Renart prend alors la route,
et s'en va en coupant à travers bois.
Par monts et par vaux,
Renart s'en va par petits bonds.
Il a bien confondu ses amis
car il est tout à fait hors de cause pour les jambons.
Il s'en va fuyant tout librement
sans jamais s'arrêter, et tellement il s'écarte
du chemin, qu'il se précipite dans une haie
au-dessus d'un trou obscur.
Il lui arrive alors une aventure
d'où il n'eut qu'ennuis et tourments,
car c'est là que commence la querelle
contre le connétable Ysengrin,
à cause d'un terrible péché digne du diable.
Quand il voit la roche creusée,
ne sachant ce que c'est, il s'en approche
pour s'informer et pour voir
s'il y a quelque fortune cachée.
Afin d'en savoir plus il se laisse tomber,
et se retrouve au milieu de la grand-salle
de seigneur Ysengrin son bon ami.
Il y a ses quatre louveteaux couchés au centre,
et dame Hersent la louve
qui nourrit et couve les louveteaux.
Elle a accouché nouvellement,
elle donne à chacun sa tétée,
mais elle n'a pas couvert sa tête.
Elle surveille, elle voit ainsi la porte entrouverte,
mais la clarté la gène trop.
Elle lève sa tête pour regarder
et savoir qui est venu là.
Renart est grêle et menu,
il est caché derrière la porte;
alors Hersent s'en réconforte grandement
car elle l'a bien reconnu à son pelage roux.
Elle ne peut s'empêcher de s'agiter,
ainsi elle lui dit en riant:
« Renart, qu'avez vous à épier ? »
Quand Renart se rend compte qu'il est vu
et qu'il est reconnu,
il est alors tout déconfit,
il est convaincu d'être couvert de honte.
Il n'ose dire mot tellement
il a peur car on n'y voit goutte ici.
Et Renart s'est acheminez,
Et s'en vet par le bois fendant.
Entre un tertre et un pendant
S'en vet Renart les saus menuz.
Ses amis a bien confonduz,
Car bien est des bacons delivre.
Fuiant s'en vet tot a delivre,
Onc ne fina et tant s'esgaie,
Qu'il s'en bati en une haie
Par desus une fosse oscure.
La li avint une aventure
De qoi il li anuie et poise,
Qar par ce conmença la noise
Par mal pechié et par deable
Vers Ysengrin le connestable.
Qant il vit la chevee roge,
Ne set que est, avant s'aproche
Por enquerre et pour savoir
S'en i avoit repost avoir.
Ainz n'en sot mot que il s'avale,
Lors s'en torna en mi la sale
Dant Ysengrin son bon ami.
Qatre loviax gesant en mi
Et ma dame Hersent la love
Qui ses loviax norrist et cove.
Novelement ert acouchie,
A chascun donnoit sa bouchie,
Mes n'avoit pas son chief covert.
Garda, si vit l'uis entrovert,
Et la clarté qui trop li grieve.
Por regarder sa teste lieve
Por savoir qui la ert venuz.
Renart fu grelles et menuz,
Muciez estoit derier la porte,
Et Hersent qui mout s'en conforte,
Le connut bien a la piau rouse,
Ne puet muer qu'el ne s'escosse,
Si li a dit tout en riant,
Renart, qu'alez vos espiant ?
Quant Renart sot qu'il ert veüz
Et qu'il estoit aparceüz,
Adonc fu il touz desconfiz,
De honte avoir est il toz fiz;
N'ose mot dire tant se doute,
Que laiens ne veoit l'en goute.
Les exploits de jeunesse de Renart
3Les enfances Renart (1)
Hersent soulève la tête,
puis l'appelle à nouveau,
et lui fait signe de venir de son doigt mince :
« Renart, Renart, on voit à votre pelage
que vous êtes perfide et mauvais;
jamais vous ne souhaitez me faire plaisir,
ni ne venez là ou je suis.
Je ne connais pas de tel compère
qui ne rende pas visite à sa commère. »
Renart a grand peur, il est effrayé mais
il ne peut s'empêcher de lui répondre :
« Madame, fait-il, que Dieu me confonde
si jamais par méchanceté ou par haine,
je vous ai évitée alors que vous étiez en couches.
Je serais volontiers venu avant,
mais quand je vais par ces sentiers,
Seigneur Ysengrin m'épie
à chaque voie et à chaque chemin.
A cause de cela je ne sais quoi faire
tellement votre mari me hait :
il commet là un grand péché que de me haïr.
