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La querelle des médecins et des barbiers

Au début du Moyen Age, ce sont les moines-médecins qui eurent les premiers l’idée de se décharger sur le barbier du couvent d’une partie de leur travail; le médecin du Moyen Age se bornait à donner des conseils et à poser des indications, sans jamais œuvrer par lui-même “cum ferro et igne”, ainsi qu’il en prenait d’ailleurs l’engagement solennel à l’issue des examens de licence. Il se déchargeait de ces tâches dégradantes sur le chirurgien à robe longue et sur le barbier à robe courte.

 

L’importance du barbier, dénommé “rasor et minutor sanguinis” s’affirma surtout à partir du XIIe siècle. Outre la tonsure, les attributions du barbier, sous la direction du moine-médecin, comprenaient : la chirurgie courante et surtout la petite chirurgie, appliquant les ventouses et les cautères, saignant et ouvrant les abcès, pensant les plaies, réduisant les fractures et les luxations, soignant les entorses, et pratiquant les extractions des dents, vendant divers onguents, organisant des bains, qu’il effectuait dans une échoppe portant en enseigne trois bassins.. Plus tard, les chanoines médecins et les médecins laïcs imiteront les moines et c’est ainsi que peu à peu la chirurgie se sépara de la médecine et tomba entre les mains des barbiers.

 

Méprisé pour son ignorance du latin autant que par son humble condition, le barbier trouvait difficilement à s’instruire dans les ouvrages classiques. Cette lacune sera comblée plus tard grâce à l’imprimerie, qui permettra des éditions à bon marché et en langue vulgaire.

 

Ainsi, paru à Lyon en 1485, sous le titre de Guidon, une vulgarisation de l’œuvre de Guy de Chauliac en français, cette langue dont Ambroise Paré dira cent ans plus tard qu’elle est “autant noble que nulle autre estrangère”.

 

Les barbiers de Paris, au nombre de quarante, s’étaient érigés en une “Communauté” officiellement reconnue et protégée : “Le premier Barbier et valet de chambre du Roy est Garde du mestier des Barbiers de la ville de Paris … et chef de toute la Barberie et Chirurgie du Royaume”. Leur droit à l’exercice était subordonné à un examen passé devant quatre experts jurés (1311).

 

La chirurgie et les spécialités médicales

La chirurgie ne fera pas de progrès notables avant Ambroise Paré, et tant que les anatomistes de la Renaissance ne lui auront pas ouvert des possibilités nouvelles.

 

Quelques opérateurs de talent exercèrent en pays germaniques; les traumatismes et blessures de guerre leur fournissaient un vaste champ d’expérience. En fait les opérations étaient relativement simples et grevées d’une lourde mortalité; et les interventions importantes décrites dans les livres étaient rarement pratiquéeset restaient du domaine de la théorie pure.

 

L’obstétrique était du ressort des sages-femmes; la pédiatrie n’était quasiment pas représentée; L’opération de la cataracte était parfois réalisée selon la technique des auteurs arabes; les premiers verres correcteurs furent réinventés vers 1280 (Frère Alessandro della Spina et Salvino degli Armati).

 

Malgrè des tentatives à édicter des mesures relatives à la santé publique (trafic des poisons, réglementation des sépultures), l’hygiène n’en demeurait pas moins déplorable tant dans les cités florissantes que dans les campagnes reculées.

 

Les hôpitaux

Le nombre des hôpitaux s’était accru sous l’impulsion des Ordres Hospitaliers et grâce à l’inititive des souverains ou des municipalités. Mais leur organisation matérielle laissait beacoup à désirer; Ils ressemblaient davantage à des sépôts de malades qu’à des établissements adaptés aux exigences de la thérapeutique et de l’hygiène alimentaire. Les patients étaient groupés dans une salle commune servant de chapelle, dans la plus étroite promiscuité, à raison de plusieurs dans un même lit à courtines. A l’hôpital de Tonnerre , la salle commune mesurait 101 m de long. Le confort hospitalier ne s’améliora pas davantage aux hospices de Beaune qu’à l’Hôtel-Dieu de Paris.

