L'ordre des templiers

 

La Bataille de Montgisard est une importante bataille livrée entre Saladin et Baudouin IV le Lépreux le 25 novembre 1177.

La bataille du MontGisard

 

 

 

 

En 1177, Philippe d’Alsace, comte de Flandre arrive en Terre Sainte avec une armée. A cette époque, le royaume de Jérusalem et l’empire byzantin projettent de s’allier pour organiser une campagne commune contre l’Egypte, gouvernée par Saladin. Une escadre byzantine aborde peu après à Saint-Jean-d’Acre, mais Baudouin, gravement atteint de lèpre ne peut pas prendre la tête de l’armée du royaume et propose à Philippe d’Alsace d’en prendre le commandement. Celui-ci refuse, prétendant qu’il est venu à Jérusalem pour faire ses dévotions et défendre le royaume et non porter la guerre dans des états voisins. Son refus fait échouer l’expédition et les byzantins retournent chez eux-

Philippe d’Alsace quitte Jérusalem, et se rend en octobre 1177 à Tripoli, où il aide le comte Raymond III à assiéger sans succès la forteresse de Hama au début du mois de septembre 1177. Il se rend ensuite à Antioche et, avec le prince Bohémond III d’Antioche, il assiège à la fin du mois de novembre la forteresse de Harenc-

Baudouin IV avait également envoyé des troupes au siège de Hama, dégarnissant le royaume, car il ne restait plus à Jérusalem que cinq cent chevaliers, comprenant les garnisons des Templiers et des Hospitaliers. En apprenant le projet d’attaque franco-byzantine, Saladin avait quitté Damas pour l’Egypte, afin d’organiser la défense et la résistance du pays. Plus tard, ses espions lui apprennent l’abandon de cette expédition, puis le siège de Hama, qui occupe le plus grande partie de l’armée franque. Entre le 18 et le 23 septembre, il pénètre dans le royaume de Jérusalem avec son armée forte de trente mille soldats, évite la forteresse de Gaza dont les Templiers avaient renforcé la garnison et marche sur Ascalon-

Dès qu’il apprend la nouvelle, le roi part avec toutes les troupes qu’il a pu trouver au-devant de Saladin et arrive à Ascalon peu avant Saladin. Avant de partir, Baudouin avait convoqué l’arrière ban du royaume, mais celui-ci est capturé par l’armée de Saladin avant d’arriver à Ascalon. Saladin met le siège devant Ascalon, Baudouin tente une sortie mais doit battre retraite immédiatement-Saladin s’avise que le royaume est sans défense, lève le siège d'Ascalon et poursuit sa route vers Ramla, qu’il prend sans aucun mal, la ville ayant été évacuée, et l’incendie, puis assiège Mirabel et Lydda. Saladin, pendant que la défense du royaume est totalement paralysée, autorise ses soldats à se disperser pour piller la région et, ne voulant pas s'encombrer de prisonniers, en fait égorger un certain nombre-

 

 

À Ascalon, Baudouin IV décide de tenter le tout pour le tout, malgré son infériorité numérique. Il demande à Eudes de Saint-Amand, maître de l'Ordre du Temple, retranché avec quatre vingt Templiers à Gaza de venir le rejoindre- Avec les quelques seigneurs qui sont avec lui, Renaud de Châtillon, le seigneur d'Outre-Jourdain, Baudouin d'Ibelin, seigneur de Ramla, son frère Balian d'Ibelin, seigneur de Mirabel, Renaud de Grenier, comte de Sidon, et Josselin III de Courtenay, l’oncle du roi il dispose d’une armée de cinq cents chevaliers et de quelques milliers de soldats.

Il quitte Ascalon, suit une route en arc de cercle pour contourner l’armée de Saladin et le rejoint en un lieu nommé Mons Gisardus (Tell el-Jezer), près de Ramla. Il attaque l’armée ennemie par le nord alors que Saladin le croit toujours au sud-ouest-Bénéficiant de l’effet de surprise et voulant à tout prix venger le massacre des prisonniers, l’armée franque charge celle de Saladin, amollie et alourdie par le butin. Taqi al-Din tente de contenir la charge ennemie mais plusieurs émirs, dont son propre fils, sont tués, et le reste finit par prendre la fuite.

C’est ensuite aux mille Mamelouks de la garde personnelle de Saladin de tenter de contenir la charge franque, mais ils sont tous tués. Les prisonniers survivants en profitent pour se libérer et attaquer leurs gardiens. Saladin lui-même échappe de peu à la mort, ordonne à tous de prendre la fuite et profite de la nuit qui tombe pour échapper aux chevaliers croisés.

Saladin repart alors vers l'Égypte, tout en étant harcelé pendant sa retraite par les Bédouins. Il ne réussit à rentrer qu'avec seulement le dixième de son armée et arrive au Caire le 8 décembre 1177, à temps pour démentir la nouvelle de sa mort. Baudoin le suit jusque dans la péninsule du Sinaï mais fut incapable de prendre l'avantage.

 Cette bataille a eu un énorme retentissement dans la chrétienté et contribué pour beaucoup au prestige de Baudouin le Lépreux, que l’on compare bientôt à Godefroy de Bouillon ou à Tancrède de Hauteville.

Mais les Francs n’ont pas réussit à tirer avantage de cette victoire et vont subir des défaites au cours des deux années suivantes. Le 10 mars 1179, en revenant d’un raid, il manque d’être capturé à Panéas au cours d’un affrontement où est tué le connétable Onfroy II de Toron . Le 10 juin 1179, l’ost est battu à Marj Ayoun et de nombreux soldats sont tués ou fait prisonniers17. Enfin le 29 août 1179, Saladin assiège et détruit la forteresse du Gué de Jacob que Baudouin venait de faire édifier pour garder la frontière. Mais les deux royaumes sont épuisés et en 1180, une trêve est conclue entre les deux rois.

Saladin a également perdu sur le champ de bataille de Mongisard une superbe édition du Coran calligraphiée qui lui fut rendue lors de la trêve obtenue après l'assaut de Saladin sur le Krak de Moab commandé par Renaud de Chatillon. Celui-ci dévalisait toutes les caravanes venant d'Égypte et qui étaient destinées à Damas.

