Dans la période antique, les médecins pratiquent une médecine basée sur de grands principes provenant surtout des oeuvres Hippocratiques. Cette médecine païenne fait appel à la séméiologie et aux aphorismes. Les traitements comprennent des potions et des mesures d’hygiène. C’est une médecine basée sur le raisonnement.
Parallèlement à cette médecine, coexiste le culte des dieux. Cette pratique cultuelle repose surtout sur le culte d’Esculape et celui d’Apollon dont César dit qu’« il chasse les maladies »( Bellum Galicum, VI, 17). De plus, en Gaule, il existe de nombreuses petites divinités locales qui ont le pouvoir de guérir et qu’une grande partie de la population vénère. Toutes ces divinités seront combattues par la chrétienté dans la lutte contre le paganisme.
Dans le haut moyen âge, sous l’ère chrétienne, nous retrouvons l’existence de deux types de médecine. Toutefois, la pratique de l’incubation, réminiscence du culte d’Esculape, est prédominante dans les premiers siècles du haut moyen âge, elle correspond à la médecine cultuelle. La médecine raisonnée ne réapparaît réellement à grande échelle qu’après le IXème siècle avec la redécouverte et la diffusion des manuscrits anciens par les moines.
LA MEDECINE CULTUELLE
Cette médecine n’est que la continuation du culte des dieux païens que vénérait la population quelques siècles auparavant. Le plus répandu était le culte d’Esculape-
La pratique médicale cultuelle du VIème siècle, qui résulte du culte des dieux païens, a parfois été attribuée, à tort, uniquement aux diacres - Ces derniers ont eu néanmoins un rôle primordial dans le développement de l’hospitalisation dans le haut moyen âge. Cette médecine est pratiquée par une majorité du clergé qui s’occupe des pauperes, les diacres ne représentent qu’une partie de ceux-ci, ils sont souvent aidés par d’autres membres du clergé dit « inférieur ».
Le culte d’Esculape
Le culte d’Esculape est assez répandu à l’est de la Gaule dans l’antiquité. Au VIème siècle, il n’existe plus en tant que tel, mais ses principes se retrouvent dans les incubations et les songes que pratique une partie du clergé. Voila pourquoi il est important d’en rappeler les grandes lignes.
Le Dieu Esculape Esculape est le fils d’Apollon et de Coronis qui avait une beauté parfaite. Coronis a eu la naïveté de tromper Apollon avec un simple mortel, de fait, ce dernier la fit tuer mais sauva son fils qui était prêt à naître. Ce fils, Esculape, fut confié à Chiron, le sage et bon Centaure. Chiron connaissait les remèdes, administrait des potions apaisantes et délivrait de douces incantations. Esculape fit de même et surpassa rapidement son maître. Il devint un bienfaiteur universel, ce qui déplut fortement aux dieux et il fut tué par Zeus.
La renommée d’Esculape fut immense pendant des siècles. Les infirmes, les malades, les aveugles et tous ceux qui étaient accablés par un malheur, allèrent dans des temples dédiés à sa mémoire pour y déposer des ex-voto, des offrandes, des sacrifices, des prières afin de pouvoir guérir. En s’endormant dans les temples, le bon médecin leur montrait dans leurs rêves comment y arriver.Esculape était toujours entouré de serpents qui jouaient un grand rôle dans la guérison,bien que nous n’en sachions pas plus, les textes restant vagues à ce sujet.
Les temples d’Esculape
Les temples qui sont dédiés au culte d’Esculape ont pour nom des Asklepeion : ils correspondent à des centres thérapeutico-religieux placés sous l’invocation du dieu de la médecine : Esculape ou Asclepios.
En Europe, on a retrouvé en Espagne sur le site des ruines d’Empuries , ville greco-romaine du VIème siècle avant Jésus-Christ, un de ces temples qui aurait été construit au IIème siècle avant Jésus-Christ.
Dans ces temples se situe l’aditon qui est le lieu où les malades font le rêve sacré que les prêtres interprètent pour déterminer le traitement à suivre.
En Gaule, il n’a pas été retrouvé de temples dédiés à Esculape bien que le culte de ce dernier ait été important en Belgique, et attesté à Reims où il a été découvert une statuette d’Esculape . Reims possédait, en effet, les critères permettant ce culte : la présence de thermes, ville fortement romanisée et située sur des grands axes routiers.
Cette pratique cultuelle aurait eu pour conséquence, plusieurs siècles plus tard, une meilleure acceptation de l’installation des hôpitaux chrétiens qui perpétuèrent longtemps les rites d’incubations.
