Le palais de Topkapı est un palais d'Istanbul, en Turquie. De 1465 à 1853, il est la résidence urbaine, principale et officielle, du sultan ottoman. Le palais est construit sur l’emplacement de l’acropole de l’antique Byzance. Il domine la Corne d'Or, le Bosphore et la mer de Marmara. Le nom de « Topkapı Sarayı » signifie littéralement « palais de la porte des Canons », d'après le nom d'une porte voisine aujourd'hui disparue. Il s'étend sur 700 000 m² (70 ha), et est entouré de cinq kilomètres de remparts.
La construction commence en 1459, sous le sultan Mehmed II, conquérant de la Constantinople byzantine. Par la suite, le palais impérial connaît de nombreux agrandissements : la construction du harem au cours du XVIe siècle, ou les modifications après le tremblement de terre de 1509 et l'incendie de 1665. Le palais est un complexe architectural composé de quatre cours principales et de nombreux bâtiments annexes. Au plus fort de son existence comme résidence impériale, il abritait plus de 4 000 personnes, et s'étendait sur une zone encore plus vaste.
Le palais de Topkapı perd progressivement de son importance à partir de la fin du XVIIe siècle, lorsque les sultans lui préfèrent un nouveau palais, le long du Bosphore. En 1853, le sultan Abdülmecid Ier décide de déplacer sa cour vers le palais de Dolmabahçe, premier palais de style européen de la ville, dont la construction vient de se terminer. Certaines fonctions, comme le trésor impérial, la bibliothèque, les mosquées et la monnaie restent à Topkapı.
Après la fin de l'Empire ottoman en 1921, le palais de Topkapı est transformé en musée de l'ère ottomane par décret du gouvernement du 3 avril 1924. Le musée du palais de Topkapı est, depuis, placé sous l'administration du ministère de la culture et du tourisme. Si le palais comporte des centaines de pièces et de chambres, seules les plus importantes se visitent. Le complexe est surveillé par des fonctionnaires du ministère ainsi que des gardes de l'armée turque. Il offre de nombreux exemples de l'architecture ottomane et conserve d'importantes collections de porcelaine, de vêtements, d'armes, de boucliers, d'armures, de miniatures ottomanes, de manuscrits de calligraphie islamique et de peintures murales, ainsi qu'une exposition permanente du trésor et de la joaillerie de l'époque ottomane.
Le palais de Topkapı est répertorié parmi les monuments de la zone historique d'Istanbul. Il a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1985, où il est décrit comme « un ensemble incomparable de bâtiments construits sur quatre siècles, unique par la qualité architecturale de ses bâtiments autant que par leur organisation qui reflète celle de la cour ottomane
Histoire et conception du palais
Le palais est situé sur la « pointe du Sérail » (Sarayburnu), un promontoire donnant sur la Corne d'Or et la mer de Marmara, avec de nombreux points de vue sur le Bosphore. Cette hauteur qui commande le détroit était l'acropole de l'ancienne ville grecque de Byzance. Une citerne byzantine, sous la seconde cour, a été utilisée tout au long de l'époque ottomane. Des fouilles y ont été menées, ainsi que sur les vestiges d'une petite église appelée « basilique du palais ». L'église Sainte-Irène, bien que située dans la première cour, n'est pas considérée comme faisant partie de l'ancienne acropole byzantine.
Après la conquête ottomane et la Chute de Constantinople en 1453, le sultan Mehmed II trouve le Grand Palais impérial byzantin de Constantinople en grande partie ruiné*.
La Cour ottomane s'installe d'abord dans le « Vieux Palais » (Eski Sarayı) (qui deviendra au XXe siècle le site de l'Université d'Istanbul). Le sultan recherche un meilleur emplacement, et choisit l'ancienne acropole byzantine. Il ordonne en 1459 la construction d'un « Nouveau Palais » (Yeni Sarayı). Il ne reçoit le nom de Topkapı qu'au XIXe siècle.
Le plan de base
Le sultan Mehmed II lui-même crée la disposition de base du palais. Il choisit le point le plus élevé du promontoire pour ses appartements. C'est à partir de ce noyau privé que commencent à s'édifier les autres pavillons, depuis le promontoire vers les rives du Bosphore. L'ensemble du complexe est entouré de hauts murs, dont certains remontent à l'acropole byzantine. Ce schéma de base continue à régir les futures rénovations et extensions.
Selon le témoignage de l'historien contemporain Kritovolous d'Imbros, le sultan :
« [...] prit soin de convoquer les meilleurs ouvriers de toutes parts - maçons, tailleurs de pierre, charpentiers [...]. Il voulait construire de grands édifices qui devaient être utiles et devaient, à tous égards, rivaliser avec les plus grandes et les meilleures réalisations du passé. Pour cette raison, il veillait à ce qu'on accordât le plus grand soin à la supervision du travail et à la qualité des matériaux de toutes sortes, et il était également préoccupé par toutes les dépenses que cela occasionnait. »
Les témoignages diffèrent sur les dates de début et d'achèvement de la construction du noyau central : Kritovolous donne les dates de 1459-1465, alors que d'autres sources suggèrent une date d'achèvement proche de la fin des années 1460-
Contrairement à d'autres résidences royales qui ont des plans très stricts (comme le château de Schönbrunn ou le château de Versailles), le palais de Topkapı se développe au cours des siècles, avec des ajouts et des changements opérés par différents sultans. L'asymétrie de l'ensemble résulte de cette croissance erratique et de ces modifications accumulées, bien que le projet de Mehmed II ait toujours été préservé.
