Remèdes et potions

 

Dans la médecine médiévale héritée d’Hippocrate et de Galien, l’état de santé implique l’équilibre des quatre humeurs (sang, phlegme, bile jaune, bile noire). Toute maladie étant liée à un déséquilibre des humeurs, corriger ces déséquilibres est l’affaire du médecin qui dispose pour cela d’un arsenal thérapeutique composé en majeure partie de plantes. Ces plantes ainsi que les produits d’origine animale ou minérale sont regroupés sous l’appellation de simples, c’est-à-dire de produits considérés seuls en dehors de tout mélange.

La pharmacopée médiévale est très riche et utilise nombre de plantes aujourd’hui oubliées des laboratoires.


 Les outils du médecin: herbiers et antidotaires

Il s’agit là des sources essentielles d’information dont disposent les médecins médiévaux. Ils puisent aux traditions antiques mais connaissent au cours du Moyen Âge et notamment lors du « tournant » que constitue le XIIe siècle une notable évolution. Les herbiers sont des livres de botanique médicale qui circulent depuis l’Antiquité et sont destinés à présenter et décrire les vertus et les usages des plantes.

Ainsi Pline dans son Histoire Naturelle (livres 28, 29 et 30) présente-t-il de nombreuses plantes utilisées dans la pharmacopée. Mais l’œuvre la plus célèbre est sans doute celle du médecin grec Dioscoride, très vite traduite en latin sous le nom de Materia medica et où sont répertoriés en cinq livres près de 600 plantes (arbres, racines et herbes) ainsi que des essences, des baumes et des minéraux connus pour leurs vertus médicales. Cet ouvrage, remanié et classé par ordre alphabétique, constitua la principale référence pour la connaissance des simples pendant tout le haut Moyen Âge. Il est vraisemblable qu’il fut très rapidement doté d’illustrations destinées à faciliter l’identification des plantes. Il nous faut également citer d’autres ouvrages utilisés pendant les premiers siècles du Moyen Âge comme Oribase ou le pseudo-Apulée.

 En ce qui concerne Hippocrate et Galien, peu de textes sont alors connus, et notamment pas ceux sur les simples ou les médicaments à l’exception d’un herbier alphabétique résumant un traité de Galien sur les vertus des simples (De simplicium medicamentorum temperamentis et facultatibus), ouvrage souvent attribué à Théodore Priscien. 

Les qualités que l’on prête à certaines plantes inspirent les médecins-poètes depuis l’Antiquité comme dans le poème De uiribus herbarum de Macer Floridus.

Il faut également citer l’Hortulus de Walafrid Strabon au IXe siècle.

Autre forme de poésie, celle qui traite de l’origine parfois illustre ou divine de certaines plantes telle que la bétoine dont la « découverte » est attribuée à Esculape en personne

De nombreuses recettes circulent depuis l’Antiquité dans des recueils plus ou moins ordonnés qualifiés d’antidotaires. Les médicaments y sont le plus souvent classés par maladies ou par type de préparation ; le premier antidotaire classé par ordre alphabétique, l’Antidotarium magnum,est compilé à Salerne au XIe siècle.

Sur l’influence de la médecine arabe ,herbiers et antidotaires connaissent une transformation lors de ce que l’on peut appeler le « tournant salernitain ». Les XIe et surtout XIIe siècles mettent à l’honneur ce que l’on a l’habitude d’appeler l’« École de Salerne », ville d’Italie du sud où se sont rassemblés un certain nombre de maîtres en médecine connus par les nombreux traités dont ils furent les auteurs et également par la renommée de leur enseignement. En ce qui concerne les médicaments nous avons noté le désir de classification qui a conduit à la compilation d’un antidotaire classé par ordre alphabétique. Mais c’est également la façon d’aborder et de concevoir la vertu des simples et l’action des médicaments qui évolue alors rapidement sous l’influence de Constantin l’Africain qui traduisit de nombreux ouvrages arabes, parmi lesquels il faut citer l’encyclopédie d’al-Majûsî traduite en latin sous le titre de Pantegni. Cet ouvrage est divisé en une theorica et une practica, celle-ci comportant un livre sur les simples (II) et un sur les médicaments composés (X). Le caractère novateur d’un tel ouvrage est indéniable

En effet les auteurs arabes s’efforcent d’adopter un cadre théorique plus rigoureux en matière de pharmacologie, cadre qui s’inspire de la doctrine galénique des quatre degrés : les simples étant intégrés dans la théorie des quatre humeurs, leurs vertus sont ramenées à quatre qualités fondamentales, chaud/froid, sec/humide, auxquelles sont attribués des degrés donnant des qualités différentes. Cette échelle apparaît parfois chez al-Majûsî mais elle est plus systématique dans l’ouvrage d’al-Jazzar traduit par Constantin sous le titre de De gradibus.

