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Il a été prouvé qu'à travers I'histoire personnelle de certains papes, quelques- uns étaient reconnus pour avoir des épouses, des maîtresses ou des mignons .
II ne fait aucun doute que les premiers papes de la chrétienté furent des saints et des personnes de bonne foi qui croyaient en leur mission divine. Neanmoins, les choses commencèrent à se gâter lorsque I'Eglise tente de s'associer à la classe dominante afin de s'extirper d'une position perilleuse comme aux temps des persécutions. Celle-ci influencera grandement la décision de I'empereur de Rome et d'Orient, Constantin Ie Grand(277-337), de faire de la religion chrétienne au 4ieme siècle, la religion de I'empire. C'est a partir de cette période que I'on vit se succéder sur Ie trône de l'Apôtre Saint Pierre, des hommes de moins en moins mystiques et davantage attirés par les intrigues et Ie pouvoir politique, la luxure, la corruption, Ie vice et la débauche sexuelle que par la modeste vie religieuse. L'occupation du Saint- Siège devint un poste influent et très lucratif qui revenait de droit aux grandes families aristocratiques de Rome et de I'empire qui se disputaient Ie pouvoir politique et économique. A titre d'exemple, Saint Anastasie 1er appartenait à la famiIle princière des Massimi(son pontificat dura de 399 à 401) ; Saint Silvere(du 8 juin 536 au II novembre 537) était Ie fils du pape Saint Hormidas(du 20 juillet 514 au 6 aout 523) et fut é1u pape par 1a volonté du sanguinaire Théodat, roi des Ostrogoths d'Italie. Vigile(du 29 mars 537 au 7juin 555), remplaça Ie pape Saint Silvere grâce à la complicité de.sa maîtresse, I'impératrice Théodora.
C'est un pape aux moeurs corrompues, Léon III (du 26 décembre 795 au 12 juin 816) qui couronna à Rome au mois de décembre de l'an 800, l'empereur Charlemagne(742-814). Etant réputé pour aimer la bonne chère, Ie vin et surtout les plaisirs charnels, Léon III échappa à une tentative d'assassinat complotée par deux prêtres désireux de débarrasser Rome et l'Eglise de ce pape dénaturé. Etienne IV(du 22 juin 816 au 24 janvier 817) ne fut pape que quelque mois, mais son successeur, Pascal 1er(du 25 janvier 817 au 11 février 824) mena une vie de débauche qui, pendant 1es sept années de son pontificat, fit de la ville sainte et du palais papal des lieux maudits ou Ie libre cours sexuel était donné à toutes formes de perversions inimaginables.
Venu à Rome pour se faire sacrer empereur, Lothaire(795-855), petit-fils de Charlemagne, fut scandalisé par tout ce désordre et fit des remontrances très sévères à Pascal. Le saint-père promit à Lothaire de réformer ses moeurs mais dès que celui-ci eut Ie dos tourné, Pascal Ier emprisonna deux humbles prêtres pour avoir dénoncé ses comportements pervers. Comme sentence exemplaire on leur arracha la langue et les yeux avant de les décapiter. Plus tard, Ie pontificat de Léon IV(du 10 avril 847 au 12 juillet 855) sembla être au-dessus de tout soupçon jusqu'au jour où certains chroniqueurs de I'époque affirmèrent que Ie pontife avait installé dans sa propre maison un couvent de religieuses afin de s'adonner avec celles-ci à des plaisirs sexuels " très torrides ".
.C'est à partir de la fin de Ia papauté de Léon IV que naquit plusieurs 1égendes à connotations sexuelles qui fortifièrent l'histoire de la papesse Jeanne. Ces légendes prirent racine à travers des faits véridiques, vers la fin du 9e s , là où on assistait à une période de flottement de I'exercice temporel et spirituel de la papauté,il est très peu probable qu'une femme ait succédé à Léon IV sur Ie trône de Ia chretiente, vers I'an 856, comme Ie veut la légende qui prit naissance au milieu du 13 e s. et racontée par l'entremise des chants des troubadours et des menestrels.
Celle-ci fut vraisemblablement inspirée par I'histoire malheureuse d'un pape dévergondé du nom de Jean VIII (du 14 décembre 872 au 16 décembre 882). Jean VIII fut reconnu comme étant un pape débauché qui fut jeté plusieurs fois en prison parce qu'il ne s'occupait pas de ses charges pontificales. Ce pape homosexuel, qui aimait les jeunes garçons, connut une fin tragique aux mains des membres de la famille de l'un de ses " mignons " qui, trouvant que Ie poison qu'ils lui avaient administré n'agissait pas assez vite, lui fracassèrent Ie crâne à coup de marteau. L'un de ces conspirateurs, I'évêque Formose allait aussi devenir pape neuf ans après la mort de Jean VIII (du 6 octobre 891 au 4 avril 896) et connut une fin aussi tragique que son prédécesseur en étant étranglé par celui qui Ie remplaça sur la chaire pontificale, c'est- à dire Ie futur pape Etienne VI(du mois d'août au mois de décembre 897) qui connut également une fin terrible en étant étranglé par la populace de Rome en délire et cela, sans procès. D'autres sources mentionnent qu'au milieu du 9e siècle, un prêtre anglais du nom de John, un homosexuel reconnu, avait gagné la faveur des cardinaux de Rome, à un point tel qu'il a failli être élu pape à la mort de Léon IV en l'an 855. C'est probablement à la memoire de ce John aux allures tres efféminées, communément appelé Jeanne par 1es intimes, que naquit la Iégende de la papesse qu'on disait d'origine anglaise. Les troubadours et les menestrels du 13ieme siecle ajoutèrent à cette histoire, en signe de dérisions et de moqueries, que John aurait pu accoucher d'un enfant Ie jour même de son couronnement car rien dans son comportement sexuel n'indiquait "... qu'i! était un homme ... !. Ainsi fut fomenté dans la confusion et par les esprits tordus la Iégende de la célèbre papesse Jeanne
Le calme revint à Rome sous Ie pontificat de Jean IX( du mois de janvier 898 à janvier 900)mais ce fut de courte durée car lorsque Benoît IV prit Ie trône de Saint-Pierre(du mois de février 900 au mois de juillet 903)la corruption redevint maîtresse dans la " Cite éternelle " pendant, hélas, de très nombreuses décennies. Afin d'illustrer avec plus de précisions cette ambiance qui régnait à Rome pendant tout Ie 10ieme siècle, citons ce roi d'Angleterre, Edgar dit Ie Pacifique(944-975)qui, s'adressant à ses évêques, donna une description peu flatteuse de ce qu'il avait vu lors d'un de ses voyages dans la ville des papes.
