Les prédicateurs

 

 

La vague de contestation hétérodoxe, dont celles des Vaudois et des Cathares, menace la christianisation officielle. On assiste alors au début du XIIIème siècle pour remédier à ce « fléau », à l’apparition d’une forme de vie religieuse un peu nouvelle. Dès lors, nous avons affaire ni à des chanoines, ni à des moines mais à des « ordres religieux » : Franciscains et Dominicains du nom de leurs fondateurs respectifs. Ces mendiants comme on les appelle, au lieu de vivre à l’écart du monde dans des monastères, se mêlent au peuple comme les premiers apôtres pour prêcher l’Evangile. C’est ainsi qu’en quadrillant les villes, ils font reculer l’hérésie par un nouveau mode de prédication et des formes de spiritualités renouvelées.

 

 La prédication se met également en place parce que l’Eglise cherche à contrôler ce que pensent les laïcs de la religiosité ; c’est un système qui permet de diffuser les idées. C’est elle qui va confier de plus en plus la prédication aux mendiants.

 

 

 

L'acte de prédication

 

Les lieux de prédication

 

Le prédicateur prêche dans les lieux fréquentés par les laïcs,le cimetière par exemple . Le cimetière à la fin du Moyen Âge est un lieu de vie commune, où se mêlent vivants et morts. Le cimetière des Innocents par exemple est d’autant plus fréquenté qu’il se situe à côté des Halles à Paris, grand centre économique et commercial de la ville. Le prédicateur se trouve dans une position surélevée par rapport à ses fidèles, ce qui lui permet de se distinguer de la foule qui l’écoute, de mieux s’adresser à tous et de mieux se faire entendre. Le prêcheur ne prêche par ailleurs pas n’importe où dans le cimetière des Innocents, puisqu’il énonce son sermon le dos tourné à la Danse macabre, près des Charniers, c’est-à-dire des ossuaires . La Danse macabre du cimetière des Innocents, réalisée en 1424-1425, a un but éducatif, celui de préparer le croyant à l’heure de son jugement dernier c’est-à-dire au jugement de Dieu à l’heure de sa mort.Les images jouent un rôle important ;elles peuvent soutenir le discours du prédicateur, notamment en illustrant son sermon.Le prédicateur va au contact des fidèles dans le plus d’endroits possible d'une ville afin de convertir un maximum de personnes au dogme chrétien.

 

La prédication peut être itinérante.Le prêcheur effectue des allées et venues incessantes. Il se rend de ville en ville puisque c’est là qu'il est chargé de rétablir l’ordre.La poussée urbaine du XIIIème siècle a entraîné des changements radicaux dans les valeurs et les comportements mais les hommes et les femmes s’urbanisent sans s’améliorer. Ils sont plutôt doublement pécheurs puisqu’aux péchés traditionnels du monde rural et seigneurial dont ils viennent (orgueil et envie) s’ajoutent les péchés propres à la ville (la cupidité et les nouvelles formes de gourmandise et de luxure).

 

Apparaît donc la nécessité d’assurer la direction spirituelle des masses.  Le prêcheur tient ainsi des prédications à tour de rôle dans des églises. Seulement, au XIIIème siècle,  les églises ne sont plus assez grandes pour contenir le nombre croissant des hommes et des femmes -On est donc obligé de prêcher dans des espaces plus grands,  de se retirer sur les gens  . En effet, les prédicateurs font désormais office d’idoles du peuple qui arrive de toute part, ce qui fait que ces lieux étant trop petits pour accueillir tous ceux qui souhaitent assister à l’enseignement du prédicateur, il est nécessaire de trouver des espaces pouvant accueillir tous les fidèles. 

 

Les fidèles : une variété sociale 

 

 

 

L’auditoire du prêcheur est composé d’une grande variété sociale : les vieux , les jeunes , hommes et femmes de tous  âges, toutes les conditions-. Cela repose sûrement sur le fait que la prédication se faisait en langue vulgaire au XIIIème siècle, ce qui permettait de toucher une grande variété sociale aussi bien au niveau des sexes puisque les hommes et les femmes se côtoient qu’au niveau de la hiérarchisation des âges que des  jeunes et vieux, mais aussi des conditions sociales ;  les chevaliers, les nobles dames, les paysans et même l’évêque avec ses clercs tous se ressemblent dans la prédication, ils viennent tous chercher la même chose. Cela touche tout le monde : les clercs comme les laïcs. Ce qui explique fondamentalement cette forte mobilisation, c’est que la prédication ne tombe plus de haut sur le peuple des fidèles mais s’adresse vraiment à lui, essaye de lui parler de ses problèmes spécifiques.