Après le décès, à Acre, du jeune roi Baudouin V de Montferrat, âgé de sept ans, le régent Raymond III de Tripoli est destitué, le trône de Jérusalem échoit à Guy de Lusignan, nouvel époux de Sybille, la sœur du roi Baudouin IV le Lépreux, décédé le 16 mars 1185.

Fin 1186 ou début de 1187, Renaud de Châtillon, seigneur d'Outre-Jourdain et de Montréal, brise la trêve en vigueur depuis près de six ans, entre Francs et musulmans, en s'emparant d'une caravane, pourtant sous forte escorte, qui se rend du Caire à Damas. Il en massacre les hommes en armes et emprisonne les commerçants et les caravaniers dans sa citadelle de Kérak (Al-Karak). Puis il attaque d'autres caravanes de pélerins allant à La Mecque, et projette même de détruire le lieu sacré de l'Islam.

Saladin (Salâh Ad-Dîn) essaie de se montrer patient et fait preuve de diplomatie, préférant se consacrer entièrement à la gestion de son pays. Son empire est délabré par de nombreuses années de guerre civile entre seigneurs arabes et les croisés. Il vient d'achever l’unification des musulmans, et même la ville de Mossoul, qu’il a assiégée à plusieurs reprises, a signé la paix (en 1186). La trêve, qu'il a personnellement signée avec Raymond de Tripoli, doit lui permettre de préparer le jihad, et il estime que le moment de la rompre n'est pas encore arrivé. Il envoie donc des émissaires porteurs de messages d’indignation à Renaud de Châtillon, mais le somme de respecter la trêve, de relâcher les prisonniers et de restituer les biens saisis. Méprisant, Renaud, lui conseille de demander à Mahomet de venir les sauver.

Ne pouvant laisser cet affront impuni, Saladin réunit un peu plus de 12 000 soldats à Damas, puis dès le mois de mars assiège la citadelle de Al-Karak puis la citadelle de Shaubak, avant de se diriger vers Banias près de Tibériade. Les troupes musulmanes rencontrent par hasard une délégation de barons francs, qu'elles tuent ou font prisonniers.

 

De leur côté, les croisés s’enlisent dans leurs querelles internes. En mars 1187, Raymond de Tripoli, fort de la trêve de quatre ans, signée avec Saladin, et sûr de son soutien, refuse de prêter hommage au nouveau roi de Jérusalem, Guy de Lusignan. Celui-ci, désireux de se débarrasser de son rival, qu’il accuse de complaisance envers les musulmans, se prépare à attaquer Tibériade, qui appartient à la femme du comte de Tripoli. Alerté, ce dernier conclut une alliance avec Saladin qui débloque la ville.

Le 30 avril 1187, conformément à leur alliance, Saladin demande à Raymond de Tripoli, de laisser ses éclaireurs faire une reconnaissance du côté du lac de Tibériade. Le comte, embarrassé, ne peut refuser. Il exige cependant que les soldats musulmans quittent son territoire avant le soir et ne s’en prennent ni aux biens, ni aux personnes. Le 1er mai, 7 000 cavaliers passent sous les murs de la ville. Le soir même, alors qu'ils font le chemin en sens inverse, ils rencontrent 150 chevaliers de l'Ordre du Temple qui ont attaqué une colonne près de Saffuriya (l'ancienne Sepphoris ou Tzippori au nord de Nazareth). C'est le massacre. Seuls trois d'entre eux parviennent à s'enfuir, dont le maître de l'Ordre du Temple : Gérard de Ridefort.

Suite à ce désastre Raymond se repent et met ses forces à la disposition de Guy de Lusignan. Le 24 juin, les Francs sont prêts. Ils ont réuni une grande armée constituée de 2 000 chevaliers (dont 1 200 chevaliers de l'Ordre du Temple et des Hospitaliers) et 13 000 fantassins. Ils sont soutenus par 40 000 mercenaires, en majorité des musulmans, dont 2 500 cavaliers et 7 000 fantassins payés et armés par les Templiers. En face, de nouvelles troupes ont rejoint Saladin qui dispose au total de plus de 60 000 soldats.

 

Le début de la bataille

 

 

Le 2 juillet, dans l'après-midi, l'armée des Francs (environ 25 000 hommes, dont 1/5 de cavalerie) arriva à Sepphoris (Saffuriya) regroupée sur la colline. Ils sont à l'abri de toute attaque et disposent là de vivres en quantité et d'eau à volonté, grâce aux fontaines de la cité.

 

Pour forcer les Francs à venir à lui, Saladin imagine un stratagème astucieux. Il fait attaquer la cité de Tibériade où se trouve toujours la comtesse Echive de Bures, l'épouse de Raymond de Tripoli. Ses troupes réussissent à prendre la ville basse, qui est incendiée, et poussent la population à se réfugier dans la forteresse, tout en laissant passer des messagers qui rejoignent l'armée franque, à Sepphoris (Saffuriya) distante de Tibériade d'environ vingt-sept kilomètres. Saladin espère ainsi pousser les Francs à l’affrontement avant que ses propres troupes ne se débandent.

Le soir même de l'attaque Guy de Lusignan réunit un conseil. Ce conseil entama plus encore le pouvoir de Guy. Les trois beaux-fils de Raymond s'opposèrent à lui. Devant la menace qui pesait sur Tibériade ces derniers voulurent que l'armée vole au secours de leur mère. De par ce comportement chevaleresque et héroïque, ils comptèrent obtenir le soutien des chevaliers. Mais Raymond de Tripoli s'opposa à ses beaux-fils et emporta la décision. Le Conseil fut en majorité partisan de respecter le plan de Guy de Lusignan. Pour Raymond de Tripoli, il convenait d'attendre Saladin en position de force. Les Sarrasins seraient alors épuisés par leur progression sur des routes poussiéreuses et brûlantes, ainsi que par le manque cruel d'eau.