La plupart des changements ont lieu durant le règne du sultan Soliman, dans les années 1520-1560. Avec l'expansion rapide de l'Empire ottoman, Soliman veut que sa résidence soit le reflet de sa puissance et de sa gloire. De nouveaux bâtiments sont construits, d'autres agrandis, sous la responsabilité de l'architecte en chef de cette période, le persan Alaüddin, également connu sous le nom d'Acem Ali. Il est aussi le responsable de l'extension du harem.
En 1574, quand un grand incendie détruit les cuisines, Sinan est chargé par le sultan Selim II de la reconstruction des parties détruites, qu'il agrandit, ainsi que le harem, les bains, le salon privé et divers pavillons annexes. À la fin du XVIe siècle, le palais a acquis son aspect actuel.
Plan du palais de Topkapi
A. Première cour B • Anciens jardins, près du mur le long de la mer de Marmara • C. Cinquième cour, aujourd'hui partie du parc de Gülhane, s'étendant jusqu'à la Corne d'Or à Seraglio • D. Anciens jardins, aujourd'hui parc de Gülhane, s'étend jusqu'à la ligne de chemin de fer • E. Niveau où se trouvent le Pavillon des Tuiles et d'autres musées.
1) Fontaine du bourreau • 2) Porte du milieu, entrée du musée • 3) Deuxième Cour • 4) Selâm ou pierre de bienvenue • 5) Sommet de la citerne byzantine • 6) Vieux puits • 7) Fontaine • 8) Porte de la Mort • 9) Mosquée de Haci Beşir Ağa • 10) Porte de la mosquée • 11) Porte extérieure de la Mort • 12) Écuries impériales • 13) Dortoirs des hallebardiers à tresses • 14) Terrasse • 15) Arcades avec inscriptions anciennes • 16) Porte des Carrosses, vers le harem • 17) Chambre du Conseil impérial • 18) Chambre des scribes • 19) Chambre du grand Vizir • 20) Trésor impérial • 21) Pierre cible • 22) Monument à Sukhum • 23) Porte vers les pompes du palais • 23a) Pompes • 24) Cuisine des sultans, des princes et de la sultane validé • 26) Cuisine des femmes du harem • 27) Cuisine des sentinelles • 28) Cuisines du divan • 29) Cuisine des pages • 30) Cuisine des serviteurs • 31) Cuisine des femmes servant le harem • 32) Cuisine pour les servants civils du divan, pièce du fabricant de café et pâtisserie • 33) Mosquée des cuisiniers • 34) Dortoir des apprentis cuisiniers et plongeurs • 35) fonderie d'étain • 36) zone utilisée par les serviteurs de la cuisine • 37) Porte de la Félicité • 38) Troisième Cour • 39) Salle d'audience • 40) Librairie d'Ahmed III • 41) Quartiers des eunuques blancs • 42) Porte de la volière • 43) Cuisine privée du sultan • 44) Rue de marbre du pavillon du manteau sacré à la salle du trône • 45) Mosquée des Ağas • 46) Mosquée du harem • 47) Chapelle • 48) Dortoirs des pages de la chambre forte sacrée • 49) Chambre forte sacrée • 50) Salle du foulard • 51) Pavillon du manteau sacré • 51a) Antichambre de la chambre forte sacrée • 51b) Salle du manteau sacré • 52) Pierre où s'arrêtait le sultan • 53) Fontaine • 54) Trésor des reliques sacrées (anc. Trésor des armures) • 55) Dortoir des pages du trésor • 56) Dortoir des pages du commissariat • 57) Passage souterrain de la troisième à la quatrième cour • 58) Trésor impérial • 59) Dortoir des pages royaux • 60) Conservatoire • 61) Quartiers des eunuques blancs • 62) Corridor à piliers • 63) Porte vers le harem et la route dorée • 64) Salle des circoncisions • 65) Pavillon d'Erevan • 66) Quatrième Cour (jardin des tulipes) • 67) Fontaine à étages • 68) Piscine avec jets sur la terrasse • 69) Terrasse de marbre • 70) Jardins Iftariye • 71) Porte des éléphants ou du jardin • 72) Pavillon de Bagdad • 73) Pavillon sur la terrasse et pavillon de Mustafa pacha • 74) Salle du médecin principal • 75) Jardin de la quatrième cour • 76) Porte des jardins privés, reliant la quatrième et la cinquième cour, aujourd'hui partie du Parc Gülhane • 77) Guérites • 78) Grand Pavillon • 79) Mosquée sur la terrasse • 80) Garde-robe • 81) Piscine sculptée de thèmes marins.
Le palais est un vaste complexe constitué d'un ensemble de bâtiments de faible hauteur disposés autour de cours intérieures et reliés par des galeries et des passages. Les bâtiments ne dépassent pas deux étages. Ils sont parsemés d'arbres, de jardins et de fontaines. La vie s'organisait autour de ces bâtiments et de ces cours, dans une atmosphère ouverte, et agréablement fraîche en été.
