La monarchie est un système politique où l'unité du pouvoir est symbolisée par une seule personne, appelée monarque. Elle n'est ni nécessairement une royauté, ni nécessairement héréditaire : il a toujours existé des monarchies électives, par exemple chez les Gaulois. Selon la définition de Montesquieu, une monarchie se définit par le gouvernement absolu d'un seul, mais ce pouvoir est limité par des lois.
La monarchie est dite monarchie constitutionnelle lorsque les pouvoirs du monarque sont définis par une constitution qui fixe par écrit des lois fondamentales prévoyant une séparation des pouvoirs. Il est souvent admis, lorsque l'État est menacé par une guerre étrangère ou civile, qu'une loi martiale lui donne provisoirement tous les pouvoirs : la monarchie devient alors, au sens antique, une dictature (comme l'exerçaient les consuls ou les généraux romains en cas de graves problèmes).
La monarchie est dite parlementaire lorsque le chef du gouvernement, nommé par le roi lorsqu'il y en a un, est responsable devant le Parlement, dans ce cas le monarque est le représentant de l'État au titre de Chef de l'État, un arbitre, et le garant de la continuité des institutions (exemple : Grande-Bretagne, Espagne, Belgique).
La monarchie est dite absolue lorsque le monarque détient tous les pouvoirs. Certains parlent alors de régime despotique alors qu'il n'en est rien car le roi se doit de respecter les Lois Fondamentales du Royaume tandis qu'un despote ou un tyran n'est limité par aucun pouvoir supérieur. C'est ainsi que Louis XIV s'est vu refuser par le Parlement de Paris l'enregistrement du Traité d'Utrecht sur la partie où le roi renonçait au Trône de France pour son petit-fils Philippe (devenant roi d'Espagne) et sa descendance. Le Parlement de Paris a rappelé au "Roi Soleil" que personne, même lui !, ne peut disposer de la dévolution de la Couronne qui se fait indépendemment de lui selon un ordre prévu par les Lois Fondamentales du Royaume (loi salique de primogéniture mâle pour la France). Le monarque absolu, à la différence du monarque constitutionnel, représente au sens propre du mot la "monarchie" en ce sens que tout le pouvoir repose sur un seul être : le roi, qui regroupe les trois pouvoirs de l'Etat : législatif, exécutif et judiciaire. S'il dirige le royaume lui-même avec ses ministres et "en ses conseils", il rend la justice par le biais de tribunaux et de cours (c'est la justice "distributive", chaque sentence étant écrite "De par le Roi", et édicte tous les textes législatifs que l'assemblée des trois ordres (Clergé, Noblesse et Tiers-Etat) préconise quand le Roi les regroupe lors des Etats-Généraux. Mais à bien regarder, cela perdure encore aujourd'hui puisqu'une loi ne peut être applicable qu'une fois que le décrêt d'application a été signé par le pouvoir exécutif...
Le roi et l'Église au Moyen Âge
Au rite païen gaulois, se substitua à l'époque chrétienne la vision du roi comme un intermédiaire entre Dieu et ses sujets, entre le ciel et la terre. Se fondant sur une lecture de la Patristique (Saint Augustin dans la Cité de Dieu), la monarchie trouvait sa justification dans le fait que, de la même manière qu'un seul régnait dans les cieux, il était juste qu'un seul ne régnât sur terre.
Mais cette justification, associée à une confusion relative entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel se heurta de nombreuses fois aux prétentions du pape de Rome au pouvoir politique : notamment sous les pontificats de Léon IX et de Grégoire VII (1073-1085). Ce dernier, en particulier, développa la doctrine de la théocratie pontificale qui portait directement atteinte à l'étendue du pouvoir royal.
Pour les souverains pontifes, en effet, le pouvoir temporel devait demeurer soumis au pouvoir spirituel. Il est évident que les rois ne l'entendaient pas de cette manière. Outre l'excommunication, les papes bénéficiaient contre eux d'une arme juridique : une série de faux, forgés par la chancellerie pontificale, et dont le plus connu est la fausse donation de Constantin leur servaient à appuyer leurs prétentions au pouvoir temporel.