 Chaque simple énuméré est suivi de son degré (de 1 à 4) dans chacune de ses qualités : un simple peut être par exemple chaud au troisième degré et sec au deuxième degré. C’est la notion de complexio qui décrit également l’état de santé d’un malade selon les qualités ou les humeurs dominantes chez le patient.


 Connaissances et réflexion théoriques

Les médecins éprouvent le besoin de classer et répertorier les simples en fonction de leurs vertus curatives. Différents types de classement sont établis en relation avec les principes thérapeutiques alors admis.

Le premier principe est celui de la « médecine des contraires » inspirée d’Hippocrate. Ainsi les maladies qualifiées de « chaudes » comme les fièvres ou les maladies liées à l’excès de bile seront-elles traitées par des médecines froides. Il est donc important de bien connaître les qualités de tel ou tel produit. C’est ce qui explique l’intérêt de l’évaluation du degré des qualités. Par exemple, la bétoine qui est chaude et sèche au troisième degré est recommandée pour les maux de tête «

Les plantes sont également classées d’après leurs principales vertus. C’est ainsi qu’un auteur du nom de Salernus composa les Tables de Salerne dans lesquelles il classait les simples en catégories telles que : médecines laxatives, diurétiques, constrictives, emménagogues, vomitives, sudorifiques, etc. C’est également Salernus qui recommande d’utiliser en priorité les simples communs (moins chers et plus efficaces) que l’on trouve dans les champs, les bois et les prés plutôt que les coûteux produits qu’il qualifie « d’alexandrins ». Cependant, à la même époque, nombre de médecins font appel aux vertus des épices réservées à de riches patients auxquels on prescrira même de la poudre d’or ou de perles censée redonner des forces – tout en permettant d’alourdir les honoraires.

C’est la position du médecin français Gilles de Corbeil qui décrit, à la fin du XIIe siècle, 80 médicaments composés dans un long traité versifié. Présentant le Diamargariton, un médicament dont le nom provient des deux sortes de perles qu’il contient, il précise que, si le malade est riche, il est bon d’ajouter d’autres ingrédients : que l’on « fasse broyer les pierres précieuses, réduire l’or en poudre et qu’on y mêle l’ambre et les baumes qui conviennent à chaque genre de maladie ». Il recommande aussi de faire absorber ce médicament dans du vin de Falerne où l’on aura fait bouillir du bois d’aloès, produit également fort coûteux

À côté des efforts de classification, demeure cependant une autre façon d’aborder les qualités des simples : c’est ce que l’on appelle la médecine analogique ou médecine des « signatures ». Certains simples, de par leur forme, leur couleur, leur origine ou leur nom semblent naturellement destinés à soigner certaines maladies : le sang-dragon (résine rouge) arrête les flux de sang alors que la garance est prescrite pour arrêter les menstrues, la saxifrage dont le nom signifie « casse la pierre » est employée pour traiter la gravelle, les fougères nommées capillaires soignent les cheveux, des simples de couleur jaune seront employés contre l’excès de bile jaune ou bien au contraire contre la rétention d’urine, les mélancoliques tourmentés par la bile noire se verront traités par des produits de teinte bleue ou noire… Ainsi, les modes de classification se superposent et entrent parfois en contradiction les uns avec les autres.

