En raison de son caractère pré-national et supranational, le Saint-Empire romain ne s'est jamais développé en un État-nation moderne comme la France ou le Royaume-Uni. Le Saint-Empire est resté un tissu monarchique et corporatif dirigé par un empereur et les états impériaux avec très peu d'institutions impériales communes. Le pouvoir de gouvernement de l'Empire ne se trouve pas uniquement aux mains de l'Empereur romain germanique ni uniquement aux mains des princes-électeurs ou d'un ensemble de personnes comme la Diète d'Empire. L'Empire ne peut être compris ni comme un État fédéral ni comme une confédération. Il n'est ni une simple aristocratie ni une oligarchie. Toutefois, l'Empire présente des caractéristiques de toutes ces formes étatiques. L'histoire du Saint-Empire est marquée par la lutte quant à sa nature. Tout comme il n'est jamais parvenu à briser les entêtements régionaux des territoires, l'Empire s'est morcelé dans une confédération informe, c'est la Kleinstaaterei.
En tant qu'« organisation faîtière », l'Empire enveloppe de nombreux territoires et sert de cadre juridique à la cohabitation des différents seigneurs. Ces princes et ducs quasi autonomes mais non souverains reconnaissent l'empereur comme le dirigeant de l'Empire et se soumettent aux lois, aux juridictions et décisions de la Diète d'Empire mais prennent part à la politique impériale sur laquelle ils influent en élisant par exemple l'empereur ou en participant aux diètes et autres représentations corporatives. Contrairement aux autres pays, les habitants ne sont pas les sujets directs de l'empereur. Chaque territoire immédiat a son propre seigneur et chaque ville libre d'Empire a son maire.
Dénomination de l'Empire
Couronnement de Charlemagne en l'an 800
Avec son nom, le Saint-Empire romain se réclame directement de l'Empire romain antique qui se raccroche, tout comme l'Empire byzantin, à l'idée d'une domination universelle. C'est au xie siècle que cette idée d'universalité fait son apparition dans le Saint-Empire. Parallèlement, on craint les prophéties de Daniel qui avait prédit qu'il y aurait quatre empires qui mèneraient à l'arrivée de l'Antéchrist et donc de l'Apocalypse sur Terre C'est pourquoi l'Empire romain ne devait pas s'effondrer. Le qualificatif Saint souligne le droit divin de l'empereur et légitime son pouvoir. En acceptant d'être couronné empereur par le pape Léon III en l'an 800, Charlemagne fonde son empire dans la continuité de l'Empire romain- on parle de translatio imperii, bien que l'Empire romain d'orient dit byzantin, se place également dans une continuité et cela de manière plus ancienne. Les Byzantins considèrent d'ailleurs l'Empire romain occidental comme auto-nommé et illégitime.
Lorsque l'Empire est fondé dans la moitié du xe siècle, il ne porte pas encore le qualificatif de Saint. Le premier empereur Otton Ier et ses successeurs se considèrent eux-mêmes et sont considérés comme les représentants de Dieu sur Terre et donc comme les premiers protecteurs de l'Église. Il n'est donc pas nécessaire de souligner la sainteté de l'Empire qui continue de s'appeler Regnum Francorum orientalium ou Regnum Francorum. Dans la titulature impériale des Ottoniens, on retrouve toutefois les composantes qui s'appliquent par la suite. Sur les actes d'Otton II datés de 982 pendant sa campagne italienne, on peut lire la titulature Romanorum imperator augustus (Empereur des Romains), titulature réservée au basileus de Byzance. Son successeur Otton III élève sa titulature au-dessus de tout pouvoir temporel et spirituel en s'octroyant, tout comme le pape, les dénominations « Serviteur de Jésus Christ » et même plus tard « Serviteur des Apôtres ».