Mais que ma personne soit damnée
si jamais je lui ai fait la moindre chose
dont il devrait me porter rancune.
Pour cela je n'ose pas vous fréquenter,
je pourrais même me mettre fortement en colère.
Je vous aime d'amour, prétend-il,
ainsi qu'il s'en est plaint de nombreuses fois
à ses amis dans le pays.
Il leur a même promis de l'argent
pour me causer du tort et me faire honte.
Mais dites-moi, quel intérêt aurais-je
à vous demander une telle folie ?
Sérieusement, je ne le ferai pas,
de tels propos ne seraient pas élégants. »
Hersent solieve le chief
Si le rapele de rechief,
Et acene a son gresle doit,
Renart, Renart, la piau le doit,
Que soiez fel et deputaire,
Onc ne me vosistes bien faire,
Ne ne venistes la ou g'iere,
Je ne sai riens de tel compere
Qui sa conmere ne revide.
Renart a grant peor et hide,
Ne puet muer ne li responde.
Dame, fet il, Dex me confonde,
S'onques por mal ne por haine
Ai eschivé vostre gesine,
Ainz i venisse volentiers;
Mes quant je vois par ces sentiers,
Si m'espie dant Ysengrin
Et par voie et par chemin,
Por ce si ne sai que je face,
Tant con vostre mari me hace.
Mout fet grant pechié qu'i me het,
Mes li mens cors mal dahez et
S'onques li fis chose nisune
Dont me deüst porter rancune.
Por ce n'os vers vos reperier,
Si m'en puis mout forment irier.
Je vos aim, dist il, par amors,
Si en a fait maintes clamors
Par ceste terre a ses amis,
Et si lor a avoir pramis
Por moi fere laidure et honte.
Mes dites moi, a moi que monte
De vos requerre tel folie ?
Certes je nel feroie mie,
Ne tel parole n'est pas bele.
Les exploits de jeunesse de Renart Les enfances Renart (1)
Quand Hersent entend la nouvelle,
elle brûle de colère et en est couverte de sueur :
« Comment, dit-elle, seigneur Renart,
est-ce donc les propos tenus ?
Vraiment, je suis soupçonnée à tort.
Tel s'imagine venger sa honte
qui accroît grandement son embarras.
Je n'ai pas de honte à le dire maintenant :
je n'ai jamais pensé du mal de vous.
Mais à cause de ce qui a été clamé,
je tiens fermement à ce que vous m'aimiez.
Revenez donc souvent auprès de moi,
et je vous tiendrai pour ami.
Prenez moi dans les bras, embrassez moi donc,
soyez tranquille maintenant,
il n'y a personne ici qui puisse nous accuser. »
Renart en manifeste une grande joie,
il s'approche puis l'embrasse.
Hersent à qui ce jeu plait beaucoup,
lève la cuisse.
Puis Renart sort de la tour,
car il craint qu'Ysengrin ne vienne,
et redoute fort qu'il ne l'y surprenne.
Néanmoins avant de sortir,
il va vers les louveteaux et leur pisse dessus.
Après les avoir arrangés ainsi
et leur avoir tout pris et tout mangé,
il jette dehors tout ce qu'il trouve,
toute la viande, vielle ou fraîche.
Puis il les fait tomber de leurs lits,
il les injurie et les bat bien fort
comme si il était leur maître.
Il les traite de bâtards et d'illégitimes
de façon familière, comme celui
qui ne craint personne
en dehors de dame Hersent son amie,
qui n'en révélera rien du tout.
Il laisse les louveteaux en pleurs.
Dame Hersent vient alors vers eux,
elle les caresse et les supplie:
« Les enfants, dit-elle, ne soyez pas
au fond de votre cœur si impitoyables et sots
que votre père en sache un mot.
Il ne doit jamais apprendre
que Renart est venu ici.
— Quoi ? par le diable nous devrions protéger
Renart le roux, que nous haïssons
à mort, que vous avez reçu ici,
avec qui vous avez trompé notre père
qui a confiance en vous ?
Jamais, s'il plait à Dieu, tel affront
dont nous ressentons tant de honte
ne restera sans être venge ' Quant Hersent entend la novele
De mautalent tressue et art :
Conment, fet el, sire Renart,
Est en dont parole tenue ?
Certes mar i fui mescreüe.
Tel cuide sa honte vengier
Qui acroist son grant encombrier.
Ne m'est or pas honte nel die,
Onques n'i pensai vilanie.
Mes por ce qu'il s'en est clamez,
Voil ge certes que vos m'amez,
Si revenez sovent a mi,
Et ge vos tendré por ami.