Le palais, vu du ciel, forme approximativement un rectangle divisé entre les quatre grandes cours et le harem. L'axe principal va du sud vers le nord, partant de la première cour et rejoignant les autres successivement vers le nord. La première cour était la plus accessible, tandis que la plus éloignée (la quatrième) et la cour du harem étaient les plus secrètes, le domaine du seul sultan. La cinquième cour se trouve en bordure extérieure du palais sur des terrains proches du rivage. L'accès à ces cours est limité par de hauts murs et contrôlé par des portes successives. Outre les quatre ou les cinq cours principales, de nombreuses autres cours, moyennes ou petites, sont disséminées dans tout le complexe. L'ensemble couvre une surface entre 592 600 mètres carrés et 700 000 mètres carrés, selon les éléments pris en compte
Les côtés sud et ouest sont bordés par le grand parc floral du sultan, de nos jours le « parc de Gülhane ». Au sud et à l'est s'étend la mer de Marmara. Divers bâtiments annexes comme les petits palais d'été , les pavillons, les kiosques et autres structures pour l'agrément et l'administration existaient autrefois sur la rive, dans la zone appelée « cinquième place ». Ils ont disparu au cours du temps, négligés, ou supprimés lors de la construction de la ligne de chemin de fer littorale au XIXe siècle. Un dernier kiosque subsiste en bord de mer : le « kiosque des Vanniers » , construit en 1592 par le Sultan Murad III. Tout ceci explique que la superficie totale du palais de Topkapı était plus importante qu'aujourd'hui.
Fonctions et organisation
Le palais de Topkapı était la résidence principale du sultan et de sa cour ; il était aussi le siège officiel du gouvernement. Son accès était strictement réglementé, mais ses habitants avaient rarement à en sortir, car le palais était presque autonome, une ville dans la ville. Les salles d'audiences et les espaces de conférences servaient aussi aux questions liées à l'administration politique de l'empire. Pour les résidents comme pour les hôtes, le palais disposait de son propre approvisionnement en eau grâce aux citernes et les grandes cuisines fournissaient les repas. La cour disposait de dortoirs, jardins, bibliothèques, écoles, même de mosquées.
Un cérémonial très strict était suivi afin d'assurer l'isolement du souverain du reste du monde. Le principe de cet isolement impérial est certainement un héritage des traditions de la cour byzantine. Il a été codifié par Mehmed II en 1477 et 1481 dans le code Kanunname, qui régissait la préséance des fonctionnaires de la cour, la hiérarchie administrative et les questions de protocole Ce principe de l'isolement, qui n'a fait que se renforcer, s'est traduit dans le style et l'arrangement des salles et des bâtiments. Les architectes veillaient à ce que, même dans le palais, le sultan et sa famille puissent bénéficier du maximum d'intimité, ce qui conduisait au recours à des fenêtres grillagées et à d'innombrables passages secrets-
La porte de l'Auguste ou porte Impériale
La rue principale menant au palais est la Mésé , voie processionnelle byzantine, aujourd'hui Divan Yolu (rue du Conseil). La Mésé était utilisée pour les processions, tant à l'époque byzantine que durant l'ère ottomane. Elle menait directement à la basilique Sainte-Sophie, puis obliquait vers le nord-ouest pour aboutir à l'entrée du palais marquée par la fontaine d'Ahmed III (1728).
Le sultan entrait dans le palais par la porte de l'Auguste ou porte Impériale , également appelée porte du Sultan située au sud du palais-
Cette énorme porte, datant de 1478, a été recouverte de marbre au XIXe siècle. L'aspect massif de cette porte accentue son caractère défensif. Son arche centrale conduit à un passage haut. Une calligraphie ottomane en caractères dorés orne la partie supérieure de la structure, avec des versets du Coran et des tughras des sultans. Deux tughras sont identifiés : celui de Mehmed II, et celui du sultan Abdulaziz, qui a rénové la porte. De chaque côté de la salle se trouvent des pièces pour abriter les gardes. La porte était ouverte depuis la prière du matin jusqu'à la dernière prière du soir.
Selon les documents anciens, il y avait un logement en bois au-dessus de la porte, jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle. Il a d'abord été utilisé comme pavillon par Mehmed, puis comme dépôt pour les biens de ceux qui venaient à mourir sans héritiers à l'intérieur du palais. Il a aussi servi de point d'observation pour les femmes du harem à certaines occasions-
Église de Sainte-Irène, dans la première cour
La première cour s'étend jusqu'à la pointe du Sérail ; elle est entourée de hauts murs Cette première cour est la plus grande de toutes et fonctionne comme une enceinte extérieure-
Les structures qui subsistent aujourd'hui sont l'ancienne monnaie impériale (Darphane-i Âmire), construite en 1727, l'église Sainte-Irène et différentes fontaines. L'église byzantine Sainte-Irène n'a jamais été détruite par les Ottomans. Elle a survécu à la conquête, et a servi d'entrepôt et d'arsenal impérial-
Cette cour est également nommée « cour des Janissaires » ou « cour des Parades ». Les visiteurs entrant dans le palais suivaient le chemin vers la porte du Salut et la seconde cour du palais. Les fonctionnaires de la Cour et les janissaires les attendaient, parés de leurs plus beaux habits. Les visiteurs devaient y laisser leur monture pour passer la seconde porte-
La grande « porte du Salut » ou « porte du Milieu » mène au palais et à la seconde cour. Elle est flanquée de deux grandes tours orthogonales crénelées. Sa date de construction est incertaine, car l'architecture des tours est d'influence byzantine plutôt qu'ottomane. Elle a pu s'inspirer de la porte Sainte-Barbe qui marquait l'entrée des jardins du palais impérial du côté de la rive du Bosphore. Une inscription sur la porte la fait remonter au moins à 1542, c'est-à-dire au règne de Mehmed II. Une miniature de 1584 montre une structure à trois fenêtres surmontée d'un toit entre les tours, au-dessus de l'arc, probablement une salle de garde disparue depuis. La porte est richement décorée, sur les deux côtés et dans la partie supérieure, avec des inscriptions religieuses et des monogrammes des sultans.