Le Grand Interrègne voit apparaître l'appellation Saint-Empire romain
Le rayonnement sacré de l'Empire a été mis à mal puis supprimé par le pape lors de la Querelle des Investitures de 1075 à 1122. Le concept de sacrum imperium est né sous Frédéric Barberousse lorsque les papes ont essayé de soumettre l'Empire au sacerdoce9. Il est attesté pour la première fois en 1157. L'Empire est déclaré indépendant face à la papauté. Il se fonde dans la continuité de l'histoire sainte. Il s'agit alors peut-être de s'intégrer consciemment dans la tradition romaine antique. Toutefois, la recherche remet cette thèse en cause étant donné qu'il pourrait également s'agir d'un concept spécifiquement staufien et cela d'autant plus que pendant la période antique, ce n'est pas l'Empire romain qui était saint mais la personne de l'empereur.
Pendant l'interrègne de 1250 à 1273, lorsqu'aucun des trois rois élus n'est parvenu à s'imposer par rapport aux autres, l'Empire se revendique de l'Empire romain avec le qualificatif « saint ». À partir de 1254, on utilise la dénomination latine Sacrum Romanum Imperium (en allemand Heiliges Römisches Reich). Il faut attendre le règne de Charles IV pour la voir utilisée dans des documents en langue allemande. C'est précisément pendant la période sans empereur au milieu du xiiie siècle que la volonté d'un pouvoir universel s'est le plus affirmée — même si cette situation a peu changé par la suite.
Le complément Nationis Germanicae apparaît pour la première fois à la fin du Moyen Âge vers 1450. L'Empire s'étend alors en effet en majeure partie sur un territoire germanophone. En 1486, cette titulature est utilisée par Frédéric III puis reprise officiellement en 1512 dans le préambule des actes de la diète de Cologne. L'empereur Maximilien Ier avait alors convoqué les états impériaux pour entre autres « maintenir le Saint-Empire romain germanique ». Jusqu'en 1806, Saint-Empire romain germanique (Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation) est l'appellation officielle de l'Empire, souvent abrégée en SRI pour Sacrum Romanum Imperium ou H. Röm. Reich en allemand. Les deux derniers actes juridiques promulgués par le Saint-Empire — à savoir le Reichsdeputationshauptschluss de 1803 qui a réorganisé l'Empire et la capitulation de l'empereur François II — utilisent la formule deutsches Reich (Empire allemand). Il n'est plus question de sainteté ou de pouvoir universel.
Naissance de l'Empire
Traité de Verdun
Le partage de l'Empire carolingien au traité de Verdun en 843
Avant la mort de Charlemagne en 814, l'Empire carolingien connaît plusieurs partages et réunifications entre ses enfants en 806. De tels partages entre les fils d'un souverain font partie du droit franc. Ils ne signifient pas la fin de l'unité de l'Empire étant donné qu'une politique commune tout comme une future réunification dans les différentes parties était possible. Si l'un des enfants meurt sans descendance, sa partie revient à l'un de ses frères. C'est ce qui se passe lorsque Charles et Pépin meurent et que l'héritage de Charlemagne revient tout entier à Louis le Pieux- Le même partage se produit entre les petits-fils de Charlemagne avec le Traité de Verdun de 843 : Charles le Chauve reçoit la partie occidentale d'imprégnation gallo-romaine qui s'étend jusqu'à la Meuse, Louis le Germanique reçoit quant à lui la partie orientale d'imprégnation germanique. Enfin, Lothaire Ier, empereur d'Occident depuis 840, reçoit la partie médiane franque allant de la mer du Nord jusqu'à Rome.
Même si ici la future carte de l'Europe est reconnaissable, les cinquante années qui ont suivi ont amené — le plus souvent par des guerres — leur lot de divisions et de réunifications. Lorsque Charles le Gros est déposé en 887 entre autres à cause de son impuissance face aux Normands qui ravagent le royaume, plus aucun chef des différentes parties de l'ancien Empire carolingien n'est choisi. Les territoires choisissent leurs propres rois et ces derniers n'appartiennent plus à la dynastie carolingienne pour une partie d'entre eux. L'éloignement et la division des parties de l'Empire sont manifestes. À cause des guerres de pouvoir, les Carolingiens avaient plongé dans la guerre civile l'Empire qui n'était plus en mesure de se protéger contre les attaques extérieures. Le manque d'une cohésion dynastique a fait se décomposer l'Empire dans de nombreux petits comtés, duchés et autres territoires sous un pouvoir territorial qui le plus souvent ne reconnaissent que formellement les rois régionaux comme suzerain.
En 888, la partie médiane de l'Empire se décompose en de nombreux petits royaumes indépendants comme la Haute-Bourgogne et la Bourgogne Transjurane, l'Italie (tandis que la Lorraine est annexée à la partie orientale comme royaume subordonné). Les rois de ces royaumes se sont imposés contre les prétendants carolingiens grâce à l'appui des nobles locaux. Dans la partie orientale, les nobles locaux choisissent des ducs. Avec la mort en 911 de Louis l'Enfant, c'est le dernier Carolingien sur le trône de Francie orientale qui disparaît. La Francie aurait pu éclater comme l'avait fait la Francie médiane si Conrad Ier n'avait pas été choisi par les grands du royaume. Conrad n'appartient certes pas à la dynastie des Carolingiens mais c'est un Franc de la branche des Conradiens. Pourtant, en 919 à Fritzlar, le duc de Saxe Henri l'Oiseleur est le premier à être élu roi de Francie orientale sans être de lignée franque. À partir de cette date, ce n'est plus une dynastie unique qui tient les rênes de l'Empire mais ce sont les grands, les nobles et les ducs, qui décident du souverain.
En novembre 921, Henri Ier et Charles le Simple se reconnaissent mutuellement par le traité de Bonn. Désormais, Henri Ier peut porter le titre de rex francorum orientalium (Roi des Francs de l'est). C'est ainsi que la Francie devient sur la durée un État indépendant et viable. Malgré la désagrégation de l'unité de l'Empire et l'unification des peuples germaniques qui ne parlent pas un latin romanisé comme les Francs occidentaux mais un tudesque, la Francie orientale n'est pas l'esquisse d'un État-nation allemand comme certains historiens ont pu l'affirmer, non plus que le futur Saint-Empire.
Couronnement d'Otton Ier
Otton Ier et Jean XII
Soucieux de réaliser l'unité du royaume en rassemblant ses différentes composantes politiques, Henri Ier obtint de l'ensemble des grands électeurs que son fils Otton soit désigné comme son successeur.
L'accession au trône d'Otton Ier laisse apparaître une famille royale pleine d'assurance. Otton se fait couronner sur le trône supposé de Charlemagne à Aix-la-Chapelle le 7 août 936. Son pouvoir révèle son caractère de plus en plus sacral. Le nouveau roi se fait oindre et fait vœu de protéger l'Église. Après avoir combattu quelques proches et quelques ducs lorrains, Otton parvient à confirmer et assurer son pouvoir grâce à sa victoire sur les Hongrois en 955 à la bataille du Lechfeld près d'Augsbourg. Comme le faisaient les légionnaires romains, l'armée le salue sur le champ de bataille comme Imperator.
Cette victoire sur les Hongrois permet au pape Jean XII d'appeler Otton à Rome et de lui proposer la couronne d'empereur pour l'affirmer comme protecteur de l'Église. À cette époque, le pape est menacé par les rois régionaux italiens et espère s'attirer les grâces d'Otton en lui faisant cette offre. Mais le cri à l'aide du pape montre également que les anciens « barbares » deviennent les porteurs de la culture romaine et que le regnum oriental est le successeur légitime de Charlemagne. Otton accepte l'offre du pape et se rend à Rome. Il s'attire alors les foudres de Byzance et des Romains.
Le couronnement d'Otton Ier comme empereur le 2 février 962 est retenu par la majeure partie des historiens comme la date de fondation du Saint-Empire romain, même si Otton ne veut pas fonder de nouvel empire. On parle alors de renovatio imperii (restauration de l'empire). L'Empire carolingien tel qu'il existait est définitivement mort : le processus de division entre la Francie orientale et la Francie médiane de la Francie occidentale étant achevé. Toutefois, Otton s'en veut le continuateur. Avec le couronnement d'Otton, le Saint-Empire avait obtenu sa légitimation temporelle, et sacré en tant que nouvel Imperium Romanum.
