Le rôle des reines de France du VIe au Xe siècle

Source : Dufour, Jean  Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres  Année 1998  Volume 142  Numéro 3  pp. 913-932

 

En Francia occidentalis, qu'est-ce qu'une reine ? Ce n'est constamment que la femme du roi. Elle n'exerce jamais le pouvoir de droit, mais seulement de fait, comme par exemple Brunehaut au tournant des VIe et VIIe siècles. Un tel fait s'inscrit dans la durée et est hérité de l'Ancien Testament : en effet, le monde juif ne connaît pas de reine, si ce n'est Esther, exilée à Babylone et reine, comme épouse du roi Assuérus. Cela a plusieurs conséquences : les termes employés pour désigner l'épouse du souverain — uxor, conjux — dans les documents du haut Moyen Âge occidental sont souvent d'une grande banalité.

 

D'origine aristocratique, voire royale, les reines de Francia occidentalis sont choisies le plus souvent dans des familles lointaines et même étrangères ; ainsi les rois espèrent-ils échapper à l'accusation d'alliances incestueuses, que poursuivent les canonistes à partir du VIIe siècle ; ces derniers interdisent alors, on le sait, les mariages jusqu'au sixième degré, puis, lors du concile de Douzy (874), même jusqu'au septième -

 

En réalité, la première vraie régente est Adèle de Champagne, en 1190-1191, lors de la Troisième Croisade ; et encore son pouvoir est-il étroitement contrôlé par son frère Guillaume aux- Blanches -Mains, archevêque de Reims, et par un groupe de bourgeois de Paris, détenteurs du sceau.

 

Il y eut ce mariage au 3ème degré entre Louis le Bègue et Adélaïde Ire Bien évidemment, pour des raisons diverses, les rois tournèrent la difficulté, notamment en faisant établir de fausses généalogies leur permettant soit un mariage, soit une répudiation. Le rang des futures reines tend d'une manière générale à s'élever. En effet, au IXe siècle, elles sont le plus souvent filles de comtes, de Francia orientalis (comme Judith, fille de Welf, comte de Bavière), de Lotharingie (comme Richilde, fille du comte Bivin), plus rarement de Francia occidentalis (comme Ermentrude, fille d'Eudes, comte d'Orléans). Puis au Xe siècle, elles sont fréquemment issues de familles royales : Edwige, deuxième femme de Charles le Simple, est fille d'Edouard Ier l'Ancien, roi de Wessex ; Gerberge, femme de Louis IV, d'Henri Ier l'Oiseleur ; Emma II, femme de Lothaire, fille de Lothaire II, roi d'Italie. D'une manière générale, rares sont les reines dont l'origine reste inconnue : Frérone, première femme de Charles le Simple, est de noble naissance, sans plus de précision.

Les sources narratives ou figurées nous renseignent assez précisément sur la personnalité des diverses reines, même s'il faut faire parfois la part du panégyrique. Hildegarde, femme de Charlemagne, la sainte, est dite, à la fin du VIIIe siècle, beatissima regina' ou nobilissima piissimaque regina*. Nous savons que Judith avait séduit Louis le Pieux par sa beauté, difficile à apprécier sur un dessin contemporain, fait probablement à Reims. De Richilde, seconde femme de Charles le Chauve, sont connus deux portraits, également contemporains, l'un sur le coffret d'Ellwangen, l'autre sur la peinture initiale de la Bible de Paul-hors-les-murs, où, placée à gauche de Charles le Chauve et accompagnée d'une femme de son entourage, elle a fière allure.

Si la question du sacre et du couronnement des rois a fait l'objet d'importants travaux si les ordines utilisés à cette occasion sont faciles à consulter grâce à leur édition récente, les cérémonies correspondantes concernant les reines sont encore assez mal connues ;  « le couronnement des reines pose dès l'origine bien des problèmes ». Cela tient bien sûr aux sources, relativement abondantes pour le temps de Louis le Pieux et de Charles le Chauve, plus éparses et laconiques pour la suite. Leur examen montre que n'existe aucune constante ; à ma connaissance, plusieurs reines ne reçurent d'ailleurs pas la moindre bénédiction.

