La ferveur religieuse

 

 

Au début du Moyen Âge, la foi religieuse était déjà profonde et bien ancrée chez les chrétiens européens. Malgré une tendance à générer un certain fanatisme, elle ne s'exalta que rarement jusqu'à la violence. Les choses changèrent cependant à mesure que grandissait et s'étendait la menace de l'Islam...

 

L'expansion du christianisme

A partir de l'an 100 de notre ère, les conversions au christianisme au cœur même de l'Empire romain alarmèrent les dirigeants impériaux. Sous le règne de Néron, la persécution et la persécution s'effectuait à une cadence vertigineuse. Le théologien Origène qui s'était castré pour ne pas succombait au péché de chair écrivait alors : « La foi en Jésus Christ s'assoit, se nourrit et s'étend sur des montagnes de martyrs ». La logique et la morale de la pensée gréco-latine ne pouvait comprendre la chrétienne. Alors que les Romains se livraient avec délice au paganisme, l'empereur Constantin Ier fut frappé par une vision, et se convertit subitement au christianisme. En fait ce césar se souciait moins de ses convictions que d'une opportunité diplomatique.

 

Le Bien contre le Mal

Dans ce bouillon de culture très particulier que fut le Moyen Âge, bourré de fantaisies démoniaques et de visions angéliques, deux acteurs tiennent un rôle de premier plan : Dieu et Satan. Deux antithèses mères de tous les excès entre ferveur et exaltation. Hors le Ciel ou l'Enfer, point d'alternative au genre humain en cette période sombre. Sauver son âme telle était l'objectif. Pourtant au début des invasions barbares, Dieu était craint, ses colères étaient redoutées, mais finalement en quittant l'époque mérovingienne, le Dieu exerçant les châtiments est progressivement devenu un Dieu bienfaiteur incarnant le Bien, et Satan est devenu la personnalisation du Mal.

 

Divers exemples de la ferveur religieuse

La croisade contre les albigeois

La ferveur religieuse fut le grand symptôme du Moyen Âge, à la chute de l'Empire romain, le christianisme apparaissait comme une religion jeune et vigoureuse. Un processus d'expansion soumis à des évolutions du point de vue dogmatique et spirituel, lui donnait un beau dynamisme. Cependant les hérésies et les schismes florissaient et se multipliaient. L'un des plus dangereux schismes était sans doute l'arianisme qui niait la divinité du Christ. L'une de ces hérésies fut celle des bogomiles de Bulgarie, et qui s'étendit jusqu'à l'Occident. Ce fut alors une grave crise religieuse en France qui vit s'affronter l'Église catholique aux Cathares et aux Albigeois. La croisade entreprise par la papauté contre l'hérésie cathare fut commandée par l'ambitieux Simon de Montfort. Les armées papistes ravagèrent l'Aquitaine, entraînant des milliers de victimes et détruisant la culture la plus raffinée de l'époque : la civilisation occitane issue du mythe de la chevalerie, de l'honneur chevaleresque et de l'amour-courtois, honorée par les troubadours.

Le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle

La tradition raconte qu'après avoir été décapité en Judée, les restes de Saint Jacques le Majeur, apôtre du Christ, auraient été amenés dans le plus grand secret sur la côte de Galilée. De là, on suppose qu'ils furent embarqués pour la Galice extrémité de la péninsule ibérique. Un culte primitif local entretint et perpétua la mémoire de cet événement, tenant secrète la sépulture jusqu'à sa découverte au IXe siècle. La nouvelle se répand alors dans le monde chrétien de l'Europe de manière vertigineuse enflammant les esprits, exaspérant la foi de tous. Un engouement pour ce nouveau culte apostolique va drainer des foules pèlerines en quête « d'extraordinaire ». Des hommes se mettent en route, à pied par les sentiers et les chemins peu sûrs, traversant rivières impraticables et denses forêts au mépris de tous les dangers. Les pèlerins d'Europe se retrouvent en France et traversent notamment le col de Ronceveaux (la Chanson de Roland). L'élan de la Reconquista espagnole donnera de l'ampleur au pèlerinage.

 Les croisades

Bénie par le pape et conduite par les monarques des royaumes chrétiens, cette aventure devait représenter tout ce que l'esprit médiéval avait de bon en lui. Huit croisades au total, où s'impliquèrent tous les états (clergé, noblesse, bourgeoisie et université), toutes castes confondues. Forgerons, tanneurs et artisans équipèrent les Croisés, les travailleurs de chantiers navals fournissaient les navires pour traverser la Méditerranée. Les femmes confectionnaient vêtements, couvertures, et brodaient avec ferveur les bannières, enseignes et fanions qui devaient arborer les champs de bataille, de nombreuses femmes de la Cour suivaient la reine qui accompagnait parfois son royal conjoint. Et la hiérarchie du clergé priait depuis les plus hautes cathédrales aux modestes chapelles. Les multiples campements devant les cités assiégées étaient en proie à une dévotion particulièrement atroce. Ainsi, après la mise à sac de la Palestine, Raoul de Caen, chroniqueur de la Première Croisade écrivait : « A Maarat, les nôtres firent cuire les païens adultes dans des marmites et embrochèrent les enfants pour les manger rôtis. » Certains prêtres musulmans qui savaient où se cacher la Sainte croix du Christ furent torturés, des Juifs étaient enfermés dans leur synagogue et y brûlèrent vifs. Ces entreprises démesurées étaient principalement menés par les Francs qui perdirent durant les Croisades plus d'hommes que tous les autres pays Chrétiens réunis.

