Le but essentiel de l’homme qui s’habille n’est ni de lutter contre la rudesse du climat, ni d’exprimer une certaine pudeur, mais de rendre un culte à son corps en lui donnant une apparence déterminée, investie de tout ce qui peut être un signe de gloire, ou de puissance dans le monde. Lorsqu’il ne répond plus à sa fonction essentielle, le vêtement prend une signification nouvelle : le symbole. Le vêtement est un « outil de communication ».
Ainsi, le vêtement ne peut pas être vu comme une nécessité, mais comme un outil véhiculant une idéologie : le vêtement médiéval affirme les différences, que ce soit des différences de statuts sociaux, des différences de professions ou bien alors des différences sexuelles aidant ainsi les genres à se distinguer, voire à s’opposer.
Si le vêtement du haut Moyen-âge et du Moyen-âge central insiste sur la qualité guerrière de l’homme, et au final, ne se distingue pas plus que ça du vêtement féminin (les deux sont formés de longues tuniques), le vêtement médiéval, à partir de la moitié du XIVe siècle, met l’accent sur une différentiation physique des corps et donc une différenciation sexuelle. Les vêtements mettent dorénavant en valeur les courbes des corps (en fonction de l’âge de la personne, néanmoins, comme on va le voir dans la première partie) affirmant ainsi deux statuts sexuels bien opposés. Cette « révolution » (comme le soulignent quelques auteurs de l’époque) dans le vêtement se déroulant au XIVe siècle, mon exposé traitera en grande partie de cette période.
vêtement du XIVe siècle : affirmation de la différence sexuelle
Les vêtements des hommes mérovingiens et carolingiens, et même des IX et Xème siècles, avaient repris les vêtements traditionnels guerriers : la tunique était courte, comme le costume de la classe guerrière, tandis que les vêtements des femmes étaient des tuniques longues. Les vêtements différenciaient ainsi les genres, en attribuant la valeur guerrière au genre masculin, mais le vêtement féminin quant à lui ne participait pas à l’approche du genre.
A partir du XIIe siècle, les tuniques se rallongent, et les vêtements des hommes et des femmes se rapprochent : tous deux portent des robes tuniques. Certes, les vêtements différencient encore les sexes, mais sans mettre en valeur les différences des lignes corporelles et donc sans participer franchement à la différenciation des genres.
Le XIVe siècle, quant à lui, voit les vêtements se transformer et transformer les corps, affirmant et mettant l’accent sur les différences physiques des corps, ses lignes corporelles qui diffèrent selon le sexe. C’est sur cette révolution vestimentaire et sur l’affirmation des genres ainsi provoquée par le vêtement que je vais m’attarder : le vêtement masculin se raccourcit, et le vêtement de la femme s’ajuste selon les lignes du corps, laissant dévoiler les parties qui la différencient sexuellement de l’homme, à savoir la « gorge ».
La virilité de l’homme
Le XIVe siècle voit l’ « apparition du costume court »ou « la naissance du costume moderne » selon Paul Post. Même si les époques mérovingienne et carolingienne connaissaient déjà des vêtements courts pour les hommes. Dans l’ « apparition du costume court », il faut entendre que la symbolique n’est pas la même : le costume court du Haut Moyen Age était l’héritier du vêtement du guerrier. Alors qu’au XIVe siècle, le vêtement court tend à mettre en valeur les attributs sexuels masculins.
« La révolution fut radicale. Aux longues tuniques fut substituée sous le nom de jaquet ou jaquette, une étroite camisole qui n’atteignait pas les genoux… Les chausses, mises à découvert dans presque toute leur longueur allèrent s’attacher aux braies vers le haut des cuisses ».
Avant, la tunique était l’élément principal du vêtement masculin, et dorénavant, il est composé de 2 pièces : la jaquette (ou pourpoint) ainsi que les chausses qui sont mises en valeur. Grâce au Pourpoint, la partie inferieure du corps de l’homme est manifestement mise en valeur : les plis du vêtement mettent en valeur le sexe, les fesses et les jambes sont gainées par des chausses moulantes. Le buste est également ajusté au plus près, et légèrement cambré.
Qu’en est-il des classes sociales inférieures ? Les iconographies montrent le travailleur déjà en costume court, mais celui-ci n’a pas pour but d’affirmer les différences sexuelles, il est juste conçu pour être pratique pour les gestes de travail : la différence sexuelle est néanmoins marquée dans la différence de costume : les hommes sont en costume court, et les femmes en robe, mais il est important de noter que le vêtement des laborantes n’a pas pour but d’affirmer les différences sexuelles !