"... On ne voit à Rome que débauches, dissolution, ivrogneries et impuretés ... les maisons des prêtres sont devenues les retraites honteuses des prostituées, des bateleurs-jongleurs, équilibristes, acrobates, etc .... ) et des sodomites(homosexuels) ... on joue nuit et jour dans la demeure du pape ... les chants bachiques(chansons à boire), les danses lascives et les débauches de Messaline ont remplace jeûnes et prières( épouse de I'empereur romain Claude, elle etait reconnue pour se livrer à de la débauche de toutes sortes et même à la prostitution. Se sentant bafoué, son mari la fit assassiner lorsqu'il apprit qu'elle avait épousé son jeune amant, Silius) ... c'est ainsi que ces prêtres infames dissipent les patrimoines des pauvres, les aumônes des princes ou plutôt, Ie prix du sang du Christ ... "
Léon V ne succéda à Benoit IV que pendant quelques semaines avant d'être étranglé par I'un de ses prêtres qui, devenu pape, prit Ie nom de Christophore. Ce dernier connut aussi la même fin tragique que son prédecesseur apres trois mois de règne. Celui qui Ie remplaça fut Ie comte Serge de Tusculum qui prit Ie nom pontifical de Serge III. II fut pape pendant sept longues années(du 29 janvier 904 au 15 avril 911).
Presque tous les papes du Moyen Âge ont oublié en effet la chasteté du vicaire du Christ. Tenanciers de maisons de plaisirs, ils se livrent au commerce sexuel avec des femmes, des esclaves, des hommes ou des enfants. Considéré comme une sorte de privilège obligé de tout bon humaniste, les relations sexuelles entre hommes bénéficiaient d’une tolérance certaine de la part de leurs contemporains. Ces pratiques n’étaient pas l’apanage des seuls hauts dignitaires de la fonction ecclésiastique, mais étaient partagées par tous ; le sexe étant la seule activité de plaisir accessible à toutes les catégories sociales, y compris les plus pauvres, tous s’y livraient aussi fréquemment et avec un aussi grand nombre de personnes des deux sexes que le permettait leur statut social et financier .
La seule limite à cet exercice ne pouvait venir que de l’Église chrétienne et de son insistance à présenter le sacrement du mariage comme une obligation pour tout homme et femme souhaitant avoir des rapports sexuels. Rapports sexuels qui, en dehors du mariage (monogamique et ayant pour seul fin la procréation) sont un péché. Or, comme l’Église offrait la possibilité d’être absous et bientôt d’acheter l’absolution à bon compte, la sexualité avait alors un espace de liberté considérable. Ce qui frappe d’ailleurs, dans cette description des mœurs de la papauté, c’est la liberté avec laquelle les souverains pontifes s’adonnaient à leurs débordements sexuels. Ces papes luxurieux ne se cachaient pas, pas plus que les princes européens de ces temps qui invoquaient les besoins de continuité des lignages. Cette époque était propice aux bâtards sans que personne n’y trouve rien à redire. Non seulement les papes avaient des enfants, mais ils les légitimaient très officiellement par des bulles papales.
Ainsi, réputé pour son appétit sexuel réservé aux femmes, le pape Alexandre VI Borgia eut notamment une fille, Lucrèce, devenue d’ailleurs le symbole de toutes les turpitudes, avec ses cinq fiancés et ses trois maris . Le cardinal Farnèse également eut plusieurs concubines et quatre fils dont deux légitimés, par Jules II en 1505 et par Léon X en 1513, sans compter trois autres filles.
Néanmoins, Rome bénéficiait d’une situation toute particulière, où l’humanisme était davantage entendu, par les clercs et les civils romains, comme une autorisation à imiter les Anciens plutôt que de suivre les comportements préconisés officiellement par la société ou par l’Église dont ils faisaient partie. La proximité des ruines de la Rome antique participait de cette lecture plus « terre à terre » de l’humanisme, moins philosophique qu’il pouvait l’être à Florence. Mais les palais du Vatican n’ont pas seulement été le lieu de toutes les transgressions sexuelles.
Dans les geôles du château Saint-Ange, torture et supplices en tous genre se sont déroulés: depuis les empoisonnements, les assassinats par des sbires, les fausses accusations, la torture, jusqu’à la mise à mort. Les papes de la Renaissance ont été des princes temporels qui ont formidablement réussi à s’adapter aux mutations culturelles, politiques et diplomatiques . Le luxe et la luxure des souverains pontifes ont pleinement participé à la floraison artistique et intellectuelle -
Source
Anne Kraatz, Luxe et luxure à la cour des papes du Moyen Âge et de la Renaissance, Paris, Les Belles Lettres, 2010.
1. Romulus 05/02/2011
Voici-là un article fort intéressant et cultivant. Merci pour le partage de connaissances.
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