 

La hiérarchie du clergé

Le clergé peut se distinguer entre :

 

* clergé régulier : qui suit la règle d'un ordre religieux.

o ordre monastique (bénédictains, cistérciens)

o ordre mendiant (franciscains, dominicains)

* clergé séculier : qui vit dans le « siècle », c'est-à-dire dans la société.

 

On peut également distinguer :

 

* Le haut clergé, les prélats :

o Pape

o Cardinaux

o Evêques

o Archevêques

o Abbés

o Prieurs

 

* Le bas clergé :

o Prêtres

o Frères convers

o Curé

 

La justice

L'époque médiévale vit la coexistence de deux concepts en matière de justice :

* Le premier se réclamant du droit romain, il s'agit de celui des rois et de l'Eglise, qui, après la chute de l'Empire et la christianisation des barbares incarnait l'antique prestige de Rome. Le Droit romain consistait en l'application de la justice en vertu de lois et décrets écrits : La loi des Douze Tables de l'ère républicaine tout d'abord, puis les lois plébiscites ou codes, à l'époque de l'Empire. Les Romains avaient adopté la manière des Athéniens de rendre la justice.

* Le second est celui du peuple et des seigneurs sur leur fief qui désirait établir leur justice sans rendre de compte, ce mode de justice dérive des principes du droit germanique Par essence, la justice germanique était très simpliste : le seigneur se réservait le droit d'infliger des châtiments à ses sujets, en application de vagues concepts issus d'antiques traditions. Cependant aucune loi n'était rédigée. L'exercice du droit germanique des seigneurs féodaux était réparti selon trois niveaux :

o La haute justice, qui donnait pouvoir de vie ou de mort et l'octroi de l'utilisation de la torture ainsi qu'à la saisie des biens.

o La moyenne justice se limitait à punir des délits qui n'impliquaient pas la peine de mort mais pouvaient conduire à de lourdes condamnations.

o La basse justice était restreinte au châtiment des serviteurs dépendant du seigneur.

 

Justice et châtiments

Les concepts de droit romain et de droit germanique se heurtèrent au cours des siècles, de nombreux châtiments physiques refirent leur apparition en Europe. La principale nouveauté introduite en Europe fut l' ordalie, il s'agit d'un système visait à démontrer la culpabilité ou l'innocence de l'accusé. Cette pratique barbare consistait à soumettre l'accusé à une épreuve difficile qu'il devait surpasser pour prouver son innocence. Parmi les plus courantes : la bassine d'huile bouillante dans laquelle l'accusé devait plonger une main et la ressortir indemne ou celle des braises de charbon chauffées qu'il devait se saisir sans se brûler... Evidemment dans la majorité des cas, l'accusation était suivie par l'exécution capitale. L'Eglise ne fit rien pour éradiquer ces pratiques brutales, bien au contraire, elle les développa avec dextérité. Une variante de l'ordalie fut celle du « jugement de Dieu » : l'accusateur affrontait l'accusé dans un combat mortel. Les femmes et les nobles pouvaient choisir un champion pour les représenter. Une autre pratique fut celle de l'écartèlement. Le prisonnier, après avoir été pendu, décapité, lapidé, ou criblé de flèches, était mis en pièces : chacun des « morceaux » était exposé publiquement.

 

Le Tribunal d'Inquisition

L'Inquisition était chargée dès le XIIIe siècle de réprimer l'hérésie dans certains États catholiques. Les premiers inquisiteurs connus, deux moines de l'ordre de Cîteaux lors de l'hérésie cathare. C'est en 1231 que le pape Grégoire IX créa Le Tribunal d'Inquisition, placé sous le contrôle de l'ordre des Dominicains. D'abord présentée comme un organisme judiciaire temporaire, l'Inquisition a été transformée en établissement régulier et permanent par les conciles du Latran (1215) et de Toulouse (1229). Toute personne pouvait être poursuivie sur simple dénonciation, l'essentiel pour les juges étant d'obtenir l'aveu des inculpés, ce qui, à partir de 1252, les amena à utiliser la torture. Par son action brutale, elle fut aussi utilisée pour combattre d'autres formes d'hérésie, pour réprimer la sorcellerie, pour persécuter les non-chrétiens ou jugés tels. Au XVe siècle, les progrès de la centralisation royale firent peu à peu tomber en désuétude les tribunaux d'Inquisition en France.

Inquisition Scene, par Francisco GOYA 1816 (Royal Academy of San Fernando, Madrid)

 

 

 

 

 

 

 

 

St Dominique

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