Les pélerinages

Le phénomène du pèlerinage religieux existe de tous temps et dans la plupart des religions, mais cette forme de dévotion populaire s'est particulièrement développée au Moyen Age, essentiellement en lien avec le culte des saints. Deux idées sous-tendent ce culte: d'une part celle de l'efficacité du saint comme intermédiaire entre Dieu et les hommes, d'autre part l'idée que les lieux sont sacralisés par la présence du corps ou d'une relique d'un saint: "les corps des martyrs, écrit Grégoire de Nazianze, ont le même pouvoir que leurs saintes âmes, soit qu'on les touche, soit qu'on les vénère". Les sanctuaires à reliques se multiplient donc, attirant les pèlerins.

1. Pourquoi part-on ?

a) Les motivations sont multiples. 

On part en pèlerinage :

- par curiosité intellectuelle ou historique, pour voir les décors de la vie du Christ ou d'un saint

.- pour prier les saints et vénérer leurs reliques.

- pour obtenir une faveur, en particulier une guérison ? pour accomplir un vœu ou remercier d'une grâce

- pour mourir et être enterré ad sanctos. Cette motivation, qu'il faut replacer dans une perspective eschatologique, n'est pas rare, et l'on trouve d'importantes nécropoles auprès de certains centres de pèlerinage.

- par ascèse, pour rechercher le salut dans l'exil et l'errance volontaires, en réponse à l'appel du Christ. C'est à travers les dangers et les fatigues de la route que se réalise l'idéal de purification.

b) Mais il existe aussi d'autres formes de pèlerinage :

- la pénitence imposée. A côté de la pénitence volontaire liée au pèlerinage de dévotion, on voit apparaître dès le IXe siècle, sous l'influence irlandaise, le pèlerinage de pénitence imposée et tarifée. Il est utilisé comme peine, même par les tribunaux civils, mais peut, dans ce cas, être racheté.

- les pèlerinages politiques des grands: rois et empereurs donnent un sens politique ou symbolique à leurs pèlerinages et mettent leur pays ou leur dynastie sous la protection d'un saint: Martin pour les Mérovingiens, Denis pour les Capétiens, Michel pour les Valois, les Rois mages pour l'Empire et Jacques pour l'Espagne.

c)Deux autres phénomènes sont liés au pèlerinage:

- la croisade : les privilèges juridiques qui y sont attachés sont d'ailleurs identiques à ceux du pèlerin.

- les jubilés et les indulgences : dès le Xle s., on voit se multiplier les indulgences pour des pèlerinages faits dans certaines conditions ou à certaines fêtes. A partir de 1300, les papes accordent régulièrement des jubilés, indulgences de rémission plénière des péchés.

d)On distingue donc plusieurs niveaux de spiritualité :

- un niveau populaire marqué par le goût du merveilleux et la recherche de la guérison du corps.

- un niveau plus spirituel, celui des pèlerinages de dévotion qui cherchent le salut de l'âme par l'ascèse personnelle.

2. Où va-t-on ?

a) Jérusalem : ce pèlerinage dans les pas et sur le tombeau du Christ est le pèlerinage par excellence. Si, à partir du Vlile s., les pèlerins subissent les tracasseries de l'occupation musulmane, leur passage, qui est source de revenus, n'est jamais totalement interrompu. Ce pèlerinage est caractérisé par sa longueur, I'hostilité de populations non chrétiennes et sa signification eschatologique (rapprochement avec la Jérusalem céleste).

b)Rome, qui possède les corps des apôtres Pierre et Paul et de milliers de martyrs. Ce pèlerinage est donc axé sur le culte des reliques. Après un léger déclin à partir de la période carolingienne, il renaît de plus belle avec les jubilés déclarés par les papes dès 1300. Les itinéraires sont variables en plaine, mais se rejoignent pour la traversée des Alpes, qui se fait par deux cols, le Grand?Saint?Bernard et le Mont?Cenis.

c)Saint Jacques de Compostelle où le culte et le pèlerinage se développent dès le début de la Reconquista (Xe s.), favorisés par l'action convergente des autorités la~ques espagnoles (qui veillent à la sécurité et à l'état des routes) et des milieux ecclésiastiques (monastères, essentiellement clunisiens, le long de la route).

Il existe quatre itinéraires principaux, jalonnés de sanctuaires et d'hospices:
- Arles, Saint-Guilhem-le-Désert, Toulouse, col du Somport. - Le Puy, Conques, Cahors, Moissac.
- Vézelay, Nevers ou Bourges, Limoges, Périgueux.
- Paris, Orléans, Tours, Poitiers, Saintes, Bordeaux, Dax.
Ces trois dernières routes se rejoignent à Ostabat et retrouvent la première à Puente-la-Reina.

d)Les pèlerinages mariaux ne peuvent pas bénéficier, comme les précédents, de reliques corporelles (la foi en l'Assomption date du Ve s.), mais cherchent d'autres reliques (vêtements, ongles, cheveux, lait...) ou vénèrent des statues. Ils se développent surtout à partir du Xlle s., en lien avec l'essor du culte marial, appuyé par les Cisterciens, les Chartreux, etc. Parmi les grands sanctuaires figurent Chartres, Rocamadour, Notre?Dame du Puy.

e)Les pèlerinages à Saint Michel, en l'absence de reliques de l'archange, sont souvent nés d'une vision, comme au Mont?Gargan (Italie du Sud) ou au Mont?Saint?Michel, les deux plus célèbres. Le culte à saint Michel connaît un renouveau aux XlVe?XVe siècles, attesté par l'iconographie.

f) Il existe d'autres grands pèlerinages, en l'honneur de sainte Marie Madeleine à Vézelay et à Saint?Maximin, saint Benoît à Fleury, saint Martin à Tours, la sainte Larme à Vendôme, saint Nicolas à Bari, les Rois mages à Cologne, etc, ainsi qu'une multitude de pèlerinages locaux.

