Etre évêque au Moyen Âge

 

 Devenir évêque au Moyen Âge

 Accéder à l’épiscopat

Par tradition, l’évêque doit être choisi par le clero populoque (le clergé et les fidèles de l’Eglise) qui se sont alors réunis dans la cathédrale. Mais on distingue surtout trois façons pour le futur évêque d’accéder à l’épiscopat :

- Par cooptation : La cooptation est un mode de recrutement qui consiste, pour une assemblée, à désigner elle-même ses membres. Par exemple, il est fort probable que Bégon de Calmont, évêque d’Auvergne, doive à Etienne II, son prédécesseur sur le siège de Clermont, sa fonction d’évêque.

- Par achat : Bien que l’accès au titre d’évêque en échange d’argent soit interdit, ce principe est loin d’être respecté. Les sièges d’Albi et de Cahors font en effet l’objet de transactions financières. Le cas le plus célèbre reste celui du diocèse d’Albi. Vers 1038, à la mort de l’évêque Amiel, deux vicomtes d’Albi ont cédé temporairement leurs droits électoraux et accordé la charge épiscopale à Guillaume contre une somme de dix mille sous. De ce fait, Guillaume disposait librement du siège épiscopal, et pouvait, s’il le voulait, bénir un nouvel évêque s’il souhaitait renoncer à ses fonctions d’évêque. De même, on retrouve à Cahors le même phénomène. Selon des témoignages, l’archevêque Dacbert et le comte de Toulouse ont proposé à Bernard, l’abbé de Beaulieu, l’épiscopat de Cahors contre une grosse somme d’argent.

- Par faveur et amitié : L’accession à l’épiscopat est aussi une affaire de relation et d’influence. En effet, les détenteurs d’un évêché privilégiaient les membres de leur famille pour les postes épiscopaux.

De plus, l’épiscopat est également un lien d’alliance, un moyen d’affermir les relations et de renforcer les liens d’amitié entre Maisons alliées. Cette nomination permet aussi de contrôler des seigneurs de plus en plus puissants qui menacent l’autorité des princes territoriaux.

Quelles que soient les circonstances qui entourent les élections, les différents modes d’accès à l’épiscopat témoignent du rôle de premier plan joué par l’entourage familial dans l’obtention de la dignité épiscopale. Qu’il participe financièrement, qu’il use de son influence, de ses relations, cet entourage contribue toujours au choix de son candidat. L’épiscopat est une affaire de famille.

 

 La cérémonie

Trois étapes rythment la cérémonie de l’élu vers l’épiscopat : l’investiture du temporel, la consécration épiscopale et l’intronisation.

-L’investiture du temporel est effectuée dans la cathédrale par le maître du diocèse. La remise du patrimoine épiscopal entre les mains de l’élu est symbolisée par la cession du bâton pastoral et s’accompagne parfois d’un serment prononcé par le futur évêque.

-L’ordination : après avoir reçu l’investiture, l’élu reçoit la consécration épiscopale. Cette cérémonie d’ordination ne peut avoir lieu sans l’approbation et l’autorisation de l’archevêque qui doit au préalable avoir reconnu le décès du précédent évêque. Au cours de la cérémonie, le nouvel évêque se voit remettre les insignes épiscopaux comme l’anneau ou la crosse, qui signifie le mariage avec Dieu.

-L’intronisation : Après la consécration, l’évêque doit se soumettre au rituel de l’intronisation. Avant d’être officiellement placé sur le trône épiscopal, il est conduit dans sa cité par les groupes de clercs et de laïcs qui a présidé à son sacre et traverse la ville jusqu’à l’église au milieu de la population.

 

Les fonctions de l’évêque

Le mot « évêque » vient du latin episcopus, lui-même adapté du grec episkopos ce qui signifie « surveillant ». Nous allons voir de quelle façon l’évêque surveille son diocèse, comment il le dirige et grâce à quels pouvoirs.

 Un rôle religieux

Il détient le pouvoir d’un prêtre, c'est-à-dire qu’il se charge des célébrations eucharistiques, des baptêmes, de l’onction des malades ou bien la bénédiction de nouveaux conjoints. Mais il dispose aussi de l’exclusivité de certaines actions sacrées. Ainsi, il est le seul à avoir le droit de conférer les ordres sacrés comme confirmer et ordonner les prêtres, et parfois même d’autres évêques. Il bénit les abbés, les abbesses, consacre les églises, les autels et d’autres lieux sanctifiés, confectionne des huiles saintes et authentifier des reliques.

Enfin, l’évêque est aussi un pasteur. Il est placé à la tête d’une église locale dont il est chargé de l’épiscopat jusqu’à ce qu’il décède. Il est lié à son église, ce lien étant symbolisé avec l’anneau qu’il porte.

 Un rôle politique

Au sein du conseil du roi : A l’époque des Mérovingiens et des Carolingiens, les évêques avec les comtes, les ducs et certains princes séculiers, prennent part à des concilia mixta, dans le but d’édicter d’un commun accord des mesures civiles et religieuses. Ces mesures prises sont appelées des capitularia mixta.

L’évêque peut être nommé comme consiliarius (conseiller du roi). Le roi lui délègue une partie de ses pouvoirs, il est donc un personnage important et particulier dans l’entourage du roi. On retrouve surtout cette fonction dans le royaume d’Italie, sous le règne de Charles III.

-Au sein de la politique royale : Les évêques jouent un rôle majeur au sein de la politique royale. Ils peuvent en effet tenir un rôle de chancelier, d’ambassadeur et de chapelain. Ils peuvent donc être chargés de la chapelle, de la chancellerie royale, ou d’ambassades comme la nomination d’un évêque.

