Histoire de couleurs

 

Les couleurs ont une histoire et leur utilisation est un code… Nous « voyons rouge », nous sommes « vert de peur »,« bleu de colère » ou « blanc comme un linge »… Les couleurs ont un sens caché selon nos tabous, nos préjugés et surtout l’évolution des mentalités.

Mais elles ont toutes un sens positif et un sens négatif.

Longtemps, les seules couleurs reconnues n’ont été que trois : rouge, blanc, noir.

Dans nos contes datant du Moyen Âge, le Petit Chaperon rouge ou Blanche-Neige, ces couleurs dominent : enfant vêtue de rouge, grand-mère et sorcière vêtues de noir, pot de beurre blanc, pomme rouge.

Puis, au milieu du Moyen Âge, lorsque l’on a commencé à vouloir classer les individus en leur donnant des signes d’identité (apparition des armoiries, des noms de famille…), le rouge, le blanc et le noir sont devenus des répères insuffisants. Les autres couleurs ont profité de ce besoin de diversité et ont pris de l’importance.

Les couleurs de base sont alors devenues six : rouge, bleu, blanc, vert, jaune et noir.

 

 Le Rouge, c’était « la » couleur-

Le succès du rouge dès l’origine tient à deux facteurs : contraste avec l’environnement (car il est peu présent dans la nature) et facilité de fabrication (terre, racine de garance etc.). Son recul viendra de la suprématie progressive de la couleur bleue.

Dans l’Antiquité le rouge symbolisait le pouvoir : les soldats et certains prêtres, par exemple, étaient vêtus de rouge. Au Moyen Âge aussi, mais c’est l’éclat de cette couleur qui compte, indiquant la puissance et la richesse.

Les symboles forts du rouge peuvent être positifs ou très négatifs.

- Sang, feu, vie et régénération... Le pape, auparavant vêtu de blanc, s’habille de rouge à partir du 14ème s.

- Mort, crime, enfer… On représente vêtus de rouge le diable, un traître. Certaines parties du vêtement des bourreaux sont rouges.

Puis, vers la fin du Moyen Âge, la couleur rouge est rejetée par la religion protestante qui veut des couleurs discrètes. Elle reste dans les vêtements féminins (les robes de mariée), les hommes par discrétion portant plutôt du bleu. 

* Comment teignait-on les tissus ?

Antiquité : avec un coquillage (le murex)

Moyen Age : avec les oeufs de cochenille (un parasite de feuilles) donnant un rouge splendide mais très coûteux, réservé aux seigneurs, ou avec les racines de garance, plante donnant un rouge moins éclatant, donc pour les tissus moins chers.

 

 Le triomphe du Bleu

Le bleu, que nous aimons tant en Occident, n’a pas toujours connu le succès : pas de bleu dans les grottes décorées par les premiers hommes. Dans l’Antiquité, les Egyptiens l’appréciaient mais pas les Grecs ni les Romains. Le bleu est présent dans la nature, mais il est difficile à fabriquer. C’est pourquoi jusqu’au milieu du Moyen Âge il n’intéresse pas. C’est à travers les idées religieuses, au 12ème siècle, surtout le culte de la lumière divine, que cette couleur prend de l’importance. On habille la Vierge Marie, qui habite le ciel, d’un manteau bleu. Peu à peu les rois de France portent du bleu. Les seigneurs s’empressant de les imiter, en trois générations le bleu est à la mode dans la noblesse ! La technique va suivre : les teinturiers cherchent puis trouvent de nouveaux procédés pour fabriquer des bleus magnifiques…

Pourtant la couleur bleue dans les vêtements a longtemps été critiquée : les catholiques glorifient les couleurs vives, rouges et bleus lumineux, mais les protestants veulent des couleurs discrètes : gris, noir, brun et bleutés. Le bleu s’imposera malgré tout car il ne choque pas, ne porte pas de symboles forts : depuis le 18ème s. il triomphe partout.

Il symbolise la discrétion, la sobriété. Mais aussi, plus négatif, le conformisme.

 

* Comment teignait-on les tissus ?

Antiquité : seuls les Egyptiens aimaient le bleu pour lequel ils utilisaient du cuivre.

Moyen Âge : avec une plante, la guède (pastel)

Au 18ème s : avec des bleus chimiques et l’indigo des Amériques.

 

 Blanc = pureté

Le blanc a toujours porté les symboles les plus forts, presque partout sur terre et à travers les siècles :

- pureté, innocence : représentation des anges…

- paix : drapeau blanc pour l’arrêt des combats

- propreté, hygiène, moralité : pendant des siècles tout ce qui touchait le corps (sous-vêtements, draps de lit, linge

de toilette) n’a existé qu’en blanc.

Au Moyen Âge, on aurait préféré se montrer nu que couvert d’une chemise qui n’aurait pas été parfaitement blanche !

Le blanc est aussi le domaine de la mort : cheveux blancs de la vieillesse. Certes on habillait les bébés de blanc, mais on représente toujours les revenants et les fantômes drapés de blanc.

 

 Vert… instabilité, danger ?

Le vert a été considéré comme une couleur « moyenne », apaisante, ou au contraire excentrique ! En raison de son instabilité chimique, sur les tissus comme en peinture, et parce que c’est une couleur qui tient mal à la lumière, il est devenu le symbole de tout ce qui change, bouge, varie. C’est donc la couleur du jeu  de la chance et du destin.

Mais le vert est ambigu, inquiétant, car il symbolise aussi tout le contraire : la malchance, l’immaturité (fruits verts), ledanger. C’est cet aspect négatif qui l’a longtemps emporté : on représente en vert les serpents, démons, dragons. De nombreuses personnes pensent que porter des vêtements verts a une mauvaise influence.

C’est donc une couleur qui n’a pas toujours été appréciée. 

 

* Comment teignait-on les tissus ?

Avec toutes sortes de végétaux mais aussi par des procédés chimiques qui étaient souvent un véritable poison.

Plus tard on a fabriqué du vert par mélange de jaune et de bleu mais au Moyen Âge par principe on évitait les mélanges.

 

 Jaune, le mal-aimé

Dans l’Antiquité le jaune était une couleur très appréciée.

Puis, au Moyen Âge, c’est l’or qui va capter tous les symboles positifs du jaune : soleil donc chaleur, gaieté, puissance. Au jaune il ne va rester que le négatif : il semble terne et va bientôt représenter le mensonge et la trahison. On habille les traîtres de jaune, comme tous ceux que l’on veut maintenir à l’écart. Le jaune est la seule couleur à n’avoir longtemps porté que des valeurs négatives et à avoir représenté l’infâmie !

* Comment teignait-on les tissus ?

Avec des végétaux comme le safran. C’est une couleur très stable.

 

 Noir… pas si noir

Le noir bien sûr porte les valeurs négatives que sont la peur, les ténèbres, la mort, le deuil…Mais il porte aussi des valeurs de respectabilité, de sérieux, de simplicité et d’austérité (moines habillés de noir). C’est une couleur « sage » qui convient à la morale. Les protestants l’ayant préconisée, le noir est devenu une couleur à la mode. Religieux et princes s’habillent de noir pendant toute la Renaissance. C’est une couleur dont la teinture est très coûteuse à cette époque : on l’utilisait sur la soie puis les lainages.

Peu à peu le noir a symbolisé l’élégance et l’autorité. Les uniformes étaient noirs (  magistrats,hommes d’Eglise). Jusqu’au 16ème s. les paysans n’ont pas pu - en raison de leur prix - s’acheter de vêtements noirs.

 

* Comment teignait-on les tissus ?

Le noir était difficile à obtenir : en mélangeant les couleurs on obtenait plutôt des bruns ou gris, les résidus de fumée donnaient une teinte terne et qui n’était pas stable.

 

Les autres couleurs ?

Nous vivons désormais dans un monde très coloré, avec un grand nombre de nuances. Ce n’était pas le cas de nos ancêtres.

Les roses, les violets, les orangés, les bruns et autres « demi-couleurs » n’étaient pas appréciés dans les temps anciens parce que l’on n’aimait pas les mélanges, qui étaient considérés impurs. D’ailleurs toutes ces couleurs n'avaient même pas de nom.

 

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