Les grands compositeurs

Adam de la Halle

 

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras) est un trouvère français né au XIIIe siècle (vers 1240) à Arras, mort vers 1287 dans le sud de l'Italie à la cour du comte d'Artois ou après son retour à Arras, en 1306-

 Il n'existe aucun document donnant des indications sur la vie de ce trouvère. Ce qui est connu est tiré des manuscrits de ses œuvres. Il est nommé Adam de la Halle et aussi Adam le bossu, et serait le fils d'un certain maître Henri le Bossu, employé à l'échevinage d'Arras. Il aurait étudié à l'Université de Paris, et aurait obtenu le titre de maitre des arts Il est l'auteur du Jeu de la feuillée en 1276, et du Jeu de Robin et Marion.

 Vers 1262, il accompagne à Naples le duc Robert II d'Artois, où il donne peut-être, vers 1283-1284, son Jeu de Robin et Marion à la cour de Charles d'Anjou .

 Adam de la Halle est probablement décédé à Naples en 1287, d'après l'explicit de la copie datée de la Chandeleur 1288 du Roman de Troie par Jean Madot, son neveu, et par l'auteur du Jeu du Pélerin, qui prétend être allé sur la tombe du poète avec le comte d'Artois-

 « Or est mors maitre Adans, Dieus li fache merchi

A se tomble ai esté, don Jhesu Crist merchi ! »

 Selon une hypothèse de Fabienne Gégou, Adam de la Halle ne serait pas mort en 1287, mais aurait vécu jusqu'en 1306, date à laquelle il aurait été signalé parmi les 175 ménestrels présents à Westminster lors de la fête princière de la Pentecôte. Cette affirmation sujette à controverses est contestée par les autres spécialistes du trouvère.

 

 

 

Bernard de Ventadour

 

 

 

 

Bernard de Ventadour ( en ancien occitan Bernat de Ventadorn ), né vers 1125 à Ventadour, mort après 1195, est l'un des plus célèbres troubadours.

  Sa vie romancée, tirée des vidas écrites un demi-siècle plus tard par Uc de Saint-Circ, le dit fils d'un homme d'armes et d'une boulangère du château de Ventadour en Corrèze. Une lecture plus fine de ces vidas, et de la Satire de Peire d'Alvernhe qui les a inspirées, laisse entendre qu'il ne fut peut-être pas d'origine si modeste, mais le bâtard du grand seigneur - Ebles II de Ventadour ou de Guillaume IX d'Aquitaine lui-même. William Padden l'assimile à un Bernard, membre de la lignée des Ventadour, qui mourut abbé de Saint-Martin de Tulle. Quoi qu'il en soit de ses origines, il semble bien qu'il devint le disciple de son seigneur, le vicomte Ebles II Lo Cantador qui l'instruisit dans l'art de la composition lyrique dite trobar. Il aurait composé ses premiers chants pour la femme du fils de ce seigneur, ce qui lui valut d'être chassé de Ventadour.

 Il suivit alors jusqu'en Angleterre la cour d'Aliénor d'Aquitaine devenue l'épouse du roi Henri II Plantagenet, puis passa au service de Raymond V de Toulouse pour, selon sa vida, finir sa vie à l'abbaye de Dalon.

 Ses chansons - cansons en occitan - sont riches et limpides, nourries de sentiments personnels. On le considère comme l'un des meilleurs musiciens de son temps et parmi les plus grands poètes de l'amour en langue d'oc.

Extrait

Lo tems vai e ven e vire

Lo tems vai e ven e vire

Per jorns, per mes e per ans,

Et eu, las no.n sai que dire,

C'ades es us mos talans.

Ades es us e no.s muda,

C'una.n volh e.n ai volguda,

Don anc non aic jauzimen.

 

Pois ela no.n pert lo rire,

E me.n ven e dols e dans,

C'a tal joc m'a faih assire

Don ai lo peyor dos tans,

- C'aitals amors es perduda

Qu'es d'una part mantenguda -

Tro que fai acordamen...

 

Philippe le Chancelier

 

 

 

 

Philippe le Chancelier (ou Philippus Cancellarius Parisiensis vécu entre 1165-1236) est philosophe, poète et compositeur français.