Les incubations et les songes
Réminiscence du culte d’Esculape, le songe fait partie de l’arsenal médical du haut moyen âge. A travers les « livres des miracles », nous pouvons imaginer à quoi correspondait le songe.
Les quatre « livres des miracles » sont :
- De Gloria Martyrum noté dans le texte « De Gl. Mart. »
- De Miraculis Sancti Juliani noté dans le texte « De Mir. St. Jul. »
- De Virtitubis Sancti Martini noté dans le texte « De Virt. St. Mart. », 4 livres.
- De Gloria Confessorum noté dans le texte « De Gl. Conf. »
Les malades, quelle que soit leur maladie : infirmité, fièvres, maladies des yeux, démence..., se rendent au niveau de l’atrium de la basilique où ils peuvent séjourner plusieurs mois, voire plusieurs années.Le Saint, médecin du corps et de l’âme, peut alors guérir ces malheureux par les miracles. La veille au tombeau du Saint est obligatoire pendant un jour ou deux . Certains jours, comme celui de la fête du Saint, sont plus favorables aux miracles et donc à la guérison. La nuit,l’église est fermée par le gardien, les cierges situés autour du tombeau restent allumés toute la nuit, ce qui donne une ambiance austère et mystérieuse propice aux visions et autres rêves mystérieux . Les malades qui veillent dans l’église, souvent hyperthermiques et fatigués,aperçoivent parfois dans leurs rêves ces saintes apparitions. Ces dernières ont le pouvoir de guérir -
Voici ce que Grégoire de Tours raconte dans « De Gloria Martyrum » consacré aux Saints Cosme et Damien :
« Ils [Cosme et Damien] apparaissent en vision aux malades en leur indiquant ce qu’ils doivent faire, et, si ceux-ci le font, ils guérissent »
Le songe peut être reçu par les parents ou les amis du malade -Grégoire de Tours a reçu par l’intermédiaire d’un ange un remède pour traiter la maladie de son père . Il est inutile de préciser que de très nombreux songes se soldent par une guérison. A cette époque, et quelle que soit la classe sociale à laquelle ils appartiennent dans la société, les fidèles sont « absorbés par la préoccupation du merveilleux, avides de miracles et pleins decrainte devant la puissance du Saint. »
Pour compléter leurs prières, les malades ou les familles des malades peuvent aider les plus pauvres inscrits sur les matricules. Les dons ou une réparation de l’église sont aussi les bienvenus, ils sont parfois prescrits par les Saints dans le songe -
Il existe deux différences importantes avec le culte d’Esculape. La première est le fait que le Saint, dans les songes, apparaît souvent seul ; dans la pratique cultuelle le dieu est accompagné de plusieurs divinités inférieures. La seconde repose sur l’absence de dépôts d’ex-voto dans les églises où les malades viennent chercher la guérison à travers les songes.
Les remèdes
Les guérisons, dans la médecine cultuelle, viennent des Saints, mais les prêtres, considérés comme des médecins, donnent aussi des avis, des conseils et des remèdes qui leur sont communiqués par les Saints. Le prêtre bénéficie d’une grande aura, c’est un homme à la fois adoré et redouté, il a une partie de la puissance de Dieu. Les malades essayent de l’approcher en se jetant à ses pieds, il peut parfois guérir par l’apposition des mains ou en faisant le signe de la croix sur les parties malades . Il conseille le plus souvent le jeûne, la prière ou la visite au tombeau, plus rarement, il ordonne des remèdes.
Les premiers remèdes reposent sur le tombeau et ce qui l’entoure :
- La poussière du tombeau : elle guérit toutes les maladies. Les fidèles récupèrent cette poussière en grattant les tombeaux, ce qui explique les nombreuses perforations que nous retrouvons de nos jours sur ceux-ci. Cette poussière est mélangée à de l’eau ou du vin puis absorbée . Dans certaines grandes basilicae, c’est le prêtre qui distribue la poussière : en profite-t-il pour mélanger avec celle-ci des potions retrouvées dans les textes anciens ? cette question reste sans réponse.
Enfin, la poussière peut être emportée dans de petites boîtes, soit pour se protégerLa poussière du tombeau est particulièrement réputée pour traiter les dysenteries très fréquentes à cette époque - des maladies lors des voyages, soit pour être apportée à des malades qui ne peuvent pas se déplacer jusqu’au tombeau.
- Le voile du tombeau : le toucher avec la bouche a le pouvoir de soulager la douleur des lèvres . A son contact, on peut stopper une hémorragie. Se frotter des yeux malades avec ce voile permet de recouvrer la vue . Enfin, les franges peuvent être emportées comme reliques, et parfois guérir, à leur contact, les parties malades du corps.
