Religion nordique

 

 Les scandinaves ne donnaient pas de nom à leur culte avant l'arrivée du christianisme. Suite à l'arrivée des missionnaires chrétiens en Scandinavie tels qu'Anschaire de Brême vers 829 et le roi Harald Ier de Danemark qui réussit à imposer le christianisme dans son pays vers 960, les textes médiévaux de Scandinavie mentionnèrent le terme forn siðr pour désigner la religion originelle de ces peuples. L'expression signifie littéralement « ancienne coutume, ancienne pratique » en vieux norrois.

Carte montrant les différences régionales de culte en scandinavie vers 900, déterminées par les noms de lieu et les données archéologiques. En bleu les régions dominées par le culte des Vanes, en rouge celles où prédominentThor, Odin et les autres Ases, en violet les zones de coexistence. les points verts sont les noms de lieu dérivés d'Odin - d'après Erik Christiansen, The Norsemen in the Viking Age, Blackwell, 2002

 

 

« Ils (germains du nord) n’ont ni druides qui président au culte des dieux, ni aucun goût pour les sacrifices, ils ne rangent au nombre des dieux que ceux qu’ils voient et dont ils ressentent manifestement les bienfaits, le soleil, le feu, la lune. Ils n’ont même pas entendu parler des autres »— César dans De Bello VI, 21

« Ils répugnaient à présenter leurs Dieux sous formes humaines, il leur semble peu convenable à la grandeur des habitants du ciel, ils leurs consacrent les bois, les bocages et donnent le nom de Dieux (et Landvaettir) à cette réalité mystérieuse que leur seule piété leur fait voir » « Aucun de ces peuples ne se distingue des autres par rien de notable, sinon qu’ils ont un culte commun pour Nerthus c'est-à-dire la Terre Mère, croient qu’elle intervient dans les affaires des hommes et circule parmi les peuples » »— Tacite. Germania IX, 3

Les textes constituant la mythologie nordique ont été rédigés par des clercs ou des hommes issus d'une formation cléricale. La question de l'interpretatio christiana est souvent débattue pour savoir à quel point ils ont ré-inventé la mentalité des vikings deux ou trois siècles après leur disparition. « l'Église apportait dans ses bagages toute une magie biblique ou orientale fatidique que l'on attribua à tort aux Vikings » et « tous les documents islandais anciens sont écrits sur palimpsestes, il faut gratter l'apport continental chrétien pour tenter de retrouver l'authenticité scandinave (et germanique) ancienne ». 

Les historiens et les archéologues nous mettent en garde à de nombreuses reprises, les sources de la mythologie nordique sont impures et « il faut donc garder constamment ses distances envers ce texte trop beau pour être vrai ».

 

 Les auteurs des textes sur la mythologie nordique subirent des apports extérieurs et une grande multiplicité d’influences comme les textes scythe, gréco-latins, celtiques, slaves, finno-ougriens, nord orientaux (« chamanistes ») et chrétiens De là viennent sans doute les analogies des Nornes avec les Parques, des Valkyries avec Apsaras, de Tyr avec Mars, d'Odinn avec Mercure, de Loki avec Lug, ou encore de Fjorgyn avec Perkun. Les Nornes et leur destin immuable sont vues comme une invention chrétienne associant Urd (le nom d'une source), Skuld (le nom d'une Valkyrie), et Verdandi (seule la Voluspa cite ce nom). Pour Jean Renaud, « Urd était probablement la plus authentique des trois, à laquelle on aurait associé par la suite les deux autres ». Bon nombre des êtres surnaturels de la mythologie nordique sont adoptés sur le tard lors de la christianisation, et certains sont apportés par l'Église. On les soupçonne de suivre quelques grands modèles célèbres dans tout le Moyen Âge, comme Isidore de Séville ou tout simplement la Bible.