Acolez moi, si me besiez,
Or en estes bien eesiez,
Ci n'a qui encuser nos doie,
Renart en demainne grant joie
Et vient avant, si l'a besie.
Hersent a la cuisse haucie
A qui mout plesoit cel ator.
Et Renart s'en ist de la tor,
Qui crient que Ysengrin ne viengne,
Et mout doute qu'il n'i sorviengne.
Mes neporqant ainz qu'il s'en isse
Vient as loviaus, si les conpisse
Si con il erent arengié,
Si a tout pris et tot mengié,
Et gete fors quant qu'il i trouve,
Tote la viez char et la nove.
Ses a de lor lis abatuz,
Et laidengiez et bien batuz
Autresi con s'il fust lor mestres,
Ses clainme avostre et filastres
Priveement conme celui
Qui ne se doute de nului,
Fors que dame Hersent s'amie
Qui ne l'en descoverra mie.
Les loviax a lessiez plorant.
Dame Hersent lor vint devant,
Si les a blandiz et proiez :
Enfanz, dist ele, ne soiez
En vostre cuer si fel ne sot
Que vostre pere en sache mot,
Ne ja ne li soit conneü
Que Renart soit çaiens venu.
Qu'est ? deable ! nos celerons
Renart le rous que tant haons
De mort, qu'avez ci receü,
Et nostre pere deceü,
Qui en vos avoit sa fiance ?
Ja, se Dieu plest, tele viltance
Dont nos somes si laidengié
Ne remaindra ne soit vengié.
Les exploits de jeunesse de Renart Les enfances Renart (1)
Renart les entend grogner
en colère envers leur mère.
Puis il se met aussitôt en route
la tête baissée pour que personne ne le voie,
il s'en va ainsi poursuivre ses occupations.
Voilà alors seigneur Ysengrin qui rentre
auprès des siens
dans une tanière sous la roche.
Il a tant couru, tant suivi de traces,
tant cherché et tant pourchassé,
qu'il est tout chargé de victuailles;
peu lui importe les problèmes d'autrui.
Il trouve alors sa maisonnée
que Renart a mis sens dessus dessous.
Et ses fils se plaignent à lui
qu'ils ont été battus et déshonorés,
qu'ils se sont fait pisser dessus et trainer,
qu'ils ont été maltraités, puis traités
de fils de putain, de bâtard, d'adultérin,
et qu'il a dit en plus
que vous êtes certainement cocu.
Alors Ysengrin devient fou de rage
quand il entend les reproches faits sur sa femme.
Peu s'en faut qu'il ne tombe d'évanouissement,
il hurle et crie comme un fou :
« Hersent, je suis bien maltraité à présent.
Sale, vile et méchante putain,
je vous ai entretenue dans le plus grand confort,
je vous ai bien protégée et bien nourrie,
et un autre vous a baisée.
Votre cœur est vraiment volage
pour laisser Renart, ce rouquin, ce puant,
cet infâme débauché, ce vaurien,
vous monter entre les cuisses.
Par les yeux de Dieu je suis cocu là à tort,
vous m'avez complètement déshonoré.
Vous ne coucherez plus jamais à coté de moi
puisque vous avez reçu un tel hôte,
à moins que vous fassiez toutes mes volontés. »
Hersent aurait vraiment à se plaindre
si elle ne lui promettait pas
toute sa bonne volonté :
« Sire, fait-elle, on dirait
que vous êtes fâché, mais il n'est pas juste
que vous manifestiez ici votre colère.
Car si vous me laissez me justifier
par serment ou par le jugement de Dieu,
je le ferai de cette manière :
que l'on me fasse brûler ou pendre
si je ne puis me disculper.
Je vous assure de plus
que je ferai tout mon possible
pour ce que vous voudrez me dicter.
Celui-ci ne sait plus quoi demander;
ce qu'elle dit est suffisant,
sa colère est terminée.
Mais il lui fait jurer
qu'elle ne laissera plus jamais
Renart en paix si elle a l'occasion de le voir.
Qu'il prenne garde à présent, ce sera plus sage Renart les oï gorgocier
Et vers la mere coroucier,
Si s'est tantost mis a la voie
Le col bessié que nul nel voie,
Si va porchacier son afere.
A tant estes vos qu'il repaire
Dant Ysengrin a sa mesnie
Qui soz la roche est entesnie.
Tant a coru et tant tracié,
Et tant porquis et pourchacié,
Que toz est chargiez de vitaille.
