Le christianisme en Chine

 

 

  

 

 

 

 

 

 

Les débuts du christianisme en Chine commencent avec la période médiévale mais cette première évangélisation s'interrompt, de manière totale semble-t-il, à la fin du XIVe siècle. Il faut alors attendre la fin du XVIe siècle pour voir pénétrer dans l'Empire du Milieu, en principe fermé, une poignée de religieux. Prêcher en Chine n'est pas chose facile, surtout lorsqu'on a conçu l'ambition de convertir les milieux dirigeants, et l'empereur lui-même. Jean-Pierre Duteil auteur du Mandat du Ciel. Le rôle des jésuites en Chine. (Arguments, 1994) explique comment Matteo Ricci et ses compagnons ont été amenés à adapter la religion catholique, celle du concile de Trente, à une civilisation non-chrétienne, et dans des proportions jusque-là inégalées, non sans faire naître une vive opposition.

 

 

De saint Thomas à François Xavier, premiers contacts avec l'Extrême-Orient

La diffusion du christianisme vers l'Asie remonte à la fin de l'Antiquité. La légende, en partie toutefois confirmée par les fouilles archéologiques, attribue à saint Thomas les débuts de l'évangélisation de l'Inde, et l'origine du sanctuaire de Sao Tomé de Meliapur, sur la côte de Coromandel. À l'intérieur de la Chine, une stèle trouvée au XVIIe siècle à Xi'an, l'ancienne capitale Chang'an, révèle l'existence, très tôt, de communautés chrétiennes nestoriennes sur le sol chinois. Ce document unique, la « stèle de Si ngan fou », est daté de 781 ; le texte bilingue, syriaque et chinois, précise que les Écritures saintes auraient été introduites à Chang'an dès 631. De cette implantation précoce, toutefois, ne sont parvenus en Occident que quelques renseignements épars et vite oubliés.

 

De ces bribes, ne restent pratiquement pas de souvenirs lorsque s'organisent les missions médiévales qui aboutissent à mettre en place un premier réseau d'évêchés en Chine. Il est vrai que l'objectif que l'on visait était le peuple des Mongols, non celui de la Chine ; ces missions, initiées par Rome et par saint Louis, n'en permettent pas moins à l'Europe de prendre contact avec la civilisation chinoise, au moment précis où celle-ci est reconnue également par les marchands vénitiens. Mais encore une fois, les difficultés des derniers siècles du Moyen Âge semblent avoir contribué à faire disparaître tout souvenir de ces missions.

 

Au XVIe siècle, après l'arrivée des navires de Vasco de Gama à Calicut, les franciscains et les dominicains portugais suivent de près les marins et les soldats qui ont l'impression de découvrir l'Asie : Inde, Moluques, Japon, Chine enfin où les premiers navires portugais abordent entre 1513 et 1520. L'élan missionnaire est encore amplifié en 1540, avec la fondation de la Compagnie de Jésus ; l'un des fondateurs, François-Xavier, part évangéliser la côte ouest du Deccan, puis les Moluques. Il aboutit en fait au Japon avant de mourir face à la Chine où il n'a pu pénétrer, en 1552.

 

Les missions médiévales en direction du Grand Khan

L'histoire des missions médiévales vers l'Orient est bien sûr liée aux croisades. Dès 1233, le pape Grégoire IX avait envoyé des franciscains vers les différents princes musulmans : calife de Bagdad, sultans de Konya, Damas ou du Caire ; ils présentaient là un exposé de la foi chrétienne, qu'ils expliquaient, sans grand succès en général. L'échec de ces tentatives par rapport à l'islam semble patent autour de 1245. Toutefois, ces quelques missions vers l'Orient permettent de mesurer les divergences entre Églises latines et arméniennes, par exemple : du côté latin, Simon de Saint-Quentin peut ainsi dresser un catalogue des « erreurs » du camp adverse. Lorsqu'arrivent les hordes mongoles, à partir de 1236, les Géorgiens n'en appellent pas moins le pape à l'aide ; huit dominicains fondent alors un couvent à Tiflis. Grégoire IX, pape de 1227 à 1241, en arrive à estimer possible l'union des Églises, et multiplie dans ce but les envois de lettres et même de religieux vers les Coptes d'Égypte, les Jacobites de l'Inde, ainsi que vers les Chaldéens et Nestoriens égrenés sur la « route de la Soie ».

