La théologie médiévale : vers une « science de Dieu »
Du Vème au XIIe siècle, le grec n’est plus guère connu en Occident et le mot théologia y est rarement employé.La pensée occidentale devient exclusivement latine, ce qui contribue à l’éloignement progressif entre christianisme d’Occident et christianisme d’Orient.C’est autour de Thomas d’Aquin (1228-1272) que l’on s’est mis à appliquer systématiquement la pensée d’Aristote redécouverte par des traductions de l’arabe.
Invoquer Dieu et croire en Dieu au Moyen-Âge
Le Christ est un roi, chef des armées, victorieux des puissances du mal et des démons ; un roi justicier.De nombreux lieux au Moyen-Âge reçoivent le nom de Dieu : Ville-Dieu, La Trinité, Hôtel-Dieu…Le Dieu Seigneur-roi, chef des armées vainqueur, juge, garant de la paix et d’une justice qui nous paraît discutable, est plutôt le Dieu du Haut du Moyen-Âge.
A partir du XIIe siècle, l’humanité de Dieu en Jésus Christ est valorisée.La Vierge Marie, joue un rôle capital d’avocate des hommes, pour les faire bénéficier de la miséricorde de Dieu, son fils.Le minimum de savoir requis théoriquement du fidèle est la connaissance du credo (Nicée/Constantinople), le Pater Noster et l’Ave Maria.
C’est l’incarnation qui est au cœur de la pratique la plus importante associant clergé, fidèles, la messe.
Au XIIIe siècle, tous les fidèles doivent communier au moins une fois par an, à Pâques.En instituant l’eucharistie, il a donné son corps à consommer en mémorial de sa Passion et de sa Résurrection.
Les Ecritures et les autres écrits : L’ouvrage fondamental : la Bible
Pour les chrétiens, le Verbe de Dieu, c’est son Fils, Jésus-Christ, le messie annoncé dans l’Ancien-Testament.
L’Ancien Testament comprend la Bible des Juifs, la Torah, appelée Pentateuque, composé de la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. S’y ajoute les Psaumes, les Cantiques, les Prophètes.
Quant au Nouveau Testament, rédigé en grec, il est formé des quatre Evangiles (Mathieu, Jean, Luc, Marc).
Dans les bibliothèques médiévales, la Bible est parfois désignée sous le nom d’historia : elle est le livre d’histoire par excellence.
Les livres écrits en Hébreux ou en araméen ont tous été traduits en grec à partir du IIIe siècle av. J.-C. : cette traduction est appelée Septante.
C’est Jérôme qui donne la première traduction latine d’un grand nombre de textes de la Bible, appelée la Vulgate.
Charlemagne avait chargé les savants de sa cour, de réviser et corriger les textes de la Bible, les copies étaient devenues divergentes. C’est la Vulgate révisée d’Alcuin qui servira jusqu’au XIIe siècle aux dépens de celle de Théodulf, qui pourtant sera jugée meilleure.
La Bible est à la base et au sommet de l’enseignement.
Jusque vers 1260, il n’y a pas de distinction nette entre étude de la Bible et théologie : sacra pagina, theologia, sacra scriptura.
Ce que l’écriture présente à ceux qui savent lire, l’image l’offre aux illettrés, parce que les ignorants voient en elle ce qu’ils doivent voir, et qu’en elles lisent ceux qui ne savent pas lire.
Et nous sommes dans une civilisation de l’oral, le chant liturgique est le plus souvent biblique.
Les autres écrits
Les ouvrages hagiographiques (l’écriture des saints) occupent une place importante dans le christianisme occidental : la vie des saints, le recueil des miracles, les récits de translation de reliques et martyrologes.
Depuis l’Antiquité, le commentaire de la Bible ou exégèse, a donné lieu à de nombreux ouvrages de ceux que l’on appelle les Pères de l’Eglise (Jérôme, Augustin…).
Augustin insiste sur la grâce de Dieu et l’incapacité de la nature humaine à parvenir à la connaissance de Dieu autrement que par la lecture et la méditation des Ecritures.
Au XIIIe siècle, la redécouverte d’Aristote, transforme l’approche théologique jusque-là dominée par la pensée d’Augustin, intègre pleinement les idées philosophiques aristotéliciennes dans une théologie d’ensembles.
