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Titre : La Farce de Maistre Pierre Pathelin, Farce Maître Pierre Pathelin, Farce de Maître Patelin.
Auteur inconnu. Elle est souvent attribuée à Guillaume Alecis, religieux de l'Eure qui fut en son temps un poète célèbre : la farce serait dirigée contre les drapiers et les avocats de Rouen, avec lesquels son couvent était en procès perpétuel.
Date de création imprécise - entre 1464 et 1469
Elle est écrite en vers octosyllabiques. Elle comporte 1599 vers. Elle est écrite en dialecte d’Île-de-France.
Les différents personnages de l'histoire :
- Maître Pierre Pathelin, pauvre avocat malin
- Guillemette, sa femme
- Maître Guillaume Joceaulme, drapier
- Thibault Agnelet, berger de maître Guillaume
- le Juge
. Résumé
Maître Pierre Pathelin, avocat sans cause, et sa femme Guillemette sont perplexes : la huche est vide, leurs robes sont râpées. Pathelin décide en conséquence de mettre en œuvre son ingéniosité. Il sort, entre en flâneur chez le drapier Guillaume, bavarde, pose distraitement la main sur une pièce de drap dont il feint tout à coup de remarquer la belle qualité. C'est, dit le marchand, du drap « cher comme crème » : vingt-quatre sols. « Sainte Dame ! » s'écrie Pathelin qui en prend néanmoins six aunes. Il les paiera en son domicile, où il invite le drapier à venir, comme faisait jadis feu son père, manger avec lui une oie rôtie. Et il part, emportant le drap, pendant que le marchand se félicite de l'avoir dupé en lui vendant vingt-quatre sols du drap qui n'en vaut pas vingt. Guillemette se réjouit en voyant le drap : mais comment paierat-on ? « Il convient, dit Pathelin, que je me couche; quand le drapier arrivera, vous lui direz en pleurant à chaudes larmes que je n'ai point bougé de mon lit depuis deux mois. » Arrive le drapier : il trouve une Guillemette éplorée qui l'adjure de parler bas pour laisser reposer son mari moribond, et un Pathelin agité, frénétique, qui délire en cinq ou six dialectes :
En limousin : « Il eut un oncle limousin », explique Guillemette à travers ses pleurs.
En picard : « Sa mère fut de Picardie ».
En normand : « Celui qui l'apprit à l'école était Normand »
En bas-breton : « Ce fut la mère de son père qui fut native de Bretagne .... »
Le drapier s'en va, abasourdi, suspectant quelque diablerie dans cette aventure.
Or Thomas l'Aignelet, berger du drapier Guillaume, arrive à la ville. Son maître qui le soupçonne (avec raison) d'avoir assommé pour les vendre plusieurs moutons qu'il déclarait être morts de la clavelée l'a assigné devant le juge.
Le berger cherche un avocat. Pathelin fera l'affaire. Ce dernier conseille au berger de contrefaire l'idiot et de répondre : Bée... à toutes les questions : force sera bien de l'acquitter comme irresponsable.
Les voici devant le juge. Le drapier formule sa plainte : tout à coup il reconnaît dans l'avocat de la partie adverse l'homme qui lui a volé six aunes de drap. Il embrouille les deux accusations l'une dans l'autre, et le juge, qui n'y comprend rien et qui l'a vainement prié de « revenir à ses moutons », finit par absoudre Thomas l'Aignelet. La leçon n'a pas été perdue pour celui-ci et quand Pathelin, resté seul avec lui, demande le salaire de ses services, le compagnon continue à bêler, lui menacé d'être arrêté, s'enfuit prestement à toutes jambes,
. Commentaires
Malgré son titre, Pathelin est autre chose qu'une farce.
La farce est un genre essentiellement populaire, grossier, mordant, dénué de charité et de finesse, et ne visant qu'à procurer, aux dépens du prochain, « un ris dissolu ». La meilleure est sans doute celle du Cuvier. Mais Pathelin, par sa construction très maîtrisée, d'une part, et, surtout, l'habile étude psychologique des personnages, d'autre part, lui confèrent un mouvement et un ton bien spécifiques, qu'accentue l'écriture très achevée : versification brillante et enlevé, jeux de mots abondants, vivacité des dialogues.
Conçue à la fin du Moyen-âge, la Farce de Maître Pierre Pathelin, bien qu'elle puise de toute évidence ses sources dans les farces antérieurs, peut être considérée à juste titre comme la première vraie comédie de la littérature française.
Dans ce sujet si simple, si mince, il y a un tel jaillissement de gaieté, tant de finesse, tant d'exactitude dans l'expression des caractères, un instinct dramatique si sûr, une vie si intense et un style si dru, si vert, si mordant, ici une si exubérante fantaisie et là, une si saisissante vérité ; que la Farce de maître Pathelin doit être tirée hors de pair.
Son aspect satirique l'inscrit déjà dans une tradition très française, qui peint les vices les plus marqués sous une forme enjouée et farceuse, masque une attaque féroce sous un traitement éblouissant et plus caractéristique encore, refuse toute position morale : les personnages présentés sont de réjouissantes canailles, et le héros l'est plus encore que tous les autres réunis.
Source
La farce de Maître Pierre Pathelin, Anonyme, Flammarion, Paris, 1995
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