Le vêtement court de la cour prend donc en charge la virilité, et attribut à l’homme la puissance sexuelle. D’autant plus que quelques années plus tard, la braguette fait son apparition : elle est très souvent rembourrée pour affirmer le statut sexuel du porteur.
A noter que la femme est sexuellement inférieure à l’homme, tant moralement que physiquement : l’acte sexuel « normal » met en action un homme actif, et une femme passive. C’est pourquoi la virilité de l’homme est mise en valeur et de ce fait, le vêtement de l’homme affirme la supériorité de l’homme sur la femme.
Ainsi, par l’apparence, ce sont, outre les relations sociales, mais aussi les relations entre les sexes qui se trouvent posées, d’autant plus que le vêtement féminin connait lui aussi d’importantes transformations.
Le corps dénudé de la femme
La partie inférieure de la femme, c'est-à-dire ses jambes, reste enfouie dans sa partie inférieure, celle qui précisément est mise en valeur chez l’homme. En revanche, le buste est ajusté, les corsets rigides ne feront leur apparition qu’au XIVe siècle, mais des corsets en tissus, lacés devant ou derrière sont déjà présent. En plus de l’ajustement du buste, les bras sont également soulignés, bras qui constituent un élément à connotation érotique chez la femme pour l’homme. Le corps de la femme se voit également dénudé : les décolletés apparaissent, dénudant ainsi la gorge et le haut de la poitrine. C’est Agnès Sorel qui apporta cette mode.
Le décolleté s’est transmis des couches supérieures aux couches inférieures. La femme de toute classe sociale porte, dès le XIVe et XVe siècle, le décolleté, et l’ajustement du buste est aussi de mise dans toutes les couches sociales. D’ailleurs, à la fin du Moyen Age, mais surtout à l’époque moderne, les couches sociales les moins aisées utiliseront des corsets en cuir, moins chers.
Le costume de la prostituée ne diffère pas des autres couches de la population, il suit la mode. Des règlements ont permis aux couches sociales supérieures de se distinguer des ribaudes : outre les règlements leur interdisant de pénétrer dans certains lieux, elles avaient des obligations concernant leur habit : suivant les lieux géographiques, elles se distinguaient par l’interdiction de port d’objets de luxe (bijoux, fourrures, belles coiffes, couleurs vives, etc.). Certains décrets les obligent à porter des signes distinctifs : rayures ou lignes brisées, couleur jaune, ou même le port de l’Aiguillette, qui est une marque distinctive, portée à l’épaule ou au bras, de couleur tranchante avec la robe, et permettant de repérer la ribaude du premier coup d’œil. Mais le vêtement de la prostituée ne diffère pas du reste de la population. Elle suit la mode.
Les parties du corps de la femme à connotation érotiques sont mises en valeur dans ce nouveau vêtement : la différentiation physique des corps sexués est accentuée.
Les vêtements des religieux
Le vêtement liturgique qui se forme au VIe siècle et qui, composé d’abord de vêtements civils couramment portés, puis abandonnés, se codifie ensuite pour plusieurs siècles.
Quand les laïcs ont commencé à adopter des vêtements courts lors des « invasions barbares » du Ve siècle, les moines ont préféré garder des vêtements longs. Il s’agissait là de se distinguer dans la mesure où les moines devaient être des exemples pour les laïcs, mais aussi afin de cacher leur corps. Le religieux et plus tard la religieuse, dans leur vie spirituelle, cloitrés ou dans le siècle, font abstraction de leur corps, qui représente la chair et donc le pêché. Le paraître, les apprêtements, les parements et ornements sont autant d’obstacle à une vie spirituelle pleinement vécue puisqu’ils ramènent sans cesse les âmes aux bassesses matérielles de ce monde.
Ainsi, les vêtements des moniaux sont simples, amples et ne font rien voir du corps, ni chair, ni forme. Le corps des moniaux est noyé, invisible.
Outre ce refus du corps, le moine a fait vœu de chasteté, et ne doit ni tenter, ni être tenté par le péché de la chair, il ne doit pas non plus être associé à l’acte sexuel, lequel est largement rejeté (théoriquement) : la robe longue et large cache tous les attributs masculins, faisant des moniaux des personnes asexuées, dans le sens où aucun sexe ni genre ne leur est attribué. On pourrait dire également qu’ils sont indifférenciés sexuellement et indifférenciés dans le genre.
