée autour d'une figure surnaturelle, participaient déjà du monde de la sorcière. Par contre, l'association de la sorcière au démon, au crime et à la sexualité fut une théorie démonologique qui se construisit peu à peu au cours du XVIe siècle- Les ingrédients du sabbat (le terme même de sabbat, sa description comprenant un culte organisé voué à des démons nommés Diane, Hérodiade ou Lucifer, leur présence sous une forme semi-animale, les orgies, la profanation des sacrements) furent élaborés sous l'influence des théologiens et les inquisiteurs, du milieu du XIIIe au milieu du XVe siècle, diffusés à travers des traités de démonologie comme le Malleus Maleficarum ou des prédications comme celles de saint Bernardin de Sienne, puis entérinés par les membres laïcs des cours de justice ou des parlements. Les accusées étaient forcées de souscrire, sous la torture ou la pression psychologique, à cette vision des choses. Leurs aveux confirmaient aux yeux de beaucoup la validité de cette description et contribuèrent à la répandre.
Les sorcières étaient réputées pour se réunir la nuit dans des endroits spéciaux pour accomplir des rites magiques. Les lieux que les sorcières choisissent pour pratiquer leur art ne sont donc pas le fruit du hasard. Les lieux de sabbat étaient en général situés à l'écart des populations, sur un mont ou bien dans une forêt. Les lieux sont très variés et permettent l’efficacité du rite, par les pouvoirs qu’on leur accorde autant que par la mémoire qu’ils suscitent, en conditionnant les acteurs de la cérémonie magique.
Le vol des sorcières
Les sorcières se réunissaient périodiquement pour se livrer à de nombreux blasphèmes. Les sorcières devaient se rendre rapidement vers les lieux de réunions qui se tenaient en général dans des endroits très isolés. La croyance était que les sorcières utilisaient un pouvoir du diable pour se déplacer rapidement.Soit les sorcières se déplaçaient en volant sans moyen particulier, soit transportées par une rafale de vent ou bien par la seule vertu de leurs pouvoirs magiques. Dans certains cas, la sorcière se servait d'un onguent pour voler. Mais la croyance la plus répandue était que les sorcières utilisent un balai pour se déplacer. Des sorcières utilisaient des animaux magiques pour se déplacer ou bien le diable lui-même transportait la sorcière. Parfois les sorcières laissaient leur balai dans leur lit après lui avoir donné leur apparence pour tromper leurs maris- Le balai est un attribut des activités féminines, et son utilisation dans la représentation des sorciers pourrait s'expliquer par la prépondérance des femmes parmi les sorciers. La sorcière vole la nuit, généralement lors de la pleine lune. La sorcière et la lune vont de pair. Cette idée remonte à l'époque du culte de Diane. Les fidèles de Diane, la déesse romaine de la Lune, croyaient qu'elles pouvaient voler les nuits de pleine lune quand Diane était présente. Ces femmes utilisaient pour cela un onguent à base de drogue. D'après des spécialistes, l'onguent était constitué d'un mélange de jusquiame, de belladone, de mandragore, de ciguë, de nénuphar et d'un narcotique. Les femmes qui s'enduisaient le corps de cet onguent entraient dans une transe et avaient l'impression d'être transportées au sabbat, d'où la légende de l'onguent magique.
Bestiaire et métamorphoses de la sorcière
Les sorcières vivent entourées de leurs animaux favoris qui viennent leur apporter des aides magiques. Tous ces animaux (le chat noir, le corbeau, le crapaud, l'araignée, le rat, le lièvre) ont en commun avec leur maîtresse d'être redoutés et mal-aimés : ce sont autant de reflets d'elles-mêmes. Paul Sébillot rapporte que l'on pouvait reconnaître une sorcière se rendant au sabbat parce qu'elle avait « un petit crapaud sur le blanc de l'œil contre la prunelle ou au pli de l'oreille. »
Ainsi avaient-elles le pouvoir de se métamorphoser, ce qui leur permettait de commettre leurs méfaits sans être reconnues. Sous forme de lièvres, les sorcières avaient coutume de se réunir en congrès. La rapidité que leur offrait cette forme leur permettait d'échapper à leurs poursuivants. Les longues oreilles étaient une aide précieuse pour espionner sans être vues. La patte de lièvre est considérée comme un porte-bonheur, preuve qu'une sorcière avait été mutilée de sa main, et donc privée de ses pouvoirs. Le hibou a été associé à la sorcière car il est un animal nocturne, avec de grands yeux pour espionner, et un cri parfois effrayant et associé à un présage funeste-
Les animaux servent de compagnie à la sorcière, qui vit seule et n'a pas pas de famille ou d'ingrédients pour les potions, filtres...
Filet de couleuvre de marais
Dans le chaudron bous et cuis
Œil de salamandre, orteil de grenouille,
Poil de chauve-souris et langue de chien
Langue fourchue de vipère, dard de reptile aveugle,
Patte de lézard, aile de hibou
Pour faire un charme puissant et trouble
Bouillez et écumez comme une soupe en enfer
La sorcière et les enfants
Les sorcières étaient réputées faire des repas cannibales d'enfants ou utiliser des cadavres d'enfants pour préparer des poudres ou des onguents magiques.Et, dans la croyance de l'époque, les sorcières avaient pour habitude de transmettre l'art de la magie de génération en génération ou bien de corrompre les enfants. La place des enfants dans la chasse aux sorcières est cruciale- Les vagues les plus importantes de bûchers furent accompagnées de phénomènes de grande ampleur concernant les jeunes enfants. Des enfants sorciers furent signalés partout en Europe. La condamnation de la mère pour sorcellerie faisait retomber des soupçons sur les enfants. De plus les aveux étaient facilement soutirés aux enfants.
