Evolution artistique du XVe siècle

 

Les artistes italiens et flamands furent les instigateurs des découvertes nouvelles qui avaient vu le jour au début de ce XVe siècle, ainsi de par le monde les artistes, se mirent à expérimenter des recherches produisant des effets nouveaux. En effet jusque vers l'an 1400, l'évolution de l'art était dans tous les pays européens sensiblement identiques et relevait d'un style dit : "gothique international", bien qu'il y eût certaines divergences au cours du XIIIe siècle en France comme en Italie. Ceci n'était d'ailleurs pas uniquement valable, que pour l'art. Les sciences, la politique connurent le même phénomène.

Durant le Moyen Âge, il était courant qu'un artiste aille de chantier en chantier (les chantiers des cathédrales illustrent bien cette pratique). Lorsque les villes commencèrent à prendre de l'importance, artistes et artisans s'organisèrent alors sous forme de corporations ou de guildes, un peu comme nos associations ou syndicats d'aujourd'hui. Ces corporations étaient puissantes, elles permettaient de défendre les droits des artistes, contrôlant le marché, elles protégeaient leur membre, rendant quasiment impossible la venue d'artistes de l'extérieur, à l'exception de certains Maîtres célèbres, qui réussissaient à se déplacer comme au temps du Moyen Âge.

Pour faire partie de la corporation, chaque artiste ou artisan devait prouver qu'il possédait toute la maîtrise de son métier, afin de pouvoir ouvrir un atelier et d'y engager des apprentis pour de futures commandes. C'est ainsi qu'au XVe siècle, commencèrent à émerger dans presque toute l'Europe, des "Écoles. Chaque ville italienne, allemande ou flamande avait son "École", ou presque.

 

Les "Écoles"

 Quand un jeune désirait devenir artiste, il entrait en apprentissage dans l'une de ces "Écoles", et il habitait alors chez son Maître, apprenant à broyer les couleurs, préparant les panneaux qui devaient recevoir la peinture. Souvent, quand "l'élève" se révélait être doué ou avoir un certain talent, à la demande du Maître il pouvait achever certaines parties secondaires d'une œuvre. Il pouvait ainsi être conduit à peindre un fond, un détail d'un vêtement… Et, sous la surveillance du Maître, il pouvait lui être confié, des parties plus importantes, voir plus nobles, surtout, quand il parvenait à bien imiter la "manière" de celui-ci. Ainsi, il arrivait parfois que sous la conduite du Maître, un élève réalise un tableau entier d'après une seule esquisse. Chaque "École" avait sa spécificité, sa propre méthode, puisqu'elle relevait d'un "Maître" qui transmettait sa manière, parfois ses découvertes à ses apprentis. C'est ainsi que l'on peut déterminer la provenance des œuvres, des caractères particuliers de chacune d'entre elles. L'on peut dire que, telle ou telle œuvre provient de Florence, de Dijon, de Vienne…

C'est la ville de Florence, pendant toute la période dite du "Quattrocento", avec l'appui de puissants mécènes, les Médicis, qui sans conteste se trouve être à l'origine de toute l'évolution artistique de cette époque, du XVe siècle. Un biographe, Vasari (1511-1574), à la fois peintre, sculpteur, architecte et surtout écrivain nous retrace la vie et les œuvres de Donatello, Masaccio (Tommaso di ser Giovanni di Mone, qui mourut jeune, à l'âge de 27 ans, dont la place dans la peinture est tout fait comparable à celle de Jan Van Eyck.) et Brunelleschi.

Ces trois hommes de "génie" bouleversèrent la manière de concevoir l'art en Italie que ce soit en peinture, comme en architecture.

Auxquels, il faudrait également ajouter, entre autres, pour ne citer que ces deux :

-Ghirlandaio (1449-1494)

-Piero Della Francesca (Borgo San Sepolcro 1410/20-1492)

 

La génération d'artistes qui leur succédèrent exploita leurs découvertes, avec plus ou moins de problèmes, ce fut d'ailleurs le cas, pour l'architecture qui eut quelques difficultés à introduire l'enseignement d'un Brunelleschi (constructeur d'églises) à une architecture se rapportant à l'habitat. Il fallut alors trouver des compromis, entre une manière médiévale et une manière classique.

Ce fut Alberti l'un des premiers théoriciens de la Renaissance, qui trouva des solutions, conservant des formes classiques, qu'il adapta en édifiant des palais à trois étages, tout en conservant les méthodes de Brunelleschi, il sut moderniser la construction en ville sans pour autant que cela ne gêne en rien, la manière de vivre de ses habitants.

 En peinture

 -Fra Angelico de Fiesole (Vicchio 1387-Rome 1425), assimile les nouveautés conservant cependant un esprit ancien, ce peintre toutes fois ayant la pleine maîtrise de la perspective, sut traduire parfaitement la profondeur pour exprimer simplicité et beauté des scènes qu'il transcrivait. Il s'attira à son époque une réputation extraordinaire, sa renommée s'étendant à toute l'Italie.

 Benozzo Gozzoli fut son successeur, empruntant à celui qui fut son Maître " sua maniera".

