Politique religieuse
Portrait d'Otton II sur l'évangéliaire de Liuthar d'Aix-la-Chapelle, au chapitre épiscopal d'Aix. Il est souvent considéré comme le plus impressionnant témoignage de la sacralisation du pouvoir : l'empereur y adopte les attributs christiques à un tel degré qu'il est à peine possible de le distinguer du Messie. La sacralisation de la royauté connut son apogée sous Otton III (miniature du scriptorium de Reichenau, début du xie siècle)
Chez les Ottoniens la transmission du pouvoir n'est pas facile. Lorsqu'Otton II meurt en décembre 983, il n'a que 28 ans. Il avait fait sacrer son fils Otton, le futur Otton III, à Aix-la-Chapelle en mai 983. Mais en raison du jeune âge de ce dernier (il n'a que trois ans), c'est sa mère Théophano et sa grand-mère Adélaïde de Bourgogne qui exercent la régence. Avec l'appui de l'archevêque de Mayence Willigis, elles parviennent à éviter que l'Empire ne s'effondre. Le pouvoir impérial est en effet gravement menacé par les grands féodaux menés par le duc de Bavière Henri le Querelleur. Celui-ci contrôle les évêchés du sud de la Germanie et donc une puissante clientèle lui permettant de rivaliser avec le pouvoir impérial. Otton s'emploie donc à affaiblir cette concurrence en obligeant l'aristocratie laïque à restituer les biens de l'Église dont elle s'est emparée. Il profite pour cela du mouvement de réforme monastique en cours, promu par Cluny ou des monastères lotharingiens tels Gorze. Celle-ci lutte contre la simonie et souhaite n'avoir à répondre qu'à l'autorité pontificale. L'empereur y est d'autant plus favorable qu'il a été éduqué par des érudits proches de ce mouvement réformateur. C'est pourquoi il délivre des diplômes aux évêchés et aux abbayes qui les libèrent de l'autorité des grands féodaux.
La régente Théophano puis l'empereur lui-même œuvrent à la création de puissantes principautés ecclésiastiques en concédant des évêchés renforcés de comtés et d'abbayes à des fidèles. Les exemples les plus probants sont Notger qui se voit attribuer une véritable principauté à Liège (en adjoignant à l'évêché les comtés de Huy et de Brunengeruz), ou Gerbert d'Aurillac qui reçoit l'archiépiscopat de Ravenne dont dépendent quinze évêchés. Il contrôle alors tout le nord de l'Italie. De fait c'est l'autorité impériale qu'il renforce ainsi : c'est sous le règne d'Otton III que l'emprise de l'empereur sur le Saint-Siège est la plus grande car il nomme les papes sans même en référer aux Romains. C'est ainsi qu'il nomme pape son cousin Brunon qui le couronne en 996. Il déplace sa capitale à Rome, voulant créer un monde chrétien unifié mais affaiblissant par là-même considérablement l'Empire.
Il va au-delà de la mainmise sur l'Église de son grand-père Otton Ier, dans la mesure où il ne se contente plus d'agréer l'issue d'un vote, mais où il impose son propre candidat à la Curie romaine. De plus, le pape nommé à discrétion et étranger (Grégoire V est germain et Sylvestre II franc) n'a que peu de soutien à Rome et dépend d'autant plus de l'appui de l'empereur. Ce pouvoir, Otton l'obtient par la pression militaire en descendant en 996, en Italie pour soutenir Jean XV chassé par les Romains. Plutôt que d'entrer en conflit avec l'empereur, les Romains préfèrent lui confier le choix du successeur du défunt pape Jean XV. Cette pratique va se perpétuer avec ses successeurs qui descendent régulièrement en Italie avec l'Ost impérial pour y ramener l'ordre et y influer sur le choix du pape. Cependant cet état de fait est mal accepté par la noblesse romaine qui n'a de cesse d'intriguer pour reprendre ses prérogatives dès que l'empereur et son armée sont éloignés de la péninsule italienne.
