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Quatre à cinq pour cent de la population de l’occident médiéval sont des "hommes de Dieu" .
Deux clergés s'en distinguent : Les clercs vivant dans le monde, dans le siècle (séculier) et les moines vivant retirés de ce monde et vivant selon une règle (régulier). Ils sont garants de l’ordre social-
Le clergé séculier
Au point de vue religieux, l'Europe catholique est divisée en diocèses, chacun dirigé par un évêque. Plusieurs diocèses sont regroupés en une province ecclésiastique, avec à la tête, un archevêque.
Le rôle du clergé dans la société
Le clergé possède des tribunaux qu'on appelle "officialités", ils sont seuls à juger les causes ou sont impliqués les clercs, les veuves, les orphelins, les étudiants et celles qui touchent à la religion : procès pour blasphèmes, hérésies, question de mariage, vœux.
Par piété, les fidèles font aux églises des dons en argent et surtout en terres. Ces "biens d'église", extrêmement étendus, sont cultivés par des paysans et leurs revenus servent en partie à l'entretien des membres du clergé.
Une part de ces revenus sert aussi à l'assistance des pauvres, des malades et des pèlerins.
Les moyens d'action du clergé
Le clergé est très écouté parce que la foi est partout très profonde : le calendrier ou chaque jour porte le nom d'un saint qui est mort à cette date, les métiers dont chacun à un saint pour patron, la construction des cathédrales, les pèlerinages au tombeau du Christ et aux reliques des saints, les croisades, comme aussi la crainte d'être damné, la hantise du diable et des démons.
Ainsi, le clergé peut souvent imposer sa volonté par des menaces et des peines d'un caractère religieux : pénitences plus ou moins dures (jeunes, flagellations, lointains pèlerinages, entrée au couvent).
Si le coupable s'obstinait, il était frappé d'excommunication et ainsi retranché de la communauté des fidèles.
En conséquence, les sacrements lui étaient refusés et il était fui comme un pestiféré.
A noter que seul instruit, le clergé est le seul à donner l'instruction et il dirige les artistes.
L'évêque
L'évêque est élu par le chapitre (les chanoines), mais bien souvent, se sont les papes et surtout les rois et les seigneurs qui imposent aux chanoines les candidats de leurs choix. Bien souvent, il essaie par le biais de la "Paix de Dieu" et "la Trêve de Dieu", de limiter la violence des mœurs féodales.
Au dessous de l'évêque se trouvent les curés, chacun à la tête d'une paroisse. Bien souvent, c'est un riche qui a fait construire l'église paroissiale et en conséquence, lui et ses successeurs ont le droit de présenter à l'évêque un candidat pour la place du curé.
Le curé et la paroisse
L’évêque, souvent trop absorbé par la politique que par son sacerdoce est trop lointain pour le fidèle ordinaire.
Le curé, homme d’origine souvent très modeste, de science médiocre et de mœurs parfois critiquables est celui qui représente dieu, tranche les problèmes familiaux, représente les habitants dans un procès ou auprès d’un seigneur.
Désigné par l’évêque du diocèse, le curé exerce seul son ministère et est astreint à résidence dans le lieu même.
La "dîme" (soit le dixième de la production "de dix gerbes l’une"), impôt qui assure la subsistance du curé est payé sans trop de récrimination (imposée à l’époque carolingienne).
Le curé dispose également du "casuel", rétribution par les fidèles des actes de son ministère (ministérium) .
Le clergé régulier
En ces siècles de foi très vive, l'homme croit que le plus sur moyen de faire son salut est de devenir moine. Alors, de nombreux ordres religieux apparurent. Les uns s'inspirent de la règle Bénédictine, comme l'ordre de Cluny (910), d'autres se donnèrent une règle particulière : La règle des Chartreux, la règle de Cîteaux (1100)...
Les moines
De la pureté des communautés d'hommes établis sur les tombeaux dépend du salut et de la prospérité de la patrie.
La vie cénobitique commence très tôt en Orient est suit dès le IVème siècle, la règle écrite par Saint Basile. En Occident, les pieux religieux suivent les règles de Saint Colomban et de Saint-Ferréol, le plus souvent retirés dans des cavernes, ruines, ou dans des huttes séparés. Le but de leur vie est de s'adonner à la vie contemplative.