Raymond de Tripoli déclara qu'il « préférerait perdre Tibériade et tout ce qu'elle renfermait plutôt que l'unique armée du Royaume ». Renaud de Châtillon accusa Raymond de lâcheté : « Je ne doute pas un seul instant que tu aimes les musulmans et que tu cherches à nous effrayer par leur nombre ». Quand au maître des Templiers, Gérard de Ridefort ce dernier alla s'entretenir personnellement avec Guy de Lusignan sous sa tente, une fois le conseil terminé. Gérard de Ridefort pressa par tous les moyens le roi de lui donner sa bataille, n'hésitant pas à rappeler que Raymond de Tripoli avait une réputation de traîtrise. Il argua aussi que concéder une victoire aux Sarrasins alors que l'armée était si proche serait un signe de faiblesse et laissa entendre que si Guy de Lusignan ne laissait pas ses hommes venger les morts de la fontaine de Cresson, les Templiers risqueraient de déserter. Guy de Lusignan rongé de nouveau par l'incertitude adopta le point de vue de Gérard de Ridefort et le lendemain matin, l'armée franchit les collines en direction de Tibériade. Le piège de Saladin se refermait.

L'armée franque, divisée en trois corps, se met en route le 3 juillet. Les hommes souffrent de la chaleur et les réserves d'eau sont vite épuisées. Saladin avait pris soin de faire combler les puits et d'empoisonner les trous d'eau. Sans jamais engager le combat, des cavaliers les harcelèrent de tous côtés de leurs flèches, et ralentissent la marche. Cette tactique réussit si bien, qu'au soir du 3 juillet, Guy de Lusignan propose de rejoindre le village de Hattin où se trouve l'un des rares points d'eau. Mais Saladin devine le projet et lui barre la route. À la nuit tombée, les Francs sont obligés de bivouaquer parmi les pierres brûlantes, sur le sable desséché. Leurs outres sont vides. Toute la nuit, ils sont harcelés, et doivent veiller pour la troisième nuit consécutive.

 

La bataille décisive

Au matin du 4 juillet, la journée s'annonce encore plus chaude que la veille. De plus les Francs se trouvent sous le vent. Saladin positionne ses troupes afin de bloquer toute tentative de sortie, et fait mettre le feu aux broussailles. Le vent pousse la fumée et le feu vers les croisés. Sans eau pour se rafraîchir, les Francs étouffent sous leur imposantes cuirasses. Avec l'énergie du désespoir, ils mènent cependant des combats pour tenter de percer les lignes ennemies et de gagner les rives du lac de Tibériade.

Peu à peu, les Francs sont repoussés et contraints de se rassembler sur une élévation appelée les Cornes de Hattin, un piton basaltique dominant la plaine voisine. Raymond de Tripoli réussit à se créer une sortie vers Saffuriya en emmenant avec lui le fils du prince d'Antioche, ses chevaliers et quelques barons syriens. Quelques détachements réussissent également à s'enfuir vers Tyr.

Le reste des forces défendent leur position élevée sur les Cornes de Hattin. Selon les récits des chroniqueurs la bataille est terrible, il y a beaucoup de morts, aussi bien du côté des croisés que du côté des musulmans. Çà et là agonisent des milliers de blessés enchevêtrés dans les cadavres des chevaux. La chute de la tente royale symbolise la défaite franque, alors que le roi et ses grands barons parviennent à trouver réfuge dans la forteresse de Tibériade.

 

La victoire de Saladin

 

 

 

Le lendemain, 5 juillet, sans espoir de secours, ils sortent de la forteresse et se rendent. Parmi les prisonniers de marque :

Guy de Lusignan, roi de Jérusalem

Amaury II de Lusignan, connétable du royaume de Jérusalem

Geoffroy de Lusignan, comte de Jaffa et d'Ascalon

Renaud de Châtillon, responsable de la défaite, est décapité pour parjure.

Gérard de Ridefort, maître de l'Ordre du Temple

Onfroy IV de Toron, seigneur d'Outre-Jourdain et de Montréal

Guillaume de Montferrat et beaucoup d'autres.

Tous les chevaliers Templiers et Hospitaliers survivants, à peu près 300, sont immédiatement mis à l'écart et décapités à Damas sur la place publique, car considérés comme les plus redoutables ennemis de l'Islam. Les autres chevaliers francs, sont faits prisonniers, mais leurs vies sont épargnées.

Les soldats turcs et musulmans au service des Francs, les turcopoles, considérés comme traîtres et renégats, sont massacrés sans pitié.

Les autres combattants francs sont faits prisonniers et réduits en esclavage.

Le roi de Jérusalem est conduit à Damas, avec les autres nobles capturés, en vue d'être libérés contre rançon.

 

Les conséquences de cette bataille

 

Un peu plus de 30 000 soldats (Francs et musulmans), en une journée, meurent lors de cette bataille. La fine fleur de la chevalerie franque est anéantie. Les musulmans infligent aux croisés, une dure défaite psychologique, car ils ont perdu la relique de la Vraie Croix, emblème de la chrétienté.

La Palestine passe sous l’emprise de Saladin. Lors du seul mois de juillet, il prend la citadelle de Tibériade (le 6 juillet), les cités de Saint-Jean-d'Acre, de Césarée de Sidon et de Jaffa. Cette dernière résiste plus longtemps à l’armée d’al-Adel, venue d’Égypte mais finit par tomber, et ses habitants sont vendus en esclavage. Le 6 août c'est au tour de Beyrouth, avant Ascalon le 4 septembre, et Gaza le 5. Le 20, Saladin commence le siège de Jérusalem, qui n'est plus défendue que par 6 000 soldats (levés en hâte parmi les habitants car seulement quatre chevaliers avaient été laissés sur place lors de l'entrée en campagne; c'est le fait d'avoir engagé tout le potentiel militaire du royaume qui rendit la défaite si désastreuse) dirigés par Balian d'Ibelin. La ville sainte tombe le 2 octobre 1187.