Hérésies et schismes
L’affirmation et la compréhension de la trinité divine et la double nature du Christ restent au cœur de la réflexion théologique orthodoxe.
Mais une hérésie n’est pas qu’un phénomène doctrinal : elle est nécessairement portée par des hommes et elle est aussi un phénomène social.
Cela explique en partie pourquoi il n’y a guère d’hérésie dans le haut Moyen-Âge en Occident, époque où le christianisme se met progressivement en place.
Les réformateurs dénoncent comme hérésies, deux entorses graves à la pureté de l’Eglise : l’hérésie simoniaque, versement de sommes d’argent pour obtenir des charges ecclésiastiques et l’hérésie nicolaïte, concubinage ou mariage des prêtres.
C’est contre ces hérésies que sont créés, au XIIIe siècle, les ordres mendiants. Les dominicains ou frères prêcheurs mettent l’accent sur la prédication et l’élaboration savante dans le cadre des universités d’une théologie orthodoxe. Les franciscains ou frères mineurs partagent ces préoccupations, avec une exigence de pauvreté exemplaire.
Et en 1231, une juridiction spéciale est organisée pour extirper l’hérésie : c’est l’Inquisition, confiée aux dominicains et aux franciscains.
A la fin du XIVe siècle une nouvelle vague hérétique apparaît en Bohême avec le mouvement hussite (Jean Hus) qui reprend le caractère « charnel » de la hiérarchie ecclésiastique.
Plusieurs schismes entre Eglise d’Orient et Eglise d’Occident, suivis de réconciliations, se sont produits pendant le haut Moyen-Âge : un nouveau schisme a lieu en 1054, celui-ci définitif.
Dès lors il y a une Eglise d’Orient qui se dit « orthodoxe » avec à sa tête le patriarche de Constantinople, et une Eglise d’Occident qui se dit « catholique », avec à sa tête le patriarche de Rome : le pape.
Entre 1378 et 1417, l’Eglise catholique a eu deux papes, l’un à Rome et l’autre à Avignon : c’est le grand schisme d’Occident.
Le clergé
Le clergé comporte principalement les évêques et les prêtres. A la tête de l’ensemble s’affirme au cours Moyen-Âge en Occident l’évêque de Rome : le pape.
Le clergé séculier
Les évêchés ont pris la suite des cités romaines et comme elles ils sont regroupés en provinces.
L’évêque est considéré comme successeur des apôtres et il détient la plénitude du sacerdoce.
L’évêque est, en principe, élu par le clergé et le peuple (clero et populo). Sa fonction est si importante au Moyen-Âge que les princes interviennent souvent dans les nominations.
Le prêtre est défini à l’époque carolingienne comme le « coopérateur » de l’évêque qui lui a confié le soin des âmes : la cura animarum.
Au cours du Moyen-Âge, avec le regroupement de la population en villages, se sont constituées les paroisses rurales.
Dans les cités le clergé est groupé autour de l’évêque.
Avec la réforme carolingienne, le clergé séculier est désormais soumis à une règle (concile d’Aix-la-Chapelle en 816) et doit mener une vie quasi monastique tout en restant au service des fidèles : les chanoines.
« Clercs » et « lettrés » sont synonymes au Moyen-Âge.
Le cursus clérical comporte sept degrés ou ordres : quatre ordres mineurs : portiers, lecteurs, exorcistes, acolytes et trois ordres majeurs : sous-diacres, diacres et prêtres.
Ils sont astreints à un mode de vie vertueux et exemplaire, rappelé lors des conciles : interdiction de la pratique du commerce, de la chasse et du jeu, de la fréquentation des tavernes et des banquets… La tradition occidentale du célibat fut rappelée par la réforme grégorienne.
Au Moyen-Âge un nombre important d’hommes a pu appartenir de près ou de loin au clergé.
Le clergé régulier
La tradition moniale s’inscrit depuis l’Antiquité dans deux traditions : celle des anachorètes ou ermites qui vivent seuls retirés du monde pour se consacrer uniquement à Dieu, et celle des cénobites qui vivent en communauté.
Leur fonction première est la prière.
Le monachisme occidental est d’abord un monachisme communautaire : son texte de référence est la règle de Saint Benoît (VIe siècle).
Ils font trois vœux : pauvreté, obéissance et stabilité.
Les monastères peuvent devenir l’enjeu de luttes entre familles aristocratiques ou avec les princes.