Certains simples sont dotés de multiples vertus et peuvent soigner toutes sortes de maladies. Ainsi la bétoine est-elle réputée apte à soigner 47 maladies aussi différentes que fractures, plaies, problèmes oculaires, maux de dents, douleurs d’estomac ou de la rate, fièvres, calculs etc. Cependant certaines maladies nécessitent la confection de médicaments composés. Platearius explique la nécessité des médicaments composés dans la préface de son ouvrage sur les simples, le Circa instans, préface intégralement traduite dans le Livre des simples médecines -

Il y a plusieurs cas pour lesquels on inventa des médecines composées, cas où les médecines simples ne suffisaient pas, à savoir : la violence de la maladie, les maladies contraires ou opposées, les états contraires des membres ou organes du corps, la noblesse de ces derniers, la violence de la médecine.

-La violence de la maladie : il y a des maladies si fortes et si enracinées que jamais elles ne seront guéries par des médecines simples ; ainsi l’épilepsie, la lèpre, pour lesquelles il a fallu mêler les simples pour en accroître les vertus. -Les maladies contraires ou opposées : ainsi qui serait affecté à la fois de fièvre et d’hydropisie dite leucophlegmasie, dans ce cas, aurait une maladie de cause chaude et une autre de cause froide. Une médecine composée de contraires est alors nécessaire, afin que, par ses propriétés contraires, elle s’oppose et obvie à ces maladies contraires. Il n’y a point de médecine simple qui puisse apporter quelque aide contre des états contraires d’organes, comme dans le cas, par exemple, où l’estomac est froid et la rate chaude. Aussi fut-il nécessaire de trouver des médecines composées qui par leurs qualités contraires peuvent y obvier.

-La noblesse de l’organe malade : si, par exemple, le foie présentait quelque dureté, il faudrait une médecine chaude pour résorber et dissiper, mais aussi une médecine styptique pour conforter, car la première médecine affaiblirait le foie si la deuxième n’était avec elle composée.

-La violence de la médecine : ainsi scammonée et ellébore, à cause de leur grande violence ne se peuvent administrer seules et sans les composer avec d’autres qui corrigent cette violence.

Dans ce cas il est clair que les vertus des simples sont considérées comme cumulatives ; l’addition d’un nombre important de produits peut alors devenir un gage de réussite du traitement et l’on se dirige rapidement vers la notion de panacée, le médicament miracle capable de tout guérir à partir de recettes de plus en plus longues, complexes et coûteuses telle la célèbre thériaque qui finit par contenir plus de 70 ingrédients !

Il n’est pas rare non plus de voir associés plusieurs médicaments composés comportant chacun un grand nombre d’ingrédients. Nombre de recettes sont anciennes et relèvent en grande partie de l’empirisme mais les médecins salernitains éprouvent au XIIe siècle un impérieux besoin de comprendre le mode d’action des médicaments, de théoriser dans une certaine mesure leur pratique thérapeutique. Cette réflexion est en relation avec la volonté de rattacher la médecine à la philosophie naturelle inspirée d’Aristote dont certains textes comme la Physique ou le traité De la génération et de la corruption sont redécouverts au XIIe siècle et cela notamment par l’intermédiaire des médecins.

Gilles de Corbeil se présente comme un praticien soucieux de mettre en pratique les théories étudiées à Salerne. Dans son traité sur les médicaments composés, il s’interroge à plusieurs reprises sur les effets des simples et n’hésite pas à souligner les contradictions au moins apparentes de certains traitements. Ainsi il aborde le cas du traitement de l’excès de bile par la scammonée. La scammonée est « chaude et sèche au quatrième degré », elle est donc de complexion analogue à celle de la bile et paraît plus apte à renforcer l’action de la bile qu’à la combattre. La démonstration de Gilles de Corbeil est la suivante : la scammonée de par sa similitude est attirée par la bile ; sa substance très subtile lui permet de s’infiltrer et de dissoudre la bile et les humeurs qu’elle contient, se comportant ainsi en « ennemie de sa semblable ». La démonstration de Gilles de Corbeil s’appuie sur les travaux d’Urso de Salerne portant sur les mélanges. Ainsi à Salerne coexistent l’héritage des Anciens et une réflexion qui se situe dans un cadre théorique novateur en ce qui concerne les vertus des simples.

