Les samouraïs

 

 

 

 

 

Mais qui étaient ces fiers guerriers qui forgèrent le caractère d’une nation ? Pendant de nombreux siècles, la société japonaise avait été formée de clans locaux, tissus de loyautés ancestrales. La nation s’était unie sous un empereur, peut-être dès l’an 300 de notre ère, mais l’autorité impériale restait précaire. Un certain nombre d’empereurs ne furent en réa­lité que les fantoches de nobles guerriers qui luttaient entre eux pour le pouvoir. Au xe siè­cle, les Fujiwara tenaient les rênes du pouvoir et l’empereur n’était plus qu’un jouet entre les mains de cette puissante famille.

 

Sous les Fujiwara, les nobles japonais se rassemblèrent dans les villes et à la cour impériale de Kyoto, laissant dans les provinces un vide qui fut comblé par de nouveaux chefs de clans, qui, à l’instar des barons de l’Europe du Moyen Age, s’entourèrent de leurs armées privées. Ces guerriers s’appelaient des bushi, et plus tard des samouraïs, un mot d’origine chinoise qui signifie « celui qui sert ». Au début, les samouraïs furent « les crocs et les griffes des Fujiwara ». Mais ils finirent par se frayer un chemin vers le pouvoir jusqu’à ce qu’une des principales familles de samouraïs, en 1156, tire parti des disputes qui déchiraient la famille impériale pour supplanter les Fuji­wara. Pendant près de sept cents ans, la vie du japon allait être complètement dominée par la classe des guerriers.

 

La notion de loyauté absolue était au centre de la tradition des samouraïs. Tout guerrier digne de ce nom, illustre chevalier ou simple coureur de fortune, était lié par serment à son seigneur. Les chefs de clan rendaient eux­-mêmes allégeance à l’empereur, dont ils véné­raient encore le titre et les origines divines, même si le monarque vivait reclus à sa cour, réduit à l’impuissance. L’obéissance était l’idéal absolu. Aucun samouraï ne pouvait contester un ordre, ni même s’arrêter un instant pour y songer. Les jeunes guerriers apprenaient que leur vie appartenait tout en­tière à leur maître, qui pouvait en disposer à son gré. Et lorsque le maître mourait au combat ou dans son lit, les gens de sa suite se croyaient parfois obligés de se suicider pour l’accompagner dans l’au-delà : un classique du théâtre japonais, Chuchingura, raconte com­ment quarante-sept samouraïs se firent hara­kiri en 1703 plutôt que de rester sans maître.

 

Le mot hara-kiri signifie « ouverture du ventre », et cette forme de suicide était le privilège exclusif des guerriers (les femmes pouvaient s’ouvrir la gorge, et les marchands s’empoisonner). Le ventre étant considéré com­me le centre même de l’homme, sa mutilation fit l’objet de -règles élaborées : l’entaille au couteau, par exemple, devait se faire horizonta­lement, de gauche à droite, et le coup fatal dans le sens vertical. Mais il était difficile de trouver ainsi une mort certaine, et on procé­dait finalement à la décapitation. Un samouraï se faisait hara-kiri pour échapper à la honte, par dévouement pour son maître, ou en signe de protestation. Sur le champ de bataille, le suicide était un moyen courant d’éviter la capture, car, pour un sa­mouraï, la mort était préférable à l’humiliation de la reddition.  Avant que les samouraïs deviennent si puis­sants, les élégants courtisans les considéraient comme des bandits et des barbares. Plus tard, en certains samouraïs furent traités comme des héros semblables à des dieux. Aucune de ces deux images n’est parfaitement vraie. Sans aucun doute, les samouraïs arrogants et irres­pectueux des lois causaient des difficultés, surtout lors des périodes de paix un peu longues. Ils formaient une classe à part, totale­ment improductive, qui méprisait le com­merce. Par exemple, c’était une marque de bonne éducation de la part d’un guerrier que de ne pas connaître la valeur des pièces de monnaie en circulation dans le pays. Si un marchand semblait se méfier des pièces que lui donnait un samouraï, il était parfaitement légal que le guerrier l’abatte sur-le-champ. Per­sonne ne pouvait intervenir. A l’occasion, un roturier sans méfiance pouvait se faire décapi­ter par un samouraï qui ne voulait que « se faire la main » : le coup partait comme un éclair, avec un seul cri lugubre d’avertissement.

Mais tout n’était pas que violence dans le code des samouraïs, car la vie du guerrier était aussi une lente progression sur le chemin de la perfection morale. En fait, les samouraïs fu­rent fortement influencés par le bouddhisme zen, une croyance qui enseignait le respect de tous les êtres vivants. Ce sont ces mêmes guerriers qui ont popularisé la célèbre cérémo­nie du thé, calme rituel destiné à mieux faire apprécier les choses simples. Et c’est probable­ment le souci de pureté et de simplicité du culte zen qui attira ces farouches guerriers. Pour ascétique ou noble que fût le samouraï, il demeurait surtout une machine de guerre. Ses armes favorites étaient ses sabres, l’un long, l’autre court, tranchants comme des rasoirs. Les cavaliers de haut rang étaient aussi armés d’arcs et de flèches, alors que, tout au bas de l’échelle, les samouraïs les plus modes­tes se battaient’surtout à la lance.