Par dégoût ou par crainte, ou plus chrétiennement par souci de méditer, de prier et de brimer son corps par des privations, une multitude de personnes (en grande généralité, plus d’hommes que de femmes) quittent le siècle temporel pour devenir moine (du grec "monos" : seul) .
Ainsi, ils évitent les pièges du démon, sexe et argent et échappent aux misères du temps.
Les moines font vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance à la hiérarchie, sous le contrôle d’un abbé (élu par le chapitre conventuel) et vivant cloîtrés dans un monastère.
A partir du VIIIème siècle, les moines se recommandent d’une règle unique, celle de Saint-bernard de Nursie, formulée au VIème siècle et caractérisée par une modération faisant place égale à la prière perpétuelle, au chant, à la méditation et au travail manuel (culture du sol, artisanat, liturgie et copie des manuscrits), selon les aptitudes de chacun.
Les bénédictins (grands défricheurs de forets, ouvrant la terre a coup de soc de leur charrue, déssecheurs de marécages, acclimatant la vigne et semant le blé, fondateur des premiers centres d’érudition, évangélisateur) ouvrent en Europe plusieurs milliers de couvents, dont Cluny (les moines noirs), fondée en 910 par l’abbé Bernon avec l’appui du duc d’Aquitaine, Guillaume "le Pieux", qui domine du haut de son "Empire" (l'Aquitaine est la congrégation religieuse la plus importante et la plus influente de la chrétienté), l’occident du début du Xème siècle à la fin du XIIème siècle (1400 établissements comprenant prieurés et abbayes) .
La vision clunisienne de la règle de Saint-Benoît voulait que les moines se rapprochent de la condition angélique en louant les louanges du Seigneur à toutes heures.
Puis vient Cîteaux (les moines blancs), deuxième branche des bénédictins, fondé en 1098 par Robert de Molesmes, dans un endroit désert au sud de Dijon, souhaitant revenir à la pureté initiale, ce sont les cisterciens, franciscains, ordres réformateurs dont le but est d’abord doctrinal.
Construisant leurs couvents sans décor, au milieu des bois, rejetant tout contact avec l’environnement humain, les moines sont aidés seulement par des hommes admis en tant qu’aide au travail, les "convers" .
A noter qu'en un siècle, six cents couvents adoptèrent ces usages.
Conseils donnés par Saint Benoît aux abbés et aux moines
"L'abbé doit user d'indulgences selon le caractère propre des moines, diriger l'un au moyen de paroles douces et agréables, l'autre par un blâme sévère, un autre encore par la persuasion. Il faut de même s'accommoder au tempérament et à l'éducation de chacun, en un mot s'adapter à tous".
''L'oisiveté est l'ennemi de l'âme. C'est pourquoi, à des moments fixés, les frères doivent être occupés au travail des mains; et, à heures fixées également, à la lecture divine. Qu'ils fassent les travaux nécessaires depuis la première heure (six heures du matin) jusqu'à la quatrième heure. De la quatrième à la sixième heure, qu'ils s'occupent à la lecture. Après sexte, qu'ils se lèvent de table et fassent la sieste sur leur lit, en parfait silence, ou, si l'un d'eux veut lire, qu'il lise pour lui, de manière à ne gêner personne.
Puis de nouveau qu'ils travaillent à leur tache jusqu'à vêpres. S'il y en a un assez négligent et paresseux pour ne pas vouloir ou ne pas pouvoir méditer ou lire, qu'on lui donne une tache à faire, afin qu'il ne soit pas désœuvré. Aux frères infirmes ou délicats, qu'on assigne une tache telle qu'ils ne soient point oisifs, mais qu'ils ne soient pas accablés par un travail trop dur et tentés de s'enfuir" .
La réforme
En ce début de XIème siècle (1020-1030), un nouveau courant venant des hommes d'études vient de surgir et ceux-ci affirmèrent au nom de la "libertas" que l'église ne peut être asservie est que tout ce qu'elle possédait en ce monde devait échapper à la puissance temporelle. Ils admettaient cependant que des laïcs exercent la "puissance" à condition d'être contrôlés par l'autorité ecclésiastique.