On a vu néanmoins des religieuses qui se vêtaient avec quelques atours, tels que : broderies ou tissus de soie cousus sur les encolures. Par ces parements, et donc par l’intérêt porté à leur corps, elle retourne s’inscrire dans un genre, ce qui fut condamné par les moralistes.
Une différentiation du genre selon les âges
Si le XIVe siècle voit une nette différentiation vestimentaire selon le sexe, les vêtements restent tout de même indifférenciés pour l’enfant garçon ou fille, jusqu'à 7 ans, dit l’âge de raison. Avant 7 ans, le bébé se voit emmailloté, de façon très serrée (afin de bien maintenir droits les membres des enfants), puis, quand arrive l’âge de la marche, on lui met une robe « libératrice » pour faciliter les mouvements et la marche. Jusqu’à 7 ans, le vêtement est donc le même pour le garçon ou pour la fille.
Lors de l’âge de raison, les enfants se voient attribuer un vêtement selon leur sexe. Et ce vêtement va varier au cours de l’âge (et donc du statut sexuel, parce que c’est ça qui est vraiment important) de la personne. Le problème pour les historiens est d’arriver à donner un âge ou une classe d’âge aux enfants garçon ou fille représentés, afin de pouvoir déterminer quel habit est porté a quel âge.
Et en fonction de l’âge, le genre est plus ou moins affirmé.
-l’infantia, est fixé de 0 à 7 ans . L’infantia est indifférencié sexuellement, il porte le même vêtement quelque soit son sexe ,un maillot très serré, et à partir de l’âge de la marche, une robe. Les cheveux sont libres, tant chez la fille que chez le garçon.
-La PUERITIA : de 7 à 14 ans est dit l’ « âge du pucelage ». Les garçons portent un vêtement long, ceinturé, la partie inférieure n’est pas mise en valeur. La robe de la jeune fille est longue et déjà décolletée, malgré son jeune âge, la différenciation sexuelle est déjà mise en place. Aucun des deux ne porte de coiffe : les cheveux lâchés sont le signe de la Pueritia : c’est la marque du « jeune puceau » et de la « jeune pucelle ». Dans les miniatures, les Pueritia sont souvent habillés de rouge ou de vert, étant la couleur spécifique de l’enfance : le bleu clair devenant la couleur de la mère et de la nourrice : en rapport avec le bleu marial.
-L’ADULESCIANTIA : de 14 à 30 ans. Il représente le stade de la puberté. C’est à ce stade que les attributs sexuels sont le plus mis en valeur : L’homme porte un pourpoint court, un chapeau et une dague/épée (dont le port représente surement un « rite » de passage entre la pueritia et l’adulescentia). Ses vêtements sont courts et la partie inférieure de son corps est mise en valeur : les jambes et les fesses sont moulées et le rembourrage d’une braguette devient de plus en plus fréquent.
Les femmes portent des décolletés, des robes de plus en plus serrées qui forment le buste en triangle, et on rembourre parfois même le ventre, renforçant ainsi la position cambrée prise par les dames. La différentiation sexuée dans le vêtement médiéval se voit surtout à cet âge de la vie.
Cet âge est l’âge de « l’exaltation » sexuel : l’homme jeune adulescentia est symbole du pouvoir sexuel et la femme de la jeunesse et de la beauté. « exaltation » entre guillemets dans la mesure où l’Eglise met toujours en garde contre les excès de chaire (Partie 2)
-LE JUVENTUS : de 30 à 50 ans-Le SENIUM : de plus de 50 ans.
L’homme a revêtu sa tunique longue et la femme a perdu son décolleté.
Quant à la femme, on ne sait pas exactement jusqu'à quand elle garde le décolleté : il existe a Florence des règlements qui autorisaient la femme à porter le décolleté uniquement 7 ans après le mariage, dans le but de plaire a son mari et de favoriser l’ardeur de son mari et favoriser la reproduction. Ce que l’on voit sur la miniature de Barthelemy l’Anglais, c’est que la senium ne porte plus de décolleté.
Ainsi, les différenciations sexuelles extrêmes ne se voient qu’à partir de l’adulescentia, ie à partir de 14 et s’estompent à 30 ans chez les hommes et peut-être un peu plus après pour les femmes.
En effet si dès 7 ans, la femme est vêtue de vêtements ajustés et décolletés son statut sexuel de femme mariée (depuis certaines années) lui vaut vers 30 ans d’abandonner ces habits qui attirent le regard de l’homme : surement à cause de la vieillesse et de la beauté qui se perd, mais aussi peut-être à cause de son âge qui l’empêche d’avoir des enfants et donc, qui la dispense de plaire physiquement à son mari.
