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L'atelier de Saint Eloi : patron des orfèvres
Après la période des grandes invasions, les peuples barbares qui ont détruit l'Empire romain introduisent leur goût du luxe et leur maîtrise du travail des métaux précieux. Les Huns, les Wisigoths, les Francs, les Lombards produisent des bijoux et objets très variés (broches, bagues, boucles d'oreille, fibules, épingles, boucles de ceinture...). Mais, avec la christianisation des royaumes barbares, apparaissent les premiers objets de culte : reliquaires, croix, couronnes votives. Les techniques sont très élaborées. La damasquinure consiste à incruster un fil d'or ou d'argent dans une surface métallique. L'orfèvrerie cloisonnée est caractéristique de cette époque. L'orfèvre dessine un réseau d'alvéoles séparées par des cloisons à l'intérieur desquelles il insère de la verroterie, des grenats ou des émaux.
Les couronnes votives wisigothes combinent les influences romaines et byzantines. Serties de perles, elles se prolongent par des chaînes d'or auxquelles sont suspendues des lettres d'argent formant le nom du souverain qui les offre (Trésor de Guarrazar}.
Les orfèvres mérovingiens ont une prédilection pour les motifs zoomorphes (cigales, poissons, aigles...).
Héritière de ses techniques perfectionnées, l'orfèvrerie s'est beaucoup développée en Occident pendant la renaissance carolingienne. Les ateliers d'orfèvrerie comme celui de l'Abbaye de Saint-Denis ou ceux de Metz, Reims et Tours produisent des calices, ciboires, reliquaires et châsses ornés de perles et de pierres précieuses. Les orfèvres carolingiens cisèlent dans l'or des scènes tirées des Évangiles et l'orfèvrerie à tendance à s'étendre aux bas-reliefs des autels et aux reliures des manuscrits. Bien que ses chefs d'œuvres aient été la cible privilégiée des pillards, on peut encore admirer quelques unes de ces pièces dans les trésors de l'Abbaye de Conques ou celui d'Aix-la-Chapelle.
La période romane est particulièrement marquée par le développement des ateliers mosans, l'essor de la dinanderie, la multiplication des fonds baptismaux de métal (voir Renier de Huy). La tendance à emprunter ses modèles à l'architecture et à la sculpture se renforce pendant la période gothique. Les pièces (reliquaires, châsses) prennent parfois des proportions monumentales, s'ornant de colonnes et de statuettes en or ou en métal doré (À Cologne, la Châsse des rois mages en forme de basilique à trois nefs est orné de multiples figures d'apôtres et de prophètes). Les reliquaires et ostensoirs se multiplient et se diversifient, accompagnant l'essor de la dévotion (formes anatomiques, livres et croix-reliquaires).
L'orfèvrerie médiévale
Pour étudier l'orfèvrerie médiévale il faut avant tout replacer cet art dans son contexte et le dépouiller de toutes les notions et valeurs que lui a donné l'époque moderne.
En effet à partir de la fin du Moyen Âge, on peut observer une hégémonie progressive de la peinture, de la sculpture et de l’architecture sur les arts dits mineurs : orfèvrerie, céramique, verrerie, tapisserie, ébénisterie, relégués au rang d’artisanat. Le développement des Académies, au XVIIe siècle, puis celui du discours critique, au XVIIIe siècle, contribuèrent à une évolution qui a conduit à l'apparition du terme « Beaux-Arts ». Il a fallu attendre les années 1880, pour que leurs prérogatives se trouvent contestées[réf. souhaitée]. Or ces classements, fondés sur des valeurs artistiques de l’époque moderne, ne prennent pas en compte celles de l’époque médiévale. La peinture encadrée fait partie de notre conception de l’art, mais au Moyen Âge elle n'existait pas, et on avait d'autres moyens d'expression artistique comme l’orfèvrerie. Comme l'a fait remarquer F. Souchal en 1966 « L’orfèvrerie n’est pas au Moyen Age un art mineur mais une des expressions artistiques les plus importantes de cette époque »
En étant reléguée au rang d’artisanat, l’orfèvrerie a perdu l’importance qu’elle avait dans la société médiévale, et notamment son rôle important dans la pratique cultuelle. Progressivement, elle a été intégrée en tant qu’œuvre précieuse dans les collections, nouveau passe-temps à la mode. Dans les trésors ecclésiastiques, l’orfèvrerie occupe une place importante pour le montage des reliques, car la valeur matérielle augmentait l’aura cultuelle. En revanche, dans l’art privé des cours, les reliquaires devenus des exceptions témoignent d’une grande virtuosité technique. L’ancien reliquaire s'est transformé en nouveau joyau. L’orfèvrerie a perdu sa forte fonction cultuelle initiale.