À part les officiels et les dignitaires étrangers, personne n'était autorisé à franchir cette porte. Seul le sultan pouvait la passer à chevalCette tradition remonte à la Chalkè (porte de bronze) du Grand Palais byzantin.
La fontaine du Bourreau (Cellat Çeşmesi) se trouve du côté droit de la porte du Milieu : c'est là que le bourreau, dit-on, se lavait les mains ainsi que son glaive après une décapitation-
La seconde cour a dû être achevée vers 1465, sous le règne de Mehmed II, mais n'a pris son aspect définitif que vers 1525-1529.
Cette cour est entourée de l'ancien hôpital du palais, de la boulangerie, des quartiers des janissaires, des écuries, du harem impérial et du Conseil (Divan) au nord, et par les cuisines au sud. Au fond se trouve la troisième porte ou porte de la Félicité qui conduit à la troisième cour. L'ensemble trouve son unité dans une colonnade de marbre ininterrompue.
Les fouilles récentes ont révélé une quantité d'objets des périodes romaine et byzantine : un sarcophage, des fonts baptismaux, des pilastres et des plaques de parapet, ainsi que des chapiteaux, exposés devant les cuisines. La citerne située sous la seconde cour remonte à l'époque byzantine. Elle est normalement fermée au public.
La seconde cour était essentiellement utilisée par le sultan pour rendre la justice. Elle était donc conçue pour impressionner les visiteurs. Des ambassadeurs autrichiens, vénitiens, français ont laissé le récit de leurs visites. L'ambassadeur Philippe du Fresne-Canaye, reçu par le sultan en 1573, raconte l'alignement des janissaires le long du mur, leurs turbans comme des épis de maïs, les mains jointes devant eux, comme des moines, restant immobiles et silencieux durant plus de sept heures, comme des statues-
Cette discipline et ce protocole sévère concouraient à l'aspect majestueux de cette seconde cour.
Cuisines du palais
Les immenses cuisines sont un des éléments essentiels du palais. Certaines d'entre elles furent construites dès le XVe siècle, en même temps que le palais lui-même, sur le modèle de celles du palais du sultan à Andrinople (Edirne). Elles furent agrandies sous le règne du sultan Soliman le Magnifique, mais brûlèrent en 1574. Elle furent relevées et mises au goût du jour par l'architecte de la cour Mimar Sinan-
Restaurées selon les plans de Sinan, elles sont organisées en deux rangées et hérissées de vingt larges et hautes cheminées octogonales, ajoutées par Sinan. Les cuisines sont desservies par les ruelles qui sillonnent l'espace compris entre la seconde cour et la mer de Marmara. L'entrée de cette section se fait par les trois portes du portique de la seconde cour : la porte du Commissariat impérial, celle des cuisines impériales et celle de la pâtisserie.
Les cuisines étaient composées de dix sections spécialisées couvertes de coupoles : cuisine impériale, école du palais , quartier des femmes (Harem), services extérieurs au palais les plus grandes de tout l'Empire ottoman.
Les repas pour le sultan, les habitants du harem, les membres des service intérieurs et extérieurs au palais) y étaient préparés : on y faisait donc la cuisine pour environ 4 000 personnes. Elles n'employaient pas moins de huit cents personnes, et un bon millier les jours de fêtes.
Le service du sultan était réglé par un protocole très strict. Selon le témoignage du baron Wenceslas Wratislaw, ambassadeur d'Autriche, invité par le sultan à un banquet privé en 1599, on ne comptait pas moins de cinq cents serviteurs en livrée de soie rouge, qui portaient des couvre-chefs semblables à ceux des janissaires. Quand vint le moment du dîner, le surintendant apporta un plat de porcelaine et un autre plat couvert, qu'il passa au serveur plus proche, celui-ci à un troisième, et ainsi de suite jusqu'à celui qui était le plus près de l'appartement du sultan. Là, encore, d'autres chambellans découpaient prestement les viandes qui étaient portées au plus vite, sans aucun bruit ni parole, jusqu'à la table de l'empereur--
Les cuisines comptaient aussi des dortoirs, des bains et des mosquées pour les employés. Ces installations ont maintenant disparu-
En plus d'une intéressante exposition d'ustensiles de cuisine, les bâtiments abritent aujourd'hui des collections d'argenterie, et surtout de porcelaines chinoises bleu et blanc, blanc et céladon.