 

 L'Islande devenue chrétienne, l'Église ne badine pas plus là qu'ailleurs sur la stricte observance de ses lois. Les Vikings avaient une écriture Runique, ils voyageaient et commerçaient beaucoup et connaissaient le papier, le parchemin et autres supports d’écritures. Pourtant nous sommes confrontés à une quasi absence d’écrits (inexistants ou détruits) en dehors de gravures sur pierres. Les chercheurs supposent que ces croyances ne reposent que sur une longue tradition orale. Seules certaines pierres à inscriptions runiques auraient échappées à la destruction car elles comportaient des signes religieux chrétiens comme la pierre de pierres de Jelling, où des inscriptions neutres. Certains pensent à des autodafés chrétiens. La rédaction deux siècles après l’âge Viking, donne latitude à l’Église, d’entreprendre un travail patient et opiniâtre d’éradication, bien connu d’autre part. Elle s’efforçait de dévaluer les croyances et pratiques menaçant la doctrine chrétienne, les dieux passent à l’état de diables, ou subtilement ils se retrouvent ridiculisés. (Harbardsljod ou la Lokasenna). Ou les dieux ne sont plus que de simples humains divinisés, ainsi ils périssent lors du combat final (Voluspa, ragnarök…)  .

Selon Olaus Magnus, un ecclésiastique catholique actif au cours du XVIe siècle à Uppsala, en Suède, il y avait beaucoup de livres écrits avec des runes comme le Codex Runicus dans d'importants centres religieux suédois, comme à Skara et d'Uppsala, avant leurs destructions lors de la Réforme protestante.

Codex Runicus 

Le Codex Runicus est un manuscrit de 202 pages dans une variante de la jeune futhark (alphabet runique) écrit vers l'an 1300 qui comprend la plus ancienne des lois de la province nordique, Scanian Loi (Skånske LOV), à l'origine relative à la terre danoise Scania (Skåneland) et plus tard à un ensemble de régions du Danemark, y compris Zélande. Le Codex Runicus est un des rares textes runiques sur parchemin. Sur le manuscrit, les initiales sont peintes de couleurs différentes et les rubriques sont en rouge. Chaque rune correspond à une lettre de l'alphabet latin.
Le Codex Runicus est considéré par la plupart des érudits comme un revival (renouveau) nostalgique ou utilisation des runes. Il ne serait pas une étape naturelle de l'écriture runique nordiques (culture de l'ère viking) au manuscrit médiéval (culture latine).

 

une page du codex runicus

 

Certains historiens ont estimé qu'il était possible que le Codex soit la partie restante d'une ancienne importante collection de manuscrits scandinaves runiques, effacée au cours de la destruction de monastères et de bibliothèques qui ont suivi la Réforme protestante. Le soutien à cette idée a été trouvé dans les rapports rédigés par Olaus Magnus, un ecclésiastique catholique actif au cours du xvie siècle à Uppsala, en Suède, ayant fui le pays en raison de la Réforme. Selon Olaus Magnus, il y avait beaucoup de livres écrits avec des runes dans d'importants centres religieux suédois, comme Skara et d'Uppsala, avant la Réforme. D'autres historiens ont mis en doute l'exactitude de son rapport.


Les Eddas

L'Edda poétique est un ensemble de poèmes en vieux norrois rassemblés dans un manuscrit islandais du xiiie siècle, le Codex Regius. C'est aujourd'hui la plus importante source de connaissances sur la mythologie scandinave. On l'appelle aussi ancienne Edda ou Edda Sæmundar, en référence à Sæmundr Sigfússon dit Saemund le sage, à qui fut attribuée la rédaction du codex.  

