La ballade des dames du temps jadis

 

Au début de la littérature médiévale, la poésie en tant que genre littéraire n'existe pas, on parle plus de lyrisme chanté. Et les 'poètes' en tant que tel, prennent la place des troubadours et trouvères finalement assez tard : vers le XV ème siècle avec Villon, Jean Marot ou Charles d'Orléans. Cette nouvelle génération d'écrivains se différencient des anciens chanteurs dans le sens où ils instaurent une séparation nette entre musique et poésie. La musique devient trop complexe pour pouvoir la cumuler avec la création poétique et les métiers se séparent ainsi. . On qualifie  la poésie de proto-poésie.

Ce changement de style s'accompagne d'un changement de thème. En effet on passe de l'éloge du chevalier à l'éloge de l'amour courtois pour arriver ici à des sujets comme la mort, la mélancolie et même la maladie des auteurs.

Le texte"La ballade des dames du temps jadis"  appartient à l'œuvre de Villon appelé" Le Testament "qui, comme d'autres écrits à cette époque ( La Farce de Maître Pathelin en est un exemple criant ), illustre parfaitement ce changement de style que j'ai déjà évoqué : plus sombre, plus mélancolique qu'avant face à un monde aux apparences trompeuses. Cette Ballade ( que Marot réintitulera « Des Dames du Temps Jadis » ) est la première d'un triptyque précédé de l'évocation de l'agonie et de la danse macabre.

On peut se demander où veut nous entraîner Villon avec ce lai et, plus généralement, où souhaitent nous entraîner les 'poètes' dont le style et les revendications sont proches de ceux de Villon.

 

 Eloge d'un passé révolu

→ Dès la première lecture de ce texte, il est aisé de voir que Villon se livre ici à une éloge des femmes. Il le fait au moyen de plusieurs techniques: comparaisons ( « La royne Blanche comme lis » ), abondance des relatives ( vers 4, 7, 18...) ou encore des figures poétiques tel l'enjambement vers 13-14.

Mais il ne s'agit pas de n'importe lesquelles.

-d'abord il s'agit de femmes illustres et extrêmement connues pour leur beauté ou bien leur vertu : Archipïades, un disciple de Socrate, est très célèbre pour sa beauté ( même si à l'époque de Villon on ne savait s'il était une femme ou un homme ), Thaÿs que l'on peut prendre pour Sainte Thaÿs qui fut courtisane avant de se convertir au christianisme et de passer trois années dans une cellule à la porte celée ou encore Jeanne D'Arc.

-Ensuite, il n'est question que de femmes disparues et c'est pour cela que l'éloge porte sur un passé révolu définitivement. Et d'ailleurs tout le lai s'articule autour d'une question : « Mais où sont les neiges d'antan ? », les neiges blanches et pures rappelant évidemment ces femmes presque parfaites. Il ne trouve plus ces femmes que dans d'anciens textes décrivants un passé glorieux.

Il ne faut cependant pas prendre le mot « d'antan » pour celui archaïque qu'il est devenu, il ne désignait pas, à l'époque de Villon quelque chose de vieux ou de passé, au contraire. Donc l'éloge continue même dans ce mot.

 

→ Il convient également de noter que l'énumération de femmes dans ce poème est fait chronologiquement, ainsi, chaque époque à son importance. Mais si chaque période a son importance, qu'en est il pour l'époque même de Villon qui semble désertée par ces femmes magnifiques ?

 

 

 Critique des thèmes courtois 

→ On peut  juger que Villon en fait beaucoup dans ce texte pour sublimer ces femmes d'anten. Il nous parle des meilleures et les montre sous leur plus beau jour. N'en fait il pas un peu trop ?

 

→ Il utilise énormément de procédés pour nous prouver que ses femmes étaient telles qu'il le décrit :rythme, des sons en [i] et en [è] ainsi que des images telles que le « lis » et la « neige » sont propices à créer ce climat de douceur et d'apaisement dont le point culminant et évidemment le refrain; Les quatre répétitions du mot « neige » évoquant la pureté, la blancheur ne sont-elles pas destinées à nous faire réagir : de telles femmes existent-elles vraiment ?

 

→ La présence, à la fin du lais de ce Prince dont la quête est vaine rajoute à cet impression d'illusion, voire dans ce poème, de désillusion : Le Prince ne pourra jamais trouver cette « neige ».

 

On peut donc tout à fait voir dans ce texte une critique des thèmes courtois et de leur validité, nouveau style de ces proto-poésie qui suivent le Roman de la Rose.

 

 Villon illustration d'un nouveau style

→  Villon fait partie de cette nouvelle vague d'écrivains dont les thèmes sont, pour ainsi dire, à l'opposéde ceux des Trouvères.

Il nous parle de mélancolie, avec soit cette tristesse de ne plus trouver d'amour comme il en était question avec les Chansons, soit cette désillusion totale de se rendre compte que finalement, cela n'a jamais existé.

 

→ Villon utilise même le style du Fin'Amor contre lui puisque, en quelque sorte il le prend à revers : les anciennes Chansons étaient remplies de compliments sur les Dames, de flatteries, et ici, il en fait tellement trop qu'il faut le prendre pour une sorte d'ironie.

 

 

=>> Ce texte est donc quelque peu trompeur si l'on ne connaît pas ou très peu Villon : la première idée qu'on pourrait avoir est celle qui vient avec un texte du haut Moyen-Age : la sublimation des femmes. Seulement il faut savoir ce que Villon voulait faire passer et même changer avec ses textes : une critique claire de l'Amour Courtois.

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