L'état d’esprit des fidèles
 

 

 Les fidèles font preuve d’une grande dévotion et d’une attitude respectueuse envers le prêcheur. Ils se rendent au lieu où se déroule la prédication pour l' écouter dans un but bien précis : obtenir le salut. 

 

Que représente cet enseignement pour les fidèles?

Il permet de conforter leur foi en la religion chrétienne mais également au même titre que les pénitences d’obtenir le salut de leur âme, d’où le fait qu’ils s’y rendent avec dévotion , en montrant leur attachement aux pratiques religieuses et avec enthousiasme ainsi qu’animés d’ un espoir inaltérable

L’auditoire fait preuve d’un grand respect envers le prédicateur puisque même si l’assemblée était considérable vu la nécessité de prêcher en plein champ, les seules paroles que l’on peut entendre sont celles du prêcheur la foule respectant un silence total pour mieux saisir ses paroles . Les boutiquiers eux-mêmes attendent la fin de la prédication pour ouvrir leurs échoppes. Ils privilégient donc la prédication . Le désir d’écouter l’orateur et par là même d’assurer son salut est plus important que la luxure. Malgrè tout,à partir du XIIIème siècle, le public n’est absolument pas passif, mais au contraire n’hésite pas à interpeller parfois le prédicateur pour contester ses propos ou l’appeler à davantage de modération.

Latran IV ou les objectifs de la prédication

 

La prédication est l’instruction présentant la doctrine chrétienne et exhortant les fidèles à la suivre. À partir du concile de Latran IV qui se déroule en 1215, l’Église décide de développer l’instruction des fidèles par la prédication afin d’imprégner les populations du dogme chrétien. Elle cherche à mieux diffuser les principes de la foi chrétienne en investissant les lieux occupés par les laïcs comme les marchés, les cimetières… Au XVe siècle elle est désormais une activité coutumière et certains ordres monastiques du clergé régulier, c’est-à-dire qui vivent selon une règle, en ont fait leur spécialité. C’est le cas des ordres mendiants comme les dominicains ou les franciscains, ordres religieux qui souhaitent revenir à l’idéal de la vie religieuse d’origine, comme le Christ, en refusant de posséder quoi que ce soit et en vivant de l’aumône des laïcs.

 Une risposte à l’hérésie

 

La prédication a tout d’abord lieu pour tenter de canaliser, de guider certains éléments de la religion populaire qui tirent leur force non de l’enseignement et du culte de l’Eglise mais des contraintes de la vie courante et qui échappent à tout contrôle. En effet, les hérétiques discutent sur les places publiques et rallient à leur cause un certain nombre de fidèles. Il faut donc riposter et ramener « ces esprits égarés par l’hérésie sur  la voie de la vérité . Pour cela, le prédicateur doit utiliser  la force de son verbe et une doctrine salutaire afin de convaincre l’hérétique qu’il est dans l’erreur. 

 

Une affirmation de la foi

 

Le deuxième principe défini par le Concile de Latran IV est d’affirmer la foi catholique. Ce mouvement entrepris par les moines mendiants apparaît en même temps que le développement des hérésies qui critiquent les dogmes de l’Eglise. Il faut donc impérativement conforter les fidèles dans leur foi envers Dieu pour qu’ils renoncent aux erreurs immondes pour s’assujettir loyalement au Seigneur - Il s’agit d’imprimer les dogmes de l’Eglise dans le cœur des fidèles pour faire face aux dogmes des hérétiques . C’est de cette manière que l’Eglise cherche à contrôler ce que les laïcs pensent de la religiosité- 

 

Une perspective de Salut

Enfin, le troisième principe de ce Concile est d’extirper les vices et semer la vertu dans une perspective de salut.La prédication doit non seulement enrichir la foi des fidèles mais aussi guider leur conduite. Le prédicateur est l’apôtre qui ramène dans le droit chemin : « la voie de la vérité » ceux qui s’en sont égaré.

La prédication en respectant les grands principes de Latran IV, c'est-à-dire, en luttant contre les hérésies, le vice et en confortant la foi des fidèles, permet de rétablir l’ordre perturbé qui règne dans les villes. Mais pour que ces principes agissent, il faut que le prédicateur possède certaines qualités pour se faire entendre.