La pratique à base de plantes et l’alimentation

Il faut préciser que les traités médicaux présentant les médicaments sont différents selon le public visé et l’objectif de l’ouvrage. Ils offrent également une grande diversité quant à la précision des recettes. Gilles de Corbeil, par exemple, ne donne que très rarement des recettes précises. Son but est de chanter les louanges des médicaments ou de certaines plantes sans fournir, le plus souvent, de données précises sur les quantités par exemple. Il s’adresse à un public de spécialistes qui sait où trouver les recettes. L’Antidotaire de Nicolas, au contraire, est un recueil de recettes précises, donnant des indications de poids et de mode de préparation. Ce recueil constitué à la fin du XIIe siècle connut un immense succès durant tout le Moyen Âge, s’enrichissant progressivement de nouvelles formules en même temps qu’il était traduit en de nombreuses langues- Il fut le manuel de base des apothicaires qui y trouvaient surtout des recettes plus que des commentaires médicaux, les indications thérapeutiques étant formulées de façon sommaire.

L’onguent Agrippa par exemple est ainsi d’abord brièvement présenté comme recommandé « aux malades souffrant d’hydropisie, de tumeurs, de problèmes nerveux, de rétention d’urine, de douleurs du ventre et des reins ».

Après ces rapides indications dénuées de tout commentaire, vient la recette suivante :

À part la livre et l’once, les autres mesures utilisées pour les recettes sont la drachme et le sc(...) Pour 5 livres d’onguent il faut 2 livres de bryone, 2 onces de racines de sureau hièble, de chardon marin, 1 livre de racines de sticados, 6 onces d’oignons marins, 3 onces d’iris, 2 onces de racines de fougère. Toutes les racines doivent être bien lavées trois ou quatre fois et broyées dans un mortier de marbre puis placées dans quatre livres d’huile de lentisques durant 2 jours et mieux encore pendant 6 ou 7 jours, car cela renforce leur chaleur, leur odeur, leur efficacité. Le troisième jour, le tout est placé sur le feu et doit bouillir jusqu’à la dissolution. Le mélange est placé dans un sac, filtré par pression puis placé sur le feu jusqu’à ébullition. Au début de l’ébullition, ajouter 5 onces de cire blanche et faire fondre. Utiliser après refroidissement

Il s’agit donc là de recettes précises et détaillées figurant dans un antidotaire organisé, classé par ordre alphabétique. Cependant il faut remarquer que très souvent des recettes sont copiées rapidement dans les marges de manuscrits, sans le moindre détail sur le poids des ingrédients ou le mode de préparation. C’est ce que nous voyons dans le manuscrit latin 6862 de la Bibliothèque nationale de Paris déjà évoqué.

Les traités de médecine établissent souvent le lien entre thérapie et alimentation. En effet si les maladies le plus souvent traitées au Moyen Âge semblent bien être d’abord les maladies de l’appareil respiratoire, les maladies de l’appareil digestif sont également fréquentes. De plus les médecins s’intéressent par différents aspects à l’alimentation.

Certaines maladies digestives sont liées à des excès alimentaires que condamne fermement un médecin-praticien comme Gilles de Corbeil, qui prône même la plus grande frugalité pour être en bonne santé. Présentant un médicament coûteux, inaccessible aux plus pauvres de ses malades, il développe les arguments susceptibles de faire accepter cette situation au malade indigent -

 La pauvreté procure elle-même une médecine à peu de frais, Elle se nourrit des fèves chères à Pythagore accompagnées d’un peu de lard Et de simples légumes ; le pain de son qui satisfait un estomac affamé A le pouvoir de débarrasser le corps de ses humeurs grossières. La nourriture mangée avec faim est plus savoureuse, Elle reconstitue, nourrit et réconforte davantage, elle est mieux acceptée par le corps, Mieux assimilée par les membres. Quel meilleur moyen de guérir les maladies, quel remède plus fiable contre le mal Que la règle de vie sobre et frugale des gens modestes ? L’eau pure et la vie simple que l’on mène chez les pauvres Procurent plus de vigueur et de santé que la vie à la cour de César, Les coupes de nectar, les vins de Falerne, le gibier forcé par la meute, Les saumons savoureux, les turbots et les truites à la chair rosée. Celui qui s’adonne à ces festins de roi et à ces libations s’alanguit, Sa gourmandise n’a plus de limites et son ventre s’épaissit-Ce passage qui apparaît comme une condamnation sans appel de la bonne chère semble en fait davantage correspondre à un topos littéraire qu’à la réalité du point de vue de Gilles de Corbeil. La façon dont précisément il présente les plats raffinés laisse à penser qu’il n’y est pas indifférent, lui qui en tant que médecin de cour a sans doute l’occasion de faire des écarts au régime frugal qu’il préconise… De plus, nous le verrons, le vin est dans son ouvrage l’objet de louanges qui ne paraissent pas uniquement d’ordre médical.