-Les cierges qui brûlent au tombeau ont, eux aussi, un pouvoir de guérison . Les textes sont assez vagues et il est difficile de dire si c’est l’huile, facilement transportable, ou la mèche brûlée qui permet la guérison.
La seconde partie des remèdes se trouve dans les éléments de l’église qui abrite le tombeau du Saint guérisseur :
-L’autel est un lieu sacré, et le contact de celui-ci avec de l’eau ou du vin donne àces derniers un pouvoir de guérison . Après avoir lavé l’autel avec de l’eau ou du vin, les fidèles absorbent cette boisson dans le but de guérir.
-La grille de bois de l’église a aussi un pouvoir de guérison. Grégoire de Tours raconte qu’il avait mal à la langue, il la passa entre les barreaux de la grille et il fut guéri -
Pour finir cette énumération, de nombreux objets ont un caractère miraculeux telque le voile recouvrant les offrandes qui traite les maladies mentales et tous les objets ou matériaux que le Saint aurait touché y compris les arbres. Un morceau de bois de ce dernier, lorsqu’il est frotté sur une dent qui fait mal, permet de soulager la douleur , les feuilles servent aussi de remède -
Conclusion sur la médecine cultuelle
Cette médecine est prédominante du VIème au VIIIème siècle. Pourquoi dura-t-elle si longtemps ?, les fidèles guérissaient-ils vraiment ?
De nombreuses guérisons ont été effectivement possibles,non pas par un quelconque pouvoir miraculeux, mais par le simple fait de la nature. En effet, la majorité des pathologies est d’ordre infectieux et une alimentation correcte accompagnée de repos dans un endroit convenablement chauffé peut améliorer la symptomatologie dans un certain nombre de cas. Il faut ajouter à cela un facteur psychologique prédominant, les croyances sont puissantes et une simple amélioration clinique est interprétée comme une guérison.
Même si elles sont minoritaires, les guérisons alimentent et amplifient les croyances amenant de plus en plus de fidèles qui, de manière statistique, augmentent le nombre de guérisons dites miraculeuses. Les prêtres tiennent à jour un livre où sont notées les guérisons qui prouvent, s’il en est besoin, l’aspect miraculeux des tombeaux des martyrs. Il est maintenant aisé de comprendre que cette pratique médicale a pu perdurer pendant plusieurs siècles.
. LA MEDECINE DES MOINES
A côté des religieux qui pratiquent une médecine cultuelle, d’autres personnes s’efforcent de continuer l’oeuvre médicale des grands auteurs antiques et tentent de transmettre cet héritage scientifique. Ces grands personnages sont Boèce (480- 524), Cassiodore (468?-583), Isidore de Séville (570-636), Bède le Vénérable (674-735), Gerbert (après 972) et l’école de Salerne ; cette liste non exhaustive peut être complétée par d’autres savants qui se sont intéressés, soit à la médecine tels que Celse (25A.C.-50P.C.), Paul d’Egine (625-690) ou Abulcasis de Cordoue, soit à la thérapeutique tels que Dioscoride (54?-68), Oribase (325-403), Alexandre de Tralles (525-605) ou Apuléius (IVème siècle) dont un manuscrit est présent dans la région de Reims au IXème siècle.
Ces auteurs vont retranscrire, parfois avec quelques modifications, les manuscrits anciens. Ces écrits vont se retrouver dans les bibliothèques des moines qui vont les lire, les étudier, les recopier dans les scriptoria. Ils vont surtout appliquer cet art médical auprès de ceux qui en ont besoin, malgré toutes les réticences des autorités ecclésiastiques.
Le savoir médical du haut moyen âge repose d’une part, comme nous l’avons vu précédemment, sur les Saints guérisseurs avec comme thérapeutique l’efficacité des reliques, et d’autre part, sur les grandes théories des auteurs antiques avec comme thérapeutique, les connaissances botaniques telles qu’on les retrouve dans le livre d’Apuléius.
Les grandes théories sur la constitution de l’homme
La théorie d’Hippocrate
La théorie d’Hippocrate repose sur l’existence de quatre humeurs : le sang, le phlegme ou pituite, la bile jaune et la bile noire dont le juste tempérament est la condition de la santé.