3. La route et l'arrivée

a)Les préparatifs : il faut se procurer de l'argent, mettre en ordre ses affaires, faire son testament, éventuellement trouver des compagnons de route ou bien, plus spirituellement, blanchir sa conscience. Infirmes et malades doivent aussi trouver un moyen de transport.

b)Le départ se fait au cours d'une cérémonie de bénédiction du pèlerin, de son costume (grande cape ou pèlerine) et de ses attributs (bâton ou bourdon, besace et calebasse pour la boisson).

c) Le pèlerin a un statut juridique particulier: il est protégé dans sa personne (ses agresseurs encourent de lourdes peines) et dans ses biens (garantis par l'Eglise). Il est exempté de tonlieux et de péages.

d)Le trajet: tous les moyens de transport sont bons, le plus fréquent restant la marche. Quoi qu'il en soit, I'arrivée et le départ doivent être faits à pied pour marquer l'aspect pénitentiel du pèlerinage. En revanche, les étapes de montagne se font généralement à cheval ou à dos de mulet, certaines abbayes prêtant des montures.

e) L'hébergement du pèlerin est un devoir de charité que rendent souvent les particuliers et toujours les monastères. Il existe aussi de nombreux hospices spécialisés, fondations laïques ou ecclésiastiques, où le pèlerin peut dormir une et parfois jusqu'à trois nuits, et où il est soigné voire enterré le cas échéant. Ces hospices ont toujours une chapelle et au moins deux salles, une pour les hommes et une pour les femmes. Des ordres religieux, celui de l'Aubrac ou celui de Saint?Jacques de l'Epée rouge, étaient spécialement consacrés à l'assistance aux pèlerins.

f) L'arrivée au sanctuaire est marquée par:

- des rites pénitentiels (marcher pieds nus) ou symboliques (bain dans un cours d'eau par purification).
- des dévotions : toucher ou baiser le tombeau, veillée de prière dans l'église, "incubation" (il s'agit de dormir dans l'église près des reliques. C'est, semble-t-il, très favorable aux miracles).
- des offrandes : le plus souvent de l'argent ou de la cire pour les cierges. Les offrandes peuvent être représentatives: chaînes, béquilles ou objets en forme du membre guéri.
- I'acquisition d'un insigne (le plus connu étant la coquille de saint Jacques) qui a une triple fonction de souvenir, de témoignage et de protection. Ces insignes se multiplient à partir du XlVe siècle. Dans l'iconographie, on reconnaît la destination des pèlerins à ces signes: palme pour Jérusalem, coquille pour Saint?Jacques, "baisers de paix", etc..

Des guides ont été écrits dès le haut Moyen Age pour indiquer aux pèlerins les routes, les sanctuaires à visiter, les saints à y vénérer, les hospices, les dévotions à faire à l'arrivée. Le plus connu de ces guides est celui du Pèlerin de Saint Jacques de Compostelle, attribué à Aimeri Picaud, Xlle s (éd. moderne: Jeanne Vielliard, Mâcon, 1938).

4. Les abus

Ils ont de tout temps accompagné les pèlerinages. Le plus léger est le laxisme spirituel des "pèlerins touristes", souvent dénoncé par l'Eglise. " Ce n'est pas d'avoir été à Jérusalem, mais d'avoir bien vécu à Jérusalem qui mérite louange ", écrit saint Jérôme.

Mais il y a plus grave. Des "éléments douteux", jongleurs, aventuriers et prostituées, se mêlent aux grands rassemblement de pèlerins, les transformant en foire. Des hérétiques, des voleurs, des mendiants, attirés par le statut privilégiés des pèlerins ou par le bénéfice d'une charité systématique, prennent l'habit de pèlerin. Et l'on trouve même des pèlerins professionnels rétribués.

Quant aux pèlerinages de femmes, ils sont dénoncés comme sources d'abus dangereux pour la vertu, véritables incitations à la débauche et à la prostitution. On craint aussi les dérives des pèlerinages d'enfants.

5. La spiritualité du pèlerinage

Au-delà de tous ces aspects matériels, le pèlerinage est avant tout une démarche spirituelle. Le pèlerin se place dans une attitude intérieure:

- de détachement. Étymologiquement le pèlerin, peregrinus, c'est celui qui voyage au loin. Cette attitude est à rapprocher du départ d'Abraham et de l'Exode des Hébreux vers la Terre promise.

- de perception de la vie terrestre comme un exil loin du Seigneur. Par la foi, les chrétiens sont déjà "concitoyens des saints, membres de la maison de Dieu" (Eph. 3, 19).

- de cheminement vers la Jérusalem céleste qui est la véritable patrie "car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous sommes à la recherche de la cité future" (Heb. 13, 14). L'Exode est interprété chez les Pères comme figure de ce cheminement du chrétien et de l'Eglise.

Peu à peu, on en viendra à considérer que le pèlerinage est un état d'esprit et qu'il peut donc exister sans la distance géographique : aux XlVe XVe siècles apparaissent les "pèlerinages en esprit", la dévotion aux "chutes" du Christ montant au Calvaire, qui aboutiront au chemin de Croix. A la même époque la littérature développe les "pèlerinages de vie humaine", ouvrages allégoriques traitant du cheminement de l'âme vers la cité de Dieu.