Le médecin semble bien condamner l’excès et non la gourmandise. En effet, les excès sont souvent évoqués dans le traité de Gilles de Corbeil ; ils provoquent une difficulté à digérer accompagnée souvent d’une surabondance de bile. Le corps s’échauffe et il faut le soulager en le purgeant, en utilisant les plantes laxatives, diurétiques et même parfois vomitives avant d’employer l’ultime recours de la saignée. Autre aspect du rapport entre médecine et alimentation : certaines plantes sont de bons médicaments mais sont aussi considérées comme des aliments dangereux par les médecins.

Les deux exemples suivants sont tirés du Livre des simples médecines.

Le poireau y est ainsi présenté :   Il est chaud au milieu du troisième degré et sec à la fin de celui-ci. Qu’il soit sec est démontré par ses vertus astringentes et resserrantes : il restreint les saignements de nez. Mais il n’est point bon comme nourriture. Car il nuit à l’estomac en y provoquant des gonflements et des ventosités et en y attaquant les nerfs par son âpreté. Il a la propriété de provoquer une fumée noire qui donne la mélancolie, laquelle fumée monte à la tête et obscurcit la vue. Ceux qui voudront en manger devront prendre, après, du pourpier ou de la laitue-scarole ou autre chose semblable, c’est-à-dire froide, afin de modérer la chaleur du poireau ; ou bien alors ils devront cuire le poireau et le laver deux ou trois fois avant de le manger comme on vient de le dire. Bien qu’il ne convienne pas du tout à l’alimentation, le poireau est utilisable en médecine parce que, mangé cru, il nettoie les conduits du poumon des grosses humeurs et débouche le foie. Il est bon pour ceux qui ont des rots et éructations surs et aigres-

D’autres prescriptions suivent : saignements de nez, douleurs d’oreilles, hémorroïdes, coliques. Le poireau sauvage est encore plus actif que le poireau cultivé car il est « chaud au quatrième degré et sec au troisième ». Il provoque les menstrues et est utilisé dans les recettes de médicaments abortifs.

Les lentilles sont également fortement déconseillées comme aliment (sauf si l’on prend soin de les débarrasser de leur peau) -Les lentilles sont des semences froides au premier degré et sèches au second. Elles se composent de deux vertus contraires dont l’une se trouve dans la peau et l’autre dans la moelle. La peau a en effet une aigreur qui fait lâcher le ventre et la moelle sèche et froide conforte l’estomac, les boyaux et a une efficacité certaine contre les flux de ventre causés par l’humeur colérique […]. Il vaut mieux utiliser les lentilles en médecine que dans l’alimentation, elles ont pour vertu principale de resserrer […]. Elles sont difficiles à digérer et engendrent un sang mélancolique et ce davantage si on les mange avec leur peau ce qui provoque maux de tête, songes trompeurs et terribles, dessèchement des yeux, maladies de peau…

D’autres plantes alimentaires sont au contraire remarquées pour leurs qualités gustatives autant que médicales. C’est le cas de l’asperge par exemple qui « est chaude et sèche au troisième degré. Elle possède des choses tendres qui, cuites, donnent une nourriture assez délectable » D’autres encore sont des auxiliaires indispensables de la médecine. C’est le cas de l’orge -L’orge est froide et sèche. Il y a dans l’orge beaucoup de choses utiles à la médecine : la farine, le grain cassé et le grain pelé entier. En décoction elle est utile aux fiévreux, contre les maladies de poitrine et les apostumes du poumon, pour refroidir foie et estomac. La ptisane (bouillie d’orge) est bonne pour garder la santé et humidifier le corps […] ; cette ptisane bonifie le sang des bien portants et ne nourrit pas moins que le pain. Elle donne bonne et claire vue à ceux qui ont un cerveau sain. Aux malades il convient de donner cette ptisane de diverses façons et comme la maladie de chacun le requiert-