Texte d’Hippocrate :
« Le corps de l’homme a en lui sang, pituite, bile jaune et noire ; c’est là ce qui en constitue la nature et ce qui y crée la maladie et la santé. Il y a essentiellement santé quand ces principes sont dans un juste rapport de crase, de force et de quantité, et que le mélange en est parfait ; il y a maladie quand un de ces principes est soit en défaut soit en excès, ou, s’isolant dans le corps, n’est pas combiné avec tout le reste.Nécessairement, en effet, quand un de ces principes s’isole et cesse de se subordonner, non seulement le lieu qu’il a quitté s’affecte, mais celui où il s’épanche s’engorge et cause douleur et travail. Si quelque humeur flue hors du corps plus que ne le veut la surabondance, cette évacuation engendre la souffrance. Si, au contraire, c’est en dedans que se font l’évacuation, la métastase, la séparation d’avec les autres humeurs, on a fort à craindre, suivant ce qui a été dit, une double souffrance, savoir au lieu quitté et au lieu engorgé » (
A chaque humeur, Hippocrate fait correspondre un élément naturel, une saison, un organe et un tempérament. Ces correspondances sont résumées dans le petit tableau de la page suivante :
Humeur Elément Saison Organe Tempérament
Sang Air Printemps Coeur Sanguin
Bile noire Terre Eté Rate mélancolique
Bile jaune Feu Automne Foie Cholérique
Phlegme Eau Hiver Cerveau Phlegmatique
Ces caractéristiques interfèrent entre elles, ce qui donne toute la complexité du raisonnement d’Hippocrate. Les traitements reposent sur l’action de une ou plusieurs de ces données.
La théorie de Galien
Elle découle de la théorie d’Hippocrate ; nous retrouvons les quatre éléments : le sang, la pituite, la bile et l’atrabile associés aux quatre constituants fondamentaux qui sont : l’eau, l’air, la terre et le feu. La différence avec Hippocrate, c’est qu’aucun élément ne domine dans le sang qui ne contient que des qualités premières. Un désordre par altération des mélanges entraîne la maladie. Les remèdes font appel à quatre facteurs qui seront vus dans le chapitre sur la santé.
Le sauvetage de l’héritage antique par les moines
C’est grâce aux moines et à une poignée de scientifiques qu’une certaine idée de la médecine peut continuer à survivre. Malgré toutes les interdictions et grâce à leur curiosité et leur intérêt pour les sciences, les moines sauvent le patrimoine médical des grands médecins antiques tels qu’Hippocrate ou Galien. Mais il est remarquable que ces moines s’intéressent également à d’autres auteurs, et, tout en ne remettant pas en cause les grands principes, ils étudient et recopient les manuscrits médicaux en les complétant, en les modifiant et en les commentant de manière scientifique avec un esprit critique toujours en éveil. Ce mouvement de la renaissance Carolingienne est surtout présent au IXème siècle, notamment à Reims, Laon, Chartres et Fleury qui sont des foyers d’intense activité culturelle-En dehors de la médecine antique, la médecine médiévale va être influencée par la médecine Byzantine. Le plus bel exemple est, à cette période, la prédominance de l’uroscopie sur la prise qualitative du pouls et l’examen de la langue qui est en usage dans l’antiquité. L’examen des urines, qui étudie sa couleur, sa limpidité et sa saveur plus ou moins sucrée, a été mis au point par un médecin Byzantin : Protospatharios. Cet examen a pris une telle importance au moyen âge que l’insigne corporatif des médecins de cette époque représente le récipient en verre indispensable qui contient les urines nommé matula.
Les moines ne se contentent pas de recopier les manuscrits anciens car ils ont, grâce aux hospitale situés à proximité de leurs abbayes, la possibilité d’appliquer en pratique les théories et les recettes contenues dans ceux-ci. Pour ce faire, ils n’hésitent pas à cultiver de véritables jardins de plantes médicinales . Charlemagne contribua notablement à étendre la culture des plantes médicinales par un décret dans le capitulaire « De Villis », de 812, qui ordonne officiellement aux couvents et aux grands exploitants la culture de certains légumes et simples, de certains arbres et de certaines fleurs. Sur le plan médical, les thérapeutiques vont très peu évoluer du IXème siècle au XVIIIème siècle.
Parallélement aux moines, les chanoines qui sont responsables des écoles, mais aussi quelquefois médecins, vont jouer un rôle important pour la renaissance carolingienne.
LES AUTRES PRATIQUES MEDICALES
Parallèlement à la médecine cléricale, il existe des pratiques médicales dont il ne nous reste presque aucune trace. Grégoire de Tours ne fait que les évoquer dans ses livres.