Le premier ordre monastique se développe à partir du monastère de Cluny, fondé en 909.
Il met l’accent sur la célébration du culte en l’honneur de Dieu « pour qui rien n’est trop beau » et fait construire de somptueuses abbayes.
En partie pour réagir contre son succès et sa richesse en insistant sur le retour à un respect plus strict de la règle de Saint Benoît, est fondé à la fin du Xième siècle le monastère de Cîteaux, à partir duquel se développe un monachisme cistercien, beaucoup plus austère que le monachisme clunisien.
D’autres ordres très exigeants se sont constitués à la même époque, en particulier celui des chartreux, qui allient vie érémitique en cellules séparées pendant la semaine et vie communautaire le dimanche.
Au XIIIe siècle apparaissent les ordres mendiants qui refusent toute propriété et entendent vivre de la charité publique.
Franciscains et Dominicains.
Leur rayonnement auprès des fidèles les met en concurrence, et souvent en conflit, avec le clergé séculier.
Notons cependant que la séparation entre réguliers et séculiers n’est pas totale : de nombreux moines ou religieux sont devenus évêques.
Le pape
Il est l’un des cinq patriarches de l’Eglise universelle (avec, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem) mais il est surtout évêque de Rome. En tant que successeur de Saint-Pierre il a une primauté naturelle.
Le patriarche de Constantinople revendique pour son Eglise une dignité égale à celle de Rome, Constantinople étant la continuité de l’Empire romain déchu en occident.
C’est en partie contre lui et surtout contre l’empereur byzantin que s’affirmera romaine, avec le schisme de 1054 l’autorité du pape se limite à l’occident.
Devant la menace des rois lombards au VIIIe siècle, le pape se tourne vers la puissance montante de l’occident, celle des Carolingiens.
Les Carolingiens entreprennent de reformer l’Eglise, en réaffirmant les structures traditionnelles de l’Eglise et la hiérarchie.
Au terme de la reforme grégorienne, l’autorité et le pouvoir du pape sont soigneusement distingués de ceux de l’empereur et des pouvoirs laïques en général.
On assiste à la mise en place d’une monarchie pontificale dont l’apogée se situe au XIII et XIVes siècles. Le pape est entouré du collège des cardinaux qui procède à son élection à partir de 1059.
Le pape peut envoyer des légats dans toutes les églises locales.
Les lieux de culte
La célébration du culte se déroule dans les églises et les cathédrales, les monastères et les abbayes, dans une moindre mesure ouvertes à l’ensemble des fidèles.
Eglises et cathédrales
A la fin de l’Antiquité, il n’y en a que dans les cités épiscopales.
L’église est souvent le seul bâtiment de pierre, autour duquel se trouve le cimetière.
Les églises sont dédicacées à un saint considéré comme le patron de la paroisse.
La présence de l’église est signalée dans le paysage par le clocher et l’usage des cloches pour rassembler les fidèles dès le VIIIe siècle.
Avec le développement des villes à partir de la fin du Xième siècle, on entre dans le « temps des cathédrales » de style roman d’abord puis gothique.
Monastères et abbayes
Cluny et Cîteaux sont les plus grandes abbayes du Moyen-Âge.
Le terme couvent désigne à partir du XIVe siècle les maisons des religieux mendiants : franciscains et dominicains.
Les premiers monastères du haut Moyen-Âge furent installés dans d’anciennes villas romaines.
La spiritualité médiévale
Le christianisme est une religion du salut.
Augustin insiste sur le péché originel de l’homme et sur la grâce de Dieu en Jésus-Christ qui lui permet de se racheter et de parvenir au salut.
Le christianisme médiéval est fortement marqué par l’esprit de conversion et de pénitence. Se convertir ce peut être se faire moine.
La pénitence est institutionnalisée dans la pratique de la confession comme nous le verrons plus loin.
A la préoccupation du salut est étroitement associée l’idée de jugement à la mort de l’homme ou à la fin des temps.
L’imaginaire médiéval a été fasciné par la représentation du diable.
Le mal est une corruption du bien et l’Incarnation de Dieu en Jésus-Christ fait que le salut de l’homme est toujours possible.
L’imaginaire du salut s’enrichit d’ailleurs au XIIe siècle d’un nouveau lieu, intermédiaire entre le ciel et l’enfer, le purgatoire.