Dynastie franconienne
L'Empire vers l'an mil
Henri II était le dernier Ottonien. Avec Conrad II, c'est la dynastie des Saliens qui arrive au pouvoir. Sous le règne de ce dernier, le Royaume de Bourgogne est rattaché à l'Empire. Ce processus avait commencé sous Henri II. Rodolphe III de Bourgogne n'avait pas eu de descendant, avait choisi son neveu Henri pour lui succéder et s'était mis sous la protection de l'Empire, allant jusqu'à remettre sa couronne et son sceptre à Henri en 1018. Le règne de Conrad est caractérisé par l'idée que l'Empire et le pouvoir existent indépendamment du souverain et qu'ils développent une force de loi, ce qui est prouvé par sa revendication de la Bourgogne — car c'est Henri qui devait hériter de la Bourgogne et non l'Empire — et par la fameuse métaphore du bateau qu'a employée Conrad lorsque les envoyés de Pavie lui ont dit qu'ils n'avaient plus à être fidèles puisque l'empereur Henri II était mort : « Je sais que vous n'avez pas détruit la maison de votre roi car à l'époque vous n'en aviez pas. Mais vous ne pouvez nier avoir détruit un palais de roi. Si le roi meurt, l'Empire reste, tout comme reste un bateau dont le timonier est tombé».
Les ministériaux commencent à former leur propre ordre au sein de la basse noblesse Ses tentatives de remplacer l'ordalie par le recours au droit romain dans la partie septentrionale de l'Empire représentent une avancée importante pour le droit dans l'Empire. Conrad poursuit certes la politique religieuse de son prédécesseur mais il ne le fait pas avec la même véhémence. Pour lui, l'important est de savoir ce que l'Église peut faire pour l'Empire et il la considère sous cet aspect utilitariste. La plupart des évêques et des abbés qu'il nomme se distinguent par leur intelligence et leur spiritualité66. Le pape ne joue d'ailleurs aucun rôle important dans ces nominations. Dans l'ensemble, le règne de Conrad est prospère, ce qui tient également au fait qu'il gouverne à une époque où flotte une sorte de renouveau qui aboutira à la fin du xie siècle par le rôle important de l'Ordre de Cluny.
Lorsqu'Henri III succède à son père Conrad en 1039, il trouve un Empire solide et, contrairement à ses deux prédécesseurs, il n'a pas à conquérir son pouvoir. Malgré des campagnes guerrières en Pologne et en Hongrie, Henri III attache une grande importance à la préservation de la paix au sein de l'Empire. L'idée d'une paix générale, une Paix de Dieu, était née dans le sud de la France et s'était propagée depuis la moitié du xie siècle dans tout l'Occident chrétien. Ainsi doivent disparaître la loi du Talion et la vendetta qui pèsent sur le fonctionnement de l'Empire. Le monachisme clunisien est l'initiateur de ce mouvement. Les armes doivent se taire et la Paix de Dieu régner au moins les grands jours fériés chrétiens et les jours sacrés par la Passion du Christ c'est-à-dire du mercredi soir au lundi matin.
Pour que les grands de l'Empire acceptent l'élection de son fils le futur Henri IV, Henri III doit accepter une condition en 1053, une condition jusque là inconnue. La soumission au nouveau roi n'est possible que si Henri IV se révèle être un souverain juste. Même si le pouvoir de l'empereur sur l'Église avait atteint son apogée sous Henri III — il contrôle la nomination du pape et n'hésite pas à le destituer — le bilan de son règne est vu de manière plutôt négative. La Hongrie s'émancipe de l'Empire alors qu'elle était auparavant un fief et plusieurs conjurations contre l'empereur montrent la réticence des grands de l'Empire à se soumettre à un royaume puissant.
À la mort de son père Henri III, son fils monte sur le trône sous le nom d'Henri IV. Étant donné son jeune âge en 1065 — il a six ans — sa mère Agnès de Poitou exerce la régence. Cette période de régence est marquée par une perte du pouvoir, Agnès ne sachant pas gouverner. À Rome, l'avis du futur empereur sur le choix du prochain pape n'intéresse plus personne. Le chroniqueur de l'abbaye de Niederaltaich résume la situation de la manière suivante : « […] mais ceux présents à la cour ne s'occupent plus que de leurs propres intérêts et personne n'instruit plus le roi sur ce qui est bien et juste, si bien que le désordre s'est installé dans le royaume ».