L'étude de l'orfèvrerie médiévale ne peut se faire seulement par une étude stylistique ou formelle, mais doit prendre en compte la fonction de l'objet, qui bien souvent le définit véritablement.
Les bijoux
Jusqu’à la Renaissance, il est souvent difficile de préciser la provenance géographique des bijoux. Les nombreux échanges entre les cours royales rendent en effet la production internationale -
Un grand nombre d'objets du haut Moyen Âge nous sont parvenus grâce à la coutume d'ensevelir les morts accompagnés de leur parure. Les bijoux retrouvés dans les tombes manifestent le goût de cette époque pour l'or et pour le décor de pierres et verres colorés, souvent sertis à froid dans un réseau géométrique formé par des cloisons soudées préalablement, selon la technique de l'orfèvrerie cloisonnée. L'ensemble mis au jour à Saint-Denis en 1959 est tout à fait exemplaire : il comportait deux fibules circulaires en orfèvrerie cloisonnée, trois épingles, des garnitures de baudrier, de chaussures et de jarretières, des éléments de ceinture, ainsi qu'un anneau d'or portant une inscription et un monogramme, lus ARNEGUNDIS REGINE, ce qui conduisit à identifier la défunte avec Aregonde, l'une des femmes de Clotaire Ier (497-561).
Les bijoux conservés de l'époque carolingienne sont beaucoup moins nombreux. Les textes décrivent Charlemagne et son entourage parés, lors des cérémonies importantes, de diadèmes, colliers, pectoraux
et agrafes d'or enrichis de pierres précieuses, mais très peu d'objets permettent de confirmer l'existence de ces ornements lu xueux. Le pendentif connu sous le nom de Talisman de Charlemagne (Trésor de la cathédrale, Reims) est sans doute postérieur au règne de l'empereur et date plus probablement de la seconde moitié du ixe siècle ; il est cependant un exemple de ces bijoux portés sur la poitrine mentionnés par les textes. Quelques pendentifs de cristal de roche gravé sont également conservés ; le plus somptueux est celui dit « de Lothaire », orné de scènes de l'histoire de Suzanne faisant sans doute allusion à l'affaire du divorce de Lothaire II (795-869), qui provient de l'abbaye de Waulsort (British Museum, Londres). Autre décor typique de l'art carolingien, l'émail cloisonné sur or, recouvre la couronne du Trésor de MonzaCouronne du Trésor de Monza, selon des motifs proches de ceux de l'autel d'or de Milan, don de l'évêque Angilbert.
Dans la partie orientale de l'ancien empire carolingien, les souverains ottoniens (936-1024) puis saliens (1024-1125) se veulent les successeurs des empereurs carolingiens. Quelques parures précieuses exécutées à leur demande sont conservées, comme la Couronne du Saint Empire (Schatzkammer, Vienne), dont le décor associe or, pierres précieuses et émaux cloisonnés : le bandeau fut exécuté pour Otton Ier ou Otton II dans la seconde moitié du xe siècle, tandis que l'étrier (la partie supérieure) fut ajouté pour le couronnement impérial de Conrad II en 1027. L'ensemble de bijoux découv
erts à Mayence en 1880 (Kunstgewerbemuseum, Berlin, et Landesmuseum, Mayence) appartint très probablement à une impératrice, que l'on a proposé d'identifier avec Gisela, épouse de Conrad II, ou avec Agnès, épouse de Henri III (1017-1056). Certaines pièces, principalement un collier et un grand ornement de poitrine, témoignent d'une forte influence byzantine, tandis que d'autres, comme le fermail circulaire et la fibule émaillée ornée d'un aigle présentent d'étroits parallèles avec l'orfèvrerie de la première moitié du xie siècle.
Peu de bijoux de l'époque romane sont conservés. Ce sont surtout des anneaux, comme ceux, au décor très simple, mis au jour à Lark Hill, en Angleterre (British Museum, Londres), avec des monnaies de l'époque de Henri Ier (1069-1135) ou celui qui aurait été trouvé dans la tombe de l'évêque Maurice de Sully (1120-1196) à Notre-Dame de Paris (Louvre) dont le jonc porte un décor niellé associant monstres et rinceaux.