La ville n'est pas pillée, les habitants qui en ont les moyens sont libérés contre des sommes modiques. Les autres finiront esclaves. Les Templiers négocient leur sortie. Saladin conclut un marché avec notamment Balian d'Ibelin qui promettait de détruire les lieux saints musulmans si la ville et ses habitants n'étaient pas épargnés. Cependant, Saladin en tenant sa promesse a évité de verser inutilement du sang. De même qu'il avait permis aux chevaliers d'Acre et d'Ascalon de s'exiler à Tyr, ceux de Jérusalem rejoignent aussi Tyr, qui forte de tous ces renforts devient très bien défendue.

En novembre Saladin commence le siège de Tyr défendue par le baron Conrad de Montferrat, frère du défunt Guillaume de Montferrat (le 1er époux de Sybille, la sœur de Baudouin IV le Lépreux et la mère du défunt Baudouin V de Montferrat, qui avait ensuite épousé Guy de Lusignan). Les Francs réussissent à incendier une partie de la flotte musulmane, et oblige Saladin à abandonner le siège, son importante armée devant être démobilisée à l'entrée de l'hiver. Sur le chemin du retour, il s'empare encore des villes de Lattaquié, Tartous, et Safed en territoire syrien.

Cette défaite franque, marque le début de l'écroulement des États latins d'Orient. Seules résistent jusqu'en 1189-1190 les puissantes citadelles frontalières que les Francs n'ont pas dégarnies, et que Saladin néglige dans un premier temps.

Fin 1187, les Francs ne possèdent plus que les cités de Tyr, Antioche et Tripoli (dans l'actuel Liban), auxquelles s'ajoutent les trois forteresses isolées. Le sage Raymond III de Tripoli meurt à l'âge de quarante-huit ans des suites d'une pleurésie.

Cette bataille met un terme à la deuxième croisade, mais ne met pas un terme aux guerres entre musulmans et croisés, qui vont se poursuivre encore pendant près d'un siècle. Elle modifie considérablement l'équilibre des forces au détriment des chrétiens. Cependant, cette défaite des croisés, une fois connue en Occident, va provoquer un vigoureux sursaut des principaux souverains de la chrétienté : l'empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion, étant le seul qui obtiendra quelques résultats. Des renforts considérables vont commencer à affluer. La troisième croisade commence peu après.

Personnages

Guy de Lusignan

Saladin

Renaud de Châtillon

Gérard de Ridefort

Raymond de Tripoli

 

Après la chute de Jérusalem, une troisième croisade avait été lancée à partir de l'Europe. L’entreprise semblait aisée pour les croisés, mais des querelles entre les rois de France et d’Angleterre retardent leur départ -A elle seule, l'armée allemande de l’empereur Frédéric Barberousse pouvait inquiéter Saladin, mais la noyade accidentelle de ce dernier entraîne la dispersion de son armée Les rois Français et anglais Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion ainsi que le grand-maitre de l'Ordre du Temple, Robert de Sablé arrivent enfin en Terre Sainte au printemps 1191 et permettent la prise de Saint-Jean-d’Acre assiégée depuis deux ans- 

Philippe Auguste retourne alors en France, en laissant sur place une partie des troupes françaises (10 000 hommes sous le commandement du duc Hugues III de Bourgogne). Des négociations sont entamées entre Saladin et Richard Cœur de Lion, à propose de la libération des défenseurs d’Acre en échange de la restitution de la Vraie Croix et du versement d’indemnités mais, trouvant que Saladin fait traîner les choses, Richard ordonne le massacre des prisonniers musulmans, commettant ainsi une faute politique qui révolte les populations musulmanes-

 

Ayant détruit l’option diplomatique, il s’engage avec son allié le Grand-maitre Templier, Robert de Sablé dans la reconquête du littoral palestinien et quittent Saint-Jean-d’Acre le 22 août 1191 en direction de Caïffa. Dès la sortie de la ville, l’armée croisée est assailli par les cavaliers musulmans qui sont repoussés, et l’armée se regroupe en une masse compacte et protégée par les armures que les musulmans ne parviennent à entamer. Le ravitaillement est assuré par la flotte qui suit l’armée, laquelle ne s’éloigne pas des côtes. Après avoir pris sans encombre Caïffa, évacuée la veille par sa garnison, les Francs continue leur route et arrivent en vue d'Arsouf le 5 septembre. Richard envoie un émissaire à Saladin pour des pourparlers et ce dernier, désirant gagner du temps délègue son frère Al-Adel. Onfroy IV de Toron sert d’interprète, mais les négociations n’aboutissent pas, et l’armée repart vers Arsouf le 7 septembre.

 

La bataille d'Arsouf


Déroulement de la bataille

 

 



Le poète Ambroise fait une description précise de l’ordre de marche de l’armée : d’abord les Templiers mené par Robert de Sablé, suivis des troupes angevines et bretonnes, puis Guy de Lusignan avec les chevaliers poitevins, les Normands, les Anglais, les Français avec le chevalier flamand Jacques d’Avesnes et les barons capétiens avec le comte Robert II de Dreux, son frère Philippe, évêque de Beauvais et Guillaume des Barres, et à l’arrière garde les Hospitaliers mené par Garnier de Naplouse. Henri II, comte de Champagne, garde le flanc gauche de l’armée, face à la plaine, et Richard Cœur de Lion et Hugues III de Bourgogne patrouillent en permanence le long de la colonne, prêts à faire face au danger qui peut venir de n’importe où.
Quand l’armée croisée atteint les abords d’Arsouf, Saladin donne le signal de l’attaque et les cavaliers turcs, au nombre de trente mille selon les dires d’Ambroise, encercle les croisés et les criblent de flèches. Les soldats, protégés par leurs armures n’ont que peu de perte, mais de nombreux chevaux sont tués. Un moment les croisés sont au bord du désastre rappelant celui de Hattin. Mais Richard, bien que piètre politique, met en œuvre ses qualités de stratège. Il ordonne aux Hospitaliers de l’arrière-garde de tenir coûte que coûte, et adopte dans une premier temps une attitude défensive, et interdit aux chevaliers de poursuivre les Turcs, qui tentent leur technique de la fuite simulée. La discipline est telle que les chrétiens obéissent. Faisant preuve d'adresse, les archers et les arbalétriers de Richard infligèrent des pertes notables aux cavaliers turcs .
Mais comme les troupes ne peuvent tenir indéfiniment et que les pertes s’accumulent, il commence à mettre en place une charge destinée à entourer les cavaliers turcs pour les anéantir. Au moment où les chevaliers chrétiens entourent les cavaliers ayyoubides, les sons des trompettes devaient indiquer aux croisés d’infléchir leur charge vers l’intérieur afin de tailler en pièces les soldats musulmans et d'anéantir l’armée de Saladin. Mais l’impatience d’un Hospitalier et du chevalier anglais Thomas Carrew déstabilise la manœuvre qui devient une charge directe, qui balaye l’armée de Saladin, mais ne peut pas l’empêcher de se replier. Les archers musulmans, qui étaient descendus de leur monture et qui se trouvent en première ligne sont décapités ou renversés, et achevés par les sergents. La charge croisée enfonce ensuite les cavaliers trucs qui prennent la fuite. Craignant un piège, Richard interdit la poursuite et leur ordonne de faire demi tour, tandis Saladin regroupe ses troupes, au nombre de vingt mille soldats, sur une colline voisine. Ils attaquent la cavalerie franque qui revient vers Arsouf et tuent un certain nombre de chevaliers dont Jacques d’Avesnes, mais les Francs font volte face et chargent à nouveau, dispersant à nouveau les troupes sarrasines, lesquelles fuient à nouveau et se réfugient dans des collines boisées. Conscient qu’il est dangereux de continuer dans ce terrain couvert, Richard ordonne de nouveau la fin de la poursuite-