 

Le pèlerinage , c’est-à-dire le voyage effectué par un croyant vers un endroit sacré en dévotion, est une pratique que l’on retrouve dans beaucoup de religions et croyances. Citons, sans être exhaustifs, l’Islam , le Judaïsme , l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Shintoïsme et le Christianisme. Il semblerait même que le concept de pèlerinage ait déjà existé au néolithique . 

Si on se limite au Christianisme, le pèlerinage remonte à ses premières heures. Comme on peut aisément s’imaginer, Jérusalem, la ville ou le Christ a été crucifié et enterré s’est rapidement retrouvée au centre de l’intérêt des pèlerins paléochrétiens; mais d’autres sites, comme les tombes de saints et surtout la tombe de la Vierge Marie ont aussi attiré les pèlerins des premiers siècles.

Pour diverses raisons , les sites dévots de la Terre-Sainte sont devenus difficilement accessibles à l’époque médiévale ; les chrétiens d’occident ont redirigé leur ferveur sur d’autres sites : les plus importants étant Rome (comme centre de la chrétienté occidentale) et Saint Jacques de Compostelle, mais une quantité innombrable d’autres sites régionaux, voire locaux, ont existé et existent encore.

Le concept de pèlerinage est intrinsèquement lié à celui de voyage, de voyageur en route, de quelqu'un en quête de quelque chose. En cette qualité, le pèlerinage comporte plusieurs facettes indissociables, qui nous permettront chacune de développer divers points liés à la thématique de la marche et du voyage dans le monde médiéval : Le pèlerinage comme voyage physique ; le pèlerinage comme voyage spirituel.

Dès le XIIIème, on commence à trouver des narrations de voyages ayant pour sujet le pèlerinage ; la plupart des auteurs de ces récits veulent témoigner du sentiment d’avoir vécu une sorte de « réalité étrange » suivi d’une exhortation à tous les chrétiens de rejoindre la communauté de ceux qui ont suivi cette voie. Les chemins décrits sont uniquement intéressants de par le jalonnement de lieux « saints » ; le centre d'intérêt principal et quasi exclusif du narrateur est toujours l’étape ultime, p. ex. Rome ou St Jacques de Compostelle. En décrivant l’exaltation qu’il y a vécue, l’auteur semble avant tout vouloir convaincre ses coreligionnaires de l’imiter, et accessoirement leur donner les indications nécessaires pour le faire… ou permettre aux malheureux qui ne pourront pas faire un tel pèlerinage d’y participer par la lecture et l’esprit.

Il est intéressant de noter que pour un musulman, la notion de pèlerinage est beaucoup plus « concentrée » sur le temps passé dans les lieux saints (Mecque et Médine). Il faut toutefois signaler que le Hadj est un acte religieux fortement codifié par la Sunna et extrêmement densifié dans le temps et dans l’espace qui ne laisse pas de place à l’imprévu ; le pèlerinage, ou quête, au sens chrétien est d’une certaine façon son opposé, puisque ni le lieu ni le temps imparti sont définis à l’avance.


6)  Aspects physiques

Pérégriner, faire son pèlerinage, c’est aussi se déplacer physiquement ; souvent sur de longues distances, durant de longs mois, voire des années. Cela suppose une certaine infrastructure physique : chemins, routes, ponts, hospices, auberges etc.

7) Chemins et routes

Les routes sont parsemées de toutes sortes de dangers et de difficultés liés à l'état défectueux des voies, à la fatigue des longues marches, au brigandage, à la perte du chemin, au langage (qui rend difficile le contact avec les locaux), au mauvais temps, à l'altitude etc. Cet aspect de la route est important dans le cadre du pèlerinage puisqu'il répond à la spiritualité du pèlerin qui aspire au dénuement, à la résignation, à la souffrance : « Le pèlerin cherche et retrouve l'itinéraire sacré de la Voie douloureuse et le portement de la Croix » . « L'important est que [la route] soit endurée jusqu'au bout: ce qui marque à la fois triomphe sur soi et maîtrise de l'espace toujours hostile qui naturellement sépare de l'ailleurs marqué de surnature et en défend l'accès […] »

L'esprit du pèlerinage est d'accomplir celui-ci à pied, la marche à pied étant une des formes de la pénitence chrétienne. Dans la réalité, ce qui importe est surtout d'accomplir certaines étapes à pied, notamment le départ et l'arrivée. Alors, le pèlerin qui a une monture reprend le chemin à pieds, comme il l'a fait en partant afin de répondre à son objectif de pénitence du départ, parfois même il se déchausse et termine sa route à pieds nus . Même lorsqu'il est infirme celui-ci descend de son brancard.