Querelle des Investitures
Henri IV fait pénitence à Canossa
Alors que la réforme monastique a été le meilleur soutien de l'Empire, les choses évoluent sous Henri III. À partir de Léon IX, les souverains pontifes, inspirés par Hidebrant leur éminence grise (le futur Grégoire VII), vont faire de la lutte contre la simonie un de leurs principaux chevaux de bataille. Profitant de la régence d'Agnès de Poitou, ils parviennent à ce que le pape soit élu par le collège des cardinaux et non plus désigné par l'empereur. Une fois cela acquis, ils comptent lutter contre l'investiture des évêques germaniques par l'empereur. Or on l'a vu, les évêques sont la clef de voûte du pouvoir impérial. L'enjeu est clair : l'Occident doit-il devenir une théocratie ? Lorsqu'Henri essaie d'imposer son candidat à l'évêché de Milan en juin 1075, le pape Grégoire VII réagit aussitôt. En décembre 1075, Henri est mis au ban, tous ses sujets sont relevés de leur serment de fidélité. Les princes de l'Empire exhortent alors Henri de faire lever l'excommunication au plus tard en février 1077, sans quoi ils ne le reconnaîtraient plus. Henri IV doit se plier à la volonté des princes et se rend par trois fois en habits de pénitent devant le pape qui lève l'excommunication le 28 janvier 1077. C'est la Pénitence de Canossa. Les pouvoirs s'étaient inversés dans l'Empire. En 1046, Henri III avait commandé à trois papes, désormais un pape commande le roi.
Avec l'aide du pape Pascal II, le futur Henri V obtient de son père qu'il abdique en sa faveur en 1105. Le nouveau roi n'est cependant reconnu par tous qu'après la mort d'Henri IV. Lorsqu'Henri V est sûr de cette reconnaissance, il se dresse contre le pape et continue la politique dirigée contre ce dernier que son père avait mise en place. Tout d'abord, il s'applique à poursuivre la Querelle des Investitures contre Rome et obtient une conciliation avec le pape Calixte II au Concordat de Worms de 1122. Henri V qui investissait les évêques avec l'anneau et la crosse accepte que ce droit d'investiture revienne à l'Église.
La solution trouvée est simple et radicale. Afin d'accéder à l'exigence des réformateurs de l'Église de séparer les devoirs spirituels des évêques des devoirs temporels, les évêques doivent renoncer aux droits et privilèges octroyés par l'empereur ou plutôt par le roi durant les derniers siècles. D'une part, les devoirs des évêques envers l'Empire disparaissent. D'autre part, le droit du roi d'exercer une influence sur la prise de fonction des évêques disparaît également. Étant donné que les évêques ne veulent pas renoncer à leurs regalia temporelles, Henri force le pape à un compromis. Le choix des évêques et des abbés allemands doit certes se dérouler en la présence de députés impériaux mais le sceptre, symbole du pouvoir temporel des évêques, est donné par l'empereur après son élection et avant son sacre- L'existence de l'Église d'Empire est ainsi sauvée, mais l'influence de l'empereur sur cette dernière s'en trouve considérablement affaiblie.
Arrivée des Hohenstaufen
Frédéric Barberousse et ses deux fils
Après la mort d'Henri V en 1125, Lothaire III est élu roi, choix contre lequel va se dresser une forte résistance. Les Hohenstaufen qui avaient aidé Henri V espéraient en effet à juste titre accéder au pouvoir royal mais ce sont les Welfs en la personne de Lothaire de Supplinbourg qui y accèdent. Le conflit entre le pape et l'empereur s'était terminé en défaveur de l'empereur qui abandonnait des droits importants. Lothaire est dévoué au pape et lorsqu'il meurt en 1137, ce sont les Hohenstaufen en la personne de Conrad III qui arrivent au pouvoir, les Welfs en étant écartés. Deux clans politiques italiens s'opposent alors en Italie : les Gibelins et les Guelfes. Les premiers soutiennent l'Empire tandis que les seconds soutiennent la papauté. Le conflit va durer jusque la fin du xve siècle et déchirer les villes italiennes.