L'intronisation d'Ermengarde et d'Ermentrude, femmes respectivement de Louis le Pieux et de Charles le Chauve, se fit plus de vingt ans après leur mariage, tandis qu'elle fut plus rapide pour Richilde ; celle-ci eut d'ailleurs le privilège d'apparaître couronnée et de recevoir les laudes des Pères du concile de Ponthion (juillet 876), en même temps que l'empereur, puis, l'année suivante, en septembre 877, d'être consacrée et couronnée par le pape Jean VIII, à Tortona. En revanche, le même Jean VIII refusa tout simplement de couronner la seconde femme de Louis le Bègue-


Les lieux de sacre varient aussi : c'est Reims, pour Ermengarde, Frérone, Emma Ire et sans doute Gerberge, Aix-la-Chapelle pour Judith ; mais Ermentrude et Richilde (en juillet 876) sont sacrées lors de réunions ecclésiastiques (synode ou concile), à Saint- Médard de Soissons pour l'une, à Ponthion pour l'autre ; quant à Adélaïde II, femme de Louis V, elle est couronnée par les évêques, sans doute de la province de Bourges. Les prélats consécrateurs dans ces deux cas sont les Pères conciliaires, représentant l'ensemble du clergé du royaume, mais le plus souvent il s'agit du pape (Etienne IV, Jean VIII) ou de l'archevêque de Reims. En fait, ce fut seulement Urbain II qui reconnut, le 25 décembre 1089, aux archevêques de Reims le privilège de sacrer les reines, privilège qui d'ailleurs resta lettre morte au XIIe siècle.

Le déroulement ou les diverses phases de la cérémonie n'obéissent à aucune règle précise : Etienne IV, avant de célébrer la messe, couronna Louis le Pieux, puis Ermengarde, après l'avoir qualifiée d'augusta. Pour Judith, il y eut successivement couronnement, appellation d'augusta, enfin acclamation par l'ensemble de l'assistance. Mais le document le plus intéressant pour les IXe et Xe siècles reste Yordo du couronnement d'Ermentrude, dû à Hincmar de Reims, le premier connu pour une reine de France : la cérémonie comporta une allocution de deux des Pères du concile de Saint- Médard de Soissons, une courte oraison (pour le sacre), le couronnement et enfin une bénédiction. Pour le Xe siècle, nous sommes dans le flou: les quelques mentions relevées font part soit d'un sacre (par exemple pour Frérone  et Emma Ire ), soit d'un couronnement (pour Adélaïde II).

Le premier rôle de toute reine est à l'évidence de donner un héritier mâle au souverain. La stérilité fut la cause probable de la répudiation de plusieurs d'entre elles, peut-être de la fille de Didier, roi des Lombards, dont Charlemagne se sépara au bout d'un an. Mais le fait que la reine mette au monde seulement des filles est presque aussi difficile à supporter pour le roi : Fastrade, femme de Charlemagne, a deux filles, dont Théodrade, future abbesse d'Argenteuil, puis de Schwarzach ; Richilde ne donne vie qu'à un fils mort-né et à une fille, Rothilde ; et surtout Frérone, mère de six filles en moins de dix ans, dut mourir prématurément, peut-être en accouchant.

Les reines ont disposé de biens, dont l'origine est souvent difficile à déterminer : proviennent-ils d'une dot, donnée par leurs parents, ou bien d'un douaire, concédé par leur mari ? Les sources ne le précisent pas toujours ; de plus, le mot dos est souvent amphibologique dans les textes et peut signifier tout aussi bien « dot » que « douaire ». Il convient d'ajouter que jusqu'au milieu du XIe siècle, la veuve put jouir des revenus provenant de la dos ; puis, à compter de cette époque, ce ne fut plus possible, car, à sa mort, ce dont elle disposait pour subvenir à ses besoins dut faire retour sans aucune perte aux héritiers.

