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Forme
Le morceau de métal destiné à être monnayé, le flan, est généralement rond. Il était traditionnellement découpé et ajusté manuellement dans le lingot, la plaque ou la lame de métal, au moyen de cisailles. Il s'agissait non seulement d'obtenir une forme circulaire assez régulière mais également de tailler le flan au poids prescrit.
Parties
La pièce de monnaie a deux faces. Le diamètre des faces et l'éventuelle tranche forment le module du flan et de la pièce monnayée.
Chaque face se décompose en plusieurs espaces.
Le champ est l'espace, généralement central, qui porte le motif principal, iconographique ou épigraphique, appelé type. Certains éléments gravés distincts du type étaient placés dans la partie inférieure du champ, qu'on appelle exergue.
Le champ est le plus souvent délimité par une inscription gravée le long de la bordure externe de la pièce, la légende circulaire. Certaines monnaies, comme le gros tournois par exemple, avaient même deux légendes concentriques. Il y avait également des bordures faites de motifs, telles que les lis dans des médaillons du même gros tournois.
Ces éléments sont souvent séparés par un semis circulaire de points empreints en relief et ressemblant à des grains, d'où son nom de grènetis, qu'on peut retrouver également sur le bord externe de la pièce. Ce cercle pouvait être également formé par un trait continu, le listel, ou torsadé, appelé alors cordon ou cordonnet. Ils avaient aussi pour fonction de préserver la pièce de l'usure, volontaire ou produite par la circulation.
Écriture et langues des monnaies
Les éléments épigraphiques apparaissent dans la plupart des cas sous la formes d'une légende circulaire. Plus rares sont les légendes ou parties de légendes occupant sur une ou plusieurs lignes tout le champ de la face ou constituant le type. Parfois la face est dépourvue de toute épigraphie, ou anépigraphe, ou encore l'emplacement habituel de la légende a été laissé sans inscription.
La légende est frappée et donc se lit dans le sens des aiguilles d'une montre. Cependant certaines étaient frappées dans le sens inverse, et les lettres en miroir. On parle alors de légende rétrograde. Lorsque des légendes plurilinéaires, comme sur le denier parisis, ont été écrites alternativement dans un sens et l'autre, on parle de boustrophédon.
Elle commence en général par une petite croix ou croisette initiale à laquelle on substitua parfois d'autres motifs, petite couronne ou couronnelle, fleur de lis, et qui était placée au-dessus et dans l'axe du type, ce qui permet d'orienter la face de la monnaie.
Les légendes des monnaies mérovingiennes mêlent dans une graphie assez approximative lettres capitales et lettres cursives romaines. L'épigraphie monétaire carolingienne est beaucoup plus régulière, en capitales romaines, mais aussi plus abrégée. Dès la fin de cette période carolingienne et plus encore au temps du denier féodal, les lettres sont gravées à l'aide de poinçons à forme géométrique simple, barre verticale ou horizontale, triangle, rectangle. Ainsi on en vient à difficilement distinguer les A (faits sans barre transversale), V et T tous constitués de trois petits triangles. Aux XIIeet XIIIe siècles se rencontrent en conséquence divers styles de gravure qui associent parfois lettres romaines, onciales, géométriques. À partir de la seconde moitié du XIIIesiècle l'épigraphie monétaire suit l'évolution de l'écriture manuscrite de l'époque gothique. Cette écriture est celle des monnaies françaises du XIVeet du XIVesiècles. Le retour des caractères romains sur une monnaie se situe en France au même moment que l'implantation de l'imprimerie, durant le règne de Louis XI, dans les années 1470. Ils supplantent définitivement l'écriture gothique sous le règne de François Ier(1515-1547). Si l'écriture nous devient plus familière, le texte des légendes, allongé par la plus grande dimension des monnaies, donne en revanche souvent lieu à des abréviations plus sévères.
La langue quasi unique des légendes monétaires jusqu'à la fin du XVIesiècle est le latin. Les exceptions sont rares : deniers de type parisis de Philippe Auguste portant le nom de l'atelier en ancien français pour Arras, Péronne, Montreuil, Saint-Omer, monnaies féodales de toutes régions portant le nom de l'autorité ou son titre (cons, cuens pour comte) ou encore le nom de lieu en langue vernaculaire.
