Le shintoïsme :religion du Japon

 

 

 

 

temple shintoïste

statues shintoïstes

mont Fudji,montagne sacrée pélerinage à Isé Le shintoïsme est essentiellement polythéiste. Le concept majeur du shintoïsme est le caractère sacré de la nature. Le profond respect en découlant définit la place de l'homme dans l'univers : être un élément du grand tout. Ainsi, un cours d'eau, un astre, un personnage charismatique, une simple pierre ou même des notions abstraites comme la fertilité peuvent être considérés comme des divinités.

 

 Comme dans beaucoup de systèmes religieux, le shintoïsme développe l’idée d’une réalité supérieure, ou « divine ». Cette réalité est peuplée d'une multitude d'êtres appelés kami. Par certains aspects, le panthéon shintoïste ressemble à ceux d’autres religions anciennes. Toutefois, par d’autres traits, les dieux et les déesses vénérés rappellent ce que d’autres systèmes religieux qualifieraient de figures héroïques plutôt que divines. En effet grand nombre de kami sont beaucoup plus humains que les dieux et déesses d’autres religions, et dans certains cas, ils prennent une forme humaine.

 

Les Kamis

 Les kamis les plus largement connus sont les dieux et déesses anthropomorphiques apparus durant ce que les textes anciens appellent « l'âge des dieux ». Ce temps des origines, quand les divinités vivaient sur la terre avant d'instaurer le règne de leurs descendants mortels (les empereurs) et de se retirer dans leurs domaines célestes, est raconté dans les récits épiques du Kojiki et du Nihon Shoki , de même que l'histoire des dieux et déesses du shintō. La plus importante divinité engendrée par Izanagi  et Izanami fut la déesse solaire (kami célestes) et les kunitsukami ( kami terrestres). Amaterasu fait partie des premiers, tandis que le populaire Ōkuninushi (en) , ), le dieu gardien du Japon et de ses empereurs, fait partie des seconds. D'autres dieux notables sont Inari le dieu du riz et de la fertilité, Hachiman le dieu guerrier, ainsi que les Sept Dieux du bonheur dont Daikokuten, Ebisu , Benten , et Bishamonten qui sont très populaires. Les entités bouddhistes ont aussi été incorporées au panthéon shintō. Ainsi, le fondateur du bouddhisme, le prince Gautama, est vénéré comme Bodhisattva et kami. Le bouddhisme et le shintoïsme s’interpénètrent donc (même si à l’origine le Bouddha shakyamuni avait expliqué qu’il ne fallait pas vénérer de dieux).

 

Amaterasu

 Un kami serait donc tout être, toute entité supérieure à l'homme par sa nature. Sont kami, en effet, non seulement certaines forces naturelles personnalisées : le Soleil, la Lune, le typhon, et bien d’autres encore, mais plus généralement tout ce qui apparaît mystérieux ou redoutable parmi les êtres inanimés comme les arbres, les montagnes, les mers, les fleuves, les rochers, les vents, ou encore des objets de forme étrange ou d’origine inconnue ; de même peuvent être tenus pour kami des humains, ou des animaux, vivants ou morts. Si tel clan prétend descendre d'un ancêtre kami (souvent choisi parmi les dieux du Kojiki), cela ne signifie en aucun cas qu’il s'agisse d’un « culte des ancêtres », car tout ancêtre n’est pas nécessairement kami.

 Le mot « kami » regroupe un éventail extrêmement large d’esprits, de forces et « d'essences » surnaturelles ou mystérieuses. Le Kojiki  indique l'existence d'une myriade de kamis (yaoyorozu, qui emploie les mêmes kanjis que happyakuman, qui veut dire "huit millions". Dans la mythologie japonaise, huit est nombre sacré). On y trouve d'innombrables divinités tutélaires de clans — ujigami , de villages et de quartiers : esprits d’un lieu. Ce sont aussi le plus souvent des essences d’éléments géographiques (montagne, rivière ou cascade) ou de phénomènes naturels comme le kamikaze( vent divin), le typhonet autres phénomènes.

 

Renard sacré, messager du dieu Inari

 Les kamis vivent dans le ciel et descendent périodiquement sur terre pour visiter sanctuaires et lieux sacrés. Leur sacralité est telle que les fidèles doivent se purifier avant de pénétrer dans un sanctuaire ou de participer aux fêtes données en leur honneur.

 

Kamis malveillants, démons et esprits vengeurs

 Certains des kamis sont malveillants, esprits vengeurs responsables de toute une série de maladies mortelles, comme les oni , ou ogres. Nombre de ces esprits, les démons, sont invisibles. Certains se présentent comme des animaux ayant la capacité de prendre possession d’une personne, auquel cas il faut un prêtre pour les exorciser. L’un des plus redoutés est l’esprit du renard, à qui on attribue toutes sortes de calamités, y compris la maladie et la mort.

 Pourtant la tradition shinto ne croit pas en une séparation absolue du bien et du mal. Tous les phénomènes, animés ou inanimés, peuvent y être aussi bien positifs que négatifs : cela dépend des circonstances. Ainsi, en dépit de leur malveillance, les oni sont des personnages quelque peu ambivalents. Par exemple, le maléfique esprit du renard est également étroitement associé à Inari, le dieu du riz, un kami charitable extrêmement populaire. De même, les hommes oiseaux appelés tengu peuvent être les gardiens bienveillants d’un kami et sont pour cette raison mis en scène dans les fêtes shintoïstes.