C’est le grand monastère de Cluny qui crée au Xième siècle une célébration du jour des Morts le 2 novembre, lendemain de la fête de tous les saints.
La prière
Les oratores, qui constituent un des trois ordres fonctionne de la société caractérisé au Xième siècle : les oratores sont ceux qui prient, en relation avec les bellatores qui combattent et les laboratores qui travaillent.
Dans la prière l’homme rend grâce à Dieu pour tout ce qu’il lui a accordé.
Les grandes prières que tout fidèle doit connaître sont le Pater Noster, l’Ave Maria (à partir du XIIe siècle) et la récitation du Credo.
La messe
La célébration de l’eucharistie.
Elle comporte une liturgie de la Parole, avec en particulier la lecture d’un extrait de l’Evangile ; puis la liturgie eucharistique proprement dite. Ce modèle sera généralisé par les Carolingiens.
La messe est très largement chantée.
L’office divin
On y lit des textes bibliques, des textes hagiographiques, et des commentaires des Pères de l’Eglise.
Procession et pèlerinage
Le pèlerinage chrétien au Moyen-Âge connaît un développement considérable. Le lieu de pèlerinage par excellence est la Terre sainte avec Jérusalem.
Le lieu le plus riche et le plus saint à vénérer est Rome, où se trouvent les tombes de Saint-Pierre et de Saint-Paul, mais aussi celle d’innombrables martyrs.
A partir du XIIe siècle Saint-Jacques-de-Compostelle attire les pèlerins d’une grande partie de l’Europe.
Le pèlerin est celui qui se met en route, se fait « étranger ».
Dans certains cas, des pèlerinages pénitentiels ont été imposés aux fidèles pour le pardon de leurs pêchés.
Les sept sacrements
Dans les années 1130-1140, le théologien Pierre Lombard définit sept sacrements par lesquels la grâce de Dieu est transmise aux hommes : le baptême, la confirmation, la pénitence (ou confession), la communion (ou eucharistie), le mariage, l’ordre et l’extrême-onction.
Ces sacrements reprennent des pratiques qui existent, d’une façon ou d’une autre, depuis l’antiquité.
Pénitence et eucharistie
La pratique de la pénitence suppose l’aveu de son péché (confession), le regret du péché (contrition) et une réparation (satisfaction appelée aussi pénitence).
Au concile du Latran IV en 1215, il est prescrit que tout fidèle se confesse au moins une fois l’an à son curé et reçoive l’eucharistie à Pâques.
Depuis l’époque carolingienne, au moins, les fidèles doivent assister à la messe en principe tous les dimanches.
La communion est toujours reçue à jeun, sous forme de pain.
Mariage et ordination
Personne n’en est exclu, pas même les esclaves dans le Haut Moyen-Âge, facteur de leur émancipation.
Le mariage chrétien est monogamique et indissoluble : le divorce n’est pas admis.
Il est le sacrement de l’amour.
L’ordination est la cérémonie par laquelle on entre dans les différents degrés du clergé.
A partir de l’époque carolingienne, les prêtres ne sont plus considérés comme exerçant un sacerdoce de second rang.
Les évêques apparaissent comme ayant quelque chose de plus : une consécration épiscopale qui vient s’ajouter au sacrement de l’ordre.
La maladie et la mort
Le sacrement des malades est appelé extrême-onction, elle consiste en une onction d’huile sainte.
Elle est souvent perçue comme symétrique du baptême, enlevant comme lui les péchés.
Le calendrier liturgique
Chaque semaine s’ouvre par le dimanche, jour de la résurrection du Christ.
Le vendredi jour de la mort du Christ est un jour de dévotion particulière à la croix.
L’année s’organise en deux ensembles autour des deux grandes fêtes christiques : Noël et Pâques.
Brève histoire du christianisme en occident du VIe au XIIIe siècle
Les régions méditerranéennes étaient les plus romanisées et donc plus christianisées que les régions du Nord.
L’entrée des barbares en catholicisme (Vème-VIIIème siècle)
Certains peuples barbares sont déjà chrétiens mais considérés comme hérétique par les Romains : ils ont adopté le christianisme dans la forme arienne.
Au début du Moyen-Âge, trois grandes orientations religieuses sont en présence : le christianisme orthodoxe des Romains ; le christianisme hérétique (arien) ; le paganisme de certains autres.