Ses personnages sont dessinés avec une extrême minutie, physionomie et gestes. Ses plus belles œuvres restent, des fresques qu'il peignit à Florence dans le couvent de San Marco, elles restent la part la plus importante de son œuvre, ainsi qu'une chapelle du Vatican, restée parfaitement intacte encore de nos jours, le pape Nicolas V en avait fait sa chapelle privée.

 -Paolo Uccello (1397-1475) se révéla être totalement envoûté par les procédés nouveaux que lui offrait la perspective :

Son œuvre," scène de bataille" actuellement à Londres, en offre le témoignage ; bien que cette peinture semble plutôt de caractère encore médiéval, l'artiste a fait en sorte que ses "figures" se dressent dans l'espace, et fassent penser à des sculptures, Uccello utilisant pour ce subterfuge les raccourcis que lui permettait, les lois de la perspective. Mais cet arrangement mathématique rend quelque peu artificiel le rendu de cette scène de bataille, lui conférant toutes fois, une certaine dramatisation.

 C'est à cette même époque que Mantegna à Padoue et plus tard à Mantoue, assimilant parfaitement la leçon de Donatello et Masaccio fait son apparition.

Mantegna, fasciné par la statuaire antique, passionné par les vestiges grecs et romains qui lui servaient de modèles quand il étudiait chez Squarcione, son Maître, est un admirateur de Donatello, aussi va-t-il dans son travail appliquer les effets de volume et de matière de la sculpture, et c'est ainsi que sa conception de l’Antique, va devenir son "réservoir" de formes.

Il excelle dans la figuration en trois dimensions, donnant l'illusion de la réalité qu’il sublime avec une parfaite maîtrise de la perspective. De ce fait, il contribua à l'évolution de la notion "d'espace", personnages et éléments architecturaux concourant à donner un intense effet dramatique. Il donna à voir une vision nouvelle de l'Antiquité, se risquant à d'audacieux raccourcis en perspective. Le choix, d’un point de vue très bas (en contre-plongée) pour prodiguer plus d’emphase à ses personnages et décors.

D'une minutie exceptionnelle pour le rendu des détails, dont certains sont souvent minuscules et très pointilleux dans ses dessins préparatoires, dont il reporte les tracés sur son support, toujours dans le seul souci du réalisme le plus parfait.

Alors qu'un trait affirmé et un choix de couleur personnel rendent bien souvent ses personnages empreints d'une certaine austérité, contribuant à rendre une certaine dramatisation des scènes représentées. Ainsi applique-t-il, dans le Nord de l’Italie les nouvelles théories artistiques de Florence, repensant les découvertes de Masaccio et de Donatello. La culture figurative à son arrivée fortement marquée par le goût du décor, de la fantasmagorie et du gothique tardif, s'en trouvera à jamais bousculée.

L'apogée de son talent se révélera vers 1460, quand Ludovic de Gonzague lui demandera de venir à la cour de Mantoue où il réalisera, pour le palais ducal :

"La chambre des époux" ou "la camera Picta".

 C'est en 1456 que Ludovic de Gonzague va inviter Andrea Mantegna pour venir s'installer à Mantoue et remplacer Pisanello. Il souhaite que Mantegna devienne le peintre de la cour. Mantegna va alors peindre la voûte du plafond ainsi que les murs de "La chambre des Époux".

Cette voûte que troue la perspective d'un oculus entouré de balustrades est "époustouflante", quant à l'illusion qu'elle transmet au spectateur.

Au centre, y est peint dans un oculus, "l'œil du ciel". À partir de cet oculus, des guirlandes de fleurs sont incrustées, des angelots et des femmes se penchent. Toute cette composition est sertie dans une corniche de stuc. Sur cette corniche s'incrustent huit caissons et dans chacun d'entre eux, un médaillon avec un empereur romain est représenté.

Douze voutains raccordent cette voûte aux murs et sont décorés d'épisodes mythologiques.

Au-dessus de la cheminée, une scène représente la cour, cette scène montre l'envoyé du pape venu annoncer la nomination de François de Gonzague, comme cardinal, il tient un billet à la main. Cette scène occupe deux arcades séparées par un pilier autour duquel Mantegna a disposé ses personnages. Dans la première arcade en plein air est assise la famille Gonzague, l'espace est étroit et délimité par une barrière de marbre, ils sont représentés vus d'en bas ce qui leur confère un aspect monumental, la majesté de ce groupe étant accentuée par leur immobilité à la fois empreinte de sévérité et de solennité.

Sur Le mur situé à l'ouest, chacune des arcades comporte un épisode d'une scène, représentant un retour de chasse et en son centre des génies portant une inscription.

À droite, le marquis de Gonzague vient à la rencontre de son fils cardinal. Les paysages reliant toutes ces scènes derrière les personnages décrivent la région de Mantoue. Des monuments antiques s'inscrivent dans les paysages au ciel très bleu, parsemé de légers nuages blancs. Mantegna traduit ici, par la couleur, la perspective aérienne en donnant avec la seule transparence de sa palette de couleurs, une harmonie parfaite entre nature et architecture.

