Chronologie des faits


 

 

14 octobre 719 : les Francs font leur unité à Néry

Le 14 octobre 719, à Néry, près de Senlis, une bataille met aux prises les Francs d'Austrasie et leurs rivaux, les Francs de Neustrie. Le vainqueur de la journée ne va pas tarder à faire parler de lui sous le nom de Charles Martel...

Mérovingiens de mauvaise réputation

 Deux siècles plus tôt, le 27 novembre 511, le roi des Francs Clovis était mort à 45 ans en divisant son royaume entre ses quatre fils, Thierry, Childebert, Clodomir et Clotaire. Ses descendants allaient régner cahin-caha pendant trois siècles sous l'appellation de Mérovingiens (d'après Mérovée, un aïeul légendaire).

 Divisé entre Austrasie, Neustrie, Aquitaine, Bourgogne,... le royaume de Clovis refait brièvement son unité sous le règne de Dagobert 1er. Après sa mort, en 639, les rois mérovingiens laissent à leur «maire du palais» (ou majordome) le soin de gouverner. Cela leur vaut la réputation de «rois fainéants».

L'ascension des Pippinides

 Parmi les maires du palais, les plus notoires sont ceux issus de la lignée de Pépin de Landen. Ce grand propriétaire de la région de la Moselle est maire du palais d'Austrasie sous le règne de Dagobert. Il marie sa fille Begga au fils de son ami Arnoul, évêque de Metz.

 Leur fils, Pépin de Herstal (d'après une ville située sur la Meuse, au nord de Liège), devient à son tour maire du palais d'Austrasie. Il n'a de cesse de combattre son homologue de Neustrie, Ebroïn. Après la mort de ce dernier, il défait en 687 les aristocrates (ou leudes) neustriens à Tertry, près de Saint-Quentin. Quand lui-même meurt le 16 décembre 714, son fils bâtard Charles, né d'une concubine, s'empare de la charge de maire du palais, au détriment des héritiers légitimes et malgré l'opposition de la veuve de Pépin, Plectude.

Les Francs enfin réunis

 Charles l'emporte à Néry sur les Neustriens. Fort de sa victoire sur les Neustriens, Charles unifie définitivement sous sa coupe les royaumes francs et poursuivra une glorieuse carrière en mettant au pas les peuples d'outre-Rhin (Saxons, Bavarois, Thuringiens et Frisons), en stoppant à Poitiers les incursions musulmans, enfin en ouvrant la voie à Charlemagne, son petit-fils.

 

 

 

4 décembre 771 : Charles est le seul maître

Le 4 décembre 771 meurt Carloman (20 ans). C'est pour son frère aîné Charles le début d'une ascension irrésistible qui lui vaudra dans l'Histoire le surnom glorieux entre tous de Charlemagne.

 Les deux frères ont pour grand-père Charles Martel. Leurs parents sont le roi Pépin III le Bref et la reine Bertrade (surnommée Berthe au grand pied par nos écoliers).

Frères rivaux

 Pépin III le Bref ne s'est pas contenté comme son père d'assumer les fonctions de maire du palais d'un roi fantoche, lointain descendant de Clovis. Il a été sacré lui-même roi des Francs à Saint-Denis par le pape en personne. À sa mort, à 53 ans, le 24 septembre 768, le royaume a été partagé entre Carloman et Charles selon la coutume germanique. La capitale de Charles a été fixée à Noyon, celle de son cadet à Soissons, à quelques kilomètres de distance ! Malgré cette proximité, les relations entre les deux frères sont tendues. Charles, plus actif que son frère, supporte mal de n'avoir reçu que la part la plus pauvre de ce royaume immense qui s'étend de part et d'autre du Rhin. De son côté, Carloman refuse à Charles son aide pour soumettre les Aquitains. Qu'à cela ne tienne, Charles (le futur Charlemagne) règle leur compte aux Aquitains et par la même occasion s'empare de la Gascogne, au sud de la Garonne.La mort inopinée de son frère permet à Charles (29 ans) de mettre la main sur l'ensemble des possessions paternelles, après avoir déshérité les enfants de Carloman. Il peut régner désormais sans partage sur le royaume.

Seul maître du royaume

 Le jeune roi des Francs est un Barbare illettré qui ne parle que le francique, la langue des Francs. Intelligent et énergique, il n'a de cesse de s'instruire. Il apprend le latin auprès des meilleurs clercs de son temps, dont le plus connu est le moine anglais Alcuin. Ce moine sera à l'origine de la «renaissance caroligienne» et du retour en force du latin dans la culture occidentale.Comme il souffre de rhumatismes, Charles établit sa résidence principale près d'une source thérapeutique, en Rhénanie, au coeur de son royaume, en un lieu qui s'appellera Aix-la-Chapelle. Son palais s'inspire de celui des rois lombards, à Pavie, avec une chapelle palatine à une extrémité, une grande salle de réunion à l'autre et un tribunal royal au milieu. L'ensemble est proprement grandiose mais le roi n'en profite pas beaucoup. Il voyage sans arrêt pour inspecter ses représentants et combattre ses ennemis.Charles restaure un semblant d'administration dans l'Occident européen ravagé par les guerres intestines. Il divise son royaume en comtés, sous l'autorité d'un compagnon du roi (du latin,comes, comitis, dont nous avons fait comte) et en 250 entités de base du nom de «pagi», d'après le mot latin pagus qui désigne une circonscription rurale (en France, beaucoup de ces pagi sont devenus à la Révolution des départements). Les habitants des pagi, surtout des travailleurs de la terre, sont désignés sous le terme pagenses, dont nous viennent les mots paysan... et païen, car ces ruraux ont généralement tardé à adopter la foi chrétienne des citadins et des élites.Pour éviter les abus de pouvoir des seigneurs locaux, Charles délègue fréquemment ses proches dans les pagi. Ces représentants, ou missi dominici (en latin, envoyés de la cour) vont deux par deux et se surveillent l'un l'autre ! L'un est un comte et l'autre un évêque.

 Attentif aux affaires religieuses, Charles constitue aussi une quinzaine d'archevêchés pour favoriser l'évangélisation de l'Occident.Il encourage le développement de la règle bénédictine dans les monastères. En 809, il réunit dans sa résidence d'Aix-la-Chapelle un concile qui introduit le «Filioque», une subtilité théologique qui participera au malentendu religieux entre Grecs et Latins. Charles légifère beaucoup. Il fait mettre par écrit les lois pour mieux en assurer l'application. Il multiplie les ordonnances ou «capitulaires» en particulier pour imposer les réformes ecclésiastiques. Beaucoup de textes s'appliquent par exemple au mariage, l'objectif étant de le conformer aux canons chrétiens.

Des guerres sans fin

 Le règne personnel de Charles 1er, très long (42 ans), est une suite incessante de guerres, en premier lieu contre les fils de Carloman et leurs partisans, en second lieu contre les Saxons païens de Germanie, les musulmans d'Espagne et les Lombards qui menacent le pape.

 Le souverain ne passe pratiquement pas un été sans combattre et ce, dans toutes les directions. Il annexe au nord la Frise, région pauvre mais qui a l'avantage d'être en liaison étroite avec les îles britanniques.À l'est, il se jette sur la Saxe. La conquête en est difficile et ne s'achèvera qu'avec le baptême plus ou moins forcé de quelques milliers de guerriers. Les Francs n'hésitent pas à déporter ou massacrer les populations, détruire les idoles,... Pour ne pas perdre leur avantage, ils restent sur place certains hivers au lieu de se démobiliser comme de coutume.À l'Est encore, Charles fond sur le «Ring», ou camp royal des redoutables Avars, avec pas moins de 15.000 combattants à cheval, ce qui lui vaut de rentrer chez lui avec de fabuleux trésors. Au sud des Pyrénées, Charlemagne intervient contre les chefs musulmans et inaugure la «Reconquista» espagnole.

Le 16 juin 774, après un très long siège, le roi des Francs entre dans Pavie, la capitale des rois lombards (près de Milan). Il dépose le roi Didier et ceint la couronne de fer des rois lombards, prenant dès lors le titre de «roi des Francs et des Lombards». Il profite de l'occasion pour effectuer son premier pèlerinage à Rome, histoire d'entretenir les bonnes relations entre sa dynastie et le Saint-Siège (la résidence du pape). Il y gagne le titre inédit d'«Empereur des Romains». L'année précédente est apparu aussi le nom de «Carolus Magnus» qui deviendra Charlemagne, mais qu'il faut entendre non comme Charles le Grand mais comme une abréviation de «Carolus, Magnus Rex» (Charles, le grand roi).

 

 

 

 

4 février 842 :  les serments de Strasbourg

 Le 14 février 842, à Strasbourg, Louis le Germanique et Charles le Chauve se prêtent serment d'assistance mutuelle dans la lutte qu'ils mènent contre leur frère aîné Lothaire.

 Ce grand moment de l'Histoire occidentale, qui voit l'émergence des langues européennes, nous a été rapporté par le chroniqueur Nithard, mort en 844, dans son Histoire des fils de Louis le Pieux.

L'héritage de Charlemagne

 Tout a commencé avec Charlemagne, grand-père de Louis le Germanique, Charles le Chauve et Lothaire. Le grand empereur avait réuni l'Occident sous son autorité, de l'Ebre (en Espagne) à l'Elbe (en Allemagne). Mais il ne croyait pas que la dignité impériale lui survivrait et ne voyait pas d'inconvénient à se soumettre à la coutume germanique du partage de l'héritage entre tous les fils.

 Le 6 février 806, à Thionville, Charlemagne prépare la division de son empire entre ses trois fils, nommés «consorts du royaume et de l'Empire». Mais la disparition prématurée de deux d'entre eux permet au survivant, Louis 1er le Pieux (ou le Débonnaire, traduction tardive et fautive du mot latin Pius, Pieux) de récupérer l'intégralité de l'héritage à la mort de Charlemagne, en 814. Né en 778 (l'année de Roncevaux), ce dernier a été nommé par son père roi roi d'Aquitaine dès l'âge de 3 ans et a géré ses terres avant de recevoir la totalité de l'empire en héritage.

 Ainsi, par le plus grand des hasards, l'empire rassemblé par Charlemagne en un demi-siècle de guerres échoit intact entre les mains de son unique héritier. Mais la coutume germanique va reprendre le dessus et entraîner la dissolution rapide de l'empire.

Le partage de l'empire

 Louis le Pieux tente dans un premier temps de préserver l'essentiel de son héritage. Par un texte connu sous le nom d'Ordinatio imperii, il promet en 817 la dignité impériale et la plus grande partie de l'empire à son fils aîné Lothaire. Mais l'empereur se remarie ensuite avec Judith de Bavière et a un nouveau fils, Charles, qu'il veut doter à tout prix. Devant une assemblée de la noblesse, à Worms, en 829, il lui attribue l'Alsace, la Bourgogne et quelques autres terres. Ses autres fils n'apprécient pas la remise en cause de l'engagement de 817. Ils se révoltent contre leur père et le déposent.

 Mais les trois compères ne tardent pas à se diviser. Irrités par l'autoritarisme de Lothaire, Pépin et Louis se liguent contre lui et se rapprochent de leur père qui effectue un nouveau partage dont Charles, cette fois, est exclu ! Le nouvel accord ne dure pas. Le 30 juin 833, les trois aînés, provisoirement réconciliés, convoquent leur père au sud de Colmar, en un lieu plus tard nommé le «Champ du Mensonge». Ils le déposent à nouveau, à nouveau se disputent et à nouveau, Pépin et Louis réinstallent leur père sur le trône.

 Sur l'insistance de Judith, son époux l'empereur consent à rendre une part d'héritage à leur fils Charles. Et voilà que meurt Pépin en 838. Tout le partage est à refaire... Louis, mécontent des négociations, s'apprête à reprendre les armes contre son père. Quand celui-ci meurt le 20 juin 840, rien n'est réglé et les trois frères survivants se disputent de plus belle.

Un serment bilingue

 Les deux cadets font cause commune contre leur frère aîné Lothaire et le 25 juin 841, le défont à Fontenay-en-Puisaye, près d'Auxerre, en Bourgogne. Cette victoire les conduit huit mois plus tard à confirmer leur alliance par les serments de Strasbourg. À cette occasion, Louis le Germanique prononce son serment non dans sa langue mais en langue romane (l'ancêtre du français), pour être compris des soldats de son rival et associé. Charles le Chauve fait de même en langue tudesque (l'ancêtre de l'allemand).

 Le serment est repris par les soldats présents dans leur langue habituelle. C'est que les habitants du «Regnum francorum» (le royaume des Francs) ont pratiquement oublié le latin et commencent à se distinguer par leurs idiomes selon qu'ils se trouvent à l'ouest ou à l'est de la Meuse... Aussi peut-on dire que les serments de Strasbourg traduisent l'émergence des langues modernes. C'est ce qui fait leur importance historique, bien plus que leur aspect proprement politique.

L'empire s'émiette

 Le conflit entre les trois frères s'achève provisoirement par un compromis conclu à Verdun en août 843.

 Par le traité de Verdun, Louis le Germanique conserve la Francia orientalis et Charles le Chauve, son demi-frère, né de Judith de Bavière, la Francia occidentalis.

 Lothaire, l'aîné, obtient le titre impérial, purement honorifique, et se contente de la partie centrale de l'empire. Son domaine consiste en une frange de territoires étirée des bouches de l'Escaut à la plaine du Pô, en Italie, en passant par le couloir rhénan et le sillon rhôdanien.

 Fidèle à la tradition germanique de partage des héritages, Lothaire 1er ajoute à la difficulté en partageant son domaine entre ses trois fils, à sa mort en 855. L'aîné devient à son tour empereur sous le nom de Louis II et conserve l'Italie. Le second, Charles, devient roi de Bourgogne. Ses territoires s'étendent en fait de la Méditerranée à la Bourgogne actuelle, en incluant la Provence, Lyon et la Suisse. Beaucoup plus tard, en 1032, ils seront adjoints à l'empire refondé par Otton 1er.

 Le troisième, Lothaire II, reçoit la partie située entre la Meuse et le Rhin. Il lui donne son nom. C'est la «Lotharingie» (après moult déformations, ce nom deviendra... Lorraine). Cette province médiane et indéfendable va dès lors susciter la convoitise de ses deux puissants voisins : la Francie occidentale et la Francie orientale.

 

 

 

28 février 888 : Eudes , premier roi français

 Le 29 février 888, Eudes, comte de Paris, est élu roi par ses pairs, les Grands de Francie occidentale. Le même jour, il est sacré à Compiègne par l'archevêque de Sens, Gautier.Cette élection doit beaucoup à l'incapacité des rois carolingiens à faire face aux attaques normandes. Elle porte un coup sévère à l'empire fondé par Charlemagne de part et d'autre du Rhin et prépare l'avènement d'une dynastie proprement «française».L'autorité du nouveau souverain s'étend sur les territoires occupés par les Francs et situés à l'Ouest de la Meuse, soit à peu près le nord de l'actuelle France. Notons toutefois qu'elle reste purement nominale...

Trouble-fête vikings

Peu après la mort du grand Charlemagne, des bandes de Normands ou Vikings commencent à remonter les fleuves en quête de butin et d'esclaves. Certains, sous la conduite d'un certain Ragnar, atteignent Paris en 845. Charles le Chauve, petit-fils de l'empereur et roi de Francie occidentale (la France actuelle), achète leur départ pour 7.000 livres d'argent... Il va de soi que cette attitude multiplie les convoitises.

 De 852 à 862, les Normands assaillent les vallées fluviales de la Seine à la Loire. Charles le Chauve tente de leur barrer la route en construisant des ponts fortifiés sur la Seine et la Marne. Mais, en 866, les mêmes s'associent aux Bretons pour attaquer Le Mans. En guise de riposte, le roi carolingien invite les cités à relever leurs remparts en ruines depuis plusieurs siècles et tente une nouvelle fois d'acheter le départ des intrus.

 Après la mort de Charles le Chauve, en 877, lui succèdent très brièvement son fils Louis II le Bègue puis son petit-fils Louis III (qui réussit le 3 août 881 à infliger une sévère défaite aux Normands à Saucourt-en-Vimeu, près de la Somme), enfin le frère cadet du précédent, Carloman. Après quoi, la Francie occidentale est réunie à la Francie orientale (l'Allemagne actuelle) par un arrière-petit-fils de Charlemagne, Charles le Gros.

 Sous son règne, Paris, une nouvelle fois attaquée par les Normands, est défendue avec brio par l'évêque Josselin et le comte de Paris, Eudes. Ce dernier est le fils d'un soldat de fortune, Robert le Fort, qui s'est lui-même illustré dans la lutte contre les envahisseurs, sur la Loire. Ses descendants seront longtemps qualifiés de Robertiens en son honneur (avant que cette appellation ne soit supplantée par celle de Capétiens).

 En dépit des efforts d'Eudes et des autres barons du royaume, Charles le Gros choisit de traiter avec les Normands. Il leur rachète Paris pour 700 livres et leur permet qui plus est de piller la Bourgogne ! Indignés par la couardise du roi, les principaux seigneurs allemands de Souabe et de Franconie le déposent au profit d'un cousin, le margrave Arnoul de Carinthie, en novembre 887, à la Diète de Tibur. En Francie occidentale (la France actuelle), les Grands sont sur le point de le déposer à leur tour quand il meurt opportunément le 13 janvier 888.

Eudes contre Charles

 Qu'à cela ne tienne. Les barons d'Occident, comme leurs homologues d'outre-Rhin l'année précédente, se refusent à porter sur le trône l'héritier carolingien en titre, le fils posthume de Louis le Bègue, un enfant de 8 ans, Charles ! Ils lui préfèrent l'un des leurs, Eudes, comte de Paris.

 Dès son sacre, le roi Eudes reprend la lutte contre les Normands et vainc ceux-ci à Montfaucon, en Argonne, le 24 juin 888. Mais les Normands reviennent en force et Eudes se résout à faire comme ses prédécesseurs, autrement dit à acheter leur départ !

 Comme un malheur ne vient jamais seul, Eudes doit combattre aussi le jeune Charles qui revendique sa place au soleil. En 893, il profite d'une expédition d'Eudes en Aquitaine pour se faire couronner par l'archevêque Foulques à Saint-Rémi de Reims. Après plusieurs années de guerres, Eudes et son rival concluent un arrangement.

 Le carolingien Charles III le Simple, ainsi surnommé en raison de son honnêteté, qualité alors aussi rare qu'aujourd'hui, obtient un trône avec une autorité limitée au territoire situé entre la Seine et la Meuse. Mais à la mort d'Eudes, le 1er janvier 898, il réunifie la Francie occidentale, de l'Atlantique au Rhin tout en coopérant, contraint et forcé, avec le puissant comte de Paris, Robert, qui n'est autre que le frère de l'ancien roi, Eudes.

 Charles III le Simple et Robert négocient en 911 le traité de Saint-Clair-sur-Epte par lequel les Normands de Rollon acquièrent le droit de s'établir aux bouches de la Seine (la future Normandie). La collaboration entre le Carolingien et le Robertien ne dure pas...

 Suite à un soulèvement des barons, Charles est renversé et, le 29 juin 922, le deuxième fils de Robert le Fort est sacré roi de Francie occidentale à Reims par l'archevêque de Sens, Gautier, selon un rituel inauguré par Pépin le Bref... Mais Robert 1er ne va régner qu'un an. Il est tué le 15 juin 923 à Soissons dans une bataille contre Charles le Simple. Celui-ci n'en est pas moins vaincu grâce à la hardiesse du fils de Robert, le futur Hugues le Grand. Attiré dans un traquenard par le comte Herbert de Vermandois, Charles meurt en prison à Péronne le 7 octobre 929.

Hugues, prudent autant que Grand

 Instruit par l'expérience, Hugues, fils de Robert, refuse prudemment la couronne. Il fait élire Raoul de Bourgogne, le mari de sa soeur Emma, puis à nouveau un Carolingien, Louis IV d'Outremer, fils de Charles le Simple, élevé par sa mère en Angleterre, d'où son surnom. Louis IV, sacré roi en 936, à 15 ans, concède à son protecteur le titre pompeux de duc des Francs (Francorum dux) et lui rétrocède ses possessions de Francie occidentale, ne conservant que les territoires entre Rhin et Meuse.

 Mais les deux hommes ne tardent pas à se combattre. Hugues, surpris par l'énergie de Louis, n'hésite pas à rendre hommage au roi de Germanie Otton 1er. Il laisse tomber le roi Louis IV aux mains des Normands et ne consent à le délivrer qu'après s'être fait livrer la ville de Laon, dernière possession carolingienne en Francie occidentale. Les Hongrois profitent de cette lutte stérile pour ravager la Champagne et la Bourgogne.

 Louis IV meurt prématurément d'une chute de cheval le 10 octobre 954, à 33 ans. Son fils Lothaire (13 ans) est sacré à Saint-Rémi de Reims par l'archevêque Artaud le 12 novembre 954. Comme son père et Raoul de Bourgogne, il doit son trône à Hugues.

 Le comte de Paris est à cause de cela justement surnommé le «faiseur de rois» ou Hugues le Grand. On l'appelle aussi Le Blanc (à cause de son teint pâle) ou l'Abbé à cause des nombreuses abbayes dont il est l'abbé laïque.

 Hugues le Grand meurt deux ans après, le 17 juin 956. Mais sa diplomatie prudente et déterminée aura préparé l'accession au trône de son propre fils. Celui-ci sera élu roi, le 1er juillet 987, sous le nom de Hugues 1er, dit Capet.

 La couronne restera sans interruption dans la famille jusqu'au renversement de Louis XVI, le 10 août 1792 (aux Capétiens directs succèderont les branches cadettes des Valois, des Bourbons et des Orléans).

 

 

 

24 septembre 911 : naissance de l'Allemagne

Le 24 septembre 911, les principaux seigneurs allemands offrent la couronne de Germanie à l'un des leurs, Conrad de Franconie. C'est le dénouement de dix ans de conflits successoraux inaugurés par la mort d'Arnoul de Carinthie, qui avait été élu par ses pairs roi de Francie orientale (l'Allemagne actuelle).

 A la veille de sa mort, en 901, Arnoul de Carinthie avait confié la couronne de Germanie à l'héritier des carolingiens, Louis IV l'Enfant. Quant meurt ce dernier, les seigneurs allemands refusent de reconnaître pour roi son successeur légitime, Charles III le Simple. Ils s'unissent autour de Conrad de Franconie et mettent un terme définitif à la dynastie des carolingiens directs à l'est du Rhin.

Émergence de deux nations

 Sur les ruines du Regnum francorum émergent ainsi deux ensembles nationaux promis à un grand avenir, la France et l'Allemagne. Après l'élection de Conrad de Franconie, ces deux ensembles vont se développer chacun de leur côté.

 En 918, sur son lit de mort, Conrad 1er désigne pour successeur le duc Henri de Saxe, dit l' Oiseleur. Le fils de ce dernier, Otton, réunira l'Allemagne et l'Italie en son pouvoir et fondera le Saint empire romain.

 Dans le même temps, à Paris, les seigneurs de Francie occidentale porteront un certain Hugues Capet à la royauté. Ses descendants règneront sans discontinuer sur le pays jusqu'en... 1792.

Pitoyable fin de l'empire carolingien

 Après son élection comme roi de Francie orientale, Arnoul de Carinthie avait usé de son pouvoir pour se faire aussi couronner empereur à Rome. À sa mort, le titre impérial est repris par le roi de Provence, Louis III, petit-fils de l'empereur carolingien Louis II.

 Mais un rival, Bérenger de Frioul, dépose Louis III en 905 et, selon les moeurs de l'époque, le fait aveugler pour mieux l'écarter du pouvoir ! Il devient à son tour roi d'Italie et empereur. À sa mort, en 924, personne ne se présente pour relever le titre.

 C'est ainsi que disparaît dans l'indifférence la couronne impériale inaugurée par Charlemagne. Il est vrai que celle-ci était très vite devenue un hochet sans pouvoir entre les mains des pitoyables successeurs du grand empereur.

 

 

 

10 août 955 : Otton Ier écrase les Hongrois au Lechfeld

 Le 10 août 955, le roi d'Allemagne Otton 1er écrase les Hongrois au Lechfeld, au sud de l'actuelle ville d'Augsbourg, en Bavière, sur l'un des principaux champs de bataille européens.

 Les Hongrois, ou Magyars, sont des nomades apparentés aux Mongols. Ils menacent la Germanie et l'Europe occidentale depuis plusieurs décennies.

 Le père d'Otton 1er, le roi saxon Henri 1er l'Oiseleur, calme leur furie en leur payant tribut. Il obtient ainsi un précieux sursis qui lui permet d'organiser la défense de la Germanie. Dans le même temps, les Hongrois s'adoucissent en se frottant à la culture européenne.

 Au camp de Lechfeld, en 955, Otton 1er n'a plus affaire qu'à des bandes inconsistantes. Sa victoire met fin pour de bon à la menace hongroise.

Retentissement de la bataille du Lechfeld

 La victoire du Lechfeld a un grand retentissement parmi les dirigeants et les lettrés de l'Europe chrétienne. Chacun y voit à juste titre la fin des Grandes invasions barbares qui ont tourmenté l'Europe occidentale pendant six siècles.

 Après la bataille du Lechfeld, l'Europe occidentale n'aura plus à craindre, en effet, le retour des Normands ou d'un quelconque Attila.

 La peur des Barbares s'apaisera au point que, trois siècles plus tard, au XIIIe siècle, la menace mongole passera presque inaperçue en Occident. Il est vrai que ces Mongols gengiskhanides n'iront pas plus loin que... la Hongrie avant de retourner dans les steppes d'Asie.

 Pendant un millier d'années, l'Europe occidentale se développera en-dehors de toute immigration extérieure cela n'excluant pas des mouvements de population à l'intérieur du continent ou vers l'extérieur.

Renaissance impériale

 En attendant, le roi d'Allemagne est encensé par son peuple et ses troupes dès le lendemain de sa victoire du Lechfeld. Il devient Otton le Grand et il est très vite poussé à restaurer en Occident l'idée impériale. Il va se faire couronner empereur et créer un nouvel empire en remplacement du défunt empire de Charlemagne.

 Quant aux Hongrois vaincus, ils vont se stabiliser en Pannonie, sur les bords du Danube, dans ce qui est aujourd'hui la Hongrie. Le baptême de leur roi Étienne en l'An Mil, et son couronnement par le pape Sylvestre II, sous le parrainage du saxon Otton III, l'héritier de leur vainqueur, leur vaudra d'entrer dans le concert européen.


 

 

 

23 janvier 1002 : mort de Otton III , empereur d'Allemagne

Le 23 janvier 1002 meurt l'empereur d'Allemagne Otton III . Il n'a que 19 ans.

 Avec son ami le pape Sylvestre II et sous la bénéfique influence de sa grand-mère et de sa mère, d'origine byzantine, le malheureux empereur avait caressé l'espoir d'instaurer un empire chrétien universel réunissant l'Orient et l'Occident. Cet espoir disparaît à jamais avec lui.

Un moment de grâce

 Otton III, né en Italie d'une mère byzantine, accède au trône à l'âge de trois ans. Il règne sous la régence de sa mère, Theophano, puis de sa grand-mère, Adélaïde.

 Ces deux femmes d'une exceptionnelle personnalité lui donnent une parfaite éducation et une immense culture gréco-latine.

 Couronné roi des Romains à 16 ans selon la tradition familiale, Otton III se détourne de son héritage allemand pour ne s'intéresser qu'à l'Italie, encore porteuse du prestige de la Rome antique.

 Le jeune homme veut restaurer l'empire de Charlemagne, voire l'empire romain de Constantin. Il espère y arriver en plaçant sur le trône de Saint-Pierre son maître et ami, l'archevêque de Reims Gerbert d'Aurillac (55 ans).

 Gerbert s'est déjà illustré en soutenant la candidature de Hugues Capet au trône de Francie occidentale (la France actuelle). Il devient pape sous le nom de Sylvestre II. Mais la mort prématurée du jeune Otton III va mettre un terme au projet d'un condominium de l'empereur et du pape sur la chrétienté.

 L'ère des empires s'achève tandis qu'émergent les futures nations européennes.

Commentaires (1)

1. Anderson 18/01/2012

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