En Russie, en Pologne et en République tchèque, selon la légende, des sorcières de nuit appelées notchnitsa sévissaient en se glissant pendant la nuit dans la chambre des nourrissons pour les pincer, les mordre et leur sucer du sang. Mais si un adulte intervenait, elles disparaissaient comme par enchantement.
Les messes noires
Le culte du diable naquit dans les premiers jours de l’humanité, s’adjoindre l’aide des démons ou tenter de les dominer a toujours hanté l’esprit des hommes. Au cours des premiers siècles de notre ère, l’église adopta vis-à-vis des sorciers une position de sagesse, ne punissant que de très faibles sanctions ceux qui se laissaient tenter par la magie et la sorcellerie. Ce fut en 506 lors du concile d’Agde, que l’on décida de les excommunier, en 589 à Narbonne on ajouta à cette peine, les châtiments corporels, mais c’est certainement Alexandre IV qui commit la pire des erreurs, en 1257 il jeta officiellement l’anathème sur les sorciers, les déclara hérétiques et habilita l’inquisition à les poursuivre. La réaction à cet interdit ne se fit pas attendre, la magie et la sorcellerie dont on parlait peu à l’époque, commencèrent à déchaîner les passions et finirent par fasciner le peuple, les sorciers assez rare à cette époque se multiplièrent, les supplices qu’on leur infligea publiquement n’eurent pas le but escompté, ils entretinrent un climat favorable à l’expansion de la sorcellerie.
Les premiers écrits relatant les Messes Noires telles que nous les connaissons actuellement datent du moyen âge, par contre nous trouvons dans la Rome ancienne des récits de Messes de Sang célébrées par Elagabal qui accompagnés de ses mages sacrifiaient de nombreux enfants afin de glorifier les démons infernaux, dans un rite de sang destiné à célébrer l’amour de la volupté et de la Mort.
Les récits des inquisiteurs sont la source la plus importante concernant les rites de sorcellerie, les premières descriptions de sabbat ne font pourtant pas de distinction entre celui-ci et la Messe Noire qui pourrait se définir comme l’apogée de cette cérémonie. La Messe Noire éveilla l’imagination, provoquant de nombreuses accusations qui ne purent jamais être justifiées, comme celles qu’on intenta contre les Templiers qui s’ils vénéraient Baphomet, célébraient plus un rite païen qu’un culte démoniaque. La magie diabolique et toute ses variantes sont des façons de célébrer l’ennemi de Dieu, ainsi que de lui demander secours ou puissance.
La Messe Noire quant à elle prend racine dans la théologie dualiste, en effet, celle-ci est une parodie de la messe catholique romaine, bien qu’il existe des variantes, le scénario de base est presque toujours le même le choix du prêtre se porte surtout sur un ecclésiastique réfractaire, ses habits de cérémonie peuvent varier suivant son appartenance à une société ou non, les officiants se réunissent autour d’un autel bâti avec le corps d’une femme nue, les décorations de culte sont inversées, les hosties souillées, le rituel tourne en dérision la messe catholique, la cérémonie se termine souvent par des actes sexuels ou dans certains cas exceptionnels par des sacrifices humains, ces derniers ont totalement disparus de nos jours. La Messe Noire est une pratique qui a touché tous les milieux et fait partie intégrante de l’histoire de notre pays, les récits la relatant sont nombreux, ainsi Bodin nous rapporte l’horrible moyen qu’employa Catherine de Médicis pour préserver la vie de son fils Philippe. Elle ordonna à un prêtre qui lui était voué corps et âme de venir célébrer une Messe Noire dont les éléments sacramentels se composaient d’une hostie noire, d’une hostie blanche et d’un calice, le prêtre ordonna à un jeune garçon de communier avec l’hostie blanche, ensuite, le prêtre sacrifia cet enfant en lui tranchant la tête, on emplit le calice de son sang, quant à l’hostie noire, elle était réservée à d’autres objets de la cérémonie.
Les rites de la Messe Noire continuèrent de sorte tout au long de notre histoire et persistèrent jusqu’à nos jours, il y eut beaucoup de magiciens célèbres dont Aleister Crowley qui perpétua cette cérémonie qui fut d’ailleurs une des cause certaine de ses ennuis avec la justice italienne lors de son séjour à Cefalu.
De nombreux écrivains la narrèrent, une des plus célèbre étant certainement la Messe Noire pratiquée par le chanoine Docre dans le célèbre roman de Huysmans « Là-Bas ». Le cinéma nous la fait souvent revivre, accompagnées de ces rituels les plus sanglants. Il subsiste à notre époque de très nombreux satanistes qui s’ils perpétuent un culte au Diable et pratiquent toujours des Messes Noires rejettent formellement le sacrifice humain ou animal.
Source
Norman Cohn, Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Âge, 1975, trad., Payot, 1982.
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