Quelques exemples des divers biens détenus par les reines et des problèmes qu'ils peuvent poser :
Ermengarde dispose de la villa Pociolos, sise peut-être en Rouergue, au profit de l'abbaye de Saint- Antonin : le diplôme de Louis le Pieux, à la source de cette information, manque de clarté. On peut cependant supposer qu'outre ce bien, d'importance apparemment restreinte, Ermengarde en avait d'autres dans la même aire géographique, sans doute plus importants ; cela expliquerait que ses actes ou interventions concernent uniquement Saint- Antonin ou Aniane.

Judith possède en douaire des biens très dispersés : d'une part, à Mons-en-Montois non seulement la villa, « mais en fait tout le petit pays qui va devenir le Montois féodal»; d'autre part, San Salvatore de Brescia. En outre, le fait que ses missi commettent des exactions dans le diocèse de Toul semble indiquer qu'elle y avait aussi des possessions.

   
L'histoire du douaire de deux autres reines du Xe siècle fut mouvementée. Louis IV confisqua les domaines et palais royaux de sa mère Edwige, en raison de son remariage avec Herbert II de Vermandois, et les transféra à sa femme Gerberge Cette dernière posséda aussi d'autres biens importants, acquis lors de son premier mariage avec Gilbert, duc de Basse-Lorraine ; à la mort de ce dernier, ils furent pillés par Rénier, comte de Hainaut ; mais Gerberge réussit à les récupérer ; pour cela, elle aurait fait enlever la femme et les enfants de Rénier et les aurait échangés contre ses biens.

Si ces possessions leur servirent essentiellement à partir de leur veuvage, les reines purent aussi disposer tout au long de leur vie de revenus, puis d'attributions propres. Dès l'époque mérovingienne, elles reçurent le produit des redevances  qui étaient perçues sur leurs domaines. Puis, dès le début du IXe siècle, leurs attributions se précisèrent. Tout d'abord,  « Charlemagne délégua à sa femme une autorité de gestion dans ses domaines; elle eut pouvoir de commander aux intendants, aux ministériaux, au sénéchal et au bouteiller, aux services de vénerie et de fauconnerie, de veiller à l'exécution des ordres et de prendre les sanctions nécessaires ».  « le rôle que la reine jouait dans le palais était donc important ». Puis, trois quarts de siècle plus tard, Hincmar,  prescrit que l'administration intérieure du palais, à l'exception de l'entretien des chevaux, tout comme la réception des dons annuels des vassaux appartiennent à la reine et, sous ses ordres, au chambrier, pour ajouter plus loin que les dons apportés par les diverses ambassades concernent le chambrier, à moins que, sur ordre royal, il en confère avec la reine ; tout cela vise, conclut-il, à ce que le roi, déchargé des soucis domestiques sur la reine et le chambrier, puisse se consacrer totalement à l'organisation et au maintien de l'ordre du royaume.

Plus surprenant : Emma II, femme de Lothaire, aurait même disposé du droit de battre monnaie, vers 965, au même titre que des grands, le droit régalien de monnayage ayant alors en grande partie échappé au souverain.

Ainsi, la reine, sans rôle politique officiel, peut-elle être considérée comme l'auxiliaire du roi, consors regni, expression présente dans divers actes à compter de la seconde moitié du IXe siècle, spécialement à propos d'Ermentrude.

Consors regni, la reine l'est de diverses manières. Elle peut recevoir comme le roi les laudes d'une assemblée religieuse ou être représentée à ses côtés. Elle bénéficie également de prières de la part de nombreuses églises.

L'intention tripartite de la prière  fréquente à l'époque mérovingienne, a très probablement une origine liturgique. Sous les Carolingiens, ce type de formules, assez stéréotypé — bien que variant dans le détail — se développe pour prendre en compte également l'épouse du roi (conjux, dite exceptionnellement reine ou impératrice) et la descendance royale . Tout d'abord la formule est banale ; parfois, cependant, un adjectif affectueux est ajouté pour la reine dans les actes de Charles le Chauve, Peu à peu, les rédacteurs sont plus précis : ainsi sont sollicitées des prières à la fois pour Ermentrude, décédée, et Richilde, vivante Puis, à partir de Charles le Chauve, apparaissent les fondations d'anniversaires, avec dotation de biens pour les églises et mention précise des jours où les clercs devront prier pour elles : le jour de l'anniversaire de la reine est tantôt confondu avec celui du souverain, tantôt individualisé. Enfin, un diplôme de Charles le Simple du 26 mai 918, entre autres clauses, institue, en la chapelle du palais de Saint- Clément de Compiègne, un collège de chanoines chargés de prier jour et nuit pour lui et pour sa défunte femme Frérone, en en faisant mémoire pendant les vigiles, les messes et leurs autres prières