Si les couronnes des rois et reines de France autrefois conservées à Saint-Denis ont disparu, les bijoux du xiiie siècle nous sont cependant parvenus en plus grand nombreAnneau de Louis IX, roi de France ; ils peuvent être répartis en différents groupes selon le type de leur ornementation. Ainsi, quelques-uns, notamment un fermail conservé au Metropolitan Museum de New York et une boucle de ceinture, au musée de Stockholm, portent un décor figuré typique du style 1200 ; d'autres, principalement une couronne (musée de Stockholm) et un groupe de fermaux (Bargello, Florence ; Landesmuseum, Mayence ; musée d'Unterlinden, Colmar) sont revêtus de filigranes. De nombreux bijoux de cette époque sont ornés de petits motifs végétaux, animaliers, et parfois de personnages, enserrés ou non dans des rinceaux ; un groupe, comportant deux couronnes dont les éléments sont aujourd'hui remontés sur une croix (Trésor de la cathédrale, Cracovie) et des fermaux (British Museum et Victoria and Albert Museum, musée de Budapest), pourrait être de fabrication vénitienne. Plusieurs types de décor sont parfois associés : sur l'Onyx de Schaffhausen, le camée antique a reçu une monture au décor de pierres précieuses et petits animaux, dont le revers est gravé d'une figure de fauconnier de style 1200, entourée d'une inscription permettant de l'identifier avec le comte Louis III de Frobu rg (mentionné entre 1201 et 1259).
Au xive siècle, le goût des pierres précieuses s'épanouit dans un groupe de bijoux dont elles constituent l'ornementation unique ou principale, comme le fermail circulaire du musée de Stockholm, celui « à fleur de lis » provenant de Saint-Denis (Louvre)Fermail à fleur de lis, sans doute exécuté à Paris dans le deuxième quart du xive siècle, celui « à l'aigle » du musée de Cluny, probablement originaire de Bohême et réalisé vers le milieu du siècle, ou encore la couronne de Munich, aux grands fleurons d'inspiration florale, mentionnée dans le Trésor royal anglais en 1399. Sur les deux fermaux trouvés à Vérone en 1938 (Museo di Castelvecchio, Vérone), les bâtes qui portent les pierres précieuses sont semblables à celles placées sur la Pala d'oro lors de l'« enrichissement » de 1343-1345, ce qui confirme leur origine locale et permet de les dater vers les années 1340-1350. D'autres bijoux ornés de pierres précieuses, parfois associées à des émaux de plique, comme sur la couronne du Bargello ou les ceintures placées sur la Sainte Foy de ConquesTrésor de Conques, présentent aussi ce type de bâtes, témoignant ainsi du rayonnement des bijoux vénitiens-
Certains bijoux du xive siècle sont ornés d'émail translucide de basse-taille, tels le reliquaire de la Sainte Épine, œuvre française du milieu du xive siècle, la ceinture d'Oxford, probablement exécutée en Angleterre, ou un groupe de ceintures d'origine italienne, comme celle du musée de Cleveland ou celle récemment retrouvée à San Frédiano de Lucques dans le tombeau de sainte Zita-
Aux environs de 1400, l'art du bijou connaît un apogée au moment du gothique international, caractérisé notamment par le goût du luxe, du raffinement et de la préciosité. À l'or et aux pierres précieuses, désormais généralement taillées à facettes, est associée une nouvelle technique de l'émaillerie apparue vers le milieu du xive siècle : l'émail opaque sur ronde-bosse. Le plus somptueux exemple en est sans doute le Collier Hohenlohe, où des branchages noueux revêtus d'émail blanc portent en pendentif une tête de fou ; des fermaux, tels ceux du Trésor d'Essen, aux motifs variés, celui du Bargello, orné d'un dromadaire, ou celui de la Schatzkammer de Vienne, figurant un couple d'amoureux, témoignent du renouvellement des techniques, mais aussi de l'iconographie des joyaux créés pour les cours au début du xve siècle. L'apparition de bijoux-portraits est une autre manifestation de cet intérêt pour de nouveaux thèmes : sur l'anneau de Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419), conservé au Louvre, comme sur le pendentif du Bayerisches Nationalmuseum de Munich, figurant Jean de Lancastre, duc de Bedford (1389-1435), le profil du personnage est taillé dans une calcédoine blanche, entourée d'autres pierres dures et d'or émaillé. Les bijoux du duc de Bourgogne pris à la bataille de Grandson en 1476, disparus mais connus par des reproductions aquarellées (musée de Bâle) sont sans doute les meilleurs exemples de la généralisation de ces tendances nouvelles, notamment de la taille des pierres précieuses, parmi lesquelles le diamant est désormais fréquemment utilisé.
Source
L' orfèvrerie gothique, XIIIe-début XVe siècle, au Musée de Cluny, catalogue d'Élisabeth Taburet, éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1989.
1. lola 24/01/2012
se site est très bien je suis en cm1 sa m'aide beaucoup pour mon exposé!
2. lola 24/01/2012
j'espère qu'il y a beaucoup de gens qui y vont!
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