Celles-ci reposent sur les médecins profanes bannis par la religion, les devins, les sorciers excommuniés par l’église et les ermites qui bénéficient d’une grande popularité.Ces ermites sont parfois visités par les évêques et ils guérissent les malades par des breuvages à base de plantes, ce sont malheureusement les seuls éléments que nous ayons en notre possession actuellement car il n’y a pas de tradition écrite chez ces médecins.
CONCLUSION SUR LA MEDECINE DANS LE HAUT MOYEN ÂGE
Contrairement à ce qui a été souvent écrit, le haut moyen âge n’est pas une période d’obscurantisme total. C’est une période charnière avec des restructurations sur lesquelles vont s’appuyer les siècles futurs.
Sur le plan médical, après une phase de mise en sommeil pour des raisons religieuses,la médecine « raisonnée » réapparaît définitivement à partir du IXème siècle.Comme le souligne A. Saint-Denis en s’appuyant sur des travaux tels que « De Medicamentis » de Marcellus de Bordeaux, « La valeur Thérapeutique des recettes révèle une médecine beaucoup plus efficace qu’on ne pouvait le penser »
Paradoxalement, la religion qui est la cause d’une stagnation médicale du Vème au IXème siècle, va être aussi à l’origine de sa renaissance. De plus, elle va créer les conditions propices à l’éclosion des Hôtels-Dieu en France. La stagnation médicale est partiellement lié au fait que le péché et la douleur est un moyen d’expier les fautes
DESCRIPTIONS REMARQUABLES DE QUATRE MALADIES PAR RICHER
Richer, auteur de la fin du Xème siècle, et bien au fait de la chose médicale qu’il a étudié à l’école de médecine de Chartres, nous a laissé plusieurs descriptions de fin de vie de personnages importants de son époque.
En voici 4 assez remarquables
La première description correspond à la fin de Winemar, qui assassina l’archevêque de Reims Foulques en 900 :
« Bientôt Winemar s’affaiblit, frappé de la main de Dieu d’une incurable hydropisie. Son ventre se gonfle, un feu lent le brûle extérieurement ; au dedans un violent incendie le dévore. Les pieds enflent en même temps, ainsi que les jambes qui deviennent luisantes ; les parties naturelles fourmillent de vers ; l’haleine est fétide,les intestins s’échappent peu à peu. Avec cela une soif insupportable ; parfois de l’appétit, mais du dégout à la vue des mets ; absence continuelle de sommeil. Enfin le malheureux était devenu un fardeau pour tous, pour tous un objet d’horreur »
Ces signes cliniques, qui font suite à une blessure, font évoquer un choc septique avec défaillance circulatoire aiguë, la porte d’entrée serait une plaie sale. Ce type de décès est fréquent au moyen âge, en rapport avec les conditions d’hygiène. Une autre personnalité, Ingon, meurt dans des conditions identiques,mais il est surprenant que Richer fasse le lien entre « ces blessures, mal pansées par les chirurgiens " : il a compris qu’une plaie mal soignée peut entraîner la mort
La seconde description est la mort violente d’Héribert due probablement à un infarctus massif ou un accident vasculaire cérébral massif :
« Frappé d’une apoplexie, due à l’abondance des humeurs, les doigts crispés, les nerfs raidis et la bouche contractée jusqu’à l’oreille, il expira subitement au milieu des siens »
la troisième description est la mort de Lothaire Ier, empereur :
« Lothaire tomba malade à Laon, et, tourmenté de ce mal, que les médecins appellent colique, il se mit au lit. Il ressentait du côté droit, au dessus des parties naturelles, une douleur intolérable, il en éprouvait aussi de cruelles depuis le nombril jusqu’à la rate, et de là jusqu’à l’aine gauche, et de même à l’anus. Avec cela, fatigue des reins et des intestins ; évacuation sanguine ; parfois des suffocations et les membres glacés par le froid de la fièvre, borborygmes ; dégout continuel, effort inutile pour vomir, et le ventre tendu, l’estomac brûlant. L’affliction était grande dans le palais, et toute la maison retentissait de cris et de gémissements »
Le diagnostic d’occlusion intestinale donnant la fièvre, paraît le plus probable pour cette mort terrible. Dans son texte, nous nous apercevons que l’auteur n’ est pas indifférent aux effroyables souffrances des malades.
Enfin, la dernière description sera celle de la mort d’Eudes, comte de Chartres.Elle est très intéressante car elle fait suggérer l’existence d’une maladie contagieuse due au bacille de Klebs-Loeffler : la diphtérie.
« Il fut pris d’une maladie que les médecins appellent angine. Cette affection catarrheuse,bien qu’ayant son siège dans la gorge, amène parfois aux mâchoires et aux joues, parfois jusqu’à la poitrine et aux poumