Textes du sacre

 


Le livre connu sous le nom d' ou Texte du sacre, est un manuscrit fort curieux et d'une véritable importance historique. Saint Procope, apôtre russe et premier abbé de Sazawa (Bohême), qui mourut vers 1030, écrivit de sa propre main un texte des Évangiles, coordonné selon le rit et dans la langue de sa nation. C'est le plus ancien monument connu de celte langue et de cette écriture. Vers 1395, l'empereur Charles IV, prince très-ami des lettres et qui avait étudié à l'université de Paris, se trouvait possesseur de ce précieux autographe. Il fit exécuter par des libraires ou calligraphes de son temps et de son pays, c'est-à-dire en Bohême, un recueil des épîtres et autres leçons liturgiques, pour faire suite au texte des Évangiles. Le tout fut relié magnifiquement, revêtu d'une plaque d'argent doré, enrichie de pierreries, et déposé, comme don de l'empereur, au monastère de Saint- Jérôme en Bohême, qu'il avait fondé. En 1451, ce monastère fut dépouillé de la relique dont il avait joui jusqu'alors et qui passa à Constantinople entre les mains des Grecs schis- matiques. Vers le milieu du seizième siècle, Charles de Lorraine, cardinal et archevêque de Reims, en devint possesseur. Ce prélat y attachait un très-grand prix. Il ajouta des bijoux et des reliques de son église aux somptueux ornements dont la couverture du manuscrit était déjà décorée.

 

Dans les grandes cérémonies, le cardinal portait lui-même ce texte, passé à son cou et retenu par une chaîne d'or. Il en fit don au trésor de sa métropole. François II, en 1559, et, l'année suivante Charles IX, rois de France, au début de leurs règnes, vinrent à Reims, selon la coutume, recevoir l'onction de la sainte Ampoule. Charles de Lorraine présida, comme archevêque, à cette double solennité. Le texte dont il s'agit fut, en ces deux circonstances, placé sur l'autel, et c'est en étendant la main sur ce Texte, que chacun de ces monarques, avant de recevoir la couronne, prêta le serment consacré d'être fidèle à l'Église et de faire rendre à tous bonne justice. Depuis cette époque, l'antique manuscrit fut employé de nouveau pour le même usage au couronnement des rois Henri III, Louis XIII et Louis XIV : telles sont les circonstances qui lui valurent le titre ďÉvangéliaire ou Texte du sacre, sous lequel il fut conservé jusqu'à la révolution française.

Cependant , la longue période de temps que nous venons de parcourir avait effacé les notions précises ainsi que la tradition relatives à l'origine et à l'histoire de ce monument. Par suite de l'ignorance universelle où l'on se trouvait en France de la langue et de l'écriture dans lesquelles il était conçu, les fables les plus diverses et les plus contradictoires se propagèrent sur ce sujet. En 1717, Pierre le Grand passa quelques heures à Reims pour visiter le trésor de la cathédrale. Au nombre des objets sacrés ou curieux qui lui furent présentés figurait notre Évangéliaire. Le czar en baisa pieusement la couverture, et le volume fut ouvert par les seigneurs de sa suite. Ceux-ci déclarèrent qu'ils lisaient aisément la première partie, consacrée aux fragments liturgiques des Évangiles, mais que la seconde leur était inconnue.

Un orientaliste français des plus illustres Silvestře de Sacy, interpellé par un de ses confrères allemands, publia, en 1799, une notice dans laquelle il déplorait avec une éloquente amertume la perte du manuscrit original, perte qu'il attribuait au vandalisme révolutionnaire. Cette plainte et cette oraison funèbres furent, répétées, en 1836, par un autre érudit, feu M. Kopitar, bibliothécaire de l'empereur d'Autriche, dans son Glagolita Golzianus. Toutefois, après la publication de cet ouvrage, M. Kopitar eut l'idée d'écrire au bibliothécaire de Reims. M. Louis Paris, qui remplissait alors cette fonction, lui répondit que le manuscrit du sacre subsistait aussi complet qu'à la veille de 1789, et qu'il était conservé à la bibliothèque publique de la ville de Reims.

Vers celte époque (1840), un Polonais réfugié, homme d'un grand mérite et d'un profond savoir, M. Corvinus Jaçstrebski, fit connaître que la première partie était, comme on l'a dit, en langue slave et en caractères cyrilliens ; tandis que la seconde, postérieure de plus de trois siècles., était également slave, mais en caractères glagolitiques ou illyriens.

Peu de temps après, l'attention des antiquaires et des philologues ayant été ranimée sur ce sujet, ÎM. Champollion-Figeao inséra dans son magnifique ouvrage intitulé Paléographie universelle une dissertation relative à ce monument, accompagnée de deux feuillets, reproduits en facsimile par M. Silvestře, d'après le manuscrit original. C'est alors que, sous les auspices et avec les encouragements de S. M. l'empereur de Russie, MM. Louis Paris et Silvestře entreprirent de reproduire intégralement le précieux manuscrit de la bibliothèque de Reims.

Le livre qui fait l'objet de cet article n'est autre que la publication ainsi annoncée. La partie des Évangiles est mutilée depuis des siècles et commence seulement au recto 19. Elle se compose de seize feuillets ou trente-deux pages, recouverts d'une écriture brune ou noire, très-simple, analogue à la capitale grecque, et relevée seulement de quelques rubriques et ornements en rouge. La seconde renferme trente et un feuillets ; elle est ornée en outre de lettrines ainsi que de vignettes peintes, et ressemble beaucoup, sous ce rapport, à nos propres manuscrits de la même époque. Chacune de ces pages a été copiée avec une fidélité que nous pouvons attester, ayant eu communication à Reims de l'original, et, de plus, avec tout le succès que pouvait promettre la gravure sur cuivre ainsi que l'impression en couleurs entre les mains d'un artiste aussi habile et aussi exercé que M. Silvestře. En regard de chacune de ces pages fac-similées, l'éditeur a placé la traduction latine du texte, ligne pour ligne. On lit en tête de l'ouvrage une notice historique de M. Louis Paris, relative à ce manuscrit, suivie d'une dissertation en latin de M. Kopitaï, sur la littérature et la philologie slaves. L'ouvrage se termine par un tableau synoptique et comparatif des alphabets : 1° cyrillien, 2° glagolitique, et 3° latin, ou français, puisque nous avons conservé les lettres dont se servait le peuple de Rome V. de V.

texte du sacre

 

 

Histoire du texte

Le roi de Bohême Charles IV de Luxembourg construisit un couvent Glagolitique Emmaüs ( "na Slovanech" ou Emauzy près de Solvaneh) à Prague en 1347, où quatre-vingt bénédictines croates de l'île de Pasman et Senj furent invitées. Un des livres de ce couvent d'Emmaüs parvint de Prague à Reims via Constantinople en 1574 par l'intermédiaire de Charles de Lorraine, archevêque de Reims (en mission au concile de Trente). Pendant des siècles les Rois de France (Charles IX, Henri II, Louis XIII, Louis XIV) ont prêté serment, en touchant de leur main ce texte, connu sous le nom de « Texte du Sacre » ou « Évangéliaire de Reims » ou encore « Evangéliaire slavon ». Ce livre Glagolitique fut écrit en 1395, probablement à Omisalj. Le texte Glagolitique (épîtres) fut relié à un autre livre écrit lui en Cyrillique, (Evangéliaire ou Epistolier : textes des Evangiles) en provenance d'Ukraine (Ruthène), écrit à Kiev et apporté peut-être par Anne de Kiev en France à l'occasion de son mariage le 14 mai 1051 avec Henri 1er d'autres au contraire pensent qu'il furent reliés ensemble au couvent d'Emmaüs.

Les Rois de France à partir d’Henri III auraient prêté le serment de l’ordre du Saint-Esprit sur l'Evangéliaire Cyrillo-Glagolitique en ces termes -

« Ainsi le jourons, vouons et promettons sur la sainte et vraie Croix et le saint Évangile touché. »

Les tsars Pierre Le Grand et Nicolas II lors de leur visite en France vinrent voir l'Evangéliaire du Sacre. Au XIX° siècle il y eu un renouveau d'intérêt pour l'Evangélaire de Reims, écrit en slavon. Hanka et le Père Ivan Martynov rêvèrent chacun de le rééditer, le Père Martynov avec des caractères latins, avec des signes diacritiques tchèques, mais la réédition de Hanka (Prague, 1846) effectuée aux frais de Nicolas II, ne se vendit qu'à sept exemplaires en Russie et le projet du Père Martynov ne se réalisa pas, car il mourut avant de pouvoir l'accomplir-

 

Il comporte six belles enluminures dans la partie glagolitique en plus des lettres ornées :

* Sainte Anne et la Vierge Marie dans ses bras

* La Vierge Marie et l'Enfant Jésus dans ses bras

* La Nativité : L'enfant Jésus emmailloté

* Saint Jerôme et son lion

* Saint Pierre avec ses clefs

* Un évêque

* La sainte Trinité

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