 

"Enigmes et secrets du passé" reader’s digest 1986

 

L'origine

Au milieu du XIIe siècle, le Japon connaît un tournant dans son histoire. Deux grandes familles nobles s’affrontent pour obtenir le pouvoir. Ils sont prêts à tout pour y arriver. Le sang des deux partis est versé régulièrement sur les terres du Japon féodal. Les Taira et les Minamoto sont ces deux clans.

 

Les massacres de Kyoto

Depuis le dernier quart du XIe siècle, environ, désordres, brigandages et guerres privées sévissent, au fur et à mesure que s’amenuise l’autorité du pouvoir central. En 1156, la haine est à paroxysme entre les deux clans. Le point de non-retour est atteint. La guerre prend une envergure épouvantable. Kyoto, la capitale est atteinte. Cette dernière est alors dépourvue de toute fortification ou garnison.

 Les guerriers à la solde des Taira mettent le feu aux maisons et massacrent les habitants dévoués au clan des Minamoto. La plupart des prisonniers capturés sur place subissent la sentence de la décapitation. Le chef du clan des Minamoto endure lui aussi ce châtiment. Il est exécuté par l’un de ses propres guerriers qui se suicidera ensuite; et cela malgré la volonté des Taira qu’il soit exécuter par son fils. Mais, la victoire des Taira sur les Minamoto est de courte durée.

En effet, dans les années qui suivent, les Minamoto se reconstruisent. En 1192, Minamoto no Yoritomo, chef de la famille est nommé shogun – dictateur militaire. Une fois son pouvoir mis en place, il gouverne d’une main de fer, exemple que suit sa descendance. L’empereur n’est qu’un personnage fantoche. Cette situation dure jusqu’en 1333, et se nomme la «période de Kamakura», du nom du lieu de résidence des shoguns.

 

Les samouraïs

 Les Minamoto comme les Taira s’entourent alors de guerriers pour se protéger et combattre l’adversaire omniprésent. A la faveur des troubles grandissants, les guerriers se voient attribuer des liens d’allégeance de même nature que les liens féodaux que l’on trouve en Europe, vers la même époque.

 Ainsi, au début du XIIe siècle, la plupart des soldats sont liés aux deux grandes familles. Ce système féodal est fondé sur la loyauté personnelle. C’est ainsi qu’apparaît le guerrier gentilhomme, le samouraï, au service du seigneur. Le terme, signifiant «celui qui sert», prouve l’allégeance qu’il doit envers son suzerain.

 Les samouraïs sont unis à leur seigneur par un code qui exige une loyauté absolue, rien ne devant altérer leur dévouement vis-à-vis du maître, ni l’amour de leur famille (femmes et enfants), ni la peur de la mort. Ils sont entièrement voués à la protection et doivent obligatoirement répondre aux désirs de leur seigneur.

Le riche samouraï combat à cheval, revêtu d’un heaume et d’une armure souple faites de bandes d’acier reliées entre elles par des cordelettes ou des pinces. Nul homme d’un rang inférieur à la caste des guerriers n’est autorisé à utiliser les armes suprêmes de la guerre, en particulier la longue épée à double poignée, aussi vénérée qu’un objet sacré.

 D’une certaine façon, le samouraï ressemble au chevalier européen. Mais l’Eglise impose à la chevalerie européenne la ferveur religieuse et l’oblige à servir Dieu avant tout. Le samouraï combat pour son seigneur, sans qu’aucune morale dictée religieuse ne puisse mettre une limite aux actes qu’il commet. Au contraire, il est inspiré par une fidélité fanatique et un attrait pour la guerre et la violence.

 

 La voie du guerrier ou le bushido

 Le samouraï est soumis au bushido: il est entièrement dévoué à la vie militaire, faisant de la souffrance physique la règle, et de la mort en héros le but le plus noble. Plus largement, la vie du samouraï est réglée par un réseau serré de devoirs. Il a l’obligation absolue de fidélité et d’obéissance à ses supérieurs; fidélité totale aux lois, à l’empereur et surtout au shogun.

 Il doit également se soumettre totalement aux anciens de la famille, aux professeurs ou encore de ses patrons. En règle générale, il doit maintenir sans tâche, l’honneur du clan. Ainsi, s’il est défait ou fait prisonnier, le samouraï préfère se donner la mort plutôt que perdre son honneur de guerrier. Pour ce faire, il suit le rituel du seppuku qui consiste à s’ouvrir le ventre, avant d’avoir le cou tranché par l’un de ses servants.

 Afin de ne pas arriver à cette triste conclusion, le samouraï, dès sa plus tendre enfance, passe entre les mains de maîtres qui lui apprennent l’art d’utiliser arcs et épées, mais qui l’endurcissent aussi en le soumettant à des épreuves tels que le jeûne et l'errance pieds nus dans la neige. Cela lui permet d’acquérir la force physique nécessaire au combat.

 Lorsqu’il combat, il suit les méthodes appliquées pendant les entrainements, à savoir l’utilisation de la souplesse du mouvement qui l’emporte toujours sur la force brutale. Néanmoins, le samouraï reste un guerrier sans pitié, puisqu’il emporte souvent comme trophée la tête de ses ennemis.

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