Fils illégitime de l'archidiacre de Paris, il devint archidiacre de Noyon puis chancelier de Notre-Dame en 1217 où il fut responsable l'enseignement à l'Université. Dans un premier temps il lutta contre l'autonomie de ses élèves et des maîtres vis-à-vis du clergé, mais se rangea au côté de ces derniers lors de la grève de l'Université de Paris en 1229. Il fut également un grand connaisseur de la pensée grecque et arabe et écrivit un certain nombre d'ouvrages dont le plus connu est le Summa de bono, portant sur la nature du bien.

On lui doit près de 80 chants dont certains font partie des Carmina Burana et comportent des œuvres religieuses, satyriques ou morales. D'autres pièces ont été conservées dans le manuscrit de Notre-Dame de Florence. Il écrivit en latin et en langue vernaculaire

 

 

 

 

 

Pierre de la Croix (Petrus de Cruce) est un clerc, un compositeur et théoricien français né au xiiie siècle (vers 1270) à Amiens, mort avant 1347. Il a principalement contribué au système d'écriture musicale en réformant la notation franconienne et précurseur 

On pense que Pierre le Picard, auteur de Ars mottetorum compilata breviter, un court traité reproduit intégralement par Jérome de Moravie son élève, et Pierre de la Croix sont la même personne.

Pierre est apparemment né à ou proche d'Amiens, en France. Nous savons qu'il était en activité autour des années 1290. Il a tenu le titre de magistrat ce qui indique qu'il a probablement étudié à l'Université de Paris. Étant donné le chevauchement de leurs vies et de leur position sur Paris, Pierre a peut-être été l'élève de Francon de Cologne (théoricien musical allemand). On sait qu'il a composé en 1298 un office monophonique pour la chapelle du palais royal à Paris, puis en 1301-2, a résidé à la cour de l'évêque d'Amiens, en tant que clerc, et très probablement comme membre du personnel de la chapelle.

Pierre meurt avant 1347, puisqu'en cette année a lieu la première référence dans l'inventaire de la Cathédrale d'Amiens, à sa possession d'un manuscrit polyphonique qu'il avait semble-t-il laissé à la disposition du clergé. Des commentaires de gens contemporains à Pierre de la Croix parlent de lui ; le théoricien Jacobus de Liėge dit : « Qu'il est digne ce musicien, qui a suivi les préceptes de Franco et composé tant de bons et beaux morceaux de polyphonie ».


 

Philippe de Vitry

 

 

 

 

Le prélat et compositeur français Philippe de Vitry est né à Vitry-en-Artois le 31 octobre 1291, et mort à Meaux le 9 juin 1361

 Philippe de Vitry, évêque de Meaux, considéré par ses contemporains comme un esprit brillant, loué pour ses connaissances en mathématiques, philosophie, poésie, rhétorique et musique, fut une figure emblématique du Moyen Âge. Bien que ses compositions musicales — hormis quelques motets — aient disparu, ses traités de musique ont pu nous parvenir.

Vers 1320, il publia son fameux traité Ars Nova, dans lequel il proposait une notation musicale novatrice, utilisant des signes inconnus. Il encouragea l’emploi de nouvelles règles de composition, notamment des arrangements rythmiques novateurs, ce qui permit l'émergence d'un style polyphonique plus harmonieux et moins dépendant des contraintes de l’art liturgique, l'Ars antiqua.

Sa musique s'est ainsi démarquée de celle de Pérotin (v. 1160 - v. 1230) et son influence, qui perdura plus d'un siècle après son décès, se reconnaît, par exemple, dans les œuvres de Guillaume de Machaut (v. 1300 - 1377) ou de Guillaume Dufay (v. 1400 - 1474).

 Il nous reste de lui l'imposant Roman de Fauvel dont le premier manuscrit nous date de 1310, 167 pièces monodiques et polyphoniques, charivari, parodies de chant grégorien et sottes chansons (païllardes pour la plupart). Il s'agit d'une admonitio, c'est à dire une mise en garde destiné au roi afin d'enseigner ce qu'est le bon et le mauvais gouvernement. Il faut bien voir que dans le paysage politique de l'époque était particulièrement trouble, entre le schisme qui amènera à trois papes en 1417, et l'affaire d'Enguerrand de Marigny en 1315, conseiller proche du roi, trop proche : il finira pendu, et son cadavre sera laissé publiquement pendant deux ans.

 

 

jaufré rudel

 

 

 

 

Jaufré Rudel (v. 1113 à Blaye - v. 1170) est un troubadour aquitain de langue d'oc. Surnommé le prince de Blaye, ville dont il fut le seigneur, il prit part à la deuxième croisade (v. 1147-1149). Selon la légende, il aurait entendu parler de la princesse de Tripoli et en serait tombé amoureux. Puis, au cours de la deuxième croisade, il serait mort dans les bras de la princesse de Tripoli.

Il écrivit des chansons d'amour où il chante « l'amour courtois », c'est-à-dire l'amour impossible et sans espoir, en célébrant peut-être la comtesse Hodierne de Tripoli, une dame bien née et inaccessible. Il semble qu'il soit effectivement tombé amoureux d'une dame établie en Orient et que, pour des raisons matérielles ou psychologiques, cet amour soit resté un amour de loin (« amor de lonh »).

Huit poèmes de Rudel ont survécu, dont quatre avec leur notation mélodique.

Quan lo rius de la fontana

S'esclarzis, si cum far sol,

E par la flors aiglentina,

El rossinholetz el ram

Volf e refranh ez aplana

Son dous chantar et afina,

Dreitz es qu'ieu lo mieu refranba.

Quand le ruisseau de la fontaine

S'éclaircit, comme il le fait

Et paraît la fleur d'églantier

Et le rossignolet sur la branche

Lance et reprend et adoucit

Son doux chant embellit,

Il faut bien que le mien reprenne.

 

Chrétien de Troyes

 

 

 

 

Chrétien de Troyes, sans doute originaire de Troyes, né vers 1135 et mort vers 1185, est un poète français, considéré comme un des premiers auteurs de romans de chevalerie.

On ne sait à peu près rien de sa vie, si ce n'est ce qu'il en dit lui-même dans ses ouvrages. Il se désigne sous le nom de « Chrétien de Troyes » , ce qui permet d'imaginer qu'il est né ou a vécu dans cette ville ; au début du Lancelot ou le Chevalier de la charrette, il affirme avoir écrit sur le « comandemant de ma dame de Champagne », c'est-à-dire Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine et de Louis VII. Dans le prologue de sa dernière œuvre, le Conte du Graal, il indique être au service de Philippe d'Alsace, comte de Flandre et soupirant de Marie de Champagne. Ce sont ces informations qui nous permettent de dater avec certitude l'écriture de ces romans entre 1164 (année du mariage de Marie avec le comte de Champagne Henri le Libéral) et 1191 (année du décès du comte de Flandre).

On a supposé que Chrétien aurait été issu d'une famille de la petite noblesse, en s'appuyant notamment sur la description du vavasseur père d'Énide dans Érec et Énide : suggérant que les vavasseurs constituent le socle moral et le fondement social de l'ordre féodal, il aurait ainsi rendu hommage à son milieu d'origine. Dans cette perspective, l'auteur de Cligès aurait été le fils cadet d'une famille aristocratique qui aurait été destiné à la carrière cléricale. Mais cette hypothèse se heurte au fait que Chrétien rattache son nom à la ville de Troyes, et non, comme cela aurait l'usage pour un aristocrate, à un château ou à un fief.

Il a été également évoqué la possibilité d'une origine juive de Chrétien, Troyes ayant été l'un des centres européens de la culture judaïque (avec notamment Rachi, mort en 1105. Cette hypothèse est étayée par le fait que, dans Philomena, il se désigne comme étant « Crestien li Gois » (vers 734) : le fait de se désigner comme « goy » impliquerait que l'auteur était un juif converti. Mais « Gois » n'est peut-être qu'une déformation de « Gouaix », village situé à proximité de Troyes.

Chrétien a écrit cinq romans chevaleresques en vers octosyllabiques. S'inspirant des légendes bretonnes et celtes du Roi Arthur et de la quête du Graal, Chrétien de Troyes produit Lancelot ou le Chevalier de la charrette (1176), Yvain ou le Chevalier au lion (vers 1176), ou encore Perceval ou le Conte du Graal (vers 1180). Ces aventures mythiques sont parfaitement réadaptées dans le cadre de la littérature courtoise. Les héros sont souvent confrontés à un choix difficile entre leur amour et leur devoir moral de chevalier.

Sa source d’inspiration se trouve dans la tradition celtique et les légendes bretonnes (la matière de Bretagne). Mais il leur confère, du moins dans son dernier roman, une dimension chrétienne nouvelle, fortement imprégnée par les chansons de geste en langue d’oïl de la seconde moitié du xiie siècle et la fin'amor des troubadours. Le secret de son art réside dans sa capacité à opérer, selon ses propres mots, la bonne « conjointure », c'est-à-dire l'alliage savamment dosé entre la matière et le sens.

 Sa principale œuvre est celle des romans de la table ronde avec pour représentant le roi Arthur. Ce personnage, a priori principal, n'est pourtant pas au centre des quêtes qu'invente Chrétien de Troyes. À l'inverse, on y trouve des chevaliers connus comme Yvain ou Lancelot, dont la ligne de conduite réside dans la courtoisie. La base de ses romans est bien souvent la quête implicite du personnage vers la reconnaissance et la découverte de soi, comme vers la découverte des autres, à l'image d'une intégration à la cour et de l'amour de la reine Guenièvre. À l'inverse de la chanson de geste, dont le thème est patriotique (histoire de Charlemagne par Roland par exemple) et dont la quête est dite « collective », le roman du xiiie siècle propose une quête personnelle du chevalier, quasi-intime.

La cour du roi Arthur est un lieu fixe dans tous les romans de Chrétien de Troyes. Cette dernière est bien sûr imaginée par l'auteur, qui se base sur des croyances populaires celtes et anglo-normandes. La cour est un point de repère idéal pour les romans de la table ronde, elle est le lieu de la plénitude où règnent la grande vie et les biens en abondance. Les aventures de la table ronde trouvent leur source d'existence dans la femme, dans l'être aimé. On peut penser que ces œuvres ont ouvert à la littérature le monde de l'Amour avec un A majuscule. Chrétien de Troyes oppose déjà cet Amour à la Raison, et c'est ce symbole qui marquera durablement la littérature française. Si le thème de la courtoisie disparaitra peu à peu de l'histoire littéraire, au fil de l'avancement des mœurs populaires, le thème de l'amour, lui, s'y ancrera très profondément.

Dans l'introduction de Cligès, Chrétien indique qu'il est également l'auteur de cinq autres œuvres antérieures à ses romans : quatre sont des adaptations d'Ovide en langue vernaculaire, dont une seule nous est parvenue ; la cinquième est une version de Tristan et Iseut, malheureusement disparue.

On connait encore deux poèmes lyriques de sa plume. Tous ses textes sont en langue romane et nous ne lui connaissons aucun écrit en latin.

On lui a aussi parfois attribué le roman Guillaume d'Angleterre, inspirée par la vie de saint-Eustache. Simplement signée « Crestiiens », on considère aujourd'hui qu'il y a peu de chances qu'elle ait été écrite par l'auteur de Perceval.

Ouvrages

 Traductions d'Ovide

Les Commandemanz Ovide (perdu), d'après Remèdes à l'amour ;

L'Art d'amors (perdu), d'après L'Art d'aimer ;

Le mors de l'épaule (perdu), d'après l'histoire de l'épaule de Pélops mangée par Démeter, livre VI des Métamorphoses ;

La Muance de la hupe, de l'aronde et del rossignol, connu sous le titre de Philomena, d'après l'histoire de la métamorphose de Térée, Philomèle et Procné, livre VI des Métamorphoses ;

Romans arthuriens

un roman del roi Marc et d'Ysalt la blonde (Tristan et Iseult, perdu) ;

Érec et Énide, vers 1170 ;

Cligès ou la Fausse morte, vers 1176 ;

Lancelot ou le Chevalier de la charrette, roman de Lancelot, vers 1175-1181 (achevé par Godefroiz de Leigni) ;

Yvain ou le Chevalier au lion, roman d'Yvain, vers 1175-1181 ;

Perceval ou le Conte du Graal ou roman de Perceval, vers 1182-1190 (inachevé).

 

 

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