À la mort de Conrad III en 1152, c'est son neveu Frédéric Barberousse, le duc de Souabe, qui est élu roi. La politique de Frédéric Barberousse est centrée sur l'Italie. Il veut récupérer les droits impériaux sur ce territoire et entreprend six campagnes en Italie pour retrouver l'honneur impérial. En 1155, il est couronné empereur. Toutefois, des tensions apparaissent avec la papauté à l'occasion d'une campagne contre les Normands en Italie du Sud. Les relations diplomatiques se détériorent également avec Byzance. Lorsque Barberousse tente de renforcer l'administration de l'Empire en Italie au Reichstag de Roncaglia, les cités-États d'Italie du Nord, en particulier la riche et puissante Milan, lui opposent résistance. Les relations sont si mauvaises que la Ligue lombarde se crée, s'affirmant militairement contre les Hohenstaufen. L'élection du nouveau pape Alexandre III suscite la controverse, Barberousse se refuse à le reconnaître dans un premier temps. Ce n'est qu'après avoir constaté qu'une victoire militaire n'était pas à espérer — l'armée impériale est décimée par une épidémie devant Rome en 1167 puis elle est battue en 1176 à la bataille de Legnano — qu'est signée la paix de Venise en 1177 entre le pape et l'empereur- Même les villes d'Italie du Nord se réconcilient avec l'empereur qui ne peut plus réaliser ses projets italiens depuis longtemps.
Alors qu'ils étaient réconciliés, l'empereur se brouille avec son cousin Henri le Lion, le puissant duc de Saxe et de Bavière de la maison des Welfs. Alors qu'Henri posait des conditions à sa participation à une campagne en Italie, Frédéric Barberousse en profite pour le déchoir. En 1180, Henri est mis en procès, le duché de Saxe est démantelé et la Bavière réduite. Toutefois, ce n'est pas l'empereur qui en profitera mais les seigneurs territoriaux de l'Empire.
Déclin des Hohenstaufen
Barberousse meurt en juin 1190 au cours de la troisième croisade. Son deuxième fils lui succède sous le nom d'Henri VI. En 1186 déjà, son père lui avait conféré le titre de César et il était déjà considéré comme l'héritier désigné. En 1191, année de son couronnement impérial, Henri essaie de prendre possession de la Sicile et du royaume des Normands en Italie inférieure. Étant donné qu'il était marié à une princesse normande, Constance de Hauteville, et que la maison dont descend sa femme s'était éteinte faute de descendant mâle, Henri VI peut faire valoir ses revendications sans toutefois pouvoir s'affirmer. Ce n'est qu'en 1194 qu'il parvient à conquérir l'Italie inférieure en ayant recours parfois à une brutalité extrême contre ses opposants. Joseph Rovan écrit qu'« Henri VI est le souverain le plus puissant depuis Otton Ier, sinon Charlemagne ». En Allemagne, Henri doit combattre la résistance des Welfs. Son projet de conférer à la royauté un caractère héréditaire, le Erbreichsplan, échoue, tout comme il avait échoué sous Otton Ier. Henri VI met également en place une politique méditerranéenne ambitieuse mais véritablement couronnée de succès dont le but a sans doute été de conquérir la Terre Sainte au terme d'une croisade allemande, ou éventuellement même de lancer une offensive contre Byzance-
Frédéric II, dernier empereur de la dynastie des Hohenstaufen
La mort prématurée d'Henri VI en 1197 fait échouer la dernière tentative de créer un pouvoir central fort dans l'Empire. Après la double élection de 1198 lors de laquelle sont élus Philippe de Souabe en mars à Mühlhausen et Otton IV en juin à Cologne, deux rois se font face dans l'Empire. Le fils d'Henri VI, Frédéric II, avait certes déjà été élu roi à l'âge de deux ans en 1196 mais ses droits à la royauté ont été vite balayés. L'élection est en cela intéressante que chacun essaie de mettre en avant des précédents afin de prouver sa propre légitimité. Beaucoup d'arguments et de principes formulés à cette époque seront repris pour les élections royales suivantes. Cette évolution connaît son apogée au milieu du xive siècle après l'expérience du Grand Interrègne dans la Bulle d'or. Philippe de Souabe s'était considérablement imposé mais il meurt assassiné en juin 1208. Otton IV est couronné empereur en 1209 mais est excommunié par le pape Innocent III l'année suivante. Innocent III soutient Frédéric II auxquels tous se rallient-
En voyageant en Allemagne en 1212 pour imposer ses droits, Frédéric II donne plus de liberté d'actions aux princes. Grâce à deux actes — le Statutum in favorem principum pour les princes temporels et le Confoederatio cum principibus ecclesiasticis pour les ecclésiastiques — Frédéric II leur garantit des droits importants pour s'assurer de leur soutien. Il veut en effet faire élire et reconnaître son fils Henri comme son successeur. Les privilèges octroyés forment les principes juridiques sur lesquels ils peuvent désormais construire leur pouvoir de manière autonome. Ces privilèges sont également le début de la formation des États à l'échelle des territoires impériaux dans la dernière partie du Moyen Âge. Le très cultivé Frédéric II, qui centralisait de plus en plus l'administration du royaume de Sicile en suivant le modèle byzantin, était entré en conflit ouvert avec le pape et les villes d'Italie du Nord. Le pape le fait même passer pour l'Antéchrist. À la fin, Frédéric II semble dominer militairement. C'est là qu'il meurt, le 13 décembre 1250. Le pape l'avait déclaré déchu en 1245.
Moyen Âge tardif
L'empire au xiiie et xive siècles
Possessions des Wittelsbach
Possessions des Habsbourg
Possessions des Luxembourg
Depuis Saint Louis, la modernisation du système juridique attire dans la sphère culturelle française de nombreuses régions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du Dauphiné ou du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) recourent depuis Saint Louis à la justice royale pour régler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de Mâcon, qui intervient à Lyon pour régler des différends, comme le sénéchal de Beaucaire intervient à Vivier ou à Valence- Ainsi, la cour du roi Philippe VI est largement cosmopolite : beaucoup de seigneurs tels le connétable de Brienne ont des possessions à cheval sur plusieurs royaumes. Les rois de France élargissent l'influence culturelle du royaume en attirant à leur cour la noblesse de ces régions en lui allouant des rentes et en se livrant à une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prêtent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions. Ceci n'est pas sans conséquences sur le Saint-Empire. Les rois de France ou leur entourage immédiat vont prendre pied dans l'Empire : Charles V reçoit le Dauphiné, son frère cadet Louis d'Anjou hérite de la Provence et le benjamin Philippe le Hardi se taille une principauté à cheval entre royaume de France et Empire (il possède la Franche-Comté et ses descendants acquièrent le Brabant et le Hainaut). D'autre part, l'annexion de la Champagne par Saint Louis en 1261 et la fiscalité contraignante qu'il y instaure entraîne le déclin des foires de Champagne qui étaient la plaque tournante du commerce européen, au bénéfice du vieil axe commercial reliant les bassins du Pô (connecté à la Méditerranée) et ceux du Rhin et de la Meuse (connectés à la mer du Nord) via les cols alpestres. Il s'ensuit un renforcement de la puissance et de l'autonomie des villes lombardes et rhénanes ou des cantons suisses. Au xive siècle, ce processus est accéléré par la guerre de Cent Ans.