 

Ces premières missions médiévales sont vite dépassées par le projet plus vaste d'une grande mission vers les Mongols. Ces derniers sont mentionnés pour la première fois en 1221, peu après la cinquième croisade ; la mobilité des cavaliers des steppes et l'impact psychologique de leurs raids foudroyants semblent imparables. Les Européens ont d'abord eu l'impression de démons sortis de l'enfer, ce qui entraîne la confusion entre leur nom, les Tatars, et celui du « Tartare ». Les Tartares dévastent des parties entières de l'Asie, puis de l'Europe orientale : Perse, Arménie, Géorgie, puis Russie et, en 1241, Hongrie, Pologne et Bohême. Le sultanat de Turquie, l'Irak, la Russie, la Géorgie, s'effondrent : la catastrophe touche autant les musulmans que les chrétiens. Dans son Histoire des Tartares, Simon de Saint-Quentin traduit le texte du khan Güyük qui ordonne la soumission de tous les peuples.

 

C'est dans ce contexte qu'Innocent IV envoie deux missives « au roi et au peuple des Tartares » en 1245. Il propose un plan de paix, et présente un exposé de la doctrine chrétienne, puis confie tout cela au franciscain Giovanni da Piane Carpino – Jean de Plan Carpin – qui part de Lyon le 16 avril puis s'adjoint à Wroclaw son confrère Benoît de Pologne. Il rencontre les Mongols peu après Kiev, puis les suit jusqu'en Mongolie, où il assiste au couronnement de Güyük. La relation de sa mission, l'Ystoria Mongalorum, donne à l'Europe de précieuses informations sur ces peuples, ainsi que sur leurs techniques de combat. Mais les buts diplomatiques de l'ambassade sont loin d'être atteints : bien au contraire, ce sont les Mongols qui invitent le pape à se soumettre au khan. Toutefois, Plan Carpin signale un élément encourageant : il a constaté la présence de chrétiens autour de Güyük, et même d'une chapelle chrétienne parmi ses tentes. À son retour en 1248 circulera même le bruit que Güyük se serait converti au christianisme… Tout cela incite le roi de France, en l'occurrence Louis IX, à envoyer un dominicain vers le camp mongol : André de Longjumeau part donc avec des fragments de la Vraie Croix et une tente-chapelle ornée de panneaux représentant la vie du Christ. Il n'arrive en Mongolie qu'après la mort de Güyük, en 1250 : sa veuve remet au missionnaire une lettre qui, de nouveau, invite les Occidentaux à la soumission. Toutefois, Longjumeau ajoute des détails sur la situation des chrétiens captifs chez les Mongols, et sur celle des chrétiens d'Orient en terre d'islam. Ces informations amènent Innocent IV à envisager la création d'un épiscopat missionnaire par la bulle Athleta Christi.

 

Les plus anciens documents sur l'Empire mongol

Saint Louis conserve l'initiative avec l'envoi, en 1252, de deux franciscains chargés de porter l'Évangile aux Mongols : Guillaume de Rubrouck et Barthélemy de Crémone. Le roi a confié à Rubrouck une lettre dans laquelle il demande la liberté de prédication pour les missionnaires, et où il félicite le khan de son baptême. Mal interprétée, cette missive provoque une nouvelle et brutale invite à soumission. Sur place, on interdit aux missionnaires la moindre tentative d'apostolat.

 

Envoyée à Louis IX par l'intermédiaire du clerc Gosset, la relation de Rubrouck reste irremplaçable pour l'historien. Son texte constitue l'une des références les plus anciennes sur l'empire mongol : elle est d'ailleurs contemporaine des deux textes classiques que sont la chronique chinoise Yuan che (XIVe siècle) et l'Histoire secrète, la grande épopée mongole (1240). Rubrouck est le premier Européen à identifier le « Pays des Sères » de l'Antiquité comme étant le mystérieux Cathay, à décrire l'écriture chinoise, à mentionner la prise du pouls telle que l'effectuent les médecins chinois, ainsi que la doctrine de la réincarnation. Son texte est aussi l'un des premiers à présenter la Caspienne comme une mer fermée, à décrire l'onagre ou à évoquer la parenté qu'offrent entre elles les diverses langues slaves. L'apport est essentiel également sur le plan ethnographique : le Voyage de Rubrouck nous renseigne sur les séances de divination chamanique, sur les idoles de feutre qu'emportaient avec eux les conquérants des steppes, sur les rites de purification par le feu et les divers interdits concernant l'eau, le feu, le seuil des yourtes. Ce moine franciscain, qui voyage avec son compagnon dans le costume de son ordre, livre des renseignements qui sont parmi les plus anciens de ceux que nous possédons sur les rites archaïques de l'Asie, par exemple la lecture de l'avenir sur des omoplates de mouton calcinées, procédé voisin des techniques chinoises de divination à partir d'écailles de tortues ou scapulomancie. Rubrouck annonce aussi les difficultés religieuses des siècles futurs ; les chrétiens nestoriens, qui semblent nombreux et influents, y sont systématiquement dépréciés ainsi que les « tuins », probablement des religieux bouddhistes.

 

Le franciscain Montecorvino et l'archevêché de Khanbaliq

Après 1250, l'effort missionnaire se ralentit, alors que la menace d'une nouvelle offensive mongole se dessine sur les frontières de la chrétienté. En 1269 les frères Maffeo et Niccolo Polo, deux marchands vénitiens, reviennent d'un séjour dans l'empire mongol par l'Orient latin et font savoir que Qubilaï, successeur de Möngkä, s'est enquis près d'eux de la religion des Francs et demande aux papes cent lettrés. On parle ensuite du baptême de Qubilaï : fausse nouvelle, puisque l'empereur, même si sa mère était chrétienne, se tourne vers le bouddhisme alors qu'il déplace sa capitale de Karakorum à Khanbaliq, le « siège du khan », l'actuelle Pékin. L'empereur, c'est vrai, n'en a pas moins réclamé l'envoi de missionnaires latins. C'est ce qui décide Nicolas IV à lui envoyer le franciscain Jean de Montecorvino en tant que légat apostolique. Le légat est porteur de missives pour Qubilaï et les principaux princes mongols, ainsi que pour les patriarches des Églises d'Orient. En juillet 1289 il prend la route, puis choisit la voie maritime entre le golfe Persique et l'océan Indien, évitant ainsi de rencontrer des bandes de soldats, car la guerre fait rage entre Qubilaï et Qaidu, qui domine le Turkestan.

 