Né à Isola Di Carturo en1431, d'une famille très modeste, il mourra à Mantoue en 1506)

 Isola Di Carturo petit village situé entre Vicence et Padoue.

 Antonio de Messine est né l’année précédente ainsi que l’Académie platonicienne de Florence, de même Giovanni Bellini, sans doute cette même année 1430, qui d'ailleurs plus tard, deviendra son beau-frère et subira profondément l'influence de Mantegna pour son propre travail d'artiste, en assimilant parfaitement les techniques de celui-ci.

(Andrea Mantegna épousera Nicolasia Bellini, fille de Jacopo et nièce de Gentile Bellini, artistes peintres de renom).

Mais, on ne connaît rien de l’enfance de Mantegna, et il faudra attendre, le 06 novembre 1441 pour le voir mentionné dans le registre des peintres de la ville de Padoue, en tant que, « Fiulo » (fils adoptif), de Jacopo Squarcione (1397-1468). Celui-ci exerçant la peinture employait de très jeunes gens, qu’il payait en argent ou contre du travail, il leur donnait à copier des pièces d’archéologie et l'on peut dire que c’est, à cette époque, que le jeune Mantegna s’intéressa à l’Antique.

Mantegna va profiter pleinement de toutes les influences culturelles que lui offrent Padoue et la région. À Padoue, la ville des grands humanistes et non loin delà à Arquà, où François Pétrarque avait laissé une forte impression et peu à peu il va s’affranchir de l’enseignement de Squarcione.

Paolo Uccello, Filippo Lippi et surtout Donatello, travaillent à Padoue à cette époque.

 C'est en 1447 que Mantegna se rend à Venise avec Squarcione, où d'ailleurs il lui intentera un procès pour devenir « libre » mais il lui faudra attendre, 1457 pour qu’il obtienne cette libération avec un remboursement de 200 ducats en dédommagement.

 En 1448, l’Impératrice Ovetari décide de décorer à fresques la chapelle familiale des Erimitani à Padoue, elle demande à deux Maîtres alors reconnus, Antonio Vivarini et Giovanni d’Alemagna ainsi qu’à deux autres jeunes artistes Andrea Mantegna et Niccolo Pizzolo de travailler à ce projet. Seul Mantegna terminera cette chapelle, dont il ne reste malheureusement peu de chose. Les bombardements de 1944, en ayant détruit une bonne partie. Pourtant, les historiens s’accordent à dire qu’il s’agissait pour l’époque d’une entreprise extraordinaire et la première manifestation de la conception rigoureuse de la perspective. Il ne subsiste actuellement que les morceaux du « saint Christophe » et « l’Assomption de la vierge ».

Mantegna après ce travail recevra d’autres commandes :

-Le polyptyque de saint Luc pour l’église Santa Giusta de Padoue.

-Le retable de Saint Zénon pour la cathédrale de Vérone.

 En1456, Ludovic Gonzague lui demande de s’installer à Mantoue en qualité de peintre de la cour, mais Mantegna n'a pas terminé le "retable de Zénon", aussi ce n’est qu’en 1459, le 7 août qu’il finit par accepter la proposition de Gonzague pour s’installer à Mantoue.

Il y décore la chapelle du palais en 1460, dont il reste :

La « circoncision », « l’ascension » et « l’Adoration des Mages ».

Ces trois pièces qui lui ont été attribuées et regroupées comme « triptyque » au musée des offices à Florence.

Mais, sa plus grande réalisation reste sans conteste :

 « La chambre des époux » qu’il commencera en 1465 et qu’il terminera en 1474, soit neuf ans de travail pour cette réalisation.

 Entre temps, il voyagera ; Florence, Pise, Castel San Giorgio, Porretta…Travaillera à d’autres commandes.

Puis il finira par obtenir un terrain à Buscoldo (une donation du marquis de Gonzague) avec une promesse de rémunération importante, rémunération qui tardera à venir. Ce terrain lui permettait d'avoir la possibilité de se faire construire une maison à Mantoue.

À la mort de Ludovic de Gonzague en 1478, Frédéric son fils lui succède, alors que la cour traverse des difficultés et ne peut satisfaire les exigences de leur artiste. Puis à son tour Frédéric meurt et lui succèdera son frère, François, pour lequel, il commencera les neuf toiles du :

« Triomphe de César ».

 Puis Mantegna est demandé par le Pape Innocent VIII à Rome, où il décorera la chapelle du Belvédère, chapelle qui sera détruite en 1780 pour abriter un musée.

Mais à Rome, il sera beaucoup félicité et peu rémunéré.

 En 1480, de retour à Mantoue, il décore pour Isabelle d’Este, épouse de François Gonzague, un cabinet de travail. Mantegna concevra pour ce cabinet des œuvres quelque peu différentes, plus colorées et plus douces que toutes celles qu’il avait faites auparavant.

 Souvent malade et des soucis financiers survenants, il mourra le 13 septembre 1506.

 

 Source

 -MANTEGNA Giovanna Bergamaschi, Mauro boffito, Angelo de Fiore, Gaspare de Fiore, Éditeur Fabbri Milan.

 

-Histoire de l'art Ernst Gombrich Flammarion.

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