Les affrontements entre les rois trop indépendants et les pontifes romains, affrontements qui concernèrent surtout les souverains du Saint Empire romain germanique, se multiplièrent sous les papes Innocent III et Innocent IV : ce sont ces derniers qui s'approchèrent le plus de la « théocratie pontificale » au XIIIe siècle.
Le roi de France
Le roi de France, en raison du baptême de Clovis 1er est considéré comme le premier souverain de la Chrétienté. Voir Sacré.
Au Moyen Âge comme jusqu'au XVIIIe siècle, on considéra le roi de France comme souverain de droit divin - « par la grâce de Dieu » et on lui prêta des pouvoirs thaumaturgiques, comme le fait de guérir des écrouelles.
À partir de la deuxième moitié du VIIIe siècle, le sacre conféra au roi de France un caractère sacré, à l'instar des rois wisigoths ou du royaume d'Aragon. Fait unique parmi les monarques de la Chrétienté, le roi de France était « oint » par un représentant de l'Église. L'onction du saint chrême, un mélange d'huile d'olive et de parfum dont l'usage, prescrit dans tous les sacrements de l'Église, et faisant aussi partie des éléments du sacre des évêques, contribuait à faire du roi de France le « vicaire de Dieu », son représentant.
Se fondant sur la signification de l'onction, un mouvement de légistes et d'évêques français fidèles à la monarchie, affirma à la suite d'un conflit contre le pape Boniface VIII, la liberté de l'Église française sur les plans théologique et juridique, ainsi que la supériorité du roi de France à l'égard du souverain pontife en ce qui concernait le pouvoir temporel.
Monarchie absolue et monarchie constitutionnelle
L'évolution de la monarchie absolue, où le monarque n'a théoriquement aucun compte à rendre à personne, vers le système de monarchie constitutionnelle, où ses pouvoirs sont encadrés par une constitution, ne s'est pas fait en une seule étape, dans le Royaume d'Angleterre par exemple le point de départ en fut la Grande Charte (Magna Carta) en 1215
La transmission du pouvoir royal
La transmission du pouvoir royal était généralement assurée par l'héritage du plus proche parent de la génération suivante : en ce cas, le régime est celui de la « monarchie héréditaire ». En théorie, cependant, le roi était « élu » — au sens premier, c'est-à-dire choisi — par ses pairs, les grands du royaume. Cette méthode devait permettre d'éviter que des incapables n'accèdent au trône. C'est pourquoi étaient chantées lors des cérémonies du sacre les « acclamations carolingiennes » reprenant ainsi l'ancienne coutume franque de l'élection du roi par sa montée sur le pavois.
Les évènements historiques ont créé la coutume du choix du fils aîné du roi comme nouveau roi, en raison de l'association par son père du fils à l'administration du royaume. Et là encore une ancienne coutume franque s'appliquait : la loi salique (car provenant des Francs saliens comme Clovis), excluant les femmes de l'hérédité dans le souci non seulement que le chef fût toujours un homme capable de faire la guerre s'il le fallait, mais aussi que par mariage le territoire ne soit pas démembré ou apporté à la famille de l'époux…
Ainsi par la dévolution de la couronne par primogéniture mâle, la transmission des buts et des méthodes d'administration a amené une stabilité dans la gestion des affaires du royaume, et a permis l'unification de la France comme le développement du pays par le fait de la tradition monarchique (tradition = transmission)
Restauration du sacre au Moyen Âge
Espagne
Le sacre fut pratiqué par les souverains wisigothiques d'Espagne au VIIe siècle, le premier étant daté de 672 avec le roi Wamba à Tolède, mais seul le royaume d'Aragon en conserva l'usage par la suite. Les autres royaumes préférèrent le simple couronnement, de façon à être moins soumis à l'emprise du clergé.