 

 

 
Conséquences de la bataille

La supériorité militaire, qui appartenait aux Musulmans depuis les années 1170, revient de nouveau aux Francs pour une longue période, selon l’historien René Grousset qui parle de soixante ans , mais il convient de nuancer cette durée, car il y a la défaite du comte de Bar à Gaza (1239) et la Bataille de Forbie (1244) qui contredisent cette avis. A vrai dire, il n’y a eu pratiquement aucune véritable bataille en rase campagne dans les décennies qui suivent. L’avenir montre même que, sans le soutien d’une armée croisée venu d’Europe, les Francs d’Orient n’ont pas vraiment les moyens militaires de se lancer dans des campagnes : on verra notamment le roi Amaury II de Lusignan y renoncer lorsque la quatrième croisade est détournée sur Constantinople.
Saladin, qui n’a pas réussi à vaincre les croisés, ni par le harcèlement, ni par la bataille, voit son prestige diminué auprès de ses troupes. Il tente de défendre Ascalon, mais ses émirs refusent de le suivre et il doit se résoudre à pratiquer la tactique de la terre brulée, en ordonnant la destruction de Jaffa, d’Ascalon et de Ramla.
Malheureusement pour la croisade, Richard Cœur de Lion n’exploite pas son succès. Il entreprend la reconstruction de Jaffa, alors qu’il aurait pu surprendre l’armée de Saladin à Ascalon, ou reprendre Jérusalem, mal défendue par un garnison trop faible et des fortifications qui n’ont pas encore été réparées depuis le siège de 1187.

Les croisés avaient déjà pris la ville de Damiette, et discutaient entre aller prendre Alexandrie pour isoler l’Égypte, ou attaquer directement Le Caire. Cette option l’emporta quand les renforts amenés par Alphonse de Poitiers arrivèrent d'Europe. Les croisés progressent vers le sud à partir du 21 décembre. 

Mansourah était la seule ville protégeant Le Caire, aussi les Fatimides décidèrent de la défendre. Ils purent bloquer les croisés sur un bras du Nil qui protégeait Mansourah.

 

La bataille de Mansourah

 
Déroulement de la bataille

 

 



Pendant plus d’un mois, les croisés restent bloqués, toutes leurs tentatives de franchissement du bras du Nil, notamment par la construction d’une digue, échouant. À la faveur d’une complicité, l’armée franque franchit ce bras du Nil par un gué, le matin du 8 février.
Malgré les conseils de prudence des templiers, Robert d’Artois qui commande l’avant-garde, est pressé par son gouverneur Fourcaut du Merle qui l'entraîne par la bride. Ils se jettent sur les turcs, suivis du grand-maître du Temple Guillaume de Sonnac et bousculent le petit corps gardant la rive ; sans attendre le gros de l’armée, Robert d’Artois exploite son avantage, entraînant à sa suite les Templiers, et traverse presque sans opposition le camp sarrasin. L’émir Kahreddin est tué. Les croisés entrent par surprise à l’intérieur de Mansourah, se répandent dans la ville, quand les mamelouks turcs, qui s’étaient repliés dans la ville, sont repris en main par leur chef Rukn ad-Dîn Baybars (Baybars l’Arbalétrier). Les assaillants sont tous massacrés, dont le comte de Salisbury, à l’exception de quelques chevaliers, dont Guillaume de Sonnac qui s’en tire avec un œil en moins.
En arrière, le gros de l’armée croisée affronte les Sarrasins dès sa traversée du fleuve et réussit à repousser la cavalerie sarrasine qui l’avait contre-attaqué. Dès le lendemain (9 février), Baybars attaque les croisés qui résistent et installent leur camp devant Mansourah.
Une nouvelle bataille générale a lieu le 11 février. Les mamelouks utilisent du feu grégeois. Charles d’Anjou est sauvé de la capture par saint Louis, qui remporte la victoire.

 

 


L’après-bataille

Touchés par une épidémie, privés de ravitaillement par la perte de leur flotte, capturée par les Mamelouks, les croisés font retraite. Elle débute le 5 avril. Saint Louis est fait prisonnier au cours de cette retraite le 7 avril. Il rachète sa liberté et celle des autres croisés prisonniers pour un fort prix, puis décide de négocier. Début mars, il se dit prêt à accepter la proposition faite en 1249 par le sultan Malik al-Salih Ayyoub de rendre Damiette en échange de Jérusalem. Le nouveau sultan al-Mu'adham, qui vient d’arriver en Égypte, refuse. À la mi-mars, les galères égyptiennes détruisent ou capturent les nefs de la flotte franque, coupant aux croisés toute possibilité de retraite vers Damiette. Le 7 avril, l’armée franque, qui tente de forcer le blocus, est assaillie et décimée par les mamelouks, rejoint par des milliers de volontaires.

 

 


Le 6 mai 1250, les Francs restituent Damiette aux musulmans. Louis IX est libéré contre le retrait de ses troupes du territoire égyptien et du paiement d’un million de dinars de rançon. Fin mai, tous les Francs ont quitté le pays.
En 1962, commémorant la victoire de l’Islam contre Saint-Louis à Mansourah, le Président Gamal Abdel Nasser d’Egypte déclara : « Le Croissant a jeté la Croix dans la boue. Seule, une conquête musulmane nous rétablira la gloire de jadis. Nous réussirons seulement en reconquérant cette gloire quand les cavaliers d’Allah piétineront sous leurs pieds Saint-Pierre à Rome et Notre-Dame à Paris ».



 

Les Templiers et l'argent


Le financement

Les Templiers devaient exercer une activité économique, commerciale et financière pour payer les frais inhérents au fonctionnement de l'ordre et les dépenses de leurs activités militaires en Orient. Cependant, il ne faut pas confondre cette activité avec celle de la banque. L'usure, c'est-à-dire une tractation comportant le paiement d'un intérêt, était interdite par l'Église aux chrétiens et de surcroît aux religieux. 

Comme le dit l'Ancien Testament :
« Tu n'exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour l'argent, ni pour vivres, ni pour aucune chose qui se prête à intérêt. »
Les Templiers prêtaient de l'argent à toutes sortes de personnes ou institutions : pèlerins, croisés, marchands, congrégations monastiques, clergé, rois et princes... Le montant du remboursement était parfois supérieur à la somme initiale lorsqu'il pouvait être camouflé par un acte de changement de monnaie. C'était une façon courante de contourner l'interdit.
Lors de la croisade de Louis VII, le roi de France en arrivant à Antioche demanda une aide financière aux Templiers. Le maître de l'ordre, Évrard des Barrès, fit le nécessaire. Le roi de France écrivait à son intendant en parlant des Templiers, « nous ne pouvons pas nous imaginer comment nous aurions pu subsister dans ces pays [Orient] sans leur aide et leur assistance.(...) Nous vous notifions qu'ils nous prêtèrent et empruntèrent en leur nom une somme considérable. Cette somme leur doit être rendue (...). » La somme en question représentait deux mille marcs d'argent.

 


La lettre de change

L’activité financière de l'ordre prévoyait que les particuliers pussent déposer leurs biens lors d'un départ en pèlerinage vers Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle ou Rome. Les Templiers inventèrent ainsi le bon de dépôt. Lorsqu'un pèlerin confiait aux Templiers la somme nécessaire à son pèlerinage, le frère trésorier lui remettait une lettre sur laquelle était inscrite la somme déposée. Cette lettre manuscrite et authentifiée prit le nom de lettre de change. Le pèlerin pouvait ainsi voyager sans argent sur lui et se trouvait plus en sécurité. Arrivé à destination, il récupérait auprès d'autres Templiers l'intégralité de son argent en monnaie locale. Les Templiers ont mis au point et institutionnalisé le service du change des monnaies pour les pèlerins.

 

Le trésor de l'ordre

Il s'agissait d'un coffre fermé à clé dans lequel étaient gardés de l'argent, des bijoux, mais aussi des archives. Ce coffre-fort était appelé huche. Le maître de l'ordre à Jérusalem en effectuait la comptabilité avant que celle-ci ne fût transférée à la fin du xiiie siècle au trésorier de l'ordre. Trois articles des retraits de la règle nous renseignent sur le fonctionnement financier de l'ordre. Le maître pouvait autoriser le prêt d'argent (sans intérêt) avec ou sans l'accord de ses conseillers selon l'importance de la somme. Les revenus provenant des commanderies d'Occident étaient remis au trésor du siège de l'ordre à Jérusalem. 

Tous les dons en argent de plus de cent besants étaient concentrés dans le trésor de l'ordre. Les commanderies de Paris ou de Londres servaient de centres de dépôts pour la France et l'Angleterre. Chaque commanderie pouvait fonctionner grâce à une trésorerie conservée dans un coffre. Au moment de l'arrestation des Templiers en 1307, il a été retrouvé un seul coffre important, celui du visiteur de France, Hugues de Pairaud. L'argent qu'il contenait a été confisqué par le roi et a immédiatement rejoint les caisses royales

 

 
La garde du trésor royal

Elle a débuté en 1146 lorsque Louis VII, en partance pour la deuxième croisade, avait décidé de laisser le trésor royal sous la garde du Temple de Paris. Par la suite, cela se développa, si bien que nombre de souverains firent confiance aux trésoriers de l'ordre. Cette pratique, qui ne mêlait en rien les activités financières du Temple et celles de la Couronne, prit fin durant le règne de Philippe IV Le Bel. 

Une autre grande personnalité, Henri II d'Angleterre, avait laissé la garde du trésor au Temple. Par ailleurs, de nombreux Templiers de la maison d'Angleterre étaient également des conseillers royaux.


Le patrimoine des Templiers

L'ordre du Temple possédait principalement deux types de patrimoines bâtis : des monastères appelés commanderies situés en Occident et des forteresses situées au Proche-Orient et dans la péninsule ibérique.
 

La maison de l'ordre du Temple à Paris était le chef-lieu de la province de France et la plus grande commanderie de France. Elle fut construite en dehors du rempart de la ville, sur d'anciens marécages, l'actuel quartier du Marais, que les Templiers firent assécher. Cette commanderie et ses abords furent appelés la "villeneuve du Temple" en opposition avec le Vieux Temple, la toute première maison que les Templiers possédèrent dans Paris.

Description 
L’Enclos constituait la maison chevetaine de l’ordre du Temple en France et le siège de la banque de l’ordre dans ce pays. Londres, avait la même fonction pour l'Angleterre. Elle comprenait un imposant donjon (la Tour du Temple), une chapelle, et divers bâtiments entourés de hautes murailles crénelées le ceinturaient, renforcées de distance en distance par des tourelles. Ce système défensif était complété par une tour carrée, dite tour de César, et par un fort donjon appelé Grande Tour (la Tour du Temple), qui avait été construite au xiiie siècle. L’ensemble comprenait comme toutes les commanderies templières une église, des bâtiments conventuels pour loger les moines-soldats, de vastes écuries et des annexes. Les Templiers possédaient les rues entières et la totalité du quartier entourant l’enclos.
Le Trésor Royal français fut conservé dès 1146 à la Tour du Temple, et donc gardé par les templiers. Philippe Auguste bâtit un système comptable et fiscal, ancêtre de la Chambre des Comptes, où les agents royaux venaient trois fois l’an déposer les revenus de la Couronne. Cette pratique prit vraisemblablement fin lors du règne de Philippe IV le Bel. Après la mort du Jacques de Molay le 18 mars 1314, l’ordre des Templiers fut dissous et ses biens passèrent aux mains des Hospitaliers. Ses bâtiments subirent de nombreuses modifications.
En 1667, les murailles qui dessinent l’Enclos dans le territoire parisien sont abattues au profit d’hôtels particuliers et de maisons locatives occupées essentiellement par des artisans. Mansart construit un palais pour le grand prieur. L’ancien rempart avait été remplacé par une élégante muraille surmontée d’une galerie décorée de colonnes.
La maison du Temple à Jérusalem fut le siège central de l'ordre depuis sa fondation en 1129 jusqu'en 1187, date de la chute de la ville sainte reprise par Saladin. Le siège central fut alors transféré à Acre, ville portuaire du royaume de Jérusalem. À la perte de la ville par les chrétiens en 1291, le siège de l'ordre fut à nouveau transféré dans la terre chrétienne la plus proche, l'île de Chypre. C'est à Chypre que vivait Jacques de Molay, le dernier maître de l'ordre avant son retour en France pour y être arrêté. Le siège de l'ordre n'a jamais été installé en Occident.


Les forteresses orientales
 
Pour pallier la faiblesse de leurs effectifs, les croisés entreprirent la construction de forteresses dans les États latins d'Orient. Les Templiers ont participé à cet élan en faisant édifier pour leur besoin de nouveaux châteaux forts. Ils entreprirent également de reconstruire ceux qui avaient été détruits par Saladin vers 1187 et acceptèrent d'occuper ceux que les seigneurs d'Orient (ou d'Espagne) leur donnaient faute de pouvoir les entretenir. Certains d'entre eux permettaient de sécuriser les routes fréquentées par les pèlerins chrétiens autour de Jérusalem. Servant d'établissement à la fois militaire, économique et politique de l'ordre, la place forte représentait pour les populations musulmanes un centre de domination chrétienne- Les Templiers occupèrent un nombre plus important de places fortes dans la péninsule ibérique afin de participer à la Reconquista.

Au xiie siècle, après la chute de la ville de Jérusalem devant les forces de Saladin en 1187, les Templiers parvinrent à résister quelques mois dans certaines de leurs places fortes mais, peu à peu, en perdirent la plus grande partie. 

Il fallut attendre l'issue de la troisième croisade, menée par les rois de France, d'Angleterre et l'empereur d'Allemagne, pour que les Templiers reconstituassent leur dispositif militaire en Terre sainte.
Au xiiie siècle, dans le royaume de Jérusalem, les Templiers possédaient quatre forteresses : le château Pèlerin construit en 1217-1218, la forteresse de Safed reconstruite en 1240-1243, le château de Sidon et la forteresse de Beaufort tous deux cédés par Julien, seigneur de Sidon en 1260.
Dans le comté de Tripoli, ils disposaient du château de Tortose reconstruit en 1212, d'Arima et du Chastel Blanc.
Au nord, dans la principauté d'Antioche, les places fortes templières étaient Baghras (Gaston) récupérée en 1216, ainsi que Roche de Roissel et Roche-Guillaume qu'ils détenaient toujours, Saladin ayant renoncé à les conquérir en 1188.

Les forteresses ibériques

Dès 1128, l'ordre reçoit une première donation au Portugal, des mains de la comtesse régnante du Portugal, Thérèse de León, veuve d'Henri de Bourgogne : le château de Soure et ses dépendances. En 1130, l'ordre a reçu 19 propriétés foncières. Vers 1160, Gualdim Pais achève le château de Tomar, qui devient le siège du Temple au Portugal.


Le château d'Almourol au Portugal

En 1143, Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone, demanda aux Templiers de défendre l'Église d'Occident en Espagne, de combattre les Maures et d'exalter la foi chrétienne. Les Templiers acceptèrent non sans réticence, mais se limitèrent à défendre et pacifier les frontières chrétiennes et à coloniser l'Espagne et le Portugal. Une nouvelle population chrétienne venait en effet de s'installer autour des châteaux donnés aux Templiers, la région étant pacifiée. La Reconquista fut une guerre royale. De ce fait, les ordres de chevalerie y étaient moins autonomes qu'en Orient. Ils devaient fournir à l'armée royale un nombre variable de combattants, proportionnel à l'ampleur de l'opération militaire en cours-

 


Ainsi, les Templiers espagnols ont participé à la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, à la prise de Valencia en 1238, de Tarifa en 1292, à la conquête de l'Andalousie et du royaume de Grenade. Au Portugal, les Templiers ont pris part à la prise de Santarém (1146) et à celle d'Alcácer do Sal (1217).
L'action de l'ordre du Temple dans la péninsule ibérique fut donc secondaire, car l'ordre tenait à privilégier ses activités en Terre sainte. Cependant, il possédait bien plus de places fortes dans la péninsule ibérique qu'en Orient. En effet, on dénombre au moins soixante-douze sites rien que pour l'Espagne et au moins six pour le Portugal (on compte seulement une vingtaine de places fortes en Orient). C'est également dans cette zone que l'on trouve les édifices qui ont le mieux résisté au temps (ou qui ont bénéficié de restaurations), comme par exemple les châteaux d'Almourol, Miravet, Tomar et Peñíscola-

 

 
Les forteresses dans l'Europe de l'Est

 

 



À la différence de l'Orient et de la péninsule ibérique où les Templiers faisaient face aux musulmans, l'Europe de l’Est, où les ordres religieux-militaires étaient également implantés, les a confrontés au paganisme. En effet, les territoires de la Pologne, de la Bohême, de la Moravie, de la Hongrie, mais aussi de la Lituanie et de la Livonie formaient un couloir de paganisme, constitué de terres sauvages en grande partie non encore défrichées, pris en tenailles entre l'Occident catholique et la Russie orthodoxe. Borusses (Prussiens), Lituaniens, Lives ou Coumans, encore païens, y résistaient à l'avancée - lente mais inexorable - du christianisme depuis plusieurs siècles. La christianisation catholique, qui nous intéresse ici, se faisait à l'initiative de la papauté mais avec le soutien des princes germaniques convertis (qui y voyaient l'occasion d'agrandir leurs possessions terrestres en même temps que de renforcer les chances de salut pour leur âme) et avec l'appui des évêques, notamment celui de Riga, qui tenaient en quelque sorte des places fortes en territoire païen.
Après la disparition en 1238 de l'ordre de Dobrin (officiellement reconnu par le pape Grégoire IX sous le nom « Chevaliers du Christ de Prusse »), qui avait procédé aux premières conversions, les Templiers se virent invités formellement à prendre pied en Europe orientale. À cet effet, furent octroyés à l'ordre trois villages le long de la rivière Bug ainsi que la forteresse de Łuków (qu'ils se virent confier en 1257, en même temps que la mission de défendre la présence chrétienne dans cette région). Tout au long du xiiie siècle, la présence des Templiers en Europe orientale est allée en augmentant et on compta jusqu’à quatorze établissements et deux forteresses templières.
Cependant, les Templiers (tout comme les Hospitaliers, qui furent également présents en Europe orientale) cédèrent rapidement la place à l’ordre Teutonique dans la lutte contre le paganisme dominant ces régions reculées. Les deux ordres hésitaient à ouvrir un troisième front venant s'ajouter à ceux de la Terre sainte et de la péninsule ibérique, alors que l'idée première de cette installation aux frontières du christianisme était surtout de diversifier les sources de revenus afin de financer la poursuite des activités principales de l'ordre en Terre sainte.
Autre région d'Europe orientale, mais plus méridionale, la Hongrie dut faire face tout comme la Pologne aux invasions dévastatrices des Mongols aux alentours de 1240. Présents là aussi, les Templiers envoyaient des informations aux rois occidentaux sans pour autant arriver à les alerter suffisamment pour qu'une réaction volontaire et efficace fût déclenchée-

 


Les commanderies

 


Une commanderie était un monastère dans lequel vivaient les frères de l'ordre en Occident. Elle servait de base arrière afin de financer les activités de l'ordre en Orient et d'assurer le recrutement et la formation militaire et spirituelle des frères de l'ordre. Elle s'est constituée à partir de donations foncières et immobilières. Le terme préceptorie, est à tort employé: « ...Il est donc absurde de parler de "préceptorie" alors que le mot français correct est "commanderie"; et il est de plus ridicule de distinguer deux structures différentes, préceptorie et commanderie... »
La plupart des biens possédés par l'ordre du Temple provenaient de dons ou de legs. Dans les premières années de sa création, les dons fonciers ont permis à l'ordre de s'établir partout en Europe. Puis, il y a eu trois grandes vagues de donations de 1130 à 1140, de 1180 à 1190 et de 1210 à 1220- Tout d'abord, on peut noter que tous les hommes qui entraient dans l'ordre pouvaient faire le don d'une partie de leurs biens au Temple. Ensuite, les dons pouvaient provenir de toutes les catégories sociales, du roi au laïc. Par exemple, le roi Henri II d'Angleterre céda au Temple la maison forte de Sainte-Vaubourg et son droit de passage sur la Seine au Val-de-la-Haye, en Normandie. Un autre exemple que l'on peut citer est le don fait en 1255 par le chanoine Étienne Collomb de la cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre d'un cens perçu dans le bourg de Saint-Amâtre- 
Même si les dons étaient en majorité composés de biens fonciers ou de revenus portant sur des terres, les dons de rentes ou revenus commerciaux n'étaient pas négligeables. Par exemple, Louis VII céda en 1143-1144 une rente de vingt-sept livres établies sur les étals des changeurs à Paris- 
Les dons pouvaient être de trois natures différentes :

 


-Donation pro anima : il pouvait s'agir d'une donation importante (qui était souvent à l'origine de la création d'une commanderie) ou alors d'un don foncier mineur ne portant que sur quelques parcelles. La motivation du donateur était d'invoquer le salut de son âme ou la rémission de ses pêchés.

-Donation in extremis : ce type de donation était réalisé en majeure partie par des pèlerins agissant par précaution. Ils effectuaient ce don avant de partir en Terre sainte. Peu nombreuses, ces donations ont été vite remplacées par le legs testamentaire.

-Donation rémunérée : le donateur agissait dans le but de percevoir un contre-don. Il ne s'agissait pas exactement d'une vente mais plutôt d'un don rémunéré, assurant le donateur d'un avoir lui permettant de recevoir de quoi vivre. Le bénéficiaire (à cette occasion l'ordre du Temple) était également gagnant dans ce type de don, le contre-don étant d'une valeur inférieure. Le but de ce type de donation était de faciliter le processus de don, sachant que la cession de tout ou partie d'un bien foncier pouvait sérieusement entamer le revenu du donateur ou celui de ses héritiers. Il n'était pas rare d'ailleurs que certains conflits entre l'ordre et des héritiers survinssent en de pareils cas, le litige se réglant parfois par le biais de la justice.
Après la réception de ces dons, il restait à l'ordre du Temple d'organiser et de rassembler le tout en un ensemble cohérent. Pour ce faire, les Templiers ont procédé à nombre d'échanges ou de ventes afin de structurer leurs commanderies et de rassembler les terres pour optimiser le revenu qui pouvait en

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