A l'instar du roi, la reine peut être « mécène », commander et posséder des manuscrits ou encore faire des présents. C'est notamment le cas d'Hildegarde qui, de concert avec Charlemagne, fait copier, à la fin du VIIIe siècle, un évangéliaire , comme le précise une mention versifiée. C'est Ermentrude qui, avec Charles le Chauve, donne un pallium portant des vers brodés au pape Nicolas Ier, pour l'autel de Saint- Paul.

Comme le roi, la reine peut disposer d'un personnel, mais bien évidemment réduit. Elle charge parfois un précepteur de l'éducation de ses enfants : ainsi, Ermengarde demande à Clément — maître de l'école du palais — de s'occuper de Lothaire ; peut-être Bernard de Septimanie et Fréculphe, évêque de Lisieux, ont-ils un rôle semblable auprès de Charles le Chauve, à l'instigation de Judith ; puis, Ermentrude confie la même tâche à Joseph — notaire de Pépin II d'Aquitaine — qui enseigne Louis II le Bègue. Frérone a auprès d'elle (sans doute à son chevet, à la fin de sa vie), deux médecins « concurrents », un Salernitain anonyme et,Deroldus (par la suite évêque d'Amiens..., peut-être le plus habile) qui se combattent à coup de poisons, ainsi qu'un chapelain et confesseur, Madelgerus. Mais surtout depuis l'époque mérovingienne, elle a dû parfois être assistée d'un référendaire, à l'image d'Ultrogothe, femme de Childebert Ier (511-558), dont le référendaire Ursicinus devint par la suite évêque de Cahors

Tout comme le roi encore, la reine possède un anneau sigillaire : c'est le cas notamment d'Arégonde, la seconde femme de Clotaire Ier (mort en 561) et, pour la période considérée ici, sans doute de Richilde Mais, alors que l'anneau du souverain est utilisé pour sceller les actes intitulés à son nom, la reine n'y recourt, semble - t-il, qu'à titre privé (fermeture de lettres missives, scellement de coffres).

Un fait doit cependant être souligné. Au cours des IXe et Xe siècles, pris en compte ici, la plupart des reines moururent avant leur mari : Ermengarde, femme de Louis le Pieux, le 3 octobre 818 ; Ermentrude, femme de Charles le Chauve, le 6 octobre 869, peu après leur séparation (été 867) ; Frérone, femme de Charles le Simple, le 10 février 917. Quant à Judith, elle mourut le 20 mars 843, donc peu après Louis le Pieux. Or, c'est à partir de leur veuvage, que les reines délivrèrent dans la période suivante la grande majorité de leurs actes, traces de l'administration de leurs domaines. En réalité, ce fait transcende certainement les époques et explique, du moins en partie, la pauvreté de nos sources.

Les divers actes réginaux, connus le plus souvent seulement par des mentions, ont pour destinataires uniquement des établissements religieux, de localisation géographique fort variée


L'activité, le rôle des reines, tels que je viens de les examiner grâce aux actes intitulés à leur nom ou à la correspondance qu'elles ont pu entretenir, se manifestent aussi d'une manière éclatante par leurs diverses et très nombreuses interventions pour des grands ou au profit d'églises.

Les reines interviennent de diverses manières, pour des motifs différents, ainsi qu'à diverses étapes de l'élaboration des actes.

Il convient de souligner tout d'abord que les reines agissent comme proches du pouvoir royal. Toutefois, un acte de Lothaire et de Louis V pour l'église de Paris qualifie Emma II de « fidèle » et la met sur le même plan que le duc des Francs, Hugues Capet-

Cinq reines des IXe et Xe siècles interviennent très fréquemment auprès du souverain : ce sont Judith (onze fois), Ermentrude (douze fois, plus une fois auprès d'Hincmar de Reims), Adélaïde Ire (quinze fois, soit trois fois auprès de son mari

Elles mènent leurs démarches, soit seules, soit en compagnie de grands, laïques ou clercs-

Seules, elles agissent d'ordinaire pour le compte d'églises, situées dans leur zone d'influence (par exemple Judith auprès de Louis le Pieux pour l'abbaye alsacienne de Hohenburg), à moins que ce ne soit celle de leur famille (par exemple Emma Pe auprès de Raoul de Bourgogne pour les églises bourguignonnes de Saint- Martin d'Autun et de Cluny) ; les églises bénéficiant de leur soutien peuvent être également proches de leurs domaines (c'est le cas des églises de Marmoutier et de Ferrières, auxquelles Judith prête son aide). C'est parfois aussi l'intérêt familial qui les guide, que leur fils soit le bénéficiaire de la faveur royale (entre autres, Ermentrude intervient auprès de Charles le Chauve pour l'abbaye de Saint- Germain d'Auxerre, dont son fils Lothaire le Boiteux est abbé) ou encore que le roi, bien jeune pour gouverner, profite ainsi des conseils de sa mère (par exemple Adélaïde Ire joue ce rôle auprès de Charles le Simple).

Fréquemment, elles agissent aussi de concert avec d'autres dignitaires. Parfois, elles peuvent même accompagner la même personne — peut-être leur parent — à plusieurs reprises pour traiter de diverses affaires : ainsi, Ermentrude et Erchanré, évêque de Châlons-en-Champagne, obtiennent, le 12 août 859, deux diplômes de Charles le Chauve, restituant divers biens à l'église de Châlons, puis contribuent, le 26 octobre 862, à la fondation de l'abbaye de Saint-Urbain-sur-Marne et, le 22 novembre 864, à la création d'un atelier monétaire à Châlons-

Des intérêts particuliers, des relations personnelles de longue date ou occasionnelles sont donc à l'origine des interventions des reines.

Les reines interviennent de diverses manières. Des communautés religieuses peuvent leur confier la tâche de présenter au souverain les actes anciens, dont elles sollicitent la confirmation ; par exemple, Judith apporte à Louis le Pieux à trois reprises un diplôme de Charlemagne, délivré respectivement en faveur de Saint-Martin de Tours de l'abbaye de Hohenburg -.

Enfin, à compter du milieu du Xe siècle, on trouve des diplômes royaux délivrés avec le consentement de la reine : indice, entre autres, de l'affaiblissement du pouvoir royal. En l'occurrence, Gerberge approuve, en 949, le remplacement des religieuses d'Homblières par des moines puis, avant 954, la restitution de la villa de Corbeny à Saint- Rémi de Reims et la réforme de l'abbaye de Saint-Basle de Verzy.

En conclusion, il est clair que les IXe et Xe siècles voient une transformation importante du statut et du rôle des reines de France. Du roi, elles reçoivent des attributions assez précises qui leur confèrent un pouvoir notable sur le gouvernement intérieur du palais. Elles disposent sûrement d'un personnel — même s'il est réduit et de ressources assez importantes qui leur permettent de développer un certain mécénat, puis de subvenir à leurs besoins en cas de veuvage. Certes, cet état n'est pas très fréquent pour elles à cette époque et explique en partie le nombre restreint d'actes qu'elles ont pu délivrer, essentiellement pour l'administration de leur douaire. Certes, l'anneau sigillaire qu'elles peuvent posséder ne leur sert pas au scellement de ces actes, mais plutôt à un usage privé. Pourtant, elles entretiennent une correspondance assez soutenue avec d'importants personnages et sont en contact avec des dignitaires, laïques ou clercs, pour lesquels elles interviennent fréquemment. Ainsi, les reines des IXe et Xe siècles, à la charnière de la royauté et des grands, jouent un rôle important — voire essentiel-dans les affaires de l'Etat-

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