D'autrui donmage ne li chaille,
Si a trovee sa mesniee
Que Renart ot estoutoiee.
Si fil se sont a lui clamé
Que batuz sont et disfamé,
Et compissiez et traïnez
Et laidengiez et puis clamez
Fil a putain, bastart, avoltre,
Et encore dist il tot outre
Certes que vos estïez cous.
Lors s'est Ysengrin d'ire estous
Quant de sa fame oï le blasme;
A bien petit qu'il ne se pasme.
Il ulle et bret come desvez :
Hersent, or sui je mal menez;
Pute orde vis, pute mauvese,
Je vos ai norrie a grant aise
Et bien gardee et bien peüe,
Et un autre vos a foutue.
Mout est tes corages muanz
Quant Renart cil rous, cil puanz,
Cil vil lechierres, cil garçons
Vos monta entre les arçons.
Par les iaus Dieu mar i fui cous,
Honi m'avez tout a estrous;
Ja mes ne gerroiz lez ma coste
Quant receü avez tel hoste,
Se ne faites tot mon voloir.
Ja se peüst Hersent doloir
Se ne l'eüst acreanté
Tot son bon et sa volenté :
Sire, fait elle, vos diroiz
Corociez estes, n'est pas droiz
Que vos mostrez ici vostre ire,
Que se m'en lessiez escondire
Par serement ne par joïse,
Gel feroie par tel devise
C'on me feïst ardoir ou pendre
Se ne m'en pooie desfendre.
Si vos afi ensorquetout
Que mon pooir en feré tout
De ce que vodroiz deviser.
Cil ne set plus que demander,
Il ot que ele dist assez.
Ses mautalanz est trespassez,
Mes que il li ait fet jurer
Que ja mes ne lera ester
Renart, s'ele le puet veoir.
Or se gart, si fera savoir.
Les exploits de jeunesse de Renart Les enfances Renart (1)
Seigneur Ysengrin est ragaillardi.
Il dit qu'à présent Renart sera souvent
guetté avant que la guerre commence,
et qu'il sera fou s'il ne prend pas garde.
Il font de grands efforts pour le surveiller,
mais il ne se passe pas une semaine
avant qu'il leur arrive une aventure étrange.
Alors que le chemin tourne
près d'un essart à coté d'un enclos,
Renart a failli être acculé.
On avait déjà coupé les pois,
la paille était attachée,
rassemblée et alignée sur le chemin.
Renart connaissait bien cet endroit,
il y était venu pour fouiner,
chercher, guetter
si il y avait quelque nourriture.
Ysengrin qui ne demande rien
d'autre que de pouvoir le tenir,
baisse la tête car il le reconnait :
il pousse un cri puis l'appelle.
Renart qui n'est point rassuré,
l'a bien entendu et compris,
alors il s'enfuit l'échine tendu.
Hersent et Ysengrin se mettent
aussitôt en route ensemble.
Ils font tous leurs efforts à le poursuivre
mais il ne peuvent prendre le dessus.
Renart court sur un sentier étroit,
et Ysengrin court tout droit.
Hersent s'efforce de piquer de l'éperon
pour essayer de rejoindre Renart.
Ysengrin réalise qu'il s'est trompé
car Renart a bondi dans une autre direction;
Ysengrin corrige sa course.
Cela met Renart en colère,
car il ne veut pas se livrer à lui;
au contraire il n'arrête pas d'éperonner
jusqu'à l'entrée d'un trou profond.
Arrivé là, il y pénètre aussitôt.
Il aperçoit alors son amie Dame Hersent
qui est très fâchée contre lui,
mais il voit qu'il n'a plus à la redouter.
Pourtant Hersent agit plus que bêtement.
Elle entre à la suite de Renart dans le trou
avec plein d'élan jusqu'au ventre.
Le château de Renart est très solide,
et Hersent s'est jetée tellement fort
dans la tanière
qu'elle ne peut plus se dégager en arrière.
Quand Renart voit qu'elle est prise,
il ne veut laisser en aucune manière
l'occasion de lui faire l'amour
et de prendre d'elle tout son plaisir.
Peu s'en faut qu'elle n'en crève,
à cause du trou et de Renart qui l'écrase.
Le trou la comprime de partout
avec Renart la poussant par derrière.
Elle n'a là rien qui puisse l'aider
mais seulement sa queue
qu'elle serre fort du coté de ses reins,
pour que les deux trous de son derrière
ne se voient pas de l'extérieur.