 

 

 

La prédication est l’instruction présentant la doctrine chrétienne et exhortant les fidèles à la suivre. À partir du concile de Latran IV  l’Église décide de développer l’instruction des fidèles par la prédication afin d’imprégner les populations du dogme chrétien. Elle cherche à mieux diffuser les principes de la foi chrétienne en investissant les lieux occupés par les laïcs comme les marchés, les cimetières… Au XVe siècle elle est désormais une activité coutumière et certains ordres monastiques du clergé régulier, c’est-à-dire qui vivent selon une règle, en ont fait leur spécialité. C’est le cas des ordres mendiants comme les dominicains ou les franciscains, ordres religieux qui souhaitent revenir à l’idéal de la vie religieuse d’origine, comme le Christ, en refusant de posséder quoi que ce soit et en vivant de l’aumône des laïcs.

 

A la fin du Moyen Âge, les prédicateurs reçoivent en effet une instruction religieuse très approfondie puisque de plus en plus d’entre eux sont formés par les universités européennes de théologie en plus de l’instruction de base qu’ils reçoivent d’abord dans les studia, écoles religieuses. Les prédicateurs doivent désormais être très qualifiés (leur formation dure en général au moins une dizaine d’années) afin d’enseigner de la meilleure manière possible la Parole de Dieu aux fidèles-Cette Parole, le prédicateur  ne l’enseigne pas seulement à Paris-Certains , en général les plus éminents, sont des prédicateurs itinérants, c’est-à-dire qu’ils voyagent partout en terre chrétienne dans le but d’enseigner la foi chrétienne au plus grand nombre possible de laïcs. 

 

Le sermon du prédicateur est un discours didactique, à finalité éducative, fondé sur une rhétorique et sur des procédés métaphoriques enseignés dans les écoles, ainsi que sur des sources narratives privilégiées comme la Bible.Il prêche durant la période du carême, c’est-à-dire la période de 40 jours précédant la fête religieuse de Pâques et où les prédicateurs sont particulièrement actifs (comme durant la période de l’Avent, peu avant Noël),  - Le prédicateur ne ménage pas ses efforts pour amener le fidèle à se convertir et à suivre correctement le dogme chrétien.

 

Les sermons sont quotidiens, ce qui participe d’un véritable martèlement idéologique de l’Église dont la finalité est la conversion de tous les laïcs aux principes de la foi chrétienne. Le sermon s’étale sur plusieurs heures , ce qui montre les efforts développés par le prêcheur pour rallier le plus de monde possible au dogme chrétien. Le but de ces sermons est de mener les fidèles dans le « droit chemin », c’est-à-dire de les éloigner du péché. L' objectifs des prédicateurs est d’amener les fidèles à la pénitence, à leur faire regretter leurs péchés et les inciter à ne plus les commettre. Ils cherchent notamment à les éloigner des sept péchés capitaux que sont l’orgueil, la luxure, l’envie, la paresse, la gourmandise, l’avarice et la colère. Ils évoquent par ailleurs l’avarice, la colère  ou encore l’orgueil .

 

Le prédicateur condamne le blasphème,  les paroles ou gestes outrageants à l’égard de Dieu. Ces sermons , qui ont pour but de purifier les fidèles, de les laver de leurs péchés et de leur enseigner la manière de ne plus les commettre, ont également pour finalité de les préparer à leur salut, qui devient un souci de premier ordre à la fin du Moyen Âge. Il s’agit là de faire des laïcs d’humbles et pénitents fidèles qui, s’ils vivent simplement, à la manière du Christ, obtiendront leur salut au jour de leur jugement dernier devant Dieu. Cette éducation par la parole, fondamentale sur le plan de l’apprentissage des notions et valeurs essentielles du christianisme dans une société médiévale où seule une minorité sait lire, est adaptée pour que le plus de monde possible la comprenne, c’est pourquoi à la fin du Moyen Âge, les sermons se font de plus en plus fréquemment en langue vulgaire à la place du latin. Les prédicateurs comme frère Richard, pour renforcer la pertinence de leur sermon, utilisent des récits tirés des livres saints de la chrétienté, les exempla.