Cette réforme qui implique la rénovation de cette vieille église portant le pouvoir, qui se morcelait déjà de l'intérieur, commença. La purification devait aussi corriger un autre problème : le monachisme placé au dessus de l'episcolat.
Effectivement, les moines détenaient le haut pouvoir dans le royaume de France, pouvoir qui lui vient des saints. Protecteur des saints et de leurs reliques, les moines les sortent des cryptes aux moments opportuns et récoltent les aumônes qui ne cessent de croître pendant le XIème siècle (argent, terres, protections...)
La réforme toucha aussi ceux qui avait subi durement les grandes invasions du Xème siècle, les abbayes. Les princes de sang se firent un devoir de les représenter. Ainsi par le lien familial, les abbayes dirigées par les princes obtinrent dès leurs des "libertés" (formules soustrayant l'abbaye et ses possessions à toute ingérence) .Les bonnes mœurs allaient se rétablir par la quiétude de leur nouveau statut. La réforme continuait et pour l'aider, vint ensuite le regroupement des monastères.
Les princes avaient alors chargés de pieux religieux pour annoncer la réforme et de monastères en monastères, ils puisaient au passage quelques bons moines pour ainsi construire une nouvelle famille dont le père abbé était bien souvent le réformateur.
Ainsi, d'immenses populations monastiques se rassemblèrent, répandus dans tout l'Empire. Dans la première moitié du XIème siècle, le monachisme Bénédictin réformé est l'organisme le plus puissant et le plus vigoureux. Il se peut que sa puissance est freiné l'hérésie.
C'est alors que les monastères essayèrent (avec succès) de se soustraire aux contrôles des évêques en se plaçant sous la protection lointaine de l'évêque de Rome.En l'an de grâce 1035 et en accord avec le pape, l'évêque de Marseille prescrit qu"aucun évêque n'ose enlever au monastère quelque possession que ce soit" . Puis le pape accorda l'exemption à toutes les communautés clunisiennes "l'ordo cluniacensis" .Le territoire diocésain se trouvait ainsi troué par de multiples enclaves autonomes et les abbés de Cluny en voulurent plus. Accéder à la fonction sacerdocale, faire des prêtres et ainsi, dans leurs luxueuses basiliques, portes fermées, célébrer les louanges du seigneur "sans interruption depuis la première heure du jour jusqu'à l'heure du repas" .Il était clair que la riche Cluny, "nouvelle Rome", rêvait de se substituer aux faibles royautés.Devenue d'abord arbitre entre les querelles du pape et de l'empereur, les hauts dignitaires de Cluny prêchent ensuite la clémence à Canossa, puis plus tard, en 1088, insigne honneur, un pape sort de leur maison, Urbain II. Apparemment, leur puissance n'avait pas d'obstacle.
Il devenait donc urgent d'épurer le clergé, souillé par le sexe et l'argent. Au XIème siècle, presque tous les prêtres et les chanoines sont mariés. Les évêques, non touchés directement étaient mis en doute, comment être sur de leurs bonnes mœurs en sachant qu'ils devaient donner le bon exemple? être chaste et l'imposer à tous les clercs? .
La vision du peuple est simple. Tout prêtre qui a touché une femme ne fera pas passer par ses mains le sacre aux objets de sacrement, ils sont souillés.Considéré comme dans la plus haute échelle sociale, il est impensable qu'un prêtre ne soit pas pure comme un bon moine.Le corps épiscopal alors se dressa, bien ancré dans le temporel, lié à toutes la haute aristocratie et critiqué par les moines pour ces contacts charnels, dénoncent sans raison l'hérésie de simonie.
La réforme de l'episcolat eut lieu et maintenant il fallait retirer le pouvoir des princes temporel qui faisaient naturellement l'amour dans le but bien légitime de se reproduire et exerçait d'autre part le choix des évêques.
Le travail manuel et quotidien du moine d'après la règle de Saint Benoît
"La paresse est l'ennemie de l'âme. Aussi, à certains moments, les frères doivent être occupés à travailler de leurs mains. A d'autres moments, ils doivent être occupés à la lecture de la Parole de Dieu".
"C'est pourquoi nous croyons qu'il faut organiser ces deux occupations de la façon suivante"
"De Pâques au 1er octobre, en sortant de l'office de Prime, les frères font le travail nécessaire jusqu'à 10 heures environ".