Quoi qu'il en soit, suivant l’illustration de Barthelemy l’Anglois, l’homme et la femme « senium » ont perdu tous les attributs qui les différentient sexuellement l’un de l’autre : ils sont le reflet de la sagesse et sont vus comme tournés vers une vie plus spirituelle : la puissance et capacités sexuelles et donc le rôle de la reproduction sont laissées aux plus jeunes, ie les Adulescentia.
La différentiation des corps sexués et l’affirmation des genres s’accompagnent de la mise en place de stéréotypes : les vêtements du XIVe créent des genres stéréotypés.
Mode du XIVe siècle : la construction du genre par les moralistes
Femme parée, femme pécheresse
La femme fardée et vêtue somptueusement par des habits suscitant l’envie du sexe opposé met en avant la « vile extériorité de son corps » selon les moralistes, contrairement à l’ordre voulu par Dieu. Son intérêt est tout à fait tourné vers le souci extérieur du corps et l’empêche d’une vie spirituelle complète.
Le maquillage en particulier (car le maquillage est une composante du vêtement) révèle l’orgueil: la femme en modifiant son aspect physique, par le maquillage, afin de se rendre plus désirable est vue comme essayant de modifier ou plutôt améliorer ce que Dieu a créé.
Ce nouvel attrait pour des vêtements nouveaux, affirmant dorénavant beaucoup plus ces traits féminins, trahit non seulement un amour vu comme idolâtre pour le corps, mais aussi un irrépressible désir d’exhiber ce corps au regarde des autres, et surtout au regard de l’homme.
Une vierge se contemple dans un miroir:
« elle rit pour voir si le rire l’avantage… ferme à demi les yeux pour voir si elle plaira plus ainsi ou avec les yeux grand ouverts, elle entrebâille un pan de sa robe pour qu’apparaisse sa chair, elle dégrafe son décolleté pour laisser voir ses seins. Bien que son corps soit encore dans la maison, son âme, aux yeux de dieu est déjà dans un bordel tandis qu’elle orne et s’apprête par des artifices de prostituée, à faire chuter d’autres âmes. »
Les femmes se vêtent donc somptueusement, s’apprêtent pour se faire voir, se maquillent pour paraitre en public dans le but d’y être prisées, désirées, convoitées et enviées. Les femmes agissent et parlent dans la société par le langage de leurs corps ornés et fardés, et pour reprendre Roland Barthes, le vêtement devient ainsi un redoutable outil de communication. Mais cet outil de communication est vu comme portant dans la société, corruption et désordre.
Surveillances et répressions vont être mises en place, mais c cela ne va pas être chose aisée dans la mesure où « la femme cherche naturellement l’apparence parce qu’elle se sait pauvre en substance ». Elle manque de raison et de fermeté, et cela la pousse à privilégier les biens éphémères de l’extériorisation de son corps. Elle est incapable d’atteindre la vertu.
Le nouveau vêtement féminin, l’ajustement du buste et la nudité de la gorge renvoient donc à la luxure, plaçant la femme comme tentatrice, renvoyant l’image d’Eve tentant Adam. C’est une reproduction virtuelle ou simplement une répétition de la scène originelle. Les nouveaux vêtements féminins n’ont d’autres buts que d’éveiller le désir sexuel des hommes, et les auteurs sont unanimes pour voir dans ces vêtements ajustés et dénudant une ruse de la gente féminine.
Dénoncer l’orgueil et la luxure comme motivation du vêtir n’est cependant pas une nouveauté. Les vices font depuis longtemps partie du paysage moraliste. L’amour de la parure est ainsi un signe d’orgueil, la modification de l’apparence au moyen de vêtements ou de fards étant une injure envers le Créateur. MAIS surtout lorsque le vêtement affirme la différence sexuelle, la luxure devient un problème essentiel pour les moralistes du XIVe siècle qui s’évertuent à mettre en garde les hommes contre la lubricité des femmes, qui ne cherchent qu’à tenter l’homme et à l’amener au péché. Pour citer le chevalier Latour-Landry : la femme est une araignée qui tisse sa toile pour capturer ses proies.