Le catholicisme des Romains est devenu le catholicisme des barbares : « l’Eglise est passée aux Barbares ». L’Eglise n’est pas passée aux barbares, ce sont les barbares qui sont entrés dans l’Eglise romaine.
Dès le VIIIe siècle, le catholicisme n’est plus contesté comme religion de l’Occident.
Le moment carolingien
L’empereur est responsable du salut du peuple chrétien.
Il doit faire régner la paix entre les hommes et assurer l’ordre.
L’Eglise peut être considérée comme le principal service public de l’Empire carolingien.
Les abbés sont issus de l’aristocratie et parmi eux se trouent de grands savants.
Depuis le IVe siècle, on reconnaît au pape l’autorité (autorités), mais le pouvoir (protestas) appartient à l’empereur.
Le pape est à la tête de la partie centrale de l’Italie, de Rome à Ravenne, et devient chef d’un Etat pontifical.
L’empereur carolingien a considérablement renforcé le pouvoir du pape en Italie ainsi que l’autorité de l’évêque et de l’Eglise de Rome dans le christianisme occidental.
Pour que le clergé puisse bien prier et remplir sa mission auprès des fidèles en vue de leur salut, il fallait qu’il soit suffisamment instruit. Il fallait qu’il puisse correctement apprendre les formules de la liturgie ; qu’il puisse les proclamer et les chanter. C’est pour cela que Charlemagne développe les écoles, auprès des évêques voire des simples prêtres - et dans les monastères qui deviennent de grands centres d’études et de production de manuscrits. Il faut aussi une bonne connaissance de langue latine.
Mais que ce soit à l’Ouest ou à l’Est, religion et politique sont absolument indissociables dans le christianisme occidental.
Les réformes monastiques et la réforme pontificale (Xème-XIIème siècle)
Dans les régions d’Occident où s’est développée la féodalité, un seigneur traite le curé de la paroisse qu’il domine comme un de ses principaux dépendants ; dans celles où l’empire a été établi après 962, l’empereur traite le clergé comme un grand service public, dont il a la responsabilité.
La réforme grégorienne, réforme pontificale de la seconde moitié du Xième siècle, semble bien marquer une rupture avec le christianisme impérial et « l’Eglise au pouvoir des laïques ».
La réforme monastique
Cluny
En 909 était fondé le monastère de Cluny en Bourgogne.
Dans l’activité des moines, l’accent est mis sur la prière liturgique à l’église. La construction de l’église abbatiale de Cluny, qui est le plus grand édifice de culte d’occident jusqu’à la construction de la basilique Saint-Pierre du Vatican au XVIe siècle.
La fonction sociale de prière pour les vivants et pour les morts est encore renforcée: le succès des moines aussi. De nombreux monastères existants se réforment sur le modèle de Cluny. D’autres se fondent sur ce modèle.
Progressivement se met en place un immense réseau de monastères et de moines qui constitue ce que l’on appellera au XIIe un ordre monastique.
C’est l’abbé qui exerce directement le pouvoir délégué du roi. L’exemption garantit aux abbés et aux moines l’indépendance par rapport à l’évêque local et les rattache directement au pape.
Ainsi se constitue ce que l’on appelle à l’époque, « l’Eglise de Cluny ».
Compte tenu de la faiblesse des princes et des successions rapides des papes, les abbés de Cluny se considèrent et sont souvent considérés comme l’instrument premier du salut du peuple chrétien.
Cîteaux
En réaction contre Cluny, au moins en partie, est fondée à la fin du Xième siècle le monastère de Cîteaux, en Bourgogne lui aussi, qui est à l'origine du prestigieux ordre des cisterciens.
Les cisterciens entendent revenir à un respect plus strict de la règle de Saint Benoît et reprochent aux clunisiens de s’être éloignés de la pauvreté et de la rigueur monastique dans leur volonté de célébrer magnifiquement la liturgie.
Au XIIIe siècle, les nouveaux ordres monastiques sont composés de religieux qui se constituent en ordre mendiant, celui des dominicains et celui des franciscains, qui entendent mener une vie de pauvreté absolue et de prédication au peuple.
L’Eglise au pouvoir des laïques
Tous les moines sont issus du monde laïc.