Avec le déclin des Hohenstaufen et l'interrègne qui s'ensuit jusqu'au règne de Rodolphe Ier, le pouvoir central s'affaiblit99, tandis que le pouvoir des princes-électeurs s'accroît. L'expansion française à l'ouest de l'Empire a pour conséquence une baisse totale d'influence sur l'ancien royaume de Bourgogne100. Cette perte d'influence concerne également l'Italie impériale (principalement en Lombardie et en Toscane). Ce n'est qu'avec la campagne italienne d'Henri VII entre 1310 et 1313 qu'est ravivée la politique italienne de l'Empire. Après Frédéric II, Henri est le premier roi des Romains à pouvoir obtenir la couronne impériale. La politique italienne des souverains de la fin du Moyen Âge est toutefois mise en place dans des frontières réduites par rapport à celles de leurs prédécesseurs. L'influence de l'Empire diminue également en Suisse. Rodolphe Ier essaie de rétablir l'autorité des Habsbourg sur cette dernière alors que l'empereur Frédéric II lui avait octroyé une immédiateté impériale en 1240. Rodolphe Ier échoue. À sa mort, les notables d'Uri, de Schwytz et de Nidwald se réunissent et signent un pacte d'alliance et de défense en août 1291. C'est ainsi que naît la Confédération des III cantons, première étape vers la Confédération helvétique qui va devenir indépendante du Saint-Empire en 1499 avec le traité de Bâle.
Première page de la Bulle d'or
Le transfert de la papauté à Avignon en 1309, lui permet de se soustraire des influences italiennes et de bénéficier de la protection des royaumes de Naples et de France contre la menace d'une intervention militaire impériale, ce qui relance les velléités théocratiques du Saint-Siège. Le vieux conflit entre papauté et empire pour la prééminence sur la chrétienté se réanime sous le règne de Louis IV. À la mort de l'empereur Henri VII en 1313, les princes s'étant divisés en deux factions, le pape Jean XXII, entreprenant et autoritaire, croit pouvoir en profiter : il refuse de choisir entre les deux élus. Il déclare l'Empire vacant et nomme le roi de Naples Robert le Sage vicaire pour l'Italie le 14 mars 1314. Ce conflit soulève une question de principe : le pape prétend être le vicaire de l'empire en Italie pendant la vacance du trône impérial. Or, à ses yeux le trône est vacant puisque la désignation de Louis de Bavière n'a pas obtenu l'approbation pontificale. Des débats politico-théoriques sont engagés, par exemple par Guillaume d'Ockham ou Marsile de Padoue. En 1338, Louis IV voyant les négociations s'éterniser et sentant que la papauté devenait impopulaire dans le pays, change de ton et lance le 17 mai, le manifeste Fidem catholicam. Il y proclame que l'empereur occupe un rang aussi élevé que le pape, qu'il tient son mandat de ses électeurs et qu'il n'a nul besoin de l'approbation pontificale pour remplir sa mission ; enfin, il soutient qu'un vrai concile représentant l'Église universelle est supérieur aux assemblées que le pape peut faire ou défaire à son gré. Évidemment les princes-électeurs soutiennent ce texte qui accroît leur pouvoir électif puisqu'il n'est plus soumis à approbation papale et le 16 juillet, réunis à Rhense ils accomplissent un geste d'une portée considérable : pour la première fois, ils agissent en corps, non pas pour élire ou déposer un souverain, mais pour préserver les intérêts de l'Empire, dont ils se considèrent les représentants.