« Le sacré est dangereux pour celui qui entre en contact avec lui sans s'être préparé, sans avoir accompli les différents rites d'approche » (. C'est pourquoi, à quelques milles de l'arrivée dans les villes saintes et de leur sanctuaire, différents rites se pratiquent déjà. Le pèlerin se baigne dans un cours d'eau dans le but d'une part de se laver des saletés qu'il a accumulées pendant son voyage, et d'autre part dans un esprit symbolique de purification, le symbole étant le lavement souillures passées . A Compostelle: peu avant son arrivée dans la ville le pèlerin prend un bain dans « un certain fleuve qui arrose à eux milles de la ville de Saint-Jacques, un endroit boisé et qu'on appelle Lava-Mentula, parce que là les pèlerins de France allant à Saint-Jacques ont coutume, par amour de l'apôtre, de s'y laver non seulement partiellement, mais aussi d'y purifier leur corps tout entier de ses souillures, après s'être dépouillés de leurs vêtements. » En Terre Sainte, le pèlerin se purifie dans le Jourdain où il doit effectuer les gestes du Christ lorsqu'il s'est baptisé


8) Centres majeurs

Des reliques de la croix sur laquelle Jésus-Christ aurait été crucifié (aussi appelée la « Vraie Croix », « Vera Cruz ») sont ramenées en occident par les Croisés, si bien que des sanctuaires (édifice construit sur un site sacré, parfois interdit aux profanes, souvent associés au pèlerinage) sont construits où il est possible d'avoir accès à ces témoignages se rapportant à l'histoire du Christ. Ainsi, lorsque la route pour se rendre à Jérusalem devient dangereuse, l'avantage est donné au pèlerinage en direction de Saint-Jacques de Compostelle . Le pèlerinage médiéval chrétien a surtout concerné trois centres majeurs :

- Le Moyen-Orient, plus particulièrement Jérusalem (dès les IVème et Vème siècles) ;

 -  Rome, depuis Sylvestre 1er (mais surtout dès le VIIème siècle);

 -  Saint Jacques de Compostelle (dès le IXème siècle).

Terre Sainte

– Le nom de Terre Sainte est donné par les chrétiens. Il fait référence à la région où Jésus est né, où il a vécu et aux endroits qu'il a visité. La Terre sainte comprend la Palestine, le Golan, la côte méridionale du Liban, et une partie de la Jordanie. Dès la mort du Christ, le pèlerinage chrétien prend naissance pour se rendre à Jérusalem. Mais c'est surtout à partir du IVème siècle, c'est à dire lorsque le christianisme devient triomphant dans l'empire romain, que ce pèlerinage prend tout son essor, et ce malgré le fait que le chemin est parsemé de dangers de par la corruption, la dépravation et les désordres qui s'y trouve.

Rome

– Ce qui fait la popularité de ce pèlerinage sont les tombeaux de Pierre et Paul, les deux apôtres, ainsi que les reliques provenant de martyrs renommés. A la fin du 4ème siècle, le christianisme est reconnu officiellement. Dès ce moment, des monuments sacrés sont construits destinés au culte de saints romains tels que saint Pierre (sur la route d'Ostie), saint Paul (sur la Via Appia) et d'autres (SIGAL, p.100). Les tombes de martyres sont également des endroits importants où vient prier le pèlerin, mais du fait que ces tombeaux sont souvent sujet à des saccages, des basiliques sont construites afin d'y placer les reliques de ces martyrs et de les protéger. Après une « période creuse » pour des raisons historiques, ce pèlerinage reprend son essor au XIVème siècle, grâce à la création du jubilé (1330, par les fidèles) qui permet au pèlerin romain d'obtenir tous les 100 ans de la part du Pape une grande indulgence. Le pardon de tous ses pêchés est accordé au pèlerin romain qui visite durant 30 jours d'à filée les sanctuaires de saint Paul et saint Pierre. Pour le pèlerin chrétien non romain, la rémission de ses pêchés lui est accordés s'il visite ces sanctuaires durant 15 jours. Au XIVème siècle le jubilé se fait tous les 50 ans pendant lesquels s'insèrent d'autres jubilés dits « de la Rédemption ».

Saint-Jacques de Compostelle se trouve au Nord-Ouest de l'Espagne. Saint-Jacques est un Apôtre qui est parti du Proche Orient pour se rendre en Galice et se dans le but de prêcher tout au long de son parcours qui longeait l'Afrique. Une fois rentré à Jérusalem, il est tué et ses reliques sont transportées jusqu'en Galice. Au IXème siècle, son tombeau aurait été retrouvé par un ermite du nom de Pelayo (Pelage), grâce à une révélation qu'il aurait eue. Dès lors, une église a été construite, et Saint-Jacques de Compostelle représente un lieu de pèlerinage important, les reliques de Saint-Jacques faisant l'objet d'un culte. Il y a des controverses chez les historiens à propos de cette histoire.


 9) Routes

Le choix de l'itinéraire ne se porte pas en fonction de sa longueur ou de sa facilité d'accès mais en fonction des sanctuaires importants ou des lieux sacrés que le pèlerin peut visiter puisque son désir est de faire un parcours qui répond à sa volonté de dévotion. Un lieu sacré l'est lorsque s'y trouve un corps qui a été vénéré, ou lorsqu'un personnage qui a fondé une religion y soit passé. Ceci correspond souvent à des endroits retirés et difficiles à atteindre comme par exemple une grotte, un fleuve, une montagne, comme si la difficulté rend l'acte de piété plus valeureux. La renommée d'un sanctuaire se fait aussi souvent en fonction des vertus « thérapeutiques » que celui-ci offre, qui peut être la guérison de divers maux tels que la stérilité, la lèpre, la folie, puisque le pèlerin peut aussi choisir de faire un pèlerinage dans un espoir de guérison d'un mal dont il souffre.

Sur la route menant à Compostelle des « corps saints "reposent sur la route de Saint-Jacques et les pèlerins doivent visiter ». Les récits qui accompagnent les saints illustrent leur légende et les bienfaits ou miracles que le pèlerin peut en retirer de par sa visite.