Au registre des auxiliaires indispensables, il faut souligner le rôle particulièrement important du vin qui est souvent l’objet d’éloges appuyés de la part de Gilles de Corbeil. Il est l’adjuvant liquide le plus utilisé dans la préparation ou l’administration des médicaments mais il a aussi des vertus reconstituantes notamment dans le cas de pertes de sang, ce qui nous ramène à la médecine analogique déjà évoquée. Cependant la qualité gustative du vin est également prise en compte et certains crus de Campanie sont cités avec émotion par l’auteur, qui a passé ses années d’études en Italie. Le vin de Falerne, chanté par les poètes depuis l’Antiquité est le plus recommandé : d’après Gilles de Corbeil, « sa couleur est celle de l’or pur, il est fort et parfumé et sans aucune amertume, il est également clair et subtil ; mélangé à de l’eau de rose il est particulièrement recommandé aux convalescents dont il restaure l’appétit » . Il faut cependant remarquer que le vin est proscrit en cas de fièvre, le médicament devant être alors administré avec de l’eau.

L’administration des médicaments est souvent mise en relation avec le goût. Le traité de Gilles de Corbeil nous montre que le médecin se préoccupe aussi du goût du médicament, de son aspect, ayant à cœur de ne pas dégoûter le malade et de faciliter l’administration du traitement. C’est ainsi qu’il est recommandé de mélanger la préparation à de la nourriture : pilules dans des oublies, médicament en poudre mélangé à de l’œuf (I, 300), du chou gras, une pâtisserie, de la bouillie .

L’alimentation des malades est également un souci pour les médecins surtout à partir du XIIIe siècle ainsi que le montrent les travaux de Marilyn Nicoud et Bruno Laurioux. Dans les traités médicaux du XIIe siècle on trouve peu d’indications pouvant être qualifiées de diététiques et les prescriptions relatives à l’alimentation des malades restent le plus souvent d’ordre général. C’est ainsi que pour Gilles de Corbeil une alimentation « chaude » est fortement déconseillée à un malade fiévreux sous peine de voir la fièvre s’aggraver . Dans certains cas la précision est plus grande : ainsi certains traitements doivent être accompagnés d’une alimentation particulière ; c’est le cas du Diasatirion médicament ayant, entre autres, des vertus aphrodisiaques et qui doit s’accompagner d’aliments légers et délicats ainsi que de dattes, amandes et figues . Il faut remarquer que Gilles de Corbeil suit dans ce cas son maître vénéré Musandinus, auteur salernitain qui écrivit un traité sur l’alimentation des malades fiévreux (De cibis et potibus febricitantium) et leur recommandait tout particulièrement les plats et boissons à base d’amandes.

Parfois toute nourriture est incompatible avec la prise du médicament et, d’après Gilles de Corbeil, c’est alors le médicament qui « est le repas, la nourriture de la vie, l’aliment du salut »

La place fondamentale des plantes dans la médecine du Moyen Âge est l’un des éléments du rapport qui existait alors entre médecine et alimentation. Les œuvres parcourues nous montrent une certaine méfiance des médecins à l’égard d’une alimentation trop riche ou de certains aliments réputés pour leur caractère dangereux, ce qui d’ailleurs ne semble pas en avoir empêché la consommation. En même temps la nourriture occupe une place non négligeable dans ces traités, nourriture adaptée aux malades mais aussi parfois aliments susceptibles de maintenir en bonne santé. Il transparaît également chez certains auteurs comme Gilles de Corbeil un intérêt pour la bonne chère et les bons vins, ce qui les rapproche de la cuisine sans doute plutôt en tant qu’hommes qu’en tant que médecins. La médecine semble donc se méfier de la cuisine quand elle donne lieu à des excès mais elle se penche avec intérêt sur les aliments susceptibles de restaurer ou préserver la santé.

Commentaires (4)

1. Carlos 12/01/2012

Hi, the information is gucci neckties
so wonderful, I am interested in it. I will pay attention to your articles.