 

L’enseignement médical

En 1369, le nombre des étudiants ayant augmenté, la Faculté de Médecine achète au coin de la rue de la Bûcherie et de la rue des Rats (actuelle rue Colbert), une maison qu’elle agrandira plus tard par l’achat des maisons voisines. La bibliothèque ne renferme à l’époque qu’une vingtaine de volumes. Le bâtiment abritant la Faculté de Médecine ne put ouvrir ses portes que le 5 mars 1481.

En 1413, les Maîtres régents prennent le titre de Docteurs régents; ils sont maintenant plus de trente, car tous les médecins de Paris reçus docteurs font partie de droit de la Faculté; tous les deux ans on élit parmi eux les professeurs et les examinateurs, car on n’admet pas qu’un professeur puisse être à la fois juge et partie.

Pour être admis à la Faculté les étudiants doivent avoir le diplôme de Maître des Arts, qui correspond à peu près au baccalauréat d’aujourd’hui; ils doivent aussi être catholiques. Ils sont une quinzaine par année;

La base de l’enseignement de Médecine était l'étude :

• des "choses naturelles" (l'anatomie et la physiologie),

• des "choses non naturelles" (l'hygiène et le régime),

• des "choses contre nature" (la pathologie et la thérapeutique).

 

Le costume fait son apparition: pour les leçons les professeurs portent la longue robe noire, le rabat, l’épitoge écarlate sur l’épaule et le bonnet carré; dans les cérémonies publiques ils portent, par dessus la robe, un manteau rouge à pèlerine de fourrure.

 

Saint Luc est devenu le patron de la Confrérie des médecins et le 18 octobre de chaque année, la messe de Saint Luc annonce la rentrée des cours.

 

Les études médicales duraient quatre ou cinq ans voire davantage. Pour être bachelier en Médecine, il fallait, après avoir été quatre ans maître ès Arts dans l'université, faire deux ans d'étude en Medecine et subir un examen, après quoi on était revêtu de la fourrure pour entrer en licence. D'après les statuts de 1600, on ne reçoit les bacheliers en médecine que de deux ans en deux ans. Cette réception se fait vers la mi-carême. Le candidat passe un examen puis prête serment. Les bacheliers en médecine ne peuvent exercer dans la ville ou les faubourgs de Paris qu'avec l'assistance d'un docteur.

 

D'étape en étape, un apprenti médecin était successivement un bachelier, un bachelier émérite, un licenciendaire, un licencié et, enfin, pour quelques privilégiés seulement, un docteur-régent.

 

Le doctorat donnait ensuite celui d’enseigner et de porter bonnet carré : il était soutenu en grande pompe au son des cloches et moyennant le versement d’une taxe à l’Eglise; ces dispositions rigoureuses n’empêchaient cependant pas nombre de personnages médiocres d’accéder à la profession. Le charlatanisme médical fut effectivement une des plaie sociale du Moyen Age.

 

La clause de célibat a été retirée depuis 1600.

 

L’exercice de la médecine

Consultants réputés ou simples praticiens, médecins de cour ou de municipalités pouvaient prétendre à des honoraires substanciels. Ils soignaient néanmoins gratuitement ou pour le compte des communes, un grand nombre de malades peu fortunés. L’incompétence de certains praticiens dûment diplômés n’échappait pas au public, surtout des plus cultivés ce qui soulevait l’indignation de nombre de leurs contemporains.