Les moralistes étant des hommes, ils voient également en cette nouvelle femme dévoilant son corps, la fragilité féminine : la femme nue est la proie du désir masculin. Désir qu’elle fait naître ou qu’elle confirme. Quoi qu'il en soit, le vêtement féminin renvoie la femme comme inférieure à l’homme et renvoie l’homme à son propre pouvoir.
Dans cette stratégie de la séduction, le rôle du vêtement est évidemment capital. C’est ainsi que le vêtement nouveau de la femme, dévoilant son corps, fait naître un stéréotype féminin, celui de la femme lubrique, adepte de la luxure, idolâtrant son corps, et faible d’esprit.
L’homme de mode « sans vergogne »
Le nouveau vêtement révèle le corps masculin, dont les jambes sont gainées de chausses moulantes et le buste ajusté au plus près et exagérément cambré. On juge le raccourcissement et l’ajustement du vêtement masculin impudique et déshonnête.
Si la femme, dont les vêtements ajustés dévoile son corps est vu comme dangereuse et objet de tentation, le nouvel homme, l’homme de mode du XIV, dans ses vêtements raccourcis et ajustés n’est sujet que de moqueries et de quelques réprimandes Le discours autour de la parure féminine s’organise autour de la notion de faute sexuelle, la responsabilité et l’initiative incombent à la femme, il ne perçoit jamais le vêtement masculin comme tentateur, bien que moulant… Il n’est que sujet du désir (non pas objet comme l’est la femme). Cependant, se montrer ainsi « au naturel », c’est-à-dire dans des vêtements moulants, est semblable aux bêtes, aux animaux.
(Comme l’a démontré Regnier-Bohler), Au Moyen Age, la nudité masculine renvoie à la sauvagerie. Le vêtement court et ajusté, révèle la morphologie du corps au lieu de la dissimuler comme l’exige la culture. C’est précisément une marque de sauvagerie.
L’homme, à la fin du Moyen Age, n’est pas tant lubrique qu’obscène et l’impudeur avec laquelle il révèle les formes de son corps le rapproche de l’animal. C’est essentiellement sur cela que portent les critiques. Le vêtement ne remplit plus alors sont rôle assigné après la chute, celui de cacher le sexe devenu coupable, et par conséquent honteux. Seuls les animaux qui n’ont pas de pudeur (« vergoigne ») se présentent nus.
De fait, cet engouement pour ce vêtement obscène est attribué en premier lieu a l’orgueil, l’individu « desguisé », c’est-à-dire, non conforme a son statut, prétendant aller contre la loi divine. Il est aussi par conséquent, le signe d’un égarement de l’esprit, d’une marginalisation, et certains auteurs, comme Latour-Landry, insistent sur les moqueries qui guettent l’homme de mode
« hommes cours vestus, qui monstroient leurs culz et leurs brayes et ce qui leur boce devant, c’est leur vergoigne ».
Le vêtement masculin de l’adulescentia affirme le genre masculin, mais un genre masculin vu comme déshonnête, impudique et obscène. Le genre masculin mis en avant se voit affubler de qualificatifs négatifs, comme le genre féminin.
Le vêtement est un outil de communication : le vêtement médiéval communique la différence sexuelle, ce qui n’est en soi pas une évidence : c’est la société qui construit le corps comme réalité sexuée, et donc comme dépositaire de principes de vision et de division sexuants.
Le XIVe siècle voit dans le nouveau vêtement un nouveau champ dans l’affirmation des genres : outre la mise en évidence des différences sexuelles physiques qui opposent l’homme de la femme, les genres se voient stéréotypés. La femme nouvellement habillée est vue comme lubrique et tentatrice, et si elle était déjà vue comme cela, suivant la scène originelle de la Chute, ce stéréotype est d’autant plus affirmé. L’homme se voit plus ou moins épargné, mais afficher son corps est vu comme « sans vergoigne » et déshonnête.
Le genre ne se limite pas aux différences sexuelles, ni même à leur mise en valeur, mais il est aussi associé à tous les qualificatifs qui s’y rapportent, à tous les clichés que les vêtements affirment ou confirment, et à toutes ces idées qui, nées d’une apparence physique, font de l’homme et de la femme deux êtres qui sont, au-delà de l’extérieure, intérieurement différents : le vêtement n’est que l’illustration de cette différence intérieure et profonde qui constitue le genre.
Sources
DUBY (Georges), Histoire des femmes en Occident, tome II Le Moyen Age, Plon, coll. Tempus, Paris, 1991.
- BEAULIEU (Michèle), « Le costume, miroir des mentalités de la France médiévale (1350 – 1500) ».
1. 05/03/2012
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