2. rolex deep sea dweller black 26/04/2012

Component of me feels a sturdy impulse to in fact get the model, which, then again, sadly, I just can’t afford. So I think about it a superior notion to wait to get a great replica version of this. The might sound not so superior to a large number of, but actually, for those who go for the leading grade , you are to become astonished by how awesome they can be.

3. opi nail polish 09/05/2012

OPI nail polishes have numerous and unique colors to choose from that can fit any occasion.OPI Spain(NLE51) The brand's Mexico collection has rich colors of pink and redOPI Russian(NLR52). The Chicago collection is concentrated on the pink OPI SoftShades(NLH26) red OPI Colorcopia(NLE24) and purple colors OPI DS(DS030) For a summer twist OPI SoftShades(NLR31) the brand offers bright and vibrant shades of light blue OPI Japan(NLY33) green, yellow and other similar colors. Fancy name colors also make OPI a popular choice OPI Japan(NLY47) Some of these catchy names include No Autographs Please OPI Spain(NLE46) Chicago Champagne Twist OPI India(NLI51) Russian Navy, Cosmo Not Tonight Honey, Hollywood Blonde, I'm Not Really A Waitress, to name a few.

Makeup for men is a taboo subject Mac Mascara it's not typically something you associate with the common man down the pub Mac Concealer nor talk to about. However Mac Eyeshadow more and more men are turning to concealers in their everyday lives Mac Eyeliner realising the benefits of beauty products to enhance their natural complexions.Concealers are easy-to-use and undetectable Mac Foundation making them perfect for men! Whether it's to cover a spot Mac Lipstick skin blemish or just to get that fresh looking face MAC Lip Gloss men are turning to makeup for a little help.Few men admit that they use concealer and you rarely see men buying male makeup in shops Mac Makeup Brushes so how is this trend increasing? Behold the Internet! Complete privacy Mac Eyeliner Gel quick delivery and even the chance to find out how and why Mac Eye Pencil Thousands of men flood the Internet everyday just to order concealer.

4. Bella 15/05/2012

Luckily,mac cosmetics with any brand mac cosmetics wholesalethere is always some Mac makeup blush overrun/discontinued/Mac Lip Balmshelf pull stock Mac makeup concealerthat ends up on eBayMac Concealer or other discounted Cheap Mac Foundationwebsites. Because Mac Powder BlushMAC is so popular, MAC Lip Glossthere is evenmac cosmetics outlet less of this cheap mac cosmeticstype of stock to MAC Eyeliner wholesalego around. Have Mac Eyeliner Gel Wholesaleyou ever seen Mac B&B Creama sale on at your MAC Liquid Foundation wholesalelocal MAC counter?Mac Eyeshadow Set Wow, never? Mac MascaraSee - that is exactlyMac makeup foundation my point!Mac makeup bagsMAC also often have special 。。。 The Nike cheap nikeFree XT Quick Fitnike air max nike air max 2011 is really a nike air max nike air max 90very versatile sneaker.nike air max womens air max Its design makes nike air shoesit ideal to be nike shoes saleworn for just nike air shoes nike air forceabout anything. nike air shoes nike air prestoIf you like to nike air shoes nike air presto womensgo to the gym, nike freelove running,nike for sale participate in sportsnike free nike free 30 like field hockey, nike free nike free 50basketball or tracknike free nike free 70 and field, then nike free-nike-free-runyou will really cheap nike for salelove these particular sneakers。。。If the mac makeupdiscount is pricedMAC Makeup Hellokitty with few dollarsWholesale MAC Makeup Bags down, it is possiblecheap mac makeup that the item is genuine. Mac Makup Eyeshadow HelloKitty ShimmeringIf the item belongs Mac Makup Eyeshadow Wholesale 12 Colorto an edition that is Discount Mac Makeup Bags Voal Minilimited and is sold Discount Mac Makeup Bags Rose Romanticonly $3, eliminate Cheap Mac Makeup With Red Edgethat out from yourdiscount mac makeup choice!Once the legitimacy Wholesale Mac Makup Eyeshadow HelloKitty Brightof the desired Discount Mac Makeup Bags Square With Blackproduct was founded,mac makeup wholesale request for a close examination Mac Makeup Wholesale Bags Leather With Orange to the seller.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

 


 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite