Le travail de copiste

 

Confectionner un manuscrit est un travail collectif de longue haleine. La première étape consiste à fabriquer le support de l’écriture, le parchemin, issu de la peau animale, en particulier chèvre, mouton, porc et veau.

Cette préparation s’effectue en général, jusqu’au XIIe siècle, aumonastère. Ce sont les convers ou des paysans affiliés à l’abbaye qui se chargent de cette opération ingrate appelée " le travail de rivière ". Il faut débarrasser la peau, côté externe, de ses poils et de l’épiderme, côté interne, de la graisse. Vient ensuite le tannage à base de noix de galle qui rend la peau imputrescible. Le derme ainsi obtenu, encore humide, est tendu sur un cadre : la qualité du parchemin dépendra en grande part d’un séchage lent et régulier. La peau est ensuite amincie des deux côtés à l’aide d’un racloir afin que l’écriture puisse être apposée aussi bien au recto qu’au verso du feuillet.

Aucun parchemin n’est semblable à un autre : son épaisseur, sa souplesse, sa couleur varient en fonction demultiples facteurs. Le parchemin le plus prisé est le vélin, obtenu à partir de la peau des veauxmort-nés ou des très jeunes chevreaux.

La finition du parchemin relève du travail du copiste qui blanchit à la chaux ou à la cendre son support afin de le rendre plus opaque. Pour lesmanuscrits très précieux, la surface des parchemins est lissée délicatement à la pierre ponce afin d’éliminer toute aspérité.

Installé dans le scriptorium, lemoine copiste agence chaque folio en effectuant à l’aiguille de minuscules trous, les piqûres, qui constituent autant de repères pour tracer le cadre de la mise en page. Cette opération s’avère capitale car elle structure l’ensemble du livre et détermine le travail de chaque intervenant. Si le copiste se charge de transcrire à l’encre noire le texte principal, il doitménager des espaces pour rédiger les gloses marginales, c’est-à-dire les développements (inscrits en plus petit dans la marge) suscités par certains passages bibliques. Il doit aussi prévoir l’emplacement des titres (les rubriques) rédigés en rouge par le rubricateur. Enfin, il réserve des rectangles vierges destinés aux images réalisées plus tard par les enlumineurs et les doreurs.

 

 

  


 

Après l'effondrement de l'empire romain, la culture occidentale se réfugie dans les monastères où se développent des ateliers de reproduction des manuscrits antiques : les scriptoria. Dans les scriptoria, les moines recopient et illustrent surtout des textes religieux mais aussi des textes de l’Antiquité.

 

 

 Le scriptorium

 Le scriptorium est un atelier d’écriture. Dans le scriptorium travaillaient des moines-copistes et des enlumineurs. Pratiquement chaque grand monastère, abbaye ou couvent possédait à un moment donné un scriptorium. Citons le couvent du Mont Sainte-Odile où fut créé l'Hortus Deliciarum, ou encore l’abbaye de Marb ach où fut réalisé le Codex Guta-Sintram… Il y régnait une intense activité dès qu’une abbaye avait l’intention de se constituer une grande bibliothèque. Les scriptoria les plus actifs ne travaillaient pas uniquement pour leur propre monastère mais jouaient un rôle analogue à une maison d'édition en fournissant en copies les princes, les églises et d'autres monastères.

 

  Travail de copie

 Les copistes sont assis sur des bancs, appuyés sur un pupitre incliné : le lutrin. Avant de commencer le travail de copie, le copiste prépare sa page. Il crée une marge. Il trace des traits verticaux et horizontaux qui délimitent l’endroit où il écrira le texte. Pour ce travail de préparation, il utilise un crayon à la mine de plomb, une règle, un compas et des cahiers de parchemin sur lesquels il écrira.

 Il donne ensuite le parchemin à l’enlumineur qui détermine la place réservée aux dessins et aux lettres décorées. Ensuite, il écrit le texte soit en le recopiant, soit sous la dictée. Il écrit avec une plume d’oie qu’il trempe dans l’encre noire.

 La marge n’est pas toujours un espace vide mais bien  souvent elle est remplie de commentaires sur le texte. Ces co mmentaires sont écrits dans des caractères plus petits que le texte principal.

 

 L’enluminure

 Une fois le texte copié, c’est l’enlumineur qui a la charge de décorer le manuscrit avec des dessins : les enluminures. Les enluminures sont des décors peints à la main ornant les pages des manuscrits du Moyen-Age. Elles servent de repère dans le texte, l’illustrent et décorent la page. Certains manuscrits enluminés sont magnifiques car au Moyen-Age rien n’était trop beau pour honorer Dieu.

 On distingue trois sortes d’enluminures :

- les initiales ornées qui sont soit simplement peintes en couleur et d’une plus grande taille, soit décorées de personnages, d’animaux ou de motifs.

- l’illustration en vignette qui peut aller jusqu’à une page entière.

- une décoration dans les marges sous forme de végétaux, de bêtes fantastiques ou de personnages.

 Dans l’emplacement réservé à la décoration, l’enlumineur trace les contours du dessin avec une plume très fine et de l’encre diluée. Les couleurs sont appliquées au pinceau très fin. Il faut laisser sécher le parchemin entre chaque application de couleur afin qu’il ne gondole pas et que les couleurs ne se mélangent pas.

 

  Encres et couleurs des manuscrits

Il existait trois sortes d’encre :

 -l’encre faite à partir de gomme et de suie qui résiste mal à l’eau ;

 -l’encre à acide gallique dont l’acidité fait des trous dans le parchemin ;

- un mélange des deux encres qui est le plus fréquemment utilisé.

 Pour fabriquer les couleurs, les enlumineurs utilisent des matériaux d’origine animale, végétale (fleurs, épices) et minérale (pierres, métaux). Certains produits viennent de très loin et le commerce des colorants est florissant dans tout le bassin méditerranéen et dans les pays arabes. Si au haut Moyen-Age il n’existe que 32 colorants, la palette de couleurs s’est considérablement élargie à la fin du Moyen-Age. Les différents ingrédients sont broyés en poudre, dilués avec un peu d'eau et liés avec du blanc d’œuf qui donne aux couleurs une remarquable intensité.

  Ecritures

 A partir du VIIIe siècle, le moine-copiste utilise l’écriture caroline dont les lettres sont arrondies, bien détachées les unes des autres et facilement lisibles. Elle restera en usage en Europe jusqu’au XIIe siècle. Au XIIIe siècle, l’écriture devient plus anguleuse : c’est l’apparition de l’écriture gothique qui se répand dans toute l’Europe.

Une fois rédigées et enluminées, les feuilles de parchemin sont pliées en 2 ou en 4 puis reliées à l’aide de lanières de cuir, les nerfs. Le codex est alors protégé par des ais de bois décorés par du cuir estampé, des clous à grosse tête ou encore des plaques demétal ou d’émail-

 

Source

Jean Glenisson, Le livre au Moyen-Age, Presses du CNRS

.Pierre Riché, Éducation et culture dans l'Occident barbare (VI-VIII), Paris, 1972.

Commentaires (1)

1. florence 06/09/2011

bonjour, j'ai choisi comme sujet de travail de fin d'étude (tfe) "les copistes" mais plus précisément dans la reproduction de peintures.je voulais savoir si vous pouviez m'aidé à ce sujet, comme me donner des noms de personne qui pratique ce métier en belgique, car je suis de bruxelles, ou encore des infos me permettant de compléter mon dossier. bien à vous mlle florence

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