Villard de Honnecourt

 

 

La figure de Villard de Honnecourt demeure mystérieuse. Seul son manuscrit livre quelques indices qui permettent de le situer. Son nom indique son lieu d'origine, ou peut-être le monastère dont il faisait partie : Honnecourt, petite ville de Picardie, au bord de l'Escaut près de Cambrai, non loin de Saint-Quentin et Amiens, et formée autour d'une abbaye bénédictine-

Villard est né picard. Au XIIIe siècle, la Picardie est dans une situation privilégiée, au cœur de l'Europe, à un carrefour d'échanges économiques importants, et se trouve au centre des foyers intellectuels. On pense que Villard a pu résider et étudier à Honnecourt, mais il a probablement aussi travaillé à l'abbaye cistercienne de Vaucelles

Ses représentations des cathédrales de Laon et de Reims, ses plans des églises de Cambrai, de Vaucelles et de Meaux permettent de situer l'activité de Villard pendant le premier tiers du XIIIe siècle, au moment de l'apogée du gothique.

"Je suis allé dans de nombreux pays […] en aucun lieu je ne vis une tour telle que Laon."

Sans pouvoir établir de chronologie claire et juste, nous pouvons imaginer les pérégrinations avérées, probables ou éventuelles de Villard de Honnecourt, sans qu'il soit non plus possible de préciser s'il s'agissait de participations à des chantiers ou de déplacements pour étudier des édifices réputés, voire ce qu'on appellerait du tourisme culturel. Il est probable qu'il soit allé à Meaux mais rien ne prouve qu'il ait été à Chartres. Sur son chemin vers la Hongrie, comme il le précise, il passe par Reims, ce qui l'aurait conduit à faire étape dans quelques monastères cisterciens et à visiter quelques églises telles que Clairvaux, Cîteaux ou Morimond, et expliquerait son intérêt pour le plan type d'église cistercienne conforme à la simplicité d'origine. François Bucher, médiéviste américain, a tenté de retrouver les traces de Villard en Bavière ou en Hongrie.

Un homme aux multiples facettes

Villard est-il dessinateur, concepteur de plans, ingén ieur, constructeur, architecte, maître d'œuvre, géomètre, inventeur, voyageur, observateur de chantiers et d'édifices, chef de chantier, clerc, intellectuel ou savant ?

La réponse est complexe. Mais il ne fait aucun doute qu'il est un artiste habile. Roland Bechmann, historien et architecte, éclaire tous les aspects d'un savoir-faire multiforme.

 Villard écrit en picard

Dans le manuscrit de Villard, l'écrit accompagne le croquis et le présente, même si de nombreux dessins n'ont pas de commentaire.

À cette époque, la plupart des documents officiels, des actes publics, des écrits "scientifiques" ou littéraires étaient encore écrits en latin. Une évolution s'amorce toutefois, notamment en Champagne et en Picardie, où, de plus en plus, la langue vulgaire est employée dans ces documents.

Ainsi Villard, dans son manuscrit, emploie-t-il la lan gue vulgaire de sa région, le picard, une variante du français d' Île-de-France.


Église de Laon : plan de la tour - Détail d'un clocheton - Figure barbue.
Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 19093

Villard a reproduit sur deux pages, en vis-à-vis, le plan et l'élévation de l'une des tours de la cathédrale de Laon.
Villard exprime son admiration pour cette tour, et ses contemporains ont certainement partagé son sentiment, car la cathédrale de Laon, et en particulier ses tours, ont été une source d'inspiration pour un certain nombre de grandes églises de cette époque. On cite notamment Bamberg, Naumburg et aussi Lausanne, et on n'a pas manqué d'attribuer à Villard la paternité de ces monuments-

 

 

Tracés géométriques sur des figures animales et humaines - Figure barbue.
Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 19093

Les dessins de cette page semblent avoir été réalisés par Villard à différents moments.
On constate, en effet, une parenté évidente entre le style du roi assis ou de la Vierge à l'enfant et les visages et les corps schématisés par des triangles de la "roue de Fortune" de la page 42, qui était avant reliure sur la même face de parchemin que cette page-ci. Les deux personnages debout, qui sont comme une première ébauche de "l'homme debout" de la page 37, ont aussi ces visages triangulaires. Par contre, les dessins du cerf et de l'homme au fléau sont du même style plus alerte, plus élaboré avec lequel Villard a dessiné les figures des trois pages suivantes.
Roland Bechmann suppose que, la figure barbue figurant déjà sur le parchemin bifolio, les dessins du roi assis, de la Vierge à l'enfant et de la "roue de Fortune" auraient été exécutés ensuite. Puis, les folios étant reliés, les deux figures similaires debout, dont l'une porte une canne, auraient été dessinées. Quant aux dessins du cerf et de l'homme au fléau, qui sont du style des dessins des pages suivantes, ils auraient été ajoutés ici parce qu'il n'y avait plus de place sur ces pages.
C'est une main différente de celle de Villard qui a rajouté postérieurement l'inscription :
"Chi commence le mate(re) de la portraiture." "Incipit materia porturature."
"Ici commence la méthode de la portraiture."

Ainsi s'expliquerait qu'un "maître 2" ait ajouté cette indication, redondante, en bas de page, alors que Villard indique sur la page suivante, d'une façon beaucoup plus explicite, à quoi correspondent ces mystérieux dessins que Roland Bechmann appelle "figures de mémoire"-

 

 

Planche naturaliste - Labyrinthe.
Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 19093

Cette page présente d'une part un labyrinthe, d'autre part six dessins d'animaux soigneusement dessinés,une sauterelle,un chat,une mouche,une libellule,une écrevisse et un autre chat enroulé sur lui-même faisant sa toilette.

 

 

Le mouvement perpétuel.
Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 19093

" Maint jor se sunt maistre desputé de faire torner une ruée par li seule ; vés ent ci com en puet faire par maillès non pers u par vif argent."
"Des maîtres ont, maintes fois, débattu de (la façon) de faire tourner une roue toute seule. Voici comme on peut le faire avec des maillets (en nombre) impair ou avec du vif argent."
Nous n'avons affaire, ici, ni à une invention ni à un relevé de Villard, mais à un dessin qu'il a reproduit d'après une représentation ou d'après un récit. Remarquons que, lorsqu'il dessine une roue dans une machine, d'après nature, ou qu'il l'imagine, il la met en perspective, en lui donnant une forme ovale, ce qui n'est pas le cas ici. De même que Léonard de Vinci quelques siècles plus tard, Villard, en mentionnant deux solutions proposées par les "maîtres" et leurs discussions à maintes reprises sur ce sujet, semble sceptique sur la possibilité d'un mouvement perpétuel.

 

Sources : BNF

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