Lecture des monnaies : légendes et types
Le type principal, qui désigne, représente ou symbolise l'autorité émettrice et qui caractérise l'espèce, voire l'ensemble du monnayage par rapport aux autres, est le plus souvent entouré par le nom et la titulature de cette autorité, ou par la désignation de l'image qui la représente. La face qui porte cette empreinte est en général le droit ou avers de la pièce. L'identification précise de l'autorité physique est parfois rendue difficile voire impossible lorsque la monnaie est anonyme, quand il s'agit de l'immobilisation, ou reproduction sans modification d'un type et de légendes créés dans certains cas un siècle ou un siècle et demi auparavant, ou encore quand la monnaie est une imitation anonyme à la limite de la contrefaçon, ce qui n'est pas sans répercussions sur la datation de certaines pièces.
L'autre face, le revers, porte souvent le nom localisant l'atelier monétaire. On y trouve aussi des légendes d'origine religieuse, chrétienne. C'est le Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat, tiré des cérémonies de Pâques et inscrit sur les monnaies royales d'or de l'écu de Saint Louis jusqu'à la Révolution ; c'est le Benedictum sit nomen domini nostri Jhesu Christi des monnaies royales d'argent depuis le gros tournois du même Saint Louis jusqu'à la même Révolution.
D'une façon générale, les pièces de monnaies médiévales ne portent pas de valeur faciale, c'est-à-dire la mention écrite de leur valeur en monnaie de compte. Cependant il y eut des exceptions : "duplex" pour des doubles deniers, "obolus" pour la moitié de l'unité, denier ou gros. On manifestait parfois une réforme ou une mutation monétaire dans des termes tels que (moneta) "fortis", forte, ou "nova", nouvelle. En outre la valeur relative d'une pièce a pu être symbolisée : le gros tournois qui valait 12 deniers portait une bordure externe de 12 fleurs de lis dans des médaillons ; à partir du XVesiècle on pouvait distinguer le double denier, le denier et l'obole tournois, outre par leur module et leur poids, par le fait qu'ils portaient respectivement trois, deux et une fleurs de lis.
Les monnaies médiévales ne portent pas de date, de millésime. La première date inscrite sur une monnaie dans l'espace français apparut sur une monnaie d'Anne de Bretagne en tant que duchesse de Bretagne, la cadière d'or, qui portait le millésime 1498 en chiffres arabes.
Les types
Concernant le droit, les monnaies royales offrent plusieurs types.
Les monnaies du système parisis portent toujours FRANCO ou FRAN dans le champ, celles du système tournois firent référence au châtel jusqu'en 1385. Les mutations du XIVesiècle produisirent une typologie originale et abondante.
La couronne, couronne ouverte, fut fréquemment utilisée, accompagnée ou non de lis ou d'autres motifs. On la retrouve sur l'écu d'or à partir de 1385 puis sur les initiales de rois. Elle fut remplacée, parfois sous François Ier, puis systématiquement quand il y en avait une, par une couronne fermée ou "impériale", à la suite de la candidature de François Ierà l'Empire en 1519, mais elle devint après lui d'un usage exceptionnel sur la tête du roi, représenté tête nue ou parfois laurée, c'est-à-dire ceinte d'une couronne de lauriers, à l'antique.
La fleur de lis apparaît accessoirement dans le monnayage de Louis VI (1108-1137) à Dreux, puis sur le denier de Philippe Auguste à Arras. Son usage est développé avec l'écu d'or, le gros tournois et le denier de Nîmes de Saint Louis, le denier toulousain de Philippe III. Elle orne seule ou en nombre de nombreuses espèces du XIVesiècle.
Les fleurs de lis sont bien sûr aussi présentes dans l'écu de France. Il contint d'abord un "semé" de fleurs de lis, sur l'écu d'or de Saint Louis, les écus d'or à la chaise de Philippe VI et de Jean le Bon. L'écu aux trois lis apparu sur l'ange d'or de Philippe VI devint la représentation classique de l'écu de France à partir de la création de l'écu d'or et du guénar d'argent en 1385.monnaies émises par les ateliers de cette province.
Dans le sillage des sceaux, dont les graveurs é taient probablement souvent aussi les graveurs de types monétaires, les monnaies portèrent une représentation humaine du roi. Ce fut d'abord une image du souverain, de Philippe le Bel à Charles VII. Il est gravé couronné et vêtu d'une longue robe, parfois d'un manteau fleurdelisé, trônant en majesté, sur un trône curule orné de lions puis sur un trône gothique, et tenant un attribut ou les attributs de sa fonction (sceptre, main de justice, épée), avec deux lions couchés à ses pieds, ou bien debout, souvent sous un dais gothique ou un pavillon fleurdelisé au XIVesiècle. Il est debout en armure sur le franc à pied et à cheval en chevalier chargeant sur le franc à cheval.
Les monnaies royales médiévales adoptèrent également des sujets religieux sur les pièces d'or : l'agneau pascal sur l'agnel ou le mouton, la salutation de l'archange Gabriel à Marie lors de l'Annonciation sur le salut d'or, saint Georges chevalier terrassant le dragon sur le florin Georges ou saint Michel terrassant aussi le dragon sur l'ange d'or de Philippe VI ou l'angelot de Louis XI.
La typologie des monnaies médiévales est marquée par la très fréquente présence d'une croix sur l'une des faces, que l'on considère par convention comme le revers. Au Moyen Âge, on parlait d'ailleurs du "côté croix" d'une monnaie. La forme de cette croix se diversifia et se stylisa aux XIVe et XVe siècles selon le style gothique ; elle coupe la légende soit des quatre bras soit seulement à l'exergue, elle s'orne de motifs végétaux, fleurs de lis, fleurons, feuilles.
Les quatre espaces délimités par les bras de la croix, les cantons, furent très tôt occupés, un, deux ou les quatre, par des motifs qu'on retrouve par ailleurs, lettres symboliques chrétiennes alpha et oméga, initiales ou lettres de nom de personne ou de lieu, emblèmes héraldiques, dont la fonction n'est pas toujours purement décorative, mais distinctive.
Les différents
Dans le but de contrôler la production et la mise en circulation des monnaies, les autorités monétaires firent graver des marques afin de distinguer les ateliers quand leur nom n'apparut plus explicitement, quand les mêmes types furent frappés par plusieurs ateliers, d'identifier le responsable de la fabrication, le maître d'atelier essentiellement, ou le graveur, afin aussi de distinguer les différentes émissions d'une même espèce du même type dont les conditions avaient été modifiées par une mutation. Ces systèmes de différents étaient des codes dont le déchiffrement ne nous est guère permis que lorsqu'on dispose de sources écrites qui les explicitent. Au Moyen Âge, le différent est matérialisé par un motif placé dans le type principal, en cantonnement de la croix, en remplacement de la croisette initiale de la légende, en fin de légende, en ponctuation ou séparation des mots de cette légende, ou encore sous telle lettre de la légende, ou par modification de la forme d'une lettre.
Les différents d'ateliers correspondent donc avec la relative uniformisation d'un monnayage par une autorité qui dispose de plusieurs unités de fabrication. Ainsi au XIIIesiècle, temps du denier tournois monnaie unique du roi, des ponctuations diférentes affectent les légendes sans qu'on puisse les interpréter, ni même affirmer qu'il s'agisse uniquement de différents d'ateliers. Même lorsque les symboles distinctifs se multiplient sur le monnayage étoffé de Philippe le Bel, nous n'en avons pas encore la clef de lecture. Au XIVesiècle, il y eut de façon certaine des différents d'ateliers sur les monnaies royales, mais choisis librement par les maîtres plus que par l'administration centrale des monnaies. Quelques différents par symbole ou lettres ont été déchiffrés pour des ateliers de Jean le Bon. Après 1360, l'Aquitaine anglaise distingue ses ateliers par l'initiale du nom de lieu en fin de légende, comme P pour Poitiers. Après la reconquête, Charles V conserve ce système. Ce choix fut aussi utilisé dans le duché de Bretagne.
En 1389, les monnaies royales françaises furent marquées d'un point secret, placé sous une lettre précise de la légende, le point sous cette lettre indiquant l'atelier. Ainsi l'atelier de Paris était représenté par un point sous la 18e lettre de la légende. Par la suite, ce système ne fut pas le seul utilisé pour différencier les ateliers. Dans le royaume divisé de "l'après-Azincourt", le Dauphin Charles donna des lettres en fin de légendes aux ateliers ouverts par lui et les Anglais un symbole à la place de la croisette initiale, couronne, léopard. Dans la seconde phase de son règne (1436-1461), Charles VII a tant d'ateliers, même s'ils ne fonctionnent pas en même temps, que lettres et symboles sont autant utilisés comme différents que les points secrets, les lettres des légendes n'étant pas assez nombreuses. Après la reconquête et malgré la fermeture de nombreux ateliers, ces particularités persistèrent par tradition, par commodité.
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