Exemples d’étapes:

 - Aliscamps (près de Arles), Saint-Gilles, le cimetière et les miracles: « Ô comme il est beau et profitable de visiter son tombeau! Le jour même où on l'aura prié de tout son cœur, on sera exécuté sans aucun doute ».

 - Toulouse, Saint-Sermin, basilique et légende.

- Conques, Sainte-Foy , basilique et grâces

 - Vézelay, Sainte-Marie-Madeleine, basilique et miracles

 - Abbatiale Sainte-Foy de Conques, basilique Saint Sernin de Toulouse, cathédrale de Compostelle, et où se trouvent des reliques très vémérées: Saint-Marin de Tours et Saint-Martial de Limoges . Autres sanctuaires: Notre Dame de Puy, Ste Madeleine de Vézelay, Saint-Gilles-du-Gard .

La route menant à Rome

1 - Le Grand-Saint-Bernard (tire son nom de Saint Bernard de Menthon qui fonde dans la deuxième moitié du XIème siècle un hospice et une communauté de chanoines. Il existait cependant déjà un hospice avant celui de Saint Bernard, et le nom du col était celui de col de Montjoux

2 - Monastère de Saint-Gall

3 - Saint-Maurice:

4 - Saint-Boniface à Fulda

5 - En Francie: sanctuaires de Tours et Saint-Denis par les pèlerins insulaires

La route menant à la Terre-Sainte



 10) Dangers

La route est parsemée de toutes sortes de dangers et de difficultés. L'état défectueux des voies, la fatigue des longues marches, le brigandage, les problèmes liés au langage (qui rend difficile le contact avec les locaux), le mauvais temps, l'altitude, l'inhumanité des locaux, la traversée en mer pour se rendre à Jérusalem, etc. sont autant de problèmes que rencontre le pèlerin sur sa route.

Cet aspect difficile de la route est important dans le cadre du pèlerinage puisqu'il répond à la spiritualité du pèlerin qui aspire au dénuement, à la résignation, à la souffrance, comme l'écrit : « Le pèlerin cherche et retrouve l'itinéraire sacré de la Voie douloureuse et le portement de la Croix » . « L'important est que [la route] soit endurée jusqu'au bout: ce qui marque à la fois triomphe sur soi et maîtrise de l'espace toujours hostile qui naturellement sépare de l' « ailleurs » marqué de surnature et en défend l'accès. Cette double victoire est œuvre de foi, donc puissance sacralisante. Aussi la route pèlerine, de soi chemin de sacralisation. A plus forte raison quand le départ est pris au défi de l'immensité spatiale, pour parcourir et vaincre l'obstacle normalement inouï que sont des milliers de kilomètres, afin de gagner, tel qu'il en est, pour le pèlerin de Saint-Jacques, une manière de out du monde ».

Terre sainte – Le pèlerin effectuant son périple en direction de Jérusalem a laissé des témoignages intéressants concernant la dangerosité de la traversée en mer pour se rendre d'Occident en Terre sainte. Ce trajet se fait souvent en transport maritime du fait de la distance qu'il y a à parcourir. Les récits que SIGAL relate décrivent des conditions de voyage très précaires. Selon l'embarcation, les conditions d'hygiène sont médiocres et la place à disposition pour le pèlerin est extrêmement réduite (2,5 pans sur 7). Certains récits dérivent une puanteur extrême et de la vermine à bord. De plus, les conditions météorologiques médiocres comme d'importantes tempêtes ou des vents défavorables et des attaques de pirates par exemple rendent cette expérience dangereuse. Le voyage peut être prolongé de plusieurs semaines selon les conditions dans lesquelles il se fait. Il se peut même que l'embarcation doive faire demi-tour et renoncer au voyage. Selon les époques, certains pèlerins passent par la route du Danube. Mais cet itinéraire aussi comporte toutes sortes de dangers car il est difficile et long et le pèlerin meurt souvent en route. Le comte Guillaume d'Angoulême qui fait un pèlerinage au XIème siècle raconte que son périple a duré environ 5 mois à l'aller et un peu moins au retour. Ensuite, le temps de l'aller et retour dépend aussi du temps que passe le pèlerin en Terre Sainte. Certains restent quelques mois dans la ville sainte. Les conditions particulièrement difficiles de ce périple en Terre sainte confèrent d'autant plus à ce dernier une dimension de sacrifice et de sacralité.


Pour aborder le thème de la difficulté de ce périple, un écrit laisse un témoignage intéressant. Il s'agit du Journal de voyage d'ETHERIE (ou EGERIE) . La description qu'elle fait de son ascension du Sinaï en est un exemple. « […] le dimanche, avec le prêtre et les moines de l'endroit… » Dans son journal, elle fait aussi ressortir la sacralité des lieux au travers sa description des paysages vastes, grandioses, arides. Selon GRABOÏS , d'autres témoignages de pèlerins restés anonymes démontrent leur fascination pour cette nature, pour qui ces caractéristiques font ressortir un sentiment de solitude. Ces paysages leur évoquent « la Terre des errances des Patriarches, de la Révélation divine à Moïse et au fils d'Israël, aux prophètes et, finalement, celle de la Révélation du Christ. »

Rome – Entre ce qui concerne les reliefs accidenté et les éléments de la nature à affronter, des récits montrent que la traversée des Alpes est un trajet particulièrement pénible. Certains points se trouvent en haute altitude et l'hiver y est rude. Le col du Grand Saint-Bernard, où se trouve son hospice du même nom et qui est le point de chute de référence pour le pèlerin, se trouve à pas moins de 2472 mètres d'altitude.. Des exemples de brigandages auxquels est sujet le col du Grand Saint-Bernard sont regulièrement cités, notamment de la part des Sarrasins qui occupaient la région depuis un demi-siècle. Raison pour laquelle Saint-Bernard de Menthon, qui eut pitié des malheureux qui y mouraient régulièrement, obtint de l'évêque d'Aoste qu'une expédition délivre le lieu des brigands et que l'hospice détruit soit reconstruit (en l'an 968) pour héberger et secourir les voyageurs.