 Un rôle judiciaire

L’évêque est le représentant du roi et de l’harmonie de la société humaine. Il dispose donc d’une compétence judiciaire très étendue en matière de crimes et de délits.

Charlemagne ajoute un surcroît de pouvoir aux évêques lors du renforcement de l’institution des missi, qui doivent tenir régulièrement tribunal ouvert pour recevoir les plaintes des administrés et trancher les affaires en appel. Or cette compétence judiciaire est particulière, puisqu’elle repose sur le droit de procéder à une inquisitio (enquête). Cette puissance inquisitoriale, c’est-à-dire le pouvoir de contraindre des hommes libres à témoigner sous serment, ne fait pas partie des compétences d’un juge ordinaire, et apparaît comme le pouvoir judiciaire extraordinaire du roi ou de son représentant.

De même, il bénéficie d’un pouvoir judiciaire au sein des affaires matrimoniales. En effet, les évêques luttent activement contre le concubinage ou le mariage des prêtres et les mariages stratégiques au cœur de l’aristocratie.

 Un rôle juridictionnel

C’est dans les cités que l’évêque exerce directement son autorité. Il a le pouvoir de commander l’ensemble des églises et des fidèles de sa circonscription. Il institue les pasteurs, régit le diocèse, il ordonne de grands travaux urbains comme l’aménagement de la « maison de l’évêque ou l’embellissement de la cathédrale. Il contrôle, surveille et punis les abbayes. Il tient aussi le rôle de pasteur, et doit donc instruire, inciter au bien et peut sanctionner les fautes commises par les fidèles et les clercs. Il a pour mission de rependre la doctrine religieuse par l’instruction, la prédication et l’évangélisation. Il est le gardien de l’orthodoxie et lutte contre l’hérésie.

 

 

Un personnage au pouvoir cependant limité

Malgré ses différents pouvoirs et attributs, l’évêque est surveillé et limité.

Des évêchés contrôlés

La règle selon laquelle l’évêque doit être élu par le clergé et le peuple a toujours été contournée, à commencer par la royauté. En effet, après le règne de Louis le Pieux, les Carolingiens du royaume de Germanie ont sans doute maintenu fermement le contrôle sur les sièges épiscopaux dans la mesure où les évêques y représentaient les principales structures de la royauté. Dès le règne de Louis le Germanique, cette pratique se manifeste par plusieurs lettres traitant du choix de l’évêque. Les termes utilisés dans ces lettres ne laissent pas de doute quant à l’autorité exercée par le roi dans le processus d’élection de l’évêque. De plus, le roi se réserve le droit de désigner lui-même l’évêque, au cas où le candidat présenté ne conviendrait pas.

-Il y a aussi les familles seigneuriales locales qui exercent des pressions sur le choix de façon directe ou indirecte. Les seigneurs locaux s’emploient à tester leur pouvoir de persuasion et à user de leur autorité auprès du clergé ou des vassaux de l’évêché, pour placer l’un de leurs membres sur le siège épiscopal.

Destituer un évêque

-La législation canonique : La législation canonique reste relativement floue en matière de déposition des évêques dans le Haut Moyen Age, mais le pouvoir royal a toujours plus ou moins prétendu exercer légitimement le droit de déposer les clercs coupables de crimes majeurs, comme notamment la violation du serment de fidélité prêté au roi. Cependant, aucune déposition ne peut se faire sans l’intermédiaire d’un concile qui dispose de l’autorité en la matière, même s’il n’est parfois qu’un instrument de la volonté royale. En revanche, les sources ne sont pas unanimes pour définir quel type de concile doit se réunir. Il semble qu’à l’origine, le concile provincial pouvait à lui seul déposer un évêque en étant convaincu qu’il était coupable de crimes majeurs. Mais, à partir de la seconde moitié du IXe siècle, la législation canonique réclame de plus en plus de réunions d’au moins douze évêques. Parallèlement, la papauté élève des prétentions croissantes sur tout ce qui touche à la dignité épiscopale et va de plus en plus en instance d’appel pour toutes les dépositions. Mais le pape n’est pas encore reconnu comme la seule autorité capable de déposer un évêque, même si ses pouvoirs sur ce sujet ne cessent d’augmenter au courant du Xe siècle.

Donc le roi ne peut agir seul, il nécessite de l’appui de l’épiscopat ou éventuellement de l’accord du pape, ce qu’il n’obtient pas toujours facilement.

-De la déposition à l’élimination par la violence : La plupart du temps, le roi sévit contre un évêque infidèle en l’exilant, le plus souvent dans un monastère et pour une durée temporaire ; ce jugement intervient à l’issue de la réunion de grands laïques et ecclésiastiques, un placitum qui statue sur la culpabilité de l’évêque mais qui n’est pas destiné à engager une procédure canonique de déposition. En effet, durant le bannissement de l’évêque, le roi ne le remplace pas par un autre évêque, mais l’église est alors dirigée par l’archidiacre et l’archiprêtre. Il ne s’agit donc pas d’un cas de déposition et, le plus souvent, le roi finit par pardonner l’évêque et lui permet de réintégrer sa charge.

 

En conclusion, l’évêque au Moyen Age multiplie les fonctions ce qui lui procure un grand pouvoir au sein de la société. Il est une figure importante à laquelle se fient les fidèles de son diocèse et veille à son bon fonctionnement. Il est donc un guide au pouvoir important, mais il reste tout de même contrôlé, notamment par le roi qui voit en lieu un intérêt stratégique.

 

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