Moyen Âge
L'Empire sous les Ottoniens
La Lotharingie vers l'an mil
Sous les Mérovingiens, les ducs sont des fonctionnaires royaux responsables des affaires militaires dans les territoires conquis par les Francs. Ils forment alors un pouvoir intermédiaire disposant d'une certaine autonomie. Lorsque le pouvoir central mérovingien décline à la suite des différentes divisions territoriales, les duchés ethniques (Stammesherzogtümer) comme ceux des Alamans ou des Bavarii gagnent en indépendance. Sous les Carolingiens, ces duchés sont dissous et remplacés par des duchés qui tirent leur pouvoir de l'empereur (Amtsherzöge). Les duchés ethniques renaissent cependant vers 900 lorsque le pouvoir carolingien s'affaiblit : duché de Saxe, duché de Franconie, duché de Bavière, duché de Souabe et duché de Lotharingie. En 911, le pouvoir des ducs ethniques est si fort qu'ils choisissent un roi propre pour la Francie orientale en allant à l'encontre du droit du sang des Carolingiens de Francie occidentale. Lorsque les Ottoniens en la personne d'Henri Ier arrivent au pouvoir en 919, ils reconnaissent ces ducs. Jusqu'au xie siècle, les duchés sont plus ou moins indépendants du pouvoir royal central. Mais les anciens duchés ethniques perdent peu à peu de leur importance. Le duché de Francie s'éteint déjà en 936. Le duché de Lorraine est divisé en 959 en Basse- et Haute-Lotharingie. Le duché de Carinthie naît de la division du duché de Bavière en 976.
L'Empire étant né comme instrument des ducs, il n'a plus été partagé entre les fils du souverain mais est resté une monarchie élue. Le non-partage de l'héritage entre les fils du roi vient à l'encontre du droit franc. Henri Ier n'exerçait de pouvoir sur les duchés ethniques (Souabe, Bavière, Saxe et Franconie) qu'en tant que suzerain, il n'aurait donc pu partager à ses fils que la Saxe ou une suzeraineté sur les duchés. En conséquence, Henri Ier définit dans son règlement que seul un des fils doit lui succéder sur le trône. On voit déjà que sont liés deux concepts — celui d'héritage et de monarchie élue — qui imprègneront l'Empire jusqu'à la fin de la dynastie franconienne. Après plusieurs campagnes militaires en Italie, Otton Ier parvient à conquérir la partie septentrionale et des parties médianes de la péninsule et à intégrer le Royaume lombard à l'Empire. Toutefois, l'intégration complète de l'Italie impériale n'a jamais vraiment abouti.
C'est sous Otton II que disparaissent les dernières attaches avec la Francie occidentale. Il n'existe plus désormais que des relations de parenté entre les dirigeants des territoires. Lorsqu'Otton II fait duc de Basse-Lotharingie son cousin Charles en 977, le frère de ce dernier, le roi des Francs Lothaire, se met à revendiquer ce territoire qu'il envahit en 978, allant jusqu'à s'emparer d'Aix-la-Chapelle. Otton part en campagne contre Lothaire et arrive jusqu'à Paris. La situation s'apaise en 980. Les conséquences de cette rupture définitive entre les successeurs de l'Empire carolingien ne seront visibles que plus tard. Toutefois, en raison de l'émergence d'une conscience d'une appartenance française, le royaume français est considéré comme indépendant de l'empereur.