 

Bilan de la médecine médiévale

Les médecins du Moyen Age ne méritent pas le discrédit collectif et les critiques sans appel dont on les accable généralement. La plupart d’entre eux manquaient certes de discernement rationnel, d’esprit scientifique et de méthode de travail. Ils souffraient surtout d’avoir été exclusivement instruits, et à la lettre, par les livres momifiés d’Hippocrate, de Galien, d’Avicenne, d’Averroès ou de Rhazès. Ils n’étaient pas entièrement responsables de leur immobilisme technique. Ils n’en témoignaient pas moins d’une universalité qui leur permettait de fondre dans un même creuset les trois grands courants parvenus jusqu’à eux, à savoir la survivance du savoir gréco-romain, la doctrine chrétienne et l’apport oriental, ce qui éveilla la curiosité de l’humanisme intellectuel et prépara la voix aux initiatives futures.

 

Entre le XIe et le XVe siècles, Les médecins restent en pratiques peu efficaces. Les grandes épidémies de lèpre sévissent jusqu’au Xve siècle et ce ne sont que des décisions de police qui en viennent à bout par l’enfermement dans les léproseries ou maladreries. La variole et la peste procèdent elles aussi par poussées. La grande peste de Marseille atteste en 1348 de la faiblesse de la médecine. Ceci entraîne la résurgence des pèlerinages, des rites pieux, des flagellations et des processions.

 

Il manque à la médecine des approches thérapeutiques efficaces. Les médecins privilégient alors d’une part la botanique et d’autre part l’astrologie dans une conception cosmique de l’homme et de la maladie. Ils se rapprochent dès lors des apothicaires. On recherche les vertus des plantes de manière active du XI au XVe siècle. Cette période de règne de la médecine couplée aux apothicaires perfectionne grandement la connaissance de la botanique et complète l’œuvre du naturaliste Pline l’ancien (23-79 après JC, auteur d’une célèbre "histoire naturelle").

 

Mais la connaissance même parfaite des plantes n’aide pas à traiter les grands fléaux. La laitue sauvage traite les infections de l’œil, les sucs de fleurs remédient à la jaunisse, la mandragore passe pour un puissant aphrodisiaque, mais les grandes épidémies et les famines persistent. On ne sait pas encore comment bien conserver les aliments qui donnent de fréquentes intoxications. L’ergotisme en est un exemple, causé par le poison de l’ergot, champignon qui parasite le seigle et entraîne des atteintes artérielles allant jusqu’à la gangrène et l’amputation spontanée dans le meilleur des cas. La seule réponse de la thérapeutique médiévale sont les bains et… des dévotions et pèlerinages dédiés à Saint Antoine, qui assurèrent la prospérité des communautés des Antonins.

 

Ainsi à la fin du XVe siècle, les médecins doivent plus leur diplôme à la théologie, à l’astronomie, à la botanique et à l’astronomie qu’à l’art médical.

 

La transition entre le Moyen Age et la Renaissance ne s’est pas opérée brutalement. Cette évolution de la médecine, des autres sciences et de la pensée en général, ne s’est pas amorcée ni déroulée simultanément dans tous les pays. Elle a été plus précoce en Italie, où la fin du Moyen Age se situe vers 1350, que dans le reste de l’Europe qui prit un retard de oprès d’un siècle et demi.

 

Depuis les origines du genre humain, la science médicale, telle que nous la concevons de nos jours, est demeurée trop primitive , trop rudimentaire et trop partielle pour que sa chronique fasse véritablement figure d’histoire. Il ne s’agit en fait que d’une tentavive d’histoire, édifiée sur des connaissances fragmentaires, souvent érronées; elle se résume dans une liste de quelques grands médecins dont les louables éfforts étaient tour à tour irréductiblement paralysés.

 

La Renaissance va ouvrir une ère nouvelle qui se prolongera jusqu’au début du XIX e siècle. La lmédecine rentrera alors dans une période de transformation féconde qui la conduira enfin à maturité. Telle la chrysalide, elle laissera peu à peu transparaître sa forme définitive: celle d’une science singulière, à nulle autre semblable, et qui ne cessera jamais tout à fait d’être un art-

 

Source - Bariéty M. , Coury CH. - Histoire de la Médecine. Librairie Arthème Fayard , 1963 

 

 

 

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