Avec deux compagnons, Montecorvino séjourne dans l'Inde du Sud où ont lieu quelques baptêmes. Il reprend la mer treize mois plus tard, pour parvenir à la fin de 1293 à Khanbaliq, peu avant la mort de Qubilaï, en février 1294. Le nouveau khan, Temür, continue à entourer le légat de nombreux égards ; mais les rapports se dégradent vite avec le clergé nestorien, qui fait détruire la première église construite par Montecorvino. La seconde tentative s'accompagne de baptêmes et de l'édification annexe d'un couvent franciscain, peuplé de jeunes esclaves que le légat rachète, et à qui il enseigne le plain-chant et le latin. Rome apprend avec surprise, en 1307, que cette jeune Église latine atteint plusieurs milliers d'âmes. La question est désormais de mettre en place un archevêché et une province ecclésiastique. L'archevêché de Khanbaliq est donc érigé : il a sous sa juridiction la totalité de l'empire mongol, y compris la Chine de la dynastie Yuan, et Rome lui donne six suffragants. Il revient à Montecorvino d'attribuer à ces six suffragants un diocèse et une cité épiscopale. Le légat ne voit d'ailleurs que trois prélats parvenir à Khanbaliq en 1313, afin de le consacrer. Il reste difficile de préciser ce qu'étaient les communautés chrétiennes dépendant de ce premier archevêché de Khanbaliq ; on sait que certains chrétiens de rite grec, comme les Alains déportés en Extrême-Orient par les Mongols, s'étaient soumis à Rome, ainsi que les Arméniens. Et puis, l'archevêque a aussi rencontré en Chine des Latins : marchands génois, soldats enrôlés dans la garde du khan. La vie des communautés est connue par quelques lettres d'évêques : André de Pérouse en 1313, Peregrino de Castello en 1318, ainsi que par la relation de voyage d'Odoric de Pordenone, qui a visité Zaytoun (Canton). Montecorvino avait suffisamment d'audience au palais impérial pour donner sa bénédiction au Grand Khan en personne au cours de l'année 1326.

 

La mission du Cathay s'articulait autour des résidences franciscaines de Khanbaliq, Zaytoun, Qinsay (Hangzhou) et Linqin, au Shandong. À la mort de Montecorvino, sans doute en 1330, aucun des évêques nommés par le pape Clément V n'était encore vivant. Trois ans plus tard, Jean XXII désigne un nouvel archevêque, qui ne parvient pas à Khanbaliq, et c'est le khan Toghan Temür qui écrit finalement au pape pour obtenir le successeur de Montecorvino. Quatre légats porteurs de cadeaux atteignent la capitale de l'empire mongol en 1342, mais un nouvel archevêque, le franciscain Guillaume du Pré, n'est désigné qu'en 1370. Lorsqu'il réussit à atteindre Khanbaliq, c'est pour constater que les choses ont bien changé : les Chinois se sont révoltés, et ont chassé le Grand Khan depuis 1368. Les néophytes mongols ou alains ont été chassés vers les steppes, tandis que la nouvelle dynastie d'origine chinoise, celle des Ming (1368-1644) apparaît résolument nationale et hostile aux religions étrangères, du moins à ses débuts. Après 1370, la présence d'un évêque à Khanbaliq n'est plus certaine : la mission médiévale vers l'Extrême-Orient disparaît, et les religieux de l'époque moderne n'en conservent même pas le souvenir.

 

La volonté d'évangélisation se heurte à la fermeture de l'empire des Ming

Il est en effet surprenant de constater, à travers les sources, que les missionnaires souvent érudits de l'époque moderne n'ont gardé aucune trace de l'œuvre accomplie par Plan Carpin, Rubrouck ou Montecorvino. Seul est évoqué, et rarement, le nom de Marco Polo ; c'est donc une véritable « redécouverte » de la Chine qui a lieu à partir des années 1520, menée par les Portugais, qui ont débarqué pour la première fois à Canton avec Jorge Alvares en 1513. L'un des récits les plus anciens sur la Chine et les pays voisins est la Pérégrination de Fernaõ Mendes Pinto, qui a été jésuite pendant un bref laps de temps et dont le texte reste passablement confus.

 

Systématiquement, au milieu du XVIe siècle, des représentants des principaux ordres mendiants : franciscains, dominicains et augustins, prennent place à bord des caraques et galions en partance pour les Indes orientales ou occidentales, à Lisbonne ou à Séville. Depuis le traité de Tordesillas du 7 juin 1494, chacun des deux pays ibériques a reçu le monopole de l'évangélisation et de la colonisation dans « sa » moitié du monde : Afrique et Asie pour le Portugal, Amérique pour l'Espagne. La Chine dépend donc, si l'on peut dire, des Portugais. Les négociateurs de Tordesillas n'avaient toutefois pas prévu deux difficultés : ayant réussi à faire repousser vers l'ouest la « ligne de démarcation » qui coupe l'Atlantique du nord au sud, les Portugais ont vu tomber le Brésil dans leur domaine. En revanche, les Espagnols, poursuivant l'exploration toujours vers l'ouest à travers le Pacifique, rencontrent les Portugais aux Moluques et finissent par s'installer aux Philippines dans les années 1570-1580.

 

Ces considérations théoriques doivent être toutefois reléguées au second plan par rapport aux énormes difficultés qui marquent les débuts de l'évangélisation de la Chine. L'empire des Ming n'a que faire du « droit de patronage » ou padroado reconnu par le pape aux autorités portugaises. Son territoire est fermé de manière presque hermétique aux étrangers ; quelques franciscains réussissent à débarquer clandestinement sur les côtes méridionales, mais leur action se réduit à peu de chose, essentiellement pour des raisons linguistiques.

 

Les premières missions jésuites en Extrême-Orient

Les choses changent après la création de la Compagnie de Jésus, en 1540. La mission est considérée dès le départ, par Ignace de Loyola et ses compagnons, comme l'un des buts essentiels, et François-Xavier part sans plus attendre vers l'Orient. Il sait que la mission passe par l'apprentissage des langues locales : après avoir évangélisé les Paravers de la côte de la Pêcherie, au sud-ouest du Deccan, il part vers Malacca et de là s'embarque vers le Japon, qu'il atteint en 1549, sur un vaisseau portugais. Il y reste deux ans, puis, s'étant rendu compte de la parenté des systèmes graphiques, se persuade que c'est la Chine qui est la mère des diverses civilisations asiatiques : c'est donc elle qu'il faut évangéliser en priorité, et il tente sans succès de pénétrer dans l'empire des Ming. Il s'installe dans l'îlot de Xangchuan, dans l'actuelle rade de Hongkong, face à Canton. Les Portugais sont présents dans ces eaux et s'y installent durablement en 1555 après accord avec le mandarin de Canton, qui les remercie d'avoir débarrassé la baie des pirates, grâce à leur artillerie : c'est là l'origine du comptoir de Macao. En attendant, François-Xavier meurt misérablement, assisté par son domestique chinois, à la fin de 1552. Son corps, réputé incorruptible, sera plus tard transféré à Goa à l'exception du bras droit expédié chez les jésuites, à Rome. Il fera de Goa un important lieu de pèlerinage.

 

Mais la Chine des Ming reste fermée, et la méfiance est telle que les autorités cantonaises ont fermé par un mur l'étroite langue de terre qui relie au continent la presqu'île de Macao. Dans ce mur s'ouvre une porte unique, gardée par des soldats et scellée par trois bandes de papier sous l'inscription « craignez notre grandeur et respectez notre vertu ». Les Chinois avaient peur, en fait, des aspects stratégiques de Macao, et en particulier des clochers des églises, considérés comme des « tours ». Mais le commerce ne perd pas ses droits, et la porte s'ouvrait de temps à autre, en particulier lors des foires annuelles de Canton. C'est déguisés en marchands que passent quelques missionnaires, à partir de 1579 : le franciscain Pedro de Alfaro, les jésuites Michele Ruggieri et Francesco Pasio, rejoints en 1583 par Matteo Ricci. Tous avaient attendu ce moment des années durant à Macao, en avaient profité pour se familiariser avec le monde chinois, sa langue et sa pensée, et avaient commencé à percevoir la différence entre la langue mandarinale et le dialecte cantonais.

Source : Chine et christianisme Jacques Gernet Gallimard, Paris, 1982

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