Les monastères sont des enjeux de pouvoirs entre les grandes familles qui essaient d’en prendre le contrôle en y plaçant leurs enfants
D’une façon générale, le clergé séculier est plus inséré dans la société laïque que le clergé régulier, ce qui peut entraîner des abus : simonisme et nicolaïsme.
Les papes sont sous le contrôle des grandes familles quand ils n’en sont pas les membres et leur élection ne répond d’abord pas à des critères religieux.
De l’accession à la papauté de Léon IX, évêque pénétré de l’esprit réformateur monastique, grâce à l’empereur, allait naître la réforme grégorienne.
La réforme grégorienne
Le pape Grégoire VII.
Au terme de la réforme, les distinctions fondamentales pour nous, entre spirituel et temporel, ecclésiastique et laïque, religieux et politique, sont beaucoup mieux établies.
La place accordée au pape dans le christianisme occidental se trouve renforcée par le schisme définitif entre Eglise d’Occident et Eglise d’Orient, qui est consommé en 1054.
C’est en 1059, avec le concile de Latran, que l’élection du pape est retirée aux grandes familles romaines pour la confier aux cardinaux.
En rupture avec l’époque carolingienne, le souverain temporel ne doit pas intervenir dans la vie religieuse.
Grégoire VII affirme la supériorité du pape sur tous les princes : il peut déposer un mauvais empereur et délier de leur serment de fidélité les sujets d’un mauvais prince.
En Occident, il est affirmé que les évêques ne doivent pas dépendre des princes mais bien du pape.
L’ensemble du clergé doit se distinguer absolument, dans son mode de vie, du monde laïque et l’exigence de la chasteté est fermement rappelée.
Le terme « Eglise » qui, dans la tradition antique, désignait jusqu’alors l’ensemble du peuple chrétien prend son sens moderne et désigne avant tout le clergé, avec à sa tête le pape.
L’apogée du christianisme en Occident (XIIIe siècle)
Au XIIIe siècle, l’Europe est au terme de trois siècles d’une expansion économique et démographique sans précédent, ce qui lui confère un leadership mondial qu’elle conservera jusqu’à aujourd’hui.
Apogée de la papauté
Au début du XIIIe siècle, le pape se pose en arbitre incontestable de l’Occident.
Il appartenait au concile réuni autour du pape de réaffirmer l’orthodoxie et de combattre l’hérésie.
Les cathares refusaient les sacrements célébrés par les prêtres et donc remettaient en cause l’existence même des prêtres.
Ce meilleur encadrement des fidèles pour les garder dans l’orthodoxie et les protéger de l’hérésie va de pair avec la lutte contre l’hérésie, qui relevait traditionnellement des évêques. Sont mis en place des tribunaux spécifiques avec une procédure d’enquête relevant directement du pape et qui est confiée aux nouveaux ordres mendiants, c’est ce que l’on appelle l’Inquisition.
Apogée d’un christianisme urbain
Les ordres mendiants
Les religieux ne vivent plus dans des monastères ruraux mais dans des couvents urbains.
Les dominicains établis à Toulouse ont comme première fonction la lutte contre l’hérésie cathare.
Ils vivent en mendiants et le modèle de vie qu’ils se donnent est celui de la communauté des apôtres du Christ. On peut encore citer les franciscains qui insistent plus sur le vœu de pauvreté.
Le succès des ordres mendiants s’explique en partie par le genre de vie pauvre qu’ils proposent et dont ils témoignent, en contraste avec l’enrichissement général du clergé.
Ils font faire des progrès considérables à l’intelligence chrétienne.
Ecoles et universités
Les centres d’études à l’époque carolingienne se trouvaient dans les monastères ou auprès des évêques.
A partir du XIIe siècle, ce sont les écoles épiscopales urbaines qui deviennent les principaux lieux d’enseignement et d’élaboration du savoir.
Les diplômes obtenus dans une université sont valables dans toute la chrétienté.
Maîtres et étudiants sont clercs et bénéficient du statut d’ecclésiastique.
Un grand moment de la pensée occidentale
Le XIIIe siècle est marqué sur ce plan par la redécouverte de l’œuvre d’Aristote dans les universités à partir de traductions de l’arabe de la seconde moitié du XIIe siècle. Cela stimulé par l’œuvre de Thomas d’Aquin, avec la Somme Théologique, qui est la principale référence de la théologie catholique.
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