Angleterre
Les rois d'Angleterre, puis souverains britanniques sont couronnés, et non sacrés, à l'Abbaye de Westminster. La King Edward's Chair (ou Coronation Chair), la « Chaise du roi Edouard » ou « Chaise du couronnement », qui sert à l'intronisation des souverains britanniques depuis Édouard Ier, est entreposée dans la Chapelle Édouard le Confesseur. Jusqu'en 1996, elle était accompagnée de la Pierre du destin (ou pierre de Scone).
Les sacres de Pépin le Bref
Les rois mérovingiens (Ve-VIIIe siècles) n'accédaient pas au pouvoir après un sacre ; ils étaient choisis (élus) par les aristocrates dans la famille mérovingienne. Leur pouvoir provenait de leur charisme et de leurs victoires militaires. Le baptême du premier roi mérovingien Clovis, vers 496/499, n'a jamais été un sacre.
Au milieu du VIIIe siècle, c'est le maire du palais Pépin le Bref, fils de Charles Martel, qui inaugura la pratique du sacre religieux pour les rois de France ; au préalable, il voulut s'assurer du soutien de la plus haute autorité spiritiuelle de l'Occident : le pape. Il envoya d'abord Burchard, évêque de Wurzbourg, et Fulrad, l'abbé de Saint-Denis en ambassade auprès du pape Zacharie. Celui-ci répondit que l'ordre divin était troublé car le maire du palais disposait de la réalité du pouvoir alors qu'il n'en avait pas la légitimité. Les derniers rois mérovingiens n'exerçaient en effet plus aucune autorité effective (image d'Epinal des rois fainéants).
L'Église affirme alors qu'elle doit donner la légitimité du pouvoir par le rituel du sacre. Le modèle est l'onction que reçut le roi David par Samuel dans l'Ancien Testament. Le sacre de Pépin le Bref eut lieu en mars 752 à Soissons où « les évêques présents l’oignirent du saint chrême » en plusieurs endroits du corps. L'élection par le peuple et les grands (aristocrates) du royaume demeure, mais avec les successeurs carolingiens, elle perdra de son importance.
En échange de son accord de principe, le pape avait espéré l'appui armé du carolingien face aux menaces lombardes. En 753, le pape Étienne II est contraint de se réfugier en Gaule où il demande l'intervention de Pépin le Bref. Ce dernier lui donne alors la promesse d'une intervention armée contre les Lombards. En échange, le pape lui confère le titre de « patrice des Romains » (c'est-à-dire protecteur de Rome) et le sacre une seconde fois à Saint-Denis le 28 juillet 754. Cette fois-ci, les deux fils de Pépin dont le futur Charlemagne sont sacrés des mains même du pontife qui bénit aussi Berthe, la mère de Pépin. Par la suite, Pépin Le Bref tient sa promesse et engage plusieurs expéditions en Italie. Les territoires abandonnés par les Lombards forment la donation de Pépin qui constitueront l'embryon des états pontificaux, le temporal de Saint-Pierre.
Le sacre de Pépin le Bref a plusieurs implications fondamentales :
* un changement dynastique : les Carolingiens règnent en France jusqu'en 987. Le dernier roi mérovingien, Childéric III, est enfermé dans un monastère.
* les Carolingiens ont obtenu le soutien du pape et de l'Église. Ils doivent, en retour assurer leur défense.
* avec le sacre de 754, toute la dynastie carolingienne est sacrée.
* par le sacre, le roi se trouve au-dessus de tous les autres laïcs.
Le sacre sous les Carolingiens
Pendant l’empire carolingien, l’élection est tombée en désuétude, sans pour autant disparaître : elle est rappelée lors du sacre par une acclamation, mais elle n’est plus qu’une formalité. Le couronnement impérial, remis à l'ordre du jour par Charlemagne en 800, est distinct du sacre. Il a lieu en général à Rome, en présence du pape.