L'Edda poétique tombe dans l'oubli puis est redécouverte en Islande par le pasteur luthérien Brynjölfur Sveinsson en 1643. Il offre le manuscrit ( baptisé Codex Regius ) au roi du Danemark. C'est à cette époque que l'on attribue la paternité de ce recueil à Sæmundr le sage. Conservé à la librairie royale de Copenhague, le manuscrit est restitué à l'Islande en 1971

 

 

 

À l’heure actuelle, on ne sait pas à qui attribuer le travail de collecte des poèmes renfermés dans le manuscrit. Il s’agit d’un recueil anonyme d’une trentaine de chants et de poèmes qui ont été composés entre le viiie siècle et le xiiie siècle. Les poèmes les plus anciens furent vraisemblablement composés par les scaldes, qui se les transmirent par tradition orale. Aucun poème n’est attribué à un auteur particulier même si cela n’empêche pas les universitaires de spéculer parfois sur les auteurs de certains poèmes.

 Le nombre des poèmes qui composent l'Edda est variable suivant les éditions qui publient le recueil. Certains poèmes ne font pas partie du Codex Regius mais sont supposés faire partie de l'Edda.

Sans doute rédigée à partir de 1220 par le poète, historien, mythographe et homme politique islandais Snorri Sturluson, l’Edda ou Edda de Snorri (Snorra Edda en vieux norrois, langue dans laquelle elle est rédigée), également connue sous les noms d’Edda en prose et de Jeune Edda, se veut d’abord un manuel de poésie scandinave traditionnelle, la poésie scaldique. Mais c’est aussi et surtout une présentation complète et organisée de la mythologie nordique, qui en fait l’un des chefs-d’œuvre de la littérature médiévale et un classique de la littérature islandaise. L’Edda a joué un rôle majeur dans la redécouverte de la mythologie germanique au XVIIIe siècle et elle a servi de base, au siècle suivant, aux premiers travaux de recherche sur le sujet. Elle constitue en effet la principale source de notre connaissance de la mythologie nordique, sans laquelle de nombreux autres témoignages resteraient incompréhensibles. Composée plus de deux siècles après la fin du paganisme en Islande, marquée par la culture chrétienne et la créativité littéraire de son auteur, elle doit toutefois être maniée avec prudence, la fiabilité de son témoignage étant depuis plusieurs décennies l’objet d’un débat entre chercheurs.

 Attribution de l’Edda à Snorri Sturluson

 Snorri Sturluson est né en 1179 en Islande. Membre de la puissante famille des Sturlungar, il est élevé à Oddi, alors l’un des principaux centres culturels islandais. Grâce à des alliances, il acquiert une fortune et un rôle politique croissants. De 1215 à 1219, il est titulaire de la plus haute fonction en Islande, celle de lögsögumad (président de l’Althing). En 1218, il est invité à la cour de Norvège par le jeune roi Hákon IV. Il y passe deux ans, aux côtés du roi et de son oncle, le jarl Skuli, alors régent. Snorri s’engage à favoriser les visées norvégiennes sur l’Islande. À son retour, ce projet lui vaut de nombreux ennemis et, après son échec, sa disgrâce auprès du roi. L’Islande entre alors dans une période d’exacerbation des rivalités entre les principaux clans de l’île. Snorri en est la victime en 1241, assassiné sur ordre du roi Hákon. L'attribution de l’Edda à Snorri est depuis longtemps établie par plusieurs sources convergentes

. Le Codex Upsaliensis en particulier commence par les phrases suivantes : « Ce livre s'appelle Edda. Snorri Sturluson l'a compilé de la façon dont il est arrangé ici. »

Les quatre parties de l'Edda

Il est généralement admis que c'est le Háttatal qui a été composé le premier, lorsque Snorri revint de son séjour à la cour de Hákon. Il aurait ensuite ressenti la nécessité d'expliquer cet autre aspect essentiel de la poésie scaldique que sont les heiti et les kenningar et rédigé le Skáldskaparmál . Enfin, le contenu fréquemment mythologique des kenningar l'aurait convaincu de la nécessité d'écrire une présentation d'ensemble de la mythologie nordique : la Gylfaginning.