Clientèle impériale
Otton III entouré de princes d'Empire et d'évêques
Le concept de clientèle impériale est important pour comprendre les systèmes de pouvoir au sein du Saint-Empire qui reposent sur la féodalité. Depuis la chute de l'Empire romain, gouvernent ceux qui ont la clientèle la plus puissante. Les princes entretiennent donc un entourage de guerriers qui deviennent leurs vassaux. L'entretien de cette clientèle demande des entrées financières conséquentes. Avant la réintroduction du denier d'argent par les Carolingiens la seule richesse est la terre. C'est pourquoi les premiers Carolingiens conquièrent toute l'Europe afin de redistribuer à chaque fois des terres à une clientèle de plus en plus nombreuse. C'est ainsi qu'ils deviennent de plus en plus puissants. Mais au ixe siècle, les terres à donner se raréfient et les vassaux ont de plus en plus de velléités d'indépendance c'est donc la surenchère entre les fils de Louis le Pieux pour acquérir le plus de fidélités possibles et s'octroyer l'Empire : ils accordent des terres non plus en viager — Charlemagne récupérait les terres données à la mort du bénéficiaire et pouvait donc les redistribuer — mais à titre définitif, la terre est ensuite transmise héréditairement. Dès lors l'Empire se dissout et les souverains issus du partage de Verdun n'ont que très peu de pouvoir.
Les Ottoniens changent la donne en se constituant une clientèle d'évêques, auxquels ils distribuent des charges à titre viager. Ils ont bientôt la plus grande clientèle d'Europe et en deviennent les maîtres au xe siècle siècle. Otton Ier confie d'ailleurs le tutorat de ses neveux Lothaire et Hugues Capet, respectivement futurs roi et duc des Francs encore mineurs, à son frère Brunon. En contrôlant l'Italie et la Germanie ils contrôlent l'axe commercial nord-sud de l'Europe et y reçoivent le produit du tonlieu (taxe sur les péages et les marchés). Ils développent d'ailleurs les marchés et les routes dans un Occident en pleine croissance économique. Ils peuvent aussi compter sur les mines d'argent de Goslar qui leur permettent de battre la monnaie et de dynamiser encore plus le commerce. Enfin, jusqu'à Henri III, les empereurs sont clairement alliés de l'Église et de la réforme monastique. En luttant contre la simonie, ils récupèrent des évêchés et abbayes dont les autres princes germaniques ont pris le contrôle pour élargir leur propre clientèle et les confient à des abbés ou évêques réformateurs proches d'eux.
L'Église, clef de voûte de l'administration
Relief en ivoire donné par Otton à la cathédrale de Magdebourg
Sous les Carolingiens, la mise en place progressive de l'hérédité des charges avait fortement contribué à l'affaiblissement de leur autorité. Pour éviter une pareille dérive, les Ottonniens, qui savent ne pas pouvoir trop compter sur la fidélité des relations familiales, s'appuient sur l'Église germanique qu'ils comblent de bienfaits mais qu'ils assujettissent. Les historiens ont donné au système qu'ils ont mis en place le nom de Reichskirchensytem. Il faut dire que l'Église avait maintenu vivante l'idée d'Empire. Elle avait soutenu les ambitions impériales d'Otton Ier.
Les évêques et les abbés constituent l'armature de l'administration ottonienne. L'empereur s'assure la nomination de tous les membres du haut clergé de l'empire. Une fois désignés, ils reçoivent du souverain l'investiture symbolisée par les insignes de leur fonction, la crosse et l'anneau. En plus de leur mission spirituelle, ils doivent remplir des tâches temporelles que leur délègue l'empereur. Ainsi l'autorité impériale était-elle relayée par des hommes compétents et dévoués- Cette Église d'empire ou Reichskirche, assure la solidité d'un État pauvre en ressources propres. Elle permet de contrebalancer le pouvoir des grands féodaux (ducs de Bavière, Souabe, Franconie, Lotharingie). L'évêché d'Utrecht constitue, jusqu'aux environs de 1100, l'entité la plus puissante des Pays-Bas du Nord, Liège et Cambrai celles des Pays-Bas du Sud. La chapelle royale devient une pépinière pour le haut-clergé. Le pouvoir impérial choisit ses hauts dignitaires de préférence dans sa parentèle, proche ou élargie. Celle-ci bénéficie des plus hautes charges épiscopales ou monastiques. Le meilleur exemple en est le propre frère d'Otton, Brunon, évêque de Cologne, qui adopte la règle de l'abbaye de Gorze pour les monastères de son diocèse. On peut citer aussi Thierry Ier, cousin germain d'Otton, évêque de Metz de 965 à 984 ; un parent proche d'Otton, le margrave de Saxe Gero, qui fonde l'abbaye de Gernrode vers 960-961, en Saxe ; Gerberge, nièce de l'empereur, abbesse de Notre-Dame de Gandersheim. Dans chaque diocèse, on peut ainsi trouver un membre de l'entourage royal car Otton a pris soin de retirer aux ducs le droit de nommer les évêques, y compris dans les diocèses situés dans leurs propres duchés26.