"De 10 heures jusqu'à l'office de Sexte, ils font leur lecture".
"Après Sexte, en sortant de table, ils se reposent sur leur lit dans un silence complet. Ou bien, quand un frère veut lire en particulier, il lit tout bas, sans gêner les autres".
"On dit None plus tôt, vers 2 heures et demie. Puis les frères recommencent à travailler jusqu'à Vêpres".
"Quand ils doivent rentrer les récoltes eux-mêmes, parce que c'est nécessaire là où ils sont, ou bien parce qu'ils sont pauvres, ils ne seront pas tristes".
"En effet, quand ils vivent du travail de leurs mains, comme nos Pères et les Apôtres, alors ils sont vraiment moines".
"Pourtant, on fera tout avec mesure, à cause de ceux qui sont faibles".
"Du 1er octobre jusqu'au début du Carême, le matin, les frères font leur lecture jusqu'à 8 heures environ".
"Puis, vers 8 heures, ils disent Tierce. Ensuite, ils font le travail qu'on leur a commandé jusqu'à 3 heures de l'après-midi environ".
"Au premier signal de None, tous les frères laissent leur travail pour être prêts au deuxième signal".
"Après le repas, ils lisent de nouveau ou ils étudient les psaumes".
"Pendant le Carême, ils font leur lecture depuis le matin jusqu'à 9 heures. Puis ils font le travail qu'on leur a commandé jusqu'à 4 heures de l'après-midi".
"Pendant ce temps du Carême, chaque frère reçoit un livre de la bibliothèque. Il le lira à la suite et en entier".
"On distribue ces livres au début du Carême".
"Avant tout, on nomme un ou deux anciens qui circulent dans le monastère au moment où les frères font leur lecture".
"Ils les surveillent : il y en a un peut-être qui n'a de goût à rien. Il passe son temps à ne rien faire ou bavarde au lieu de s'appliquer à la lecture. Ce frère se fait du tort à lui-même et, de plus, il distrait les autres".
"Quand on trouve un moine de ce genre - espérons que non ! -, on lui fait des reproches une fois, deux fois".
"S'il ne se corrige pas, on le punit selon la Règle, pour que les autres en éprouvent de la crainte" (1 Timothée 5, 20).
"Un frère n'ira pas avec un autre frère quand ce n'est pas le moment".
"Le dimanche, tous les frères s'occupent à la lecture, sauf ceux qui sont responsables de services divers".
"Si un frère négligent ou paresseux ne veut pas ou ne peut pas méditer ou lire, on lui commande un travail pour qu'il ne reste pas sans rien faire".
"Quant aux frères malades ou de santé fragile, on leur donne une occupation ou un métier qui leur convient. Ainsi, ils ne restent pas inoccupés, et pourtant ils ne sont pas écrasés par un travail trop dur, ou ils n'ont pas envie de le fuir".
"L'abbé doit tenir compte de leur faiblesse".
Les fautes graves des moines d'après les règles de Saint Benoît.
Le frère qui est coupable d'une faute grave sera privé à la fois du réfectoire et de l'oratoire".
"Aucun frère n'ira le trouver pour lui tenir compagnie ou lui parler".
"Il sera seul pour faire le travail qu'on lui a commandé et il restera dans la tristesse que lui cause son repentir. En effet, il connaît la phrase terrible de l'apôtre Paul".
« Cet homme-là, on fait mourir son corps pour que son esprit soit sauvé le jour où le Seigneur viendra » (1 Corinthiens 5, 5).
"Ce frère mangera seul. Pour la quantité de nourriture et l'heure du repas, c'est l'abbé qui jugera ce qui est bon pour lui".
"En passant près de lui, personne ne le bénira, ni lui, ni la nourriture qu'on lui donne".
Et ceux qui, sans permission, vont trouver les frères mis à l'écart. d'après la règle de Saint Benoît
"Quand un moine, sans un ordre de l'abbé, se permet d'aller trouver, d'une façon ou d'une autre, un frère mis à l'écart de la communauté, ou bien de lui parler ou de lui envoyer un message, on le punira en le mettant à l'écart de la communauté, comme l'autre frère".
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