Prologue

Le Prologue de l'Edda, dont l'attribution à Snorri est contestée, présente les dieux d'une façon évhémériste dans un cadre d'inspiration chrétienne et classique Le Prologue débute par une explication du paganisme d'un point de vue chrétien. Il évoque d'abord plusieurs épisodes de la Genèse : la création par Dieu du ciel et de la terre, l'apparition d'Adam et Ève, le déluge et l'arche de Noé. Mais les hommes cessèrent d'obéir aux commandements divins, et oublièrent jusqu'au nom de Dieu. Toutefois, l'observation des forces naturelles les amena à vouer un culte à la terre, puis à déduire l'existence d'un être créateur. L'un des rois qui régnaient à Troie, se nommait Múnón ou Mennón. Il avait épousé une fille du roi Priam et eut d'elle un fils nommé Trór, « que nous appelons Thor ». Il fut élevé en Thrace par Lóríkus. Il était beau et fort et, quand il eut douze ans, il tua son père adoptif et s'empara de son royaume. Puis, il voyagea et vainquit des berserkir et des géants, un dragon et d'autres bêtes sauvages. Il épousa une prophétesse nommée Síbíl, « que nous appelons Sif ». Au-delà de la référence à Troie, l’influence classique est révélée par le parallèle que Heinz Klingenberg a tracé entre Trór / Thor et le héros troyen Énée, plusieurs traits du personnages de Trór et de nombreux épisodes de sa vie apparaissant démarqués de l’Énéide de Virgile notamment. Dix-huit générations plus tard naquit Vóden, « que nous appelons Odin », homme d'une grande sagesse et possédant de nombreux dons. Son épouse se nommait Frígídá, « que nous appelons Frigg ». Odin, qui avait le don de voyance, apprit qu'il devait se rendre dans le nord. Aussi quitta-t-il la Turquie avec une suite nombreuse. Supérieurs en beauté et en sagesse aux autres hommes, les Ases (ainsi nommés car ils venaient d'Asie) furent bientôt considérés comme des dieux car, en chaque endroit où ils séjournaient, la paix et la prospérité les accompagnaient. Odin établit ses fils à la tête des contrées traversés : trois d'entre eux se partagèrent la Saxe (parmi leurs descendants figurent notamment Baldr et Fródi, mais aussi Rerir, l'ancêtre des Völsungar) ; Skjöld, dont sont issus les Skjöldungar, gouverna le Danemark ; Yngvi, ancêtre des Ynglingar, régna en Suède, où Odin fonda sa capitale après que le roi Gylfi lui eut offert le pouvoir ; Sæming enfin dirigea la Norvège.

 

La Gylfaginning

 La Gylfaginning (« Mystification de Gylfi » en vieux norrois) prend la forme d’un dialogue entre le roi Gylfi et trois personnages régnant sur Ásgard. Leur entretien sert de cadre à une présentation cohérente de la mythologie nordique. Le roi Gylfi régnait en Suède. Il offrit un jour à une vagabonde qui l’avait distrait une partie de son royaume, aussi grande que ce que quatre bœufs pourraient labourer en un jour et une nuit. Mais cette vagabonde était une Ase, Gefjon. Les bêtes de trait qu'elle employa étaient en réalité les enfants qu’elle avait eus avec un géant. Elles labourèrent si bien le sol qu’une portion de territoire se détacha, formant l’île de Seeland. Surpris du pouvoir des Ases, Gylfi se demanda s’il ne provenait pas des dieux qu’ils révéraient. Aussi se mit-il en route pour Ásgard. Quand il arriva, il découvrit une halle gigantesque, la Valhöll. Il fut introduit auprès des maîtres des lieux : Haut, Également-Haut et Troisième. Gylfi les interrogea alors sur leurs dieux. Au terme de ce questionnement, Gylfi entendit un grand bruit. Lorsqu’il regarda autour de lui, la halle avait disparu : il avait été le jouet d’une illusion. En réponse aux interrogations de Gylfi, ses hôtes racontent d’abord l’origine du monde, la naissance des premiers dieux et l’apparition de l’homme. Il est ensuite question du frêne Yggdrasil, ce qui permet d’évoquer notamment la source de Mimir et les Nornes. Vient ensuite une présentation successive des différents dieux, d’Odin à Loki, dont les trois enfants monstrueux (Fenrir, le serpent de Midgard et Hel) sont présentés. Les déesses et les Valkyries sont aussi évoquées. La Valhöll est ensuite décrite, puis les Einherjar. Sont également racontées l’origine du cheval Sleipnir et donc la construction d’Ásgard. Gylfi demande alors à ses interlocuteurs si Thor a jamais rencontré plus fort que lui. Ceux-ci, réticents, sont toutefois contraints de raconter son voyage chez Útgardaloki. Il est ensuite question de la revanche de Thor sur le serpent de Midgard lors de son voyage chez Hymir. Ce sont ensuite la mort de Baldr et le châtiment de Loki qui sont racontés. Survient alors le récit du Crépuscule des dieux, et enfin l’évocation de la naissance d’un monde nouveau.