Certaines des difficultés rencontrées sur ce trajet peuvent également être illustrées par le témoignage de WILLIBALD, un pèlerin anglo-saxon du Moyen Age, qui part avec son père qui meurt en route et son frère, et se rend à Rome avant de continuer se route en direction de Jérusalem. Son périple, qu'il a eu raconté, a été retranscrit par deux personnes religieuses restées anonymes. Ce récit relate son parcours à travers « les vastes territoires de l'Italie, [où] ils firent route rapidement, par les vallées profondes et les montagnes abruptes, les plaines et les champs. Ils montèrent à pied jusqu'aux hautes forteresses des Apennins, d'accès si difficile. Avec l'aide de Dieu très bon et le soutien des saints, ils passèrent les sommets dans des tourmentes de brouillard et de neige glacée, […] et ils échappèrent aux ruses menaçantes des gens d'armes pour parvenir bientôt à l'illustre seuil du bienheureux Pierre, prince des Apôtres. » Parmi bien d'autres soucis que son récit énumère, la maladie intervient comme une menace importante. WILLIBALD aurait raconté que lui et son frère ont souffert d'une très forte fièvre lorsqu’ils se trouvent à Rome et il décrit avec précisions les symptômes de la malaria qui se rencontre dans les campagnes non drainées de Rome.

Compostelle – Dans son VIIème chapitre intitulé « Noms des contrées que traverse le chemin de Saint-Jacques et caractères de leurs habitants », le GUIDE DU PELERIN met en garde contre différents dangers que le pèlerin peut rencontrer. C'est le cas lorsqu'il y est écrit : « si par hasard, tu traverses les Landes en été, prends soin de préserver ton visage des mouches énormes qui foisonnent surtout là-bas et qu'on appelle guêpe ou taon, et si tu ne regardes pas tes pieds avec précaution, tu t'enfonceras rapidement jusqu'au genou dans le sable marin qui là-bas est envahissant ».. Il cite d'autres exemples comme celui des mauvais péagers qui s'emparent de bâtons avec lesquels ils menacent le pèlerin dans le but de l'« extorquer par la force un injuste tribut ». Si le pèlerin ne cède pas aux menaces, il se fait frapper, injurier et fouiller « jusque dans ses culottes ». Il cite aussi l'inhumanité des hommes, les malaises dus à la nourriture, aux eaux contaminées qui peuvent entraîner la mort, la lutte contre les éléments naturels, les difficultés rencontrées pour trouver le gîte, les mœurs parfois choquantes des locaux, l'épreuve de la langue, etc.

Le problème des distances entre les étapes est un élément relevé par OURSEL, qui décrit des parcours pouvant aller jusqu'à 40km par jour, ce qui équivaut à 7 ou 8 h de marche quotidienne, et qui implique de se lever tôt et d'être un bon marcheur. Ceci concerne les chemins de plaine. En montagne, il précise que la moyenne de la distance du parcours diminue d'environ 10 kilomètres par jour, ce qui n'en fait pas moins une marche longue et difficile au vu du terrain accidenté.


11) La logistique

Le déplacement massif de pèlerins a nécessité la mise en place de toute une infrastructure à tous les niveaux. L’architecture des édifices religieux s’est adaptée – ainsi dès le IXème et jusqu’au XIIème les églises et cathédrales des grands centres (Conques, Tours, Limoges, Toulouse) situées sur la route de Compostelle ont vu leur taille augmenter, se doter de grands transepts et de déambulatoires. Ces édifices ont du s’adapter aux flux de plus en plus importants en offrant plus d’espace ainsi que les accommodations aux pèlerins.

La viabilité des chemins de pèlerinage à nécessité un support logistique conséquent : routes, ponts, bacs, nourriture, auberges, hôpitaux … et tout cela avant la généralisation de la monnaie. Un tel effort n’a pu être maintenu que par une institution, généralement religieuse, suffisamment bien structurée : Dans le cas des chemins menant à Compostelle, il l’a été soutenu par l’ordre (religieux) des Clunisiens ; en Terre-Sainte par les différents Ordres (Hospitaliers, Templiers, Teutoniques). Il est évident qu’une telle dépendance du pèlerin vis-à-vis d’une institution religieuse, même si elle fortement appréciée, laisse libre champs à toutes les prises d’influence.

L'hébergement est une préoccupation pour le pèlerin et est une nécessité pour sa survie. Après une longue et hostile route, le pèlerin risque l'épuisement, peut souffrir de maladie, il a donc besoin de se reposer, de se restaurer et éventuellement de recevoir des soins, raisons pour lesquelles il doit trouver de quoi se loger. Des lieux d'accueil sont prévus pour le pèlerin mais, mais se loger fait partie des difficultés du voyage et contribue à la vie austère que le pèlerin cherche à mener, les conditions d'hébergement dans les différents lieux qui les accueillent étant généralement précaires, comme c'est le cas des monastères par exemple. De plus, trouver de quoi se loger peut s'avérer être une aventure compliquée et périlleuse. C'est le cas par exemple lorsqu'une masse importante de pèlerins a besoin d'un gîte, ce qui est notamment la situation retrouvée en 1350 à Rome lors d'un jubilé où des Allemands et des Hongrois sont venus en masse pour bénéficier de l'indulgence plénière . De la même façon, à Rome en 1450, beaucoup de pèlerins se retrouvent sans le gîte, à mendier, et tombant malade, victimes d'épidémies et mourant. RAPHAËL : « Un prêtre allemand, Frédéric de MENDBOURG, assure que pendant le jubilé de 1450, il enterra 3500 étrangers au Campo Santo, à l'ombre de la basilique vaticane. »

Du côté des hôtes, l'hébergement est une façon de répondre à un devoir de charité que demande la religion chrétienne. En effet, entourer les pauvres fait partie des devoir religieux qu'a tout un chacun et celui qui se préoccupe de son prochain par la fondation d'un établissement obtient une porte ouverte au Paradis . Pour répondre à ce devoir de charité, des institutions se créent sous formes d'hospices et d'hôpitaux routiers . Dans cette optique-là, les églises, les monastères et les abbayes se préoccupent de l'accueil des voyageurs pauvres et du pèlerin, et c'est aussi dans cette optique que des établissements hospitaliers du nom de Xenodochia font office d'hébergement et offrent des soins. Ces établissements sont fondés en grande partie par des ordres religieux, occupés par des chanoines ou des moines, ou par des ordres militaires et sont dévoués à l'assistance du pèlerin. De manière générale, ils se trouvent aux endroits de passage obligés que sont les cols, les ponts et les ports d'embarquement. Trois principaux hospices sont cités dans le guide du pélerin. « Trois colonnes nécessaires entre toutes au soutien de ses pauvres ont été établis par Dieu en ce monde: l'hospice de Jérusalem, l'hospice du Mont-Joux [Grand Saint-Bernard] et l'hospice de Saint-Christine sur le Somport. Ces hospices ont été installés à des emplacements où ils étaient nécessaires; ce sont des lieux sacrés, des maisons de Dieu pour le réconfort des saints pèlerins, le repos des indigents, la consolation des malades, le salut des morts, l'aide aux vivants. Ceux qui auront édifié ces saintes maisons posséderont, sans nul doute, quels qu'ils soient, le royaume de Dieu. »

Mais le pèlerin peut aussi demander l'hospitalité à un particulier car l'hospitalité est un devoir de charité de la part du citoyen qui doit accueillir le pèlerin comme un envoyé céleste, comme le Christ lui-même. Pourtant les récits rapportent que souvent les pauvres se voient refuser l'hospitalité, ce qui amène au châtiment par la justice divine . Ainsi, le guide du pélerin précise que « Les pèlerins, pauvres ou riches qui reviennent de Saint-Jacques ou qui y vont, doivent être reçus avec charité et égards pour tous; car quiconque les aura reçu et hébergé avec empressement, aura pour hôte non seulement saint Jacques, mais Notre Seigneur lui-même ainsi qu'il l'a dit dans son évangile: ‘Qui vous reçoit me reçoit’. Nombreux sont ceux qui jadis encoururent la colère de Dieu, parce qu'ils n'avaient pas voulu recevoir les pèlerins de Saint-Jacques et les indigents. »

Sur la route menant à Jérusalem sont aussi construits des hospices du nom de Xenodochia où le pèlerin peut y trouver le gîte, le couvert, une chapelle pour y prier et des informations sur les lieux saints et des guides (personnes). Lorsque les musulmans s'emparent du pouvoir en Palestine, ces Xenodochia sont éliminées et le pèlerin doit retourner dans les monastères palestiniens occupés par des moines grecs et orientaux. Mais par la suite, grâce à des dons faits par les francs et au soutien de Charlemagne, a lieu la création de « l'Hôpital de Charlemagne » à Jérusalem. Ce lieu accueille le pèlerin de langues « romanes », le loge et le nourrit, et s'est adapté à la philosophie spécifique du pèlerin, lui permettant de procéder au culte des reliques et à la vénération des miracles. Le pèlerin peut aussi y obtenir un guide, des informations sur les lieux saints et peut disposer de « bibliothèque de Charlemagne » où il peut y lire des textes sacrés dans sa langue d'origine

Aux étapes sont racontés des récits en lien avec la Bible et l'histoire de la Terre sainte ou relatant le vécu d'autres pèlerins qui ont déjà passé dans la région. Les expériences de pèlerins qui ont fait ce pèlerinage sont aussi racontées, parfois tirées de faits réels, parfois plutôt fictives. Parmi les récits qui sont racontés aux étapes, il y a la légende du « Pèlerinage de Charlemagne à Jérusalem et à Constantinople » (XIème siècle), qui contribue à donner à ce pèlerinage sa dimension sacrée-

 12) Guides

En lien avec l'esprit du pèlerin à la recherche de la sacralité, le pèlerin recourt à des ouvrages qui lui donnent accès sur le plan pratique à la localisation des lieux saints à visiter, et sur le plan symbolique aux récits et aux légendes liées aux martyrs, aux saints, aux Écritures. Le pèlerin a aussi recours aux récits de guide professionnels, de moines, etc.