 

Un exemplum est une histoire tirée d’un livre saint chrétien, et qui sert à appuyer le sermon du prédicateur.Celui-ci évoque l’arrivée de l’Antéchrist, créature diabolique, antithèse du messie chrétien, sur Terre , qui serait selon les Juifs leur sauveur, leur messie, d’où le nom de Messias. Ce prétendu sauveur serait né en terre islamique , c’est-à-dire chez les musulmans, considérés par l’Église comme des infidèles. Ce récit est tiré de la Sainte Écriture, texte fondamental de la religion chrétienne, mais qui est également important chez les Juifs. On observe la progressive modification des exempla -Auparavant, l’exemplum était un récit figé qui avait pour but d’illustrer le sermon du prédicateur. Au XVe siècle, sa fonction reste la même, mais le récit est plus vivant, ;cela donne  l’impression de raconter son expérience personnelle,une authenticité mais sert également à apeurer le fidèle, le rapprochant ainsi plus des vertus de la foi chrétienne afin d’échapper à l’arrivée de créatures diaboliques comme ici l’Antéchrist.

 

Cela s’inscrit ainsi dans le phénomène de christianisme .L'Eglise  voit dans la peur du fidèle un moyen de mieux le faire adhérer aux principes du dogme chrétien. En échange de leur dévotion, le prédicateur promet à ses fidèles monts et merveilles en récompense.Pour convaincre son auditoire, il promet ce bonheur à ses fidèles au nom d’autres prédicateurs et d’un saint - On voit donc que les sermons de ont pour but de purifier les fidèles en les menant vers la pénitence et ainsi de préparer leur salut. Mais , comme bien d’autres par ailleurs,il use également d’une forme de christianisme de la peur (image de l’Antéchrist) afin d’amener les fidèles à suivre le dogme chrétien. 

 

 

 

Le prédicateur s’attaque également aux croyances païennes, que l’Église qualifie de superstitions, en brûlant des racines de plantes soi-disant porte-bonheur .Au XVe siècle se développe de plus en plus la chasse aux sorcelleries et autres hérésies  qui vont à l’encontre du dogme chrétien et ne sont que péchés mortels selon l’Église, ne menant pas au salut, mais à la damnation éternelle qualifiant ceux qui y croient de « sottes gens »  et l’objet de leurs croyances d’ « ordure » . L'influence des prédicateurs est grande car beaucoup de  croyants abandonnent leurs objets en voyant le prédicateur les brûler   ce qui montre que seul le dogme chrétien permet au laïc d’obtenir son salut lors du jugement dernier. On peut également penser qu’il s’agit là encore d’une forme de christianisme de la peur, les personnes croyant dans les vertus de ces plantes craignant peut-être de finir comme l’objet de leur croyance, brûlés vifs sur le bûcher par les ecclésiastiques.



Dans cet extrait du Journal du Bourgeois de Paris,on décrit les grands rassemblements de population provoqués par les prédications de Frère Richard,

Les prédications commencent  à Sainte Geneviève 
Le Bourgeois de Paris décrit dans cet extrait la ferveur et les rassemblements populaires suscitée par les prédications et sermons de frère Richard. La semaine où il prêcha à Paris à Sainte Geneviève et au cimetière des Innocents, il le fit pendant cinq à six heures de suite « commençait son sermon environ cinq heures au matin, et durait jusqu’entre dix et onze heure. Il réunissait des milliers de Parisiens, « cinq ou six milles personnes »  selon le Bourgeois. Le sermon du 26 avril devait être le dernier de frère Richard à Paris, il demande à ses auditeurs de prier pour lui et il promet de prier pour eux . Les Parisiens, comprenant que c’était son dernier sermon, se mettent tous à pleurer, ceci montre l’importance qu’accordaient les Parisiens à ce prédicateur « les gens grands et petits pleuraient si piteusement et si profondément, comme s’ils vissent porter en terre leurs meilleurs amis ». Frère Richard décida finalement de faire un dernier sermon le 1er mai avant de quitter la ville Et lors du dernier sermon, il y aurait eu « plus de six milles personnes de Paris » (à se déplacer à la butte Montmartre pour y assister et la majorité serait arrivée la veille pour s’assurer d’avoir la meilleure place .
Le Bourgeois raconte également que frère Richard est le prédicateur qui a eu le plus de succès depuis une centaine d’années à Paris « dix sermons qui tournèrent plus le peuple à dévotion que tous les sermonneurs qui depuis cent ans avaient prêché à Paris » . En effet, frère Richard eut beaucoup d’influence sur le peuple de Paris qui, notamment lui a obéi quand il a dit qu’il fallait se débarrasser de certaines choses superflues dans leur vie.