 

Origine

 Les origines du shinto remontent très loin dans le passé. On se pose encore la question de savoir si la culture Jomon( environ 11 000 à 300 av J.C.) possédait une religion centrée sur la vénération des kami (« esprit », « déité », « être divin » ou « dieu/déesse »), du moins ressemblant peu ou prou à ce qu’on connaît aujourd’hui. Ces peuples d’avant l'écriture, chasseurs et pêcheurs semi-nomades, modelaient des dogu , statuettes féminines aux seins et aux hanches démesurés. On ne connaît pas la nature exacte des croyances entourant ces dogu, mais il s’agit probablement d’un culte de la fertilité. Les dogu étaient placés à l’intérieur ou à côté des tombes après avoir été délibérément brisées, peut-être rituellement « tués », afin de libérer leur essence spirituelle. Il est néanmoins impossible de savoir avec certitude si cette « essence » était conçue en des termes pouvant faire penser aux kami du shinto.

 

Avec la culture Yayoi( d'environ 300 av J.C. à 300 apr J.C.), plus complexe, commence à apparaître une iconographie de style shintoïste nettement plus marquée. Parmi les objets découverts dans les tombes des Yayoi, on trouve de petites céramiques représentant des entrepôts de grains d’une architecture remarquablement similaire à celle du sanctuaire d'Ise , à la forme restée inchangée depuis au moins 1 200 ans. L'introduction de la culture du riz semble avoir apporté avec elle des rites liés aux semailles et à la moisson, probablement très proches des rituels shintoïstes encore pratiqués aujourd’hui dans les campagnes japonaises.

 

Étroitement associés au culte de la fertilité chez les Yayoi, on trouve également des joyaux appelés magatama , des miroirs cérémoniels, et des épées sacrées. Aujourd’hui, ces objets jouent un rôle important dans la mythologie shintoïste et font partie des insignes impériaux. Pour beaucoup de spécialistes, la majorité des ujigami , les divinités tutélaires des uji  les plus anciens datent de cette période. La divinité des uji la plus importante était (et est toujours) Amaterasu, la déesse solaire.

 

Au IVe siècle de notre ère, le Japon fut conquis par des cavaliers nomades venant d'Asie centrale et un nouveau type de sépulture apparut : le kofun , ou tumulus. Des statuettes votives de chevaux et de guerriers, les hanniwa, étaient souvent placées autour de ces monticules massifs, en forme de trous de serrure, pour accompagner le seigneur de la guerre décédé dans son voyage vers l'au-delà.

 

On peut dire que le shintoïsme est né d’un mélange entre animisme, shamanisme, et culte des ancêtres. Peu à peu, tous ces cultes de la fertilité, ces vénérations de la nature, parfois capricieuse au Japon (tremblements de terre, typhons, tsunamis, etc), se sont amalgamés et codifiés pour former le shinto.

 

Développement

 Selon la Chronique du Japon (720), le bouddhisme serait parvenu au Japon, ou du moins à la cour, à une date relativement tardive, l’an 13 du règne de l’empereur Kimmei ( 552). De nombreux courtisans embrassèrent avec enthousiasme la foi bouddhiste, vénérant les statues de Bouddha comme autant de manifestations d’un puissant kami, tandis que d’autres protestaient contre cette intrusion. Toujours est-il que le prince régent Shotoku-Taishi ( 572-621) en fit, un demi-siècle plus tard, la religion de l’État. Ses raisons étaient politiques autant que religieuses, car s’il fut le premier des grands saints bouddhistes du pays, il sut comprendre aussi le rôle unificateur que pouvait jouer une religion à tendance universaliste dans la formation d’un État centralisé.

 

Mais jusqu’au début de l'ère Heian (794-1185), la majorité des Japonais ne fut aucunement touchée par cette nouvelle religion. Les bouddhistes ne tentèrent pas de saper ou de supplanter le shintoïsme : ils se contentèrent d’édifier leurs temples près des sanctuaires shintoïstes tout en proclamant qu’il n’y avait pas de différence fondamentale entre les deux religions. Vers la fin de l’ère Heian, cette façon de faire des bouddhistes conduisit à l’apparition du ryōbu shintō ( double shinto), dans lequel kami shintoïste et bosatsu du bouddhisme devinrent une seule et même divinité.

 

Les dernières années de l'ère Heian furent marquées par une guerre civile qui se termina par la nomination de Minamoto no Yoritomo à la nouvelle fonction de shogun. Suivirent quatre siècles de conflits internes presque constants. L’événement religieux le plus important de cette période fut l’introduction du christianisme en 1549, mais ses premiers succès furent annihilés après l’assassinat de son protecteur, le puissant seigneur de guerre, Oda Nobunaga . Sous le shogunat Tokugawa (1603-1867), le bouddhisme progressa, de même que le taoïsme et le néo-confucianisme chinois.

 

À la fin du XVIIIe siècle, toutefois, sous l’impulsion de dignitaires shintoïstes, dont Motoori Norinaga (1730-1800), on s’intéressa de nouveau au Kojiki, au Nihon Shoki et à d’autres textes anciens du shintô. Avec le koshitsû shintô , revint l'idée que l'empereur, en tant que descendant direct de la déesse Amaterasu, doit être remis au centre du système politique et garant du pouvoir exécutif, ce qui mena, avec la restauration Meiji, à l'instauration d'un shintoïsme d'État -

 

Source

Charles Baladier et François Macé, Le Grand Atlas des religions, Encyclopædia Universalis, Paris, 1988, « Le shintô »

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