Mais Renart saisit la queue avec ses dents
et la rabat sur la croupe,
pour lui dégager les deux trous.
Puis il lui saute dessus tout joyeux,
et il la prend aux yeux de tous,
que ça lui fasse du bien ou lui déplaise,
tout à son aise et pour son grand plaisir.
Elle lui dit pendant qu'il la prenait :
« Renart, c'est un viol, eh ! bien, soit ! »
Renart, pour qui il est agréable
de lui livrer ainsi bataille, se tait,
il la récompense si bien et lui en donne tant
que toute la fosse en résonne.
Quand la chose est finie
Renart lui dit avec perfidie :
« Dame Hersent, vous disiez
que vous n'auriez jamais d'estime pour moi
et que je ne vous ferais jamais l'amour
pour la seule raison que je me vantais.
Vraiment, je ne m'en excuserai jamais,
si je l'ai fait, je le ferai encore;
je l'ai fait et le ferai, je le dis et le redis. »
Plus de sept fois, voir dix,
ils ont recommencé leur affaire
avant de se séparer. Qant Ysengrin fut rehetiez
Et dist qu'or iert Renart guetiez
Sovent ainz que la guere parte,
Que foux sera s'il ne s'i garde.
De lui guetier sont en grant poine,
Mes ainz que passast la semaine
Lor avint aventure estrange.
Ensint conme la voie change,
Lez un essart delez un clos,
La dut estre Renart enclos.
L'en avoit ja les pois soiez,
Et le pesaz estoit lïez
Et amassé et tret en voie.
La savoit bien Renart la voie,
Venuz i estoit por furgier
Et por enquerre et por surgier
Dont il poïst avoir viande.
Ysengrin qui el ne demande
Mes que il tenir le peüst,
Besse la teste, sel conust;
Jeta un brait, si s'escria.
Renart qui point ne s'afia,
L'a bien oï et entendu,
Si s'en fuit a col estendu.
Aprés se metent el chemin
Entre Hersent et Ysengrin.
Il se poinent de lui chacier,
Mes ne se puent avancier.
Renart corut la voie estroite,
Et Ysengrin corut la droite,
Et Hersent s'esforça de poindre
Qui a Renart se voldra joindre,
Vit Ysengrin si a failli,
Que Renart d'autre part sailli,
Ysengrin se rest adreciez.
De ce fu Renart correciez,
Ne s'ose a lui abandonner,
Ainz ne fina d'esperonner
Jusqu'a l'entree d'un val crues.
Quant il i vint, s'i entra lues,
Quant vit Dame Hersent s'amie
Qui vers lui iert si engramie.
Il vit qu'il n'avoit de lui garde,
Mes Hersent fist mout que musarde.
Aprés Renart en la fosse entre
De plein eslés desi au ventre.
Le chastel Renart ert mout forz,
Et Hersent par si grant eforz
Se feri dedenz la tesniere
Qu'el ne se pot retrere ariere.
Quant Renart vit qu'ele estoit prise,
Ne volt lessier en nule guise
Que il n'alast a lui gesir,
Et faire de lui son plesir.
Par un petit qu'ele ne crieve,
Que la fosse et Renart li grieve.
Que la fosse desus l'estreint,
Et Renart par devers l'enpaint.
El n'a ilec qui la resqueue,
Mes que seulement de sa qeue
Qu'ele estreint si devers ses reins,
Que des deus pertuis de ses reins
Ne pert nul defors ne dedenz.
Mes Renart prist la qeue as denz
Et li reversa seur la croupe,
Et les deus pertuis li destoupe,
Puis si sault sus liez et joianz,
Si li fait tot ses iauz voianz,
Ou bien li poist, ou mal li plaise,
Tot a loisir et a grant aise.
Elle dist que qu'il li faisoit :
Renart, c'est force, et force soit.
Renart se test a cui est bel
De ce qu'il li fet le cenbel,
Si bien la paie et tel li done
Que tote la fosse en resone.
Ainz que la chose fust fenie,
Li dist Renart par felonie :
Dame Hersent, vos disïez
Que ja ne me priserïez
Et que ja mes nel vos feroie
Por seul itant que m'en vantoie.
Ja voir ne m'en escondirai,
Se jel fis, encor le ferai,
Fis et ferai, dis et redis.
Plus de sept foiz, voire de dis,
Ont l'afere reconmencié
Ainz qu'il eüssent partancié.
Les exploits de jeunesse de Renart Les enfances Renart (1)
1. 26/02/2012
jaime
2. 01/05/2012
nul
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