 Autodafés influencées par frère Richard

Lors de ses sermons, frère Richard expliquait aux Parisiens qu’il fallait se repentir, faire pénitence et renoncer aux faux biens. Le Bourgeois dit « qu’en moins de trois heures ou de quatre » les Parisiens émus par ces sermons décidèrent de se débarrasser de leurs jeux « les hommes ardaient (= brûlaient) tables et tabliers, des, cartes, billes, billards, nurelis (= osselets) et toutes choses à quoi on se pouvait courcer (= courroucer) à maugréer à jeu convoiteux » car en effet, en ce temps là, le peuple de Paris s’adonnait aux jeux de hasard. Le Bourgeois raconte également que les Parisiennes firent la même chose avec leurs parures « les femmes ardaient devant tous les atours » .

Malgré les problèmes que connaissaient le peuple parisien, les femmes de Paris se chargeaient de parures ; le soin de leur beauté les occupait bien plus que le salut de leur âme jusqu'à ce qu’elles écoutent les sermons de frère Richard.
Pareillement, frère Richard fit brûler les racines de mandragore que beaucoup de Parisiens gardaient alors chez eux « fit ardre plusieurs mandragores que maintes sottes gardaient en lieux repos (=cachés) ». On attribuait des vertus particulières à ces racines, on pensait qu’elles procuraient la richesse et pour cela les Parisiens, qui en possédaient, les emballaient dans de la soie ou dans du lin. « Ils croyaient fermement que tant comme ils l’avaient, mais qu’elle fut bien nettement en beaux drapeaux de soie ou de lin enveloppée, que jamais jour de leur vie ne seraient pauvres ». Mais ces racines étaient aussi considérées comme étant les attributs des sorcières, elles étaient d’ailleurs vendues aux Parisiens par des vieilles femmes « par le mauvais conseil d’aucunes vieilles femmes qui trop cuident (= croient) savoir quand elles se boutent en telles méchancetés, qui sont droites sorcelleries et hérésies ». La parole de frère Richard a donc été bien entendue, beaucoup de Parisiens se débarrassèrent des mandragores qu’ils avaient payées cher à ces vieilles femmes.

 Le sujet des prédications de frère Richard

  Le Bourgeois rapporte les paroles de frère Richard lorsqu’il parle de ses influences et de ses maîtres « frère Vincent »  et « frère Bernard » . Lorsque frère Richard parle de frère Vincent, il s’agit de Vincent Ferrier, un prédicateur dominicain (1357-1429) qui annonça la fin du monde en Espagne et en France avec un grand succès. Vincent Ferrier a beaucoup influencé frère Richard dans ses prédications. L’autre personnage que mentionne le Bourgeois est Bernardin de Sienne. Ce dernier est un franciscain tout comme frère Richard, il prêchait, à travers toute l’Italie, le Nom de Jésus, invitant les fidèles à l’afficher partout et à lui rendre un véritable culte  -

Il appelait aussi à la réforme des mœurs et à la pénitence.

B/ L’arrivée de l’Antéchrist

Dans ses prêches, frère Richard annonce la venue prochaine de l’Antéchrist et la fin du monde. Pour cela, il décrit son pèlerinage à Jérusalem. Il raconte que durant son voyage en Terre Sainte, il rencontra des Juifs qui lui annoncèrent que leur Messie était né. Mais pour les Chrétiens, ce Messie est l’Antéchrist. L’Ecriture prophétisait qu’il naitrait à Babylone, serait élevé à Bethsaïde et demeurerait à Coronaïm. Frère Richard explique que ces deux villes seront maudites- L’Antéchrist, est un faux Messie qui, peu avant la fin du monde, répandra la terreur sur Terre avant d’être vaincu par le Christ revenu. Clairement, frère Richard annonce au peuple parisien l’Apocalypse, c’est-à-dire la fin du monde, en s’inspirant des sermons de Vincent Ferrier . Dans ses perspectives, frère Richard explique qu’il convient de faire pénitence et de multiplier les bonnes œuvres. Ces prédications concernant l’Apocalypse et la fin du monde ont donc permis à frère Richard de convaincre les Parisiens de faire ces autodafés .

I

Source

 

• Bériou N., Prédication et liturgie au Moyen Âge, Brepols, Turnhout, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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