Le Skáldskaparmál

Thjazi et Loki.

. Dans le Skáldskaparmál ou Skaldskaparmal (« Dits sur la poésie »), des listes de kenningar et de heiti sont l'occasion de rapporter de nombreux récits mythologiques et héroïques et de citer plusieurs poèmes scaldiques. Le Skáldskaparmál a pour cadre un somptueux banquet donné par les Ases en l'honneur d'Ægir, ici présenté comme un magicien venu de l'île de Hlésey. Lors du repas, Bragi, le dieu de la poésie, fournit à son voisin de table de longues listes de heiti et de kenningar, et lui raconte de nombreuses histoires permettant d’en expliquer l’origine. Certaines de ces histoires appartiennent à la mythologie : l'enlèvement d'Idun par Thjazi, et comment Skadi se choisit Njörd pour époux, l’origine et le vol de l'hydromel poétique, les combats de Thor contre les géants Hrungnir et Geirröd ou encore la fabrication des objets précieux des dieux. D’autres sont relatives à des héros ou à des rois légendaires : Snorri résume ainsi toute l’histoire de Sigurd et des Völsungar. Il évoque aussi les rois Fródi et Hrólf kraki, ainsi que la Hjadningavíg. Les kenningar qui figurent dans le Skáldskaparmál sont empruntées à d’anciens scaldes. Parfois, Snorri ne se contente pas de citer une kenning, mais rapporte aussi de longs extraits de poèmes permettant de l'expliquer : la Haustlöng de Thjódólf des Hvínir, la Thórsdrápa d'Eilíf Godrúnarson et la Ragnarsdrápa de Bragi Boddason sont ainsi reproduites. Est également intégré au Skáldskaparmál un poème considéré comme faisant partie de l'Edda poétique bien qu'il ne figure pas dans le Codex Regius : le Gróttasöngr. Le Skáldskaparmál comprend aussi des listes de heiti. Sa dernière partie se présente sous forme de thulur (listes de noms et heiti versifiées et utilisant des moyens mnémotechniques) : sont ainsi présentées les différentes manières de désigner les dieux, les géants, les hommes et les femmes, la bataille et les armes, et enfin les éléments naturels.

Le Háttatal

 Le Háttatal (« Dénombrement des mètres ») est d'abord un poème de louange en l'honneur du roi Hákon et du jarl Skuli. Conventionnel sur le fond - il loue la gloire, le courage et la générosité des deux hommes - il se distingue en revanche par sa forme : ses 102 strophes illustrent les cent mètres différents qui peuvent être utilisés par les scaldes. Chacune est accompagnée d'un commentaire stylistique, ce qui fait de cette partie de l’Edda un manuel de métrique scaldique.

Modèles

 Les trois principales parties de l’Edda prennent la forme de dialogues didactiques. L'origine de cette présentation est à rechercher tant du côté de manuels médiévaux en latin comme l’Elucidarius (traduit en vieux norrois au XIIe siècle) que de poèmes eddiques tel que, particulièrement, le Vafthrúdnismál qui, tout comme la Gylfaginning, se présente comme un concours de sagesse dont le vaincu ne sortira pas vivantl

 

Les divinités

Déesse mère

Régis Boyer met en exergue une croyance ancestrale en une grande déesse mère de la création et de la vie, en harmonie avec les forces et les éléments naturels qui régissent l’univers, et à qui ils ont donné par la suite une représentation anthropomorphe.

À l’origine « les pères des Vikings » croyaient en une Déesse Mère et aux grandes forces naturelles que sont le soleil, l'eau, la terre, l'air, le feu et la vie, qu’ils ont représentés plus tard par la création d’un panthéon qui compte notamment Odin (Yggr, le redoutable), Odr (fureur) Thor (tonnerre), Jord (terre), Frigg, Freyja (femme), Fjörgyn (il/elle, qui favorise la vie), Sol (la soleil), Máni (le lune), Baldr et Freyr, (seigneur), Surtr (noir du feu), Mimir (mémoire), Bragi (parangon), Logi/Loki (flamme), ... et le grand arbre Yggdrasill. Les Landvaettir sont les esprits tutélaires des lieux naturels tels que les collines, arbres, cascades, pierres... La tête de monstre sculptée sur la proue des bateaux vikings était faite à leur intention, afin d'épouvanter les Landvaettir des pays à investir. Il convenait de l'enlever avant d'arriver en pays ami. La Grande Déesse Mère constitue un point capital dans les croyances des anciens scandinaves et germains.

 

Les cultes

Les anciens scandinaves et germains ont une totale liberté de pensée et de croyance. Leur langue ne dispose pas de vocable pour « religion », le mot approchant serait « seydr, sejdr ou sidr » : coutume, ensemble de pratiques, magie, médecine... activités principalement féminines. Leurs croyances ne possèdent aucun crédo, pas de prières à proprement parler,« pas de prêtres, ni ordre religieux, ni temples, point de délire imaginatif ou de longues méditations rêveuses », sans foi, sans dogmes. Le chef de famille ou du clan procède aux cérémonies, naissances, mariages, décès... et fait office de godi, sorte de « prêtre temporaire ». Certains de ces godis se muèrent en prêtres officiels chrétiens, surtout en Islande.

 

 

Destin

Les Vikings n’ont pas une conception du destin immuable. Quels que soient les projets de leurs dieux, les anciens scandinaves et germains demeurent libres et croient en leur capacité d’infléchir leurs dieux et de forcer le destin, pour le modifier, car ils croient à la chance (gaefa), à leurs talents, à leur force et volonté, à leur capacité de réussite, et aussi à l'appui de leurs ancêtres: ce qu’ils nomment « eiginn mattr ok megin ». Pragmatiques, ils ne sont en aucun cas des fatalistes subissant un destin. Ce sont avant tout des combattants et des hommes libres qui décident de leur sort au risque de déplaire aux dieux. Ils croient à la magie ou plutôt au sentiment de la présence constante du surnaturel et à la divination pour percer les projets de leurs ennemis, des dieux et des forces tutélaires, afin de changer le cours des évènements, et d'anticiper sur le destin, donc de le modifier, car rien n'est écrit définitivement.Ils sollicitent les forces, les dieux et leurs ancêtres qui leurs répondent dans leurs songes "mik dreymdi, at Freyja" (exemple : Freyja m'a rêvé que...)-

Il n'y a pas de destin que leur volonté ou l'aide de leurs dieux ou de leurs ancêtres ne puisse modifier, car les scandinaves étaient des hommes d’actions prisant les valeurs d’actions, et on leur fait tort en les accablant de pratiques et de concepts dont, sans aucun doute, ils eussent été fort empêchés.

La question des croyances des anciens scandinaves et germains se retrouve dans la formulation de Gauka-Thorir, qui se retrouve dans d'autres textes, « hann trudi a sinn eiginn matt ok megin » :

« Nous autres camarades n’avons pas d’autre croyance qu’en nous-mêmes et en notre force et capacité de victoire, et cela nous suffit amplement »— Gauka-Thorir, chapitre CCI Olafs saga hins Helga

Cette formule a parfois été interprétée comme une forme de scepticisme ou d'irréligion. Des études récentes ont montré qu'elle soulignait au contraire « la participation au sacré qui justifiait qu'un homme se sentît fondé à dépasser les dieux anecdotiques, si l'on peut dire, et à ne croire qu'en lui-même, c'est-à-dire en sa propre capacité de chance et de réussite puisque celles-ci lui venaient des puissances divines. En conséquence, la formule dont nous sommes partis, loin d'être une profession de scepticisme, était un acte d'adoration implicite ! »

 

Place de la femme

La femme viking tenait un rôle très important. On rencontre dans les textes un nombre élevé de déesses et de créatures surnaturelles féminines (nornes, valkyries, Dises, Haminjur... Il est possible qu'il s'agisse de résurgences du culte ancestral de la Grande Déesse Mère qui a la période viking prend le nom de Fri, Fiia, Frea, Freyja (bien aimée) (elle est la douce chaleur du soleil, la déesse de la vie mais aussi de la mort qui accueille la moitié des guerriers, d’où l'une de ses hypostases : Hel (helja : accueillir, cacher), elle est aussi la déesse guerrière, mais il est également possible qu'il s'agisse de l'influence, dans les textes mis par écrit par les clercs, du développement à partir du XIIe siècle du culte chrétien de la Vierge Marie sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux-.

 

Rapport avec les autres et la nature

Les scandinaves et les germains du Nord, jusqu'à la période viking incluse, ne pratiquaient pas de sacrifices humains, cette rumeur est une invention chrétienne pour les diaboliser selon Régis Boyer. La « peine de mort » n'existait pas non plus et les Havamal le disent, « un mort n'est utile à personne ». Pour les crimes les plus graves, on prononçait le bannissement pour trois ans (fjörbaugsgardr). Le mot blót est un sacrifice au sens « Vénération ». Avant de consommer une boisson, un aliment végétal ou animal on verse symboliquement un peu de liquide, d'aliment ou de sang de l'animal pour remercier les forces naturelles, la terre nourricière ou les dieux : pour la nourriture, les bienfaits, les interventions passées ou à venir, pour solliciter. C'est l'occasion pour faire un drekka minni en l'honneur des Landvaettir, des Ancêtres, des forces naturelles ou des dieux. Ils ont avec les puissances naturelles et les dieux un rapport de « donnant donnant ».

 

Place des animaux

La plupart des dieux et déesses ont leurs animaux, et ces derniers possèdent un statut particulier dans les croyances.

Cheval

 

 

                                                                           Sleipnir,le cheval d'Odin

 

L'importance du cheval dans les textes fondateurs et les sagas mythologiques semble refléter la grande valeur qu'il possédait, comme l'attestent également les rituels liés à son sacrifice et à la consommation de sa viande, qui étaient censés apporter protection et fertilité tandis que ses ossements sont utilisés comme instruments de magie noire dans les sagas. La lutte contre les traditions et les rituels comme la consommation de viande de cheval fut un élément capital dans la christianisation des régions qui pratiquaient historiquement la religion nordique, comme la Germanie et l'Islande. Parmi les chevaux célébrés par les textes fondateurs figurent celui d'Odin, Sleipnir, qui possède huit jambes et peut voler.

Ours

 

L'ours possède une place très importante dans l'histoire des peuples germaniques et scandinaves à l'époque du paganisme nordique, admiré et vénéré pour sa force, son courage et son invincibilité, considéré comme le roi des animaux, il était l'attribut des puissants et l'objet de rituels ayant pour but de s'approprier ses pouvoirs. Il était également l'attribut des berserkir. Il était d’usage d’offrir un ourson aux rois. Ingimund l’ancien offrit un ours polaire au roi de Norvège vers l'an 900. Isleif, le premier évêque d'Islande, en offrit un à l'empereur d'Allemagne vers l'an 1050. Un conte en vieux norrois a pour titre « Auðunn et l'ours » (Auðunar þáttr vestfirzka).

