Les saints au Moyen Âge

 

 

 

          

 

   

 

 

Interview de l’historien d’art Thomas Blisniewski

 

Qu’est-ce qu’un saint ? Et à quelle période y a-t-il eu le plus de saints ?

Selon la doctrine de l’Eglise catholique, un saint est une personne qui a une fonction de modèle du fait de sa piété et dont il convient de suivre l’exemple. Il intercède entre les croyants et Jésus-Christ et, partant, Dieu le Père. Le culte des saints a certainement connu son apogée à la fin du moyen-âge, au cours du XVe siècle. Cette époque a été riche en crises et en bouleversements, avec de terribles épidémies de peste à l’origine d’une profonde récession économique. On craignait que la fin du monde ne soit proche et, dans cette ambiance pré-apocalyptique, les hommes se tournaient vers les saints, implorant leur aide ici-bas et leur soutien pour sauver leur âme.

 

Quels étaient les principaux saints ?

Les martyrs, c.-à-d. des hommes et des femmes qui sont restés fidèles au Christ jusque dans la mort. A une époque où les chrétiens étaient considérés comme une minorité dérangeante, ils furent persécutés et massacrés. Nombre de ces saints n’ont aucun fondement historique, et parfois plusieurs histoires ont été regroupées pour former un seul personnage. Dans tous les cas, ces saints s’inscrivent souvent dans une longue et riche tradition. Les saints les plus anciens sont par exemple sainte Catherine, sainte Barbe ou saint Georges, mais aussi saint Nicolas.

 

Comment devenait-on un saint ?

Pour qu’une personne soit déclarée sainte, elle devait avoir mené une vie chrétienne exemplaire. Au départ, on accédait à la sainteté parce qu’on était vénéré comme tel. Lorsque qu’une personne mourait et jouissait d’une réputation de sainteté, on commençait à la révérer comme telle. Au XVIe siècle toutefois, l’Eglise catholique romaine met en place les procès en canonisation, qui s’apparentent à une procédure judiciaire. Plusieurs conditions doivent être remplies par le postulant pour être sanctifié : il faut qu’il ait exaucé des prières ou qu’il ait fait un miracle. La procédure de canonisation fait intervenir un advocatus diaboli, l’avocat du diable qui argumente contre la canonisation, et un advocatus beati qui défend la cause du saint potentiel. La procédure formelle s’achève par une cérémonie lors de laquelle le pape annonce la canonisation.

 

Existe-t-il des saints universels ?

Oui, par exemple la Sainte Vierge, qui n’a jamais fait l’objet d’une procédure formelle de canonisation. Elle est la sainte par excellence. Idem pour saint Nicolas, qui est invoqué par différentes catégories : écoliers, femmes en quête de mari, négociants en grains, marins, commerçants en général.

 

Les saints ne sont pas les mêmes d’une région à l’autre. Quel rôle joue le lieu ?

Certains saints ont un rayonnement dans toute l’Eglise, alors que d’autres n’ont qu’une importance locale. Ainsi, dans le Nord de la France, on vénère saint Yves, un juriste qui a défendu les pauvres sans demander d’argent. Souvent, les saints ont un lien particulier avec un lieu : soit ils y ont vécu, soit ils y ont fait de bonnes actions. Ainsi, sainte Thérèse d’Avila a vécu à Avila où elle fait l’objet d’un culte fervent. Ou alors, les reliques des saints ont été transportées à cet endroit, par exemple celles de saint Nicolas à Bari qui est ensuite devenu un lieu de culte de ce saint.

 

Pourquoi existe-t-il autant de représentations des saints ?

Ces représentations servaient à propager la foi et à raconter la vie des saints sous forme picturale. Les images étaient rares au moyen-âge : pas de téléviseurs, pas d’affiches publicitaires ni de livres d’images. Et lorsqu’elles étaient peintes en couleurs chatoyantes, ces images avaient une fonction bien différente d’aujourd’hui : par exemple, montrer ce qu’on ne pouvait pas voir par ailleurs. Ces représentations permettaient d’entrer plus facilement en contact avec les saints au moment de la prière. Ceux-ci ont toujours eu une fonction de modèle. Et voir les bonnes actions faites par le saint était toujours associé à l’exhortation : chrétien, donne toi aussi à manger aux pauvres, soigne les malades, donne une sépulture aux morts !

 

Qu’y a-t-il de véridique dans les légendes des saints ?

Beaucoup de choses ont certainement été « inventées », même si ce terme doit être utilisé avec prudence car ces inventions ont également leur histoire. Un événement se produit à un moment donné, l’histoire s’étoffe, s’embellit, devient plus complexe. Certains saints ont réellement existé. Par exemple saint Thomas d’Aquin, qui a laissé une importante œuvre littéraire et théologique. De ce fait, on sait qu’il a vécu au milieu du XIIIe siècle et qu’il est mort vers 1270. Une longue tradition peut également légitimer un saint. Un grand nombre de personnes ont vécu « saintement », dans le sens où elles ont mené une vie exemplaire dans le respect de Dieu sans jamais avoir été canonisées. D’où la fête de la Toussaint que nous célébrons depuis longtemps le 1er novembre et qui rend hommage à tous les saints, canonisés ou pas.

 

Quel est votre saint favori ?

Saint Joseph, le père adoptif de Jésus. Beaucoup de choses me fascinent chez lui. L’humilité dont il fait preuve. Il reste aux côtés de Marie même s’il sait que l’enfant n’est pas le sien mais qu’il a été conçu par le Saint-Esprit. Il s’occupe d’elle alors que selon l’ancienne loi hébraïque, sa grossesse extraconjugale lui aurait certainement valu d’être lapidée ; il lui sauve donc la vie, ainsi qu’à Jésus. Ensuite, il éduque l’enfant et prend soin de lui. Il existe toute une iconographie autour de Joseph, qui donne matière à conjecture : par exemple, pourquoi le saint prépare la soupe ou change les langes de Jésus ?

 

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