Le premier sacre qui eut lieu à Reims fut celui de Louis le Pieux en octobre 816. Ce fils de Charlemagne, devenait par cette cérémonie, l'élu de Dieu et défenseur de l'Église. L'archevêque de Reims Hincmar sacra Charles le Chauve en 869. Pourtant Reims ne garda la prééminence sur les autres sièges métropolitains qu'au cours du XIIe siècle car elle était la ville du baptême de Clovis pendant lequel apparut la sainte Ampoule. Aussi le Capétien Louis VI se fit-il sacrer à Orléans en 1108.
Le sacre des Capétiens
Le déclin des Carolingiens est patent au IX et Xe siècle : le robertien Eudes est choisi par les grands du royaume. Le 29 février 888, il est sacré roi des Francs en l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne, par Gautier, archevêque de Sens, son cousin. Après avoir proclamé la déchéance du roi carolingien Charles le Simple, Robert, frère d'Eudes, est élu le 29 juin 922 et sacré roi à Reims le lendemain dimanche 30 juin. À la mort de Robert Ier au cours de la bataille de Soissons en 923, les grands du royaume, ne voulant pas rendre la couronne à Charles le Simple, choisissent pour roi Raoul, le gendre de Robert Ier. Le 13 juillet 923, Raoul est sacré en l'abbaye Saint-Médard de Soissons.
Au Xe siècle, les princes territoriaux (marquis, ducs, comtes) ont acquis une telle puissance politique qu’ils peuvent poser leurs conditions avant de consentir à l’élection du roi. L’élection du roi est donc redevenue déterminante, surtout pendant les crises dynastiques.
En 987, le carolingien Louis V meurt sans enfant. Hugues Capet est élu par les grands à Senlis puis sacré à Noyon le dimanche 3 juillet 987 : c'est la fin de la dynastie carolingienne. Le 25 décembre 987 à Sainte-Croix d’Orléans, Hugues Capet prend le soin de faire sacrer son fils Robert de son vivant. Cet usage sera perpétué jusqu'à Philippe Auguste : à la fin du XIIe siècle, le pouvoir et la légitimité des Capétiens sont définitivement assurés.
L'évolution du rituel
Le rituel du sacre ne se fixa que progressivement : la description des gestes et des paroles prononcées au cours du sacre se nomme ordo ; les clercs en ont rédigé plusieurs :
* ordo d'Hincmar (IXe siècle) : onction, couronnement, serment : le roi s'engage à respecter et défendre l'Église, assurer la paix et rendre justice ainsi que la miséricorde
* ordo de Fulrad (Xe siècle)
* ordo de saint Louis (XIIIe siècle) : remise des éperons et d'une épée en présence des 12 pairs de France. Les acclamations du peuple présent dans la cathédrale de Reims remplacent l'ancienne élection. Baiser de paix. Au cours du sacre, le roi reçoit ses insignes de pouvoir (regalia). Si le roi est marié, le sacre de la reine a lieu juste après.
* À partir du XIe siècle, on attribue au roi de France le pouvoir thaumaturgique (de guérisseur). Après son sacre, intervient la cérémonie du toucher des écrouelles-
Écrouelles est le nom désuet d’une maladie d’origine tuberculeuse provoquant des fistules purulentes localisées sur les ganglions lymphatiques du cou (adénopathie). L'agent infectieux responsable de cette maladie est le Mycobacterium tuberculosis, agent de la tuberculose. Elle est aussi appelée scrofule et ses traitements étaient appelés antiscrofuleux pour cette raison.
Du Moyen Âge au XIXe siècle, les rois de France et d'Angleterre sont réputés détenir le pouvoir de guérir les écrouelles par simple contact. Selon la légende, rapportée par Thomas d'Aquin, cette pratique remonterait à Clovis. En Angleterre, elle est apparue sous Édouard le Confesseur.
Dans son livre Les Rois thaumaturges (1924), l'historien Marc Bloch étudie la croyance dans le toucher royal des écrouelles. L'ouvrage, mêlant ethnographie historique, histoire des mentalités et histoire comparée, s'inscrit dans une perspective d'histoire globale qui préfigure la révolution historiographique des Annales.