 

Loup

Dans l'ancienne Germanie, comme chez les Gaulois, les guerriers se nourrissaient de loups pour acquérir ses qualités que sont la force, la rapidité et l'endurance. Ce rituel permettait de donner du courage aux combattants en les plaçant sous la protection des loups. Les Winnilis, nom d'un peuple de Germains signifie "les loups". Ils ne s'appelaient donc pas hommes mais loups. On retrouve le loup dans les textes fondateurs, où Odin possède les deux loups Geri et Freki (Vorace et violent), ainsi que le gigantesque loup Fenrir (« habitant des marais ») né de l'union de Loki et la géante Gerbauda.

 

Corbeau

Hugin (la pensée) et Munin (la mémoire) sont deux corbeaux, messagers d'Odin, qui parcourent le monde et viennent murmurer à leur maître ce qu'ils ont vu et entendu.

Chats

Le chat était l'un des animaux favoris des Vikings[. Il était d’usage d’offrir des chatons lors des mariages. Un auteur, Diana Paxson dans son roman Brisingamen a attribué les noms poétiques Tregul ("Arbre d'or, ou jaune) et Bygul ("Abeilles d'or, ou de miel) à des chats de Freyja. « Tendresse » et « Amour maternelle » sont les chats de Freyja. Ils sont ailés, de grande taille, et ils tirent son char.

Chiens

Les chiens bénéficient d’une grande estime comme animaux de compagnie ou de travail. Il est fréquent de retrouver ces compagnons dans des tombes, enterrés aux côtés de leurs maîtres. Le chien qui garde le royaume des morts se nomme Garmr ou Garm.

Boucs

Thor a deux boucs qui tirent son char Tanngrisnir et Tanngnjóstr (Dents grinçantes et Dents étincelantes). Il lui est arrivé d'être contraint de les manger, mais il pris soin de conserver les os pour les ressuciter.

 

Sangliers


 

 

Sæhrímnir est le sanglier consommé chaque nuit par les Einherjar dans la Valhöll. Il est ramené à la vie afin de servir à nouveau de repas le jour suivant. Hildisvíni (sanglier de la bataille) est la monture de Freyja lorsqu’elle n’est pas sur son char tiré par ses deux chats.Freyr possède également un verrat Gullinbursti (aux soies d'or) ou Slidrugtanni (aux défenses redoutables). Il court plus vite que n'importe quel cheval de jour comme de nuit, dans les airs et sur la mer et ses soies illuminent la nuit la plus sombre.

 

 

L'explication évhémériste des mythes païens

L'Église a tâché de ravaler les anciens dieux au rang de démons. Snorri et Saxo Grammaticus s’efforcent de reconstituer un panthéon organisé autour de quelques grands dieux en se contredisant souvent et parfois gravement, et proposent une explication évhémériste des dieux païens  : dans les prologue de son Edda et de la Heimskringla, Snorri « nous explique que les dieux ne sont que des hommes d'autrefois, des magiciens de préférence, qui ont été progressivement divinisés, Saxo Grammaticus ne dira rien d'autre, lui aussi » . Cette explication se retrouve dans d'autres textes comme la Saga des Troyens, mélant l'origine pseudo-étymologique des Ases en Asie, au mythe des origines troyennes des peuples scandinaves (Troie étant en Asie mineure).

 

Néopaganisme

La foi scandinave, nommée par certains Ásatrú ou parfois Odinisme, a été reconstituée avec plus ou moins de succès, et certains pays acceptent désormais de la compter parmi les religions officielles. C'est le cas de l'Islande, la Norvège, la Suède, le Danemark.

 

 

Source : Régis Boyer, le Christ des Barbares, éditions du CERF, 

Commentaires (1)

1. Carlos 12/01/2012

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