Les rois de la fin du Moyen Âge se concentrent davantage sur le territoire allemand de l'Empire et s'appuient encore plus fortement que jamais sur leurs fiefs respectifs. L'empereur Charles IV fait figure de modèle. Il parvient à rétablir l'équilibre avec la papauté. Pour éviter les conflits qui suivent pratiquement systématiquement l'élection de l'empereur et sont extrêmement péjoratifs pour le Saint-Empire, il promulgue la Bulle d'or à Metz le 10 janvier 1356. Celle-ci fixe définitivement les règles d'élection de manière à ce que son résultat ne puisse plus être contesté : seuls votent les sept princes-électeurs qui voient leurs droits augmentés au détriment des villes. Surtout le nombre d'électeurs étant fixé, cela retire tout pouvoir d'arbitrage au pape donc tout pouvoir de choisir entre les candidats. La Bulle d'or atteste aussi de l'identité désormais résolument germanique du Saint-Empire et de sa renonciation à ses prétentions universelles et même italiennes. Elle reste en vigueur jusqu'à la dissolution de l'Empire. Cependant l'augmentation de la puissance des princes-électeurs accroît la vulnérabilité d'un empereur n'ayant pas une clientèle suffisante. Charles IV s'évertue à éviter à son pays les conflits qui déchirent l'Europe (en particulier la guerre de Cent Ans) et négocie avec Venise et la Hanse pour augmenter les flux commerciaux entre Méditerranée et l'Europe du nord. La grande alliance commerciale qu'est la Hanse connaît son apogée et devient une grande puissance de la sphère du nord de l'Europe. Créée en 1241, elle regroupe un ensemble de plus de 300 villes dont Hambourg, Lübeck, Riga ou Novgorod. À cette époque, la Hanse est un acteur politique majeur, allant jusqu'à s'interposer militairement au Danemark. De la même manière, inquiétées par le pouvoir croissant des princes les villes de Souabe se fédèrent, ce qui crée une puissante alliance : la Ligue de Souabe. La Souabe est le carrefour où transitent tous les échanges terrestres européens ; s'y rejoignent les bassins du Rhin et de Danube qui sont connectés à la vallée du Pô via les cols alpins. C'est également durant le règne de Charles IV que se déclenche la Peste noire. L'Occident, qui a connu une croissance démographique soutenue depuis le xe siècle, a des difficultés à nourrir sa population du fait du refroidissement climatique ; les famines, qui avaient quasiment disparues depuis le xie siècle, refont leur apparition dans les zones les plus industrialisées. Or, le refroidissement climatique, rendant moins rentable l'agriculture dans le nord de l'Europe, a accéléré la mutation économique avec une spécialisation de ces régions dans le commerce et l'industrie, accroissant les échanges et la concentration urbaine : l'accroissement des échanges combiné à la concentration urbaine facilitent la propagation des épidémies d'autant que les organismes dénutris sont plus vulnérables aux infections. La population est décimée à hauteur de moitié et les pogroms contre les Juifs se multiplient. On les accuse d'avoir empoisonné les puits et d'avoir ainsi propagé l'épidémie. L'Occident traverse une période de crise économique, démographique et sanitaire majeure. Il doit se réadapter à cette nouvelle donne et cette crise se traduit par un fort courant de réforme politique et spirituel traversant l'Occident avec la revendication par les villes d'un rôle plus important dans la société et l'apparition de courants contestataires au sein de l'Église aboutissant au grand schisme et à l'épanouissement des idées de précurseurs de la Réforme tels John Wycliff ou Jean Huss (Jan Hus).
Avec la mort de Charles IV en 1378, c'est le pouvoir de la Maison de Luxembourg qui s'effondre. Le fils du souverain, Venceslas, est même déchu par un groupe de princes-électeurs le 20 août 1400 du fait de son incapacité notoire. À sa place, c'est le comte palatin du Rhin Robert qui est élu roi. Les soutiens de son pouvoir et ses ressources sont cependant trop faibles pour pouvoir mettre en œuvre une politique efficace. Et cela d'autant plus que la Maison de Luxembourg n'accepte pas d'avoir perdu la dignité royale. Après la mort de Robert en 1410, le dernier représentant de la Maison de Luxembourg, Sigismond, monte sur le trône. Des problèmes politico-religieux s'étaient fait jour comme le Grand Schisme d'Occident en 1378. Ce n'est que sous Sigismond que la crise est désamorcée. L'action internationale de Sigismond que Francis Rapp appelle « pèlerin de la paix» a pour but de préserver ou de retrouver la paix. Avec sa mort en 1437, c'est la Maison de Luxembourg qui s'éteint. La dignité royale passe désormais entre les mains des Habsbourg et cela pour ainsi dire jusque la fin de l'Empire.
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