Terre sainte: L'emploi de la Bible en guise de guide est bien illustré par celui qu'en fait Egérie lors de son pèlerinage en Terre sainte. Son témoignage laissé par son Journal de voyage montre bien la façon dont celle-ci s'inspire des textes de la Bible pour s'orienter dans le choix de son parcours, de l'importance qu'a l'aspect sacré des lieux qu'elle visite et les liens continus qu'il y a entre ces lieux et les saintes Écritures. Elle précise dans son Journal de voyage : « à chaque arrêt important, on lisait le passage de la Sainte Écriture rapportant les événements dont ce lieu gardait le souvenir. » Elle a aussi recours à l'ONOMASICON d'EUSEBE de CESAREE (Journal de voyage, EGERIE, p. 27). « Il a rédigé 4 livres de géographie sacrée: une traduction grecque des noms hébreux des peuples de la terre, une description de la Judée, un plan de Jérusalem et du Temple, enfin un lexique des noms de lieux mentionnées dans l'Ecriture. »

Rome: MIRABILIA URBIS ROMAE (dont le NOTICIA ECCLESARIUM URBIS ROMAE) ou LIBRI INDULGENTIARUM sont des livrets servant de guide rédigés en langues vernaculaires. Dans un livret, le texte comporte en premier lieu l'histoire de Rome (sa fondation, son passé etc.) ; puis apparaissent les sept églises principales en précisant les grâces qu'elles offrent et les reliques qui peuvent y être vénérées ; dans la dernière partie figurent les « offices stationnaux » en commençant à partir du Carême. L'auteur anonyme de l'ouvrage y a inséré la remarque suivante: « item, dans l'église où se célèbre la station, il y a ce jour-là, autant d'indulgences que dans toutes les églises de Rome et en plus pardon de tous les pêchés » . Les MIRABILIA décrivent les divers privilèges qui peuvent être reçus dans les lieux sacrés: en voici un exemple : « On accède à la basilique du Vatican par un escalier de 36 marches; qu'il gravisse ces degrés ou qu'il les descende, en posant le pied sur chacune d'entre eux, le pèlerin acquiert sept ans d'indulgence. »

Compostelle: Au XIIème siècle (entre 1130 et 1140) est composé le Guide du pèlerin de Saint-Jacques ; cet ouvrage semble avoir été écrit par un pèlerin du nom de Aimery Piccaud. Il forme le cinquième livre du CODEX CALIXITINUS. Le GUIDE DU PELERIN contient onze chapitres dans lesquels il décrit les routes principales qui traversent la France et le « Camino Francés » d'Espagne, les principaux sanctuaires, les étapes, les noms des villes, les fleuves bons et mauvais, etc. L'aspect symbolique se retrouve principalement, mais pas uniquement, dans le huitième chapitre ou il fait l'énumération des « corps saints qui reposent sur la route de Saint-Jacques et que les pèlerins doivent visiter. » Dans son septième chapitre, intitulé « Noms des contrées que traverse le chemin de Saint-Jacques et caractères de leurs habitants », LE GUIDE DU PELERIN met en garde contre différents dangers que le pèlerin peut rencontrer. C'est le cas lorsqu'il y est écrit (p. 19) « si par hasard, tu traverses les Landes en été, prends soin de préserver ton visage des mouches énormes qui foisonnent surtout là-bas et qu'on appelle guêpe ou taon, et si tu ne regardes pas tes pieds avec précaution, tu t'enfonceras rapidement jusqu'au genou dans le sable marin qui là-bas est envahissant». Notons que la distance entre les étapes quotidiennes, qui peuvent aller jusqu’à 40 km équivalent à 7 ou 8 h de marche quotidienne.


13) Badges du pèlerin

Il est relativement difficile d’évaluer l’affluence que connaissaient les différents centres de pèlerinage. STOPFORD a résumé un certain nombre d’évaluations effectuées sur la base d’évidences archéologiques : on a ainsi estimé qu’autour de 40'000 pèlerins seraient arrivés quotidiennement à Rome en 1450 (qui a été une année-jubilé) et en une seule journée on en aurait recensé 142'000 en une seule journée de 1496 à Aix-la-Chapelle…

Il est intéressant de noter qu’une grande partie des informations relatives à la fréquentation des lieux de pèlerinage nous vient de l’étude des souvenirs, entre autre de badges de pèlerins, que les fidèles achetaient et ramenaient comme trophées de leur voyage.

Parmi les articles les plus vendus, et dont le commerce générait le plus de profits, était le commerce des badges du pèlerin. Au début, dès le XIème siècle, simples et réelles coquilles de St. Jacques, elles sont devenues au fil des temps de plus en plus élaborées, au point de représenter une industrie, avec des guildes professionnelles à part entière. Ce négoce semble avoir été tellement profitable que des tensions entre la guilde des concheiros et l’archevêque de Compostelle ont éclaté, tensions qui ont nécessité une multitude de bulles papales. En France, plus précisément au Puy, le commerce des badges a été sujet à un monopole accordé en 1210 à l’Hôpital Ste Marie, alors que celui-ci était libre avant ; il en résulta un mécontentement et un refus de respecter le monopole, suivi pas l’excommunication de ceux qui l’enfreignaient. La situation au Puy à finalement du être résolue par l’intervention d’un légat du pape.

La chance de l’historien dans tous ces différents est bien sur de disposer d’innombrables sources nous renseignant indirectement sur l’affluence des différents sites de pèlerinage ; les lieus plus liés à des conflits ayant mené à un arbitrage papal sont dès lors plus susceptibles d’ayant été des centres de pèlerinage plus importants.

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