Origines
Le toucher royal s'inscrit dans un ensemble de croyances anciennes. Déjà chez les Germains pré-chrétiens, les rois possédaient une dimension sacrée. Tacite indique qu'ils sont sélectionnés non pas au mérite, comme le sont les chefs de guerre, mais dans la noblesse Selon Jordanès, « ils portent le titre d'Ases, c'est-à-dire de demi-dieux». De fait, plusieurs généalogies anglo-saxonnes remontent jusqu'à Wotan. Cependant, aucun d'entre eux n'est réputé posséder de pouvoirs de guérison. De manière générale, les rois guérisseurs sont plutôt rares : leur action porte plutôt sur les phénomènes cosmiques ou climatiques. L'impossibilité de leur attribuer la maîtrise de ces derniers dans l'Europe chrétienne explique peut-être que l'on ait fini par leur attribuer des pouvoirs thaumaturgiques-
La dimension sacrée de la royauté germaine subsiste par quelques traits dans l'Europe chrétienne, notamment l'importance accordée à la chevelure des Mérovingiens. Malgré tout, les rois francs et anglais restent des laïcs comme les autres. La rupture intervient vers la fin du VIIe siècle : le concept de royauté sacrée s'ancre alors dans le personnage biblique de Melchisédech, prêtre et roi de Salem- L'onction apparaît au VIIIe siècle dans l'Espagne wisigothique ; chez les Francs, elle est utilisée pour la première fois par Pépin le Bref en 751. Le rituel passe ensuite en Angleterre et s'étend à toute l'Europe. Le sacre de Louis le Pieux en 816 est le premier à associer onction et couronnement au titre impérial ; ce sera désormais la règle pour les empereurs comme pour les rois. Ceux-ci sont désormais les oints du Seigneur, des « Christs ». Or le sacré est alors étroitement lié au pouvoir de guérison. Ayant reçu l'onction, les rois deviennent naturellement des thaumaturges-
Débuts du toucher royal
Au Moyen Âge, le terme « écrouelles » est peu précis et recouvre toute forme d'affection des ganglions, voire toute forme d'affection de la gorge et de la face : goitre, oreillons, etc. Il est même possible qu'en anglais, une certaine confusion ait régné entre scrofule, scurfy (pellicules) et scurvy (scorbut). La pathologie est endémique dans certaines régions d'Europe et fréquente ailleurs ; elle est rarement mortelle, mais suscite le dégoût par les défigurations et les suppurations qu'elle occasionne.
L'apparition du toucher royal pour guérir les écrouelles n'est pas connue avec précision. Le premier témoignage qui en fait mention est celui de Guibert de Nogent, abbé de Nogent-sous-Coucy, dans son Des reliques des saints, daté de 1124 environ- Guibert indique avoir vu personnellement Louis VI le Gros (règne 1108-1137) guérir des scrofuleux en les touchant et en faisant le signe de la croix, miracle qu'il qualifie d'« habituel ». Le chroniqueur ajoute que le père du roi, Philippe Ier (règne 1060-1108), pratiquait déjà ce miracle mais qu'il avait perdu son don miraculeux par suite de ses péchés — c'est-à-dire du double adultère avec Bertrade de Montfort, qui avait entraîné son excommunication.