Collections de porcelaines et céladons
La céramique chinoise arrivait par caravanes ou encore par mer. Les 10 700 pièces exposées ici, chinoises, japonaises, turques, sont parmi les plus rares et les plus précieuses Elles représentent toutes les époques depuis le Moyen-Âge : fin de la période Song (XIIIe s.), puis Yuan (1280-1368), Ming (1368-1644) et Qing (1644-1912). Le musée conserve aussi une des plus riches collections au monde de céladons Longquan (XIVe s.), comprenant aussi 3 000 pièces de céladons Yuan et Ming. Ces céladons étaient particulièrement appréciés du sultan et de la sultane Validé (reine mère), car ils étaient réputés changer de couleur si la nourriture et les boissons qu'ils contenaient étaient empoisonnées-
La porcelaine japonaise est essentiellement de la porcelaine d'Imari, datant du XVIIe au XIXe siècle. Certaines parties de la collection présentent aussi de la porcelaine blanche du début du XVe siècle, des « imitations » de bleu et blanc, ainsi que des porcelaines Imari provenant d'Annam, Thaïlande et Perse-
Les écuries
Situées de l'autre côté de la cour, à environ 5 ou 6 mètres au-dessous du niveau du sol, les écuries impériales comprennent les écuries privées où sont conservées de vastes collections de harnachements . Elles ont été construites sous Mehmed II et rénovées sous Soliman. On y voit aussi la petite mosquée du XVIIIe siècle et les bains de Beşir Ağa (Beşir Ağa Camii ve Hamamı), le chef des eunuques noirs de Mahmud Ier-
Dortoirs des hallebardiers
À la suite des écuries impériales se trouvent les dortoirs des hallebardiers à tresses (Zülüflü Baltacılar Koğušu). Ces quartiers étaient utilisés par un corps de métier chargé de multiples tâches de la vie quotidienne : approvisionnement en bois des chambres du palais, nettoyage et service du harem et du quartier des serviteurs masculins, arrangement du mobilier ; ils avaient aussi des fonctions de maîtres des cérémonies. Les hallebardiers portaient de longues tresses pour bien marquer leur haute position. La première mention de ce corps date de 1527, lorsqu'il fut établi afin de dégager les routes devant l'armée en campagne.
Le dortoir a été créé au XVe siècle et agrandi par l'architecte en chef Davud Ağa en 1587, sous le règne du sultan Murad III. Les dortoirs sont construits autour d'une cour dans la disposition traditionnelle d'une maison ottomane, avec des bains et une mosquée, ainsi que des salles de loisirs, dont un fumoir. À l'extérieur comme à l'intérieur du complexe, on a retrouvé de pieuses inscriptions sur les différentes fonctions des hallebardiers et sur l'entretien des divers quartiers. Contrairement au reste du palais, le quartier des hallebardiers est construit en bois, peint en rouge et vert
Le Conseil impérial ou salle du Divan
Le Conseil impérial ou salle du Divan est la chambre dans laquelle se réunissaient les ministres d'État, le conseil des ministres , le Conseil impérial, composé du grand vizir , des vizirs et d'autres fonctionnaires de l'État ottoman. Il est aussi appelé Kubbealtı, qui signifie « sous la coupole », en référence à la coupole qui couvre la salle principale du conseil. Il est situé au nord-ouest de la cour, à côté de la porte de la Félicité.
La première salle du Conseil remonte au règne de Mehmed II, mais le bâtiment actuel a été construit par Alseddin, architecte en chef de Soliman le Magnifique. Il a subi des modifications après les dommages causés par l'incendie du harem en 1665. Il a été et restauré sous les sultans Selim III et Mahmud II
Le lieu commença à perdre de son importance au XVIIIe siècle, lorsque l'administration de l'État a été progressivement transférée à la Sublime Porte ,c'est-à-dire au grand vizirat, distinct du palais, un peu plus à l'ouest. La dernière réunion du Conseil dans le palais s'est tenue le 30 août 1876, lorsque le cabinet s'est réuni pour évoquer l'état de santé de Murad V.
La salle du Conseil a de multiples entrées, de l'intérieur du palais ou depuis la cour. Le portique extérieur est constitué de piliers de marbre et de porphyre, avec un plafond vert et blanc en bois doré. Le sol est dallé de marbre. Les entrées dans la salle depuis l'extérieur sont dans le style rococo, avec des grilles dorées qui laissent passer la lumière. Alors que les piliers sont de style ottoman ancien, les peintures murales et les décorations sont de la dernière période rococo. L'intérieur du bâtiment du Conseil impérial se compose de trois pièces adjacentes. Deux des trois salles à coupole de ce bâtiment ouvrent sur le porche et la cour. Le Divanhane, construit en bois avec un portique à l'angle de la place du Divan (Divan Meydani) au XVe siècle, a ensuite été utilisé comme mosquée du conseil, mais il a été démoli en 1916-
1. La première salle à coupole, où le Conseil impérial tenait ses délibérations est le Kubbealtı.
2. La deuxième chambre était occupée par le personnel de secrétariat du Divan impérial.
3. Dans la troisième chambre appelée Defterhāne, les commis tenaient les dossiers et les archivaient.
Les débats, au Conseil impérial, portaient sur les affaires politiques, religieuses et administratives. Les séances avaient lieu le samedi, le dimanche, le lundi et le mardi, après la prière matinale. Elles étaient réglées selon un protocole immuable.
Les membres du Conseil, comme le grand vizir, les vizirs, les chefs militaires de la justice musulmane de Roumélie et d'Anatolie, le ministre des finances et les chefs du trésor , le ministre des affaires étrangères et parfois le grand Mufti se réunissaient ici pour discuter et décider des affaires de l'État-
Les autres fonctionnaires autorisés étaient les secrétaires du Conseil impérial les détenteurs du sceau impérial (tuğra), les fonctionnaires chargés de la rédaction des protocoles officiels et les greffiers qui enregistraient les décisions-
De la fenêtre à la grille d'or, mentionnée pour la première fois en 1527, le sultan ou la sultane Validé pouvaient suivre les délibérations du Conseil sans être remarqué La fenêtre pouvait être atteinte à partir des appartements impériaux par la tour de Justice - Lorsque le sultan donnait un coup sec sur la grille ou tirait un rideau rouge, la séance prenait fin et les vizirs venaient un à un dans la salle d'audience rendre compte des débats au souverain.
Tous les hommes d'État, à l'exception du grand vizir, accomplissaient leur prière matinale à Sainte-Sophie et pénétraient par la porte impériale en fonction de leur rang, passant ensuite par la porte du Salut dans la chambre du Divan, où ils attendaient l'arrivée du grand vizir.
Le grand vizir accomplissait ses prières à la maison, et était accompagné au palais par ses propres assistants. À son arrivée, on procédait à une cérémonie de bienvenue : avant d'ouvrir les débats du Divan impérial, il s'approchait de la porte de la Félicité et la saluait, exprimant ainsi ses respects à la porte de la demeure du sultan. Il entrait dans la chambre et prenait place directement sous la fenêtre d'or du sultan ; alors le Conseil commençait. Les affaires de l'État étaient généralement examinées jusqu'à midi, puis les membres du Conseil dînaient dans les chambres avant d'entendre les différentes requêtes-
Tous les membres de la société ottomane, les hommes et les femmes de toutes croyances pouvaient se voir accorder une audience. Une importante cérémonie était organisée pour marquer le premier Conseil impérial de chaque nouveau grand vizir, et aussi pour marquer sa présentation avec le Sceau impérial . La plus importante cérémonie avait lieu tous les trois mois au cours de la distribution des traitements (ulûfe) des janissaires. La réception de dignitaires étrangers était normalement organisée le même jour, créant une occasion de refléter la richesse et la puissance de l'État. Les ambassadeurs étaient ensuite reçus par le grand vizir dans la salle du Conseil, où un banquet était organisé en leur honneur.
Tour de Justice
La tour de Justice est située entre la salle du conseil et le harem. Haute de plusieurs étages, elle est la plus haute structure du palais et domine l'ensemble du paysage depuis le Bosphore. Son origine remonte probablement à Mehmet II. Elle a été rénovée et agrandie par Soliman Ier en 1527-1529[-.
La tour symbolisait l'éternelle vigilance du sultan contre l'injustice. Visible de loin, elle rappelait à tous la présence du souverain. Elle était aussi pour ce dernier un point d'observation d'où il pouvait voir toute la ville et ses détroits. Les fenêtres grillagées garantissaient le principe de l'isolement impérial. La tour donnait accès à la fenêtre d'or de la salle du conseil, ajoutant encore au symbolisme de la justice-
Trésor impérial (« trésor extérieur »)
L'ancien trésor impérial abrite aujourd'hui la collection d'armes et armures.
Le bâtiment dans lequel sont exposées les armes et armures était l'un des trésors du palais . Étant donné qu'il existait un autre trésor « intérieur » dans la troisième cour, celui-ci est également appelé trésor « extérieur » On ne connaît pas exactement la date de sa construction, mais son plan et sa technique de construction indiquent qu'il remonte probablement à la fin du XVe siècle et au règne de Soliman. Il a ensuite subi de nombreux aménagements et rénovations. Il est constitué d'une grande salle de pierre et de brique couverte de huit coupoles,chacune de 5 x 11,40 m. Ce trésor était utilisé pour les finances de l'administration de l'État. Les kaftans donnés en cadeaux aux vizirs, ambassadeurs et résidents du palais par le service financier et le sultan, ainsi que d'autres objets de valeur, y étaient également conservés. C'est aussi sur ce trésor que les janissaires recevaient leur salaire trimestriel appelé uluefe. Le trésor était fermé par le sceau impérial confié au grand vizir-
Des fouilles, en 1937, ont révélé, en face de ce bâtiment, des vestiges d'un édifice religieux byzantin du Ve siècle. Il n'a pu être identifié comme aucune des églises connues sur le site. On le désigne par les noms de « basilique du palais de Topkapı » ou « basilique du palais ».
Collection d'armes
La collection d'armes , qui se compose principalement d'armes restées dans le palais au moment de sa conversion, est l'un des plus riches ensembles d'armes islamiques au monde, avec des pièces s'étalant sur une période de 1 300 ans, du VIIe au XXe siècle. La collection d'armes et armures est constituée d'objets d'origine ottomane, ou issus de conquêtes, ou encore reçus en cadeaux.
Les armes ottomanes constituent le gros de la collection. Mais celle-ci comporte aussi de nombreuses armes omeyyades et abbassides, ainsi que des armes, armures, casques, épées et haches d'origine perse et mamelouk. Un nombre moins élevé d'armes provenant d'Europe et d'Asie constitue le reste de la collection. Actuellement, l'exposition compte quelque quatre cents armes, dont la plupart portent des inscriptions.
Porte de la Félicité
La porte de la Félicité est l'entrée de la cour intérieure ou troisième cour, où commencent les appartements privés du sultan. La porte est coiffée d'une coupole soutenue par de minces piliers de marbre. Elle marque la présence du sultan dans le palais : nul ne peut passer cette porte sans l'autorisation du sultan. Même le grand vizir n'était autorisé à franchir la porte que selon des horaires et à des conditions bien spécifiées.
La porte a probablement été construite sous Mehmed II, au cours du XVe siècle. Elle a été redécorée dans le style rococo en 1774 par Mustafa III, puis Mahmud II. On peut lire au-dessus la porte des versets du Coran, ainsi que des tuğras. Le plafond est en partie décoré à la feuille d'or, avec une bulle d'or suspendue au centre. Les côtés sont ornés d'éléments décoratifs baroques et de miniatures de paysages.
Le sultan ne paraissait à cette porte et sur la place du Divan Meydani que lors de cérémonies particulières. Le sultan se tenait assis devant la porte sur son trône Bayram les jours de fêtes religieuses, tandis que sujets et fonctionnaires restaient debout. Les funérailles des sultans se tenaient également devant cette porte.
De chaque côté de ce passage à colonnes contrôlé par le chef des eunuques du harem, appelé Bâbüssaâde Ağası, et le personnel placé sous sa responsabilité s'étendaient les quartiers des eunuques, ainsi que les salles, grandes et petites, de l'école du palais.
La petite dalle, en retrait dans le sol devant la porte, marque le lieu où la bannière du prophète de l'islam Mahomet était déployée. Cette bannière était confiée en une cérémonie solennelle au grand vizir ou au commandant des armées partant en guerre.
Troisième cour
Derrière la porte de la Félicité se trouve la troisième cour , parfois nommée palais intérieur (Enderûn Avlusu). Elle constitue le cœur du palais, l'endroit où vivait le sultan en dehors du harem[. Il s'agit d'un jardin luxuriant entouré par le hall de la chambre privée occupé par les officiels du palais, le trésor intérieur (qui contient certains des plus importants trésors de l'âge ottoman, en particulier les Reliques Sacrées), le harem et quelques pavillons, avec la bibliothèque d'Ahmed III en son centre. L'entrée dans la troisième cour était strictement contrôlée, et interdite aux étrangers.
La troisième cour est entourée par les quartiers des ağas (pages), jeunes garçons au service du sultan. Ils apprenaient les arts, comme la musique, la peinture et la calligraphie. Les meilleurs pouvaient devenir Has Odali Ağa (gardiens des reliques saintes et serviteurs personnels du sultan), ou bien devenir officiers ou fonctionnaires de haut rang.
La disposition de la troisième cour a été définie par Mehmed II. Sa taille est globalement comparable à celle de la seconde cour. La disposition rigide n'a pas permis beaucoup de changements ultérieurs. Si Mehmed II ne dormait pas dans le harem, ses successeurs se sont reclus dans la quatrième cour et dans le harem. Le vénitien Gianfrancesco Morosini a décritla routine quotidienne de Mourad III en 1585 :
« À mon avis, le sultan n'a pas une vie si désirable, car il reste quasiment enfermé dans son sérail en la compagnie d'eunuques, de garçons, de nains, de muets et d'esclaves, ce qui semble être aussi mauvais que [la compagnie] des femmes, sans la conversation de personnes vertueuses avec lesquelles avoir une discussion. [...] Le matin il se lève relativement tard et, en sortant du quartier des femmes où il dort quasiment chaque nuit, il change de costume et aussitôt il mange. Si c'est un jour de Conseil, il donne audience à l'agha des janissaires, aux juges de l'armée, et finalement aux vizirs ; et si quelqu'un a été promu gouverneur de province ou autre, il obtient le droit de venir embrasser sa main sans émettre une seule parole ni recevoir de réponse. À ce moment les ambassadeurs, les autres ministres et les princes qui vont à cette porte font de même. [...] Quand le vizir repart après un temps assez court, il retourne la plupart du temps avec les femmes, dont la conversation l'enchante grandement, et s'il reste à l'extérieur, il se retire dans l'un de ses jardins pour pratiquer le tir à l'arc et pour jouer avec ses muets et ses bouffons. De la musique bruyante lui est souvent jouée, et il apprécie beaucoup les feux d'artifices. [...] Des pièces de théâtre sont souvent jouées pour lui [...] Enfin il rentre toujours au harem pour le dîner à l'approche de la nuit, hiver comme été. »
La miniature Hünername de 1584 montre la troisième cour et les jardins extérieurs comme ils ont dû apparaître juste après leur achèvement sous Mehmed II. Elle montre aussi en bas le sultan dans ce qui ressemble à un pavillon de plage, soit donnant audience, soit étant entretenu par des courtisans-
Plan de la Troisième Cour du palais de Topkapı.
1) Salle d'audiences. 2) Bibliothèque d'Ahmed III. 3) Trésor intérieur. 4) Chambre privée et pavillon des Reliques secrètes. 5) Dortoir du Corps expéditionnaire - exposition de costumes et étoffes impériaux. 6) Trésor du porteur de l'épée - exposition d'horlogerie. 7) Dortoir du trésor - exposition de miniatures islamiques et de portraits des sultans. 8) Dortoir du Commissariat - direction du musée du Palais de Topkapı. 9) Dortoir de la Chambre privée : expositions temporaires. 10) Mosquée des pages du palais - Nouvelle bibliothèque - Collections des bibliothèques du palais 11) Sortie du Harem. 12) Volière 13) Quartiers du Chef des Eunuques blancs 14) Quartier des Eunuques blancs 16) Latrines.
Salle des audiences
La salle des audiences, dite aussi hall d'audience ou chambre des pétitions se situe juste derrière la porte de la Félicité, de manière à cacher la vue de la troisième cour. Cet immeuble carré est un kiosque ottoman, entouré de vingt-deux colonnes, qui supporte un large toit avec des gouttières pendantes. À l'intérieur se trouvent la salle du trône et deux petites pièces. Ce bâtiment était aussi nommé salle du Conseil intérieure, pour le différencier de la salle du Conseil de la seconde cour-
C'est un bâtiment ancien, datant du XVe siècle, et décoré ensuite par Soliman. Le sultan y était assis sur un trône à baldaquin, et recevait personnellement les vizirs, les officiels et les ambassadeurs qui venaient se présenter. Selon un récit de Cornelius Duplicius de Schepper en 1533 :
« L'empereur était assis sur un trône légèrement surélevé entièrement couvert de drap d'or, cousu de nombreuses pierres précieuses et, de tous côtés, on voyait des coussins de valeur inestimable ; les murs de la pièce étaient recouverts de mosaïque d'azur et d'or ; le manteau de la cheminée était d'argent massif recouvert d'or et, sur un côté de la pièce, l'eau coulait dans une fontaine. »
Les vizirs venaient y présenter leurs rapports au sultan. En fonction de leur performance, le sultan les remerciait en les couvrant de cadeaux et en les affectant à un poste plus important, ou dans le pire des cas en les faisant étrangler par des eunuques sourds-muets. La chambre était ainsi un bâtiment où les fonctionnaires entraient sans savoir s'ils en sortiraient vivants.
Les cérémonies les plus élaborées dans ce bâtiment concernaient la réception des ambassadeurs qui venaient, escortés par des officiels, embrasser le bord de la robe du sultan. Le trône était alors richement décoré.
Le trône actuel en forme de baldaquin a été fait sur ordre de Mehmed III. Sur le plafond laqué du trône piqué de joyaux se trouvent des décorations de feuillages, ainsi que la représentation du combat d'un dragon, symbole de puissance, avec simurg, un oiseau mythique. Sur le trône est étendue une couverture faite de plusieurs pièces de brocard cousues de plaques d'émeraude, de rubis et de perles.
Le plafond de la pièce était peint d'un bleu ultramarine clouté d'étoiles d'or. Les tuiles le long du mur étaient bleues, blanches et turquoise. La chambre était pourvue de tapis précieux et de coussins. Le but était d'impressionner les visiteurs et de les étonner par la puissance du sultan. La chambre a été rénovée en 1723 par Ahmed III et reconstruite sous sa forme actuelle après un incendie en 1856 sous le règne d'Abdülmecit Ier. L'intérieur actuel est ainsi très différent de ce qu'il était à l'origine
On trouve une petite fontaine à l'entrée, construite par Soliman. La fontaine était utilisée non seulement pour les ablutions, mais pouvait être utile pour brouiller les conversations confidentielles ou secrètes dans la pièce. La fontaine était aussi un symbole du sultan, l'inscription perse la nommant « La fontaine de la générosité, de la justice et la mer de la bienfaisance ».
Derrière la salle d'audience, du côté est, se trouve le dortoir du corps expéditionnaire.
Dortoir du corps expéditionnaire
Le dortoir du corps expéditionnaire abrite la collection de la garde-robe impériale une collection d'environ 2 500 costumes, la majorité étant de précieux caftans du sultan. Il abrite aussi une collection de 360 céramiques-
Pavillon du Conquérant
Le pavillon du Conquérant, appelé aussi kiosque du Conquérant , avec ses arcades construites à l'époque de Mehmed II est parmi les plus vieux bâtiments du palais. Le pavillon a été bâti autour de 1460, lors de la construction initiale : il était utilisé pour abriter les trésors et œuvres d'art. Il abrite le trésor Impérial .
Le pavillon comprenait initialement trois pièces, une terrasse donnant sur la mer de Marmara, un sous-sol et un hammam. Il se compose de deux étages construits sur une terrasse au-dessus du jardin, édifiés au sommet d'un promontoire, sur une falaise donnant une vue magnifique sur la mer de Marmara et le Bosphore. L'étage inférieur était composé de pièces de service, tandis que l'étage supérieur était une suite de quatre appartements et une grande loggia avec des arches doubles. Les deux premières pièces sont couvertes d'un dôme d'une hauteur considérable. Toutes les pièces donnent sur la troisième cour à travers une arcade monumentale. Le portique à colonnes du côté du jardin est ouvert sur chacune des quatre pièces par une porte de hauteur imposante. Les chapiteaux sont d'ordre ionique réduit et datent probablement du XVIIIe siècle. Le pavillon était utilisé comme trésor pour les revenus de l'Égypte sous le sultan Selim Ier. Avant cette période, sous Mehmed II et Bayezid II, ces appartements ont dû être les pièces les plus agréables du palais.
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