C'est sous Henri II qu'est couronnée l'intégration de l'Église dans le pouvoir de l'Empire commencée par les trois premiers Ottoniens. La Reichskirchensystem est l'une des composantes majeures de l'Empire jusqu'à la disparition de ce dernier. Henri est très pieux et exige des ecclésiastiques qu'ils lui obéissent et qu'ils mettent en œuvre ses décisions. Henri II parfait le pouvoir temporel sur l'Église d'Empire qu'il dirige. Henri II ne fait pas que diriger l'Église, il dirige l'Empire à travers elle en nommant des évêques aux postes importants comme celui de chancelier. Les affaires temporelles et religieuses ne sont pas différenciées et sont discutées de la même façon au sein de synodes. Cette démarche ne résulte pas seulement de la volonté d'opposer un contrepoids fidèle au roi à la pression des duchés qui conformément à la tradition germano-franque aspirent à une plus grande autonomie. Henri considère bien plus l'Empire comme la « maison de Dieu » qu'il doit encadrer en tant que serviteur de Dieu. Henri II s'attache également à remettre sur pied la Francie orientale accordant moins d'importance à l'Italie contrairement à ce que ses prédécesseurs avaient fait.
Développement de l'économie marchande
Avec la généralisation du denier d'argent par les Carolingiens, une révolution économique est en cours : les surplus agricoles deviennent commercialisables et on assiste dans tout l'Occident à la multiplication de la productivité et des échanges. En réunissant Italie et Germanie dans un même empire, Otton Ier contrôle les principales voies de commerce entre l’Europe du Nord et la Méditerranée. Le trafic commercial avec Byzance et l'Orient transite en effet par la Méditerranée vers l'Italie du Sud et surtout le bassin du Pô et rejoint celui du Rhin via les voies romaines traversant les cols alpins. Cette voie est à l'époque plus utilisée que la traditionnelle voie rhodanienne, d'autant que l'Adriatique est plus sûre que la Méditerranée occidentale où sévissent les pirates sarrasins. Otton sait garder la mainmise sur les péages et développer les marchés nécessaires à l'augmentation de ce trafic. Ainsi, contrairement à ce qui se passe en Francie, Otton garde le monopole de la frappe monétaire et fait ouvrir des mines d'argent près de Goslar. Or, la création d'un atelier monétaire dans une ville ou une abbaye entraîne la création d'un marché où peut être prélevé le tonlieu. Cette puissance commerciale lui permet d'étendre son influence à la périphérie de l'empire : les marchands italiens ou anglais ont besoin de son soutien, les Slaves adoptent le denier d'argent.
En 968, Otton Ier octroie à l'évêque de Bergame, les revenus de la foire fréquentée par les marchands de Venise, de Comacchio et de Ferrare. Le but est d'aider cette ville, qui a été dévastée par les Hongrois. La documentation est très riche sur les marchands d'Allemagne : elle indique qu'il existe de nombreux marchands à Worms, Mayence, Passau, Magdebourg, Hambourg et Mersebourg53. De nombreux marchands juifs commercent dans les villes allemandes.
L'autre moyen de remplir les caisses est de créer des cours de justice. Celles-ci sont sources d'entrées financières sous forme d'amendes : le wergild. Comme la monnaie, elles permettent de représenter l'autorité impériale dans tout l'Empire. Ainsi Otton III établit une cour à Ravenne composée d'un riche archiépiscopat qui régente toute l'Italie du Nord et commerce avec Venise et Pavie. Ces diverses entrées financières sont indispensables pour se constituer une clientèle fidèle.
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