On ne connaît aucune indication selon laquelle les rois de France des dynasties antérieures aient touché les écrouelles ou eu des pouvoirs thaumaturges en général- Parmi les Mérovingiens, seul le roi Gontran († 592) est réputé avoir guéri des possédés ; ce don semble être lié à sa sainteté personnelle, et non à sa royauté. Il est probable que si les rois mérovingiens avaient revendiqué un pouvoir de guérison, les chroniqueurs l'auraient signalé- Pour les premiers Capétiens, Helgaud de Fleury accorde à Robert le Pieux (règne 1031-1060). la grâce de « guérir les corps » : « de sa très pieuse main touchant les plaies des malades et les marquant du signe de la sainte croix, il les délivrait de la douleur et de la maladie- » Comme Philippe Ier est son petit-fils et que le règne intermédiaire d'Henri Ier est mal connu, peut-être ce pouvoir est-il déjà lié à la royauté de Robert le Pieux, et non à sa sainteté personnelle- Les écrouelles ne sont pas nommées explicitement : il est possible que les pouvoirs thaumaturges attribués aux rois de France aient été d'abord généralistes, avant de se spécialiser-
En Angleterre, le premier témoignage sur le toucher royal remonte à Pierre de Blois, un clerc français vivant à la cour d'Henri II d'Angleterre. Il évoque dans une lettre, peu après 1182, la guérison par ce roi de « cette peste qui s'attaque à l'aine » (inguinaria pestis, la peste noire) et des écrouelles. Cependant, cette mention a paru peu fiable : on ne connaît pas d'épidémie de peste noire entre le VIIe siècle et 1347 Pierre de Blois aurait donc attribué à Henri II un miracle classique, celui de repousser la peste, dont le meilleur exemple est celui du pape Grégoire le Grand en 590. Si l'on écarte ce témoignage, le premier toucher royal attesté remonte à Édouard Ier en 1276-
Cérémonie
Le rituel comprend un double geste : le toucher direct du malade et le signe de la croix. On décrit Saint Louis comme prononçant des paroles (inconnues) lors du toucher, probablement une prière – la formule « le roi te touche, Dieu te guérit » n'est attestée qu'à partir du XVIe siècle-En Angleterre, le roi récite également des prières.
Parallèlement se met en place la coutume de donner une aumône aux malades. En France, elle n'est remise qu'à ceux qui viennent de loin et varie entre 20 sous et 12 livres sous le règne de Philippe le Bel. En Angleterre, elle est systématiquement accordée et s'établit à un denier d'Édouard Ier à Édouard III. Sous Henri VIII, l'aumône est passée à une pièce d'or – appelée angel (« ange ») parce qu'elle représente l'archange Michel – valant 6 shillings 8 deniers, puis 7 shillings 8 deniers. À titre de comparaison, pendant la Grande Peste, un denier représente la paie journalière d'un ouvrier peu qualifié et un angel, les honoraires d'un médecin réputé[32]. Les comptes de l'Échiquier (ministère des Finances) permettent de connaître le nombre de malades touchés par le monarque anglais. Pour Édouard Ier, le chiffre annuel va de 1736 malades lors de la dix-huitième année de règne à 197 lors de la douzième. Ces variations importantes peuvent s'expliquer par les autres occupations du souverain : guerres, fêtes de Cour, déplacements, etc.La France ne possède pas de statistiques similaires.
À l'origine, le toucher se fait de manière ponctuelle, sans régularité. Il ne devient périodique qu'à partir de Saint Louis, qui se livre au rituel un jour donné de la semaine. À partir du XVe siècle, les malades se présentant au roi font d'abord l'objet d'un examen médical et d'un tri, pour départager ceux-ci qui sont effectivement atteints des écrouelles des autres.
Le toucher royal le plus spectaculaire est celui qui suit le sacre. En France, à partir de Louis X le Hutin, le lendemain de son sacre à Reims, le nouveau roi de France, suivi de sa cour, se rend en pèlerinage sur le tombeau de saint Marcoult au prieuré de Corbeny, situé sur le trajet à mi-chemin entre Reims et Laon, à l’extrémité est du Chemin des Dames. Depuis le haut Moyen Âge, on vénérait les reliques de ce saint qui prodiguait des guérisons aux malades atteints des écrouelles. Excepté sous Henri IV, empêché par la Ligue, ce rite fut suivi jusqu’au 29 mai 1825, date du sacre de Charles X.
Sources
- Dominique Barthélemy, L'An mil et la paix de Dieu : la France chrétienne et féodale (980-1060), Fayard, 1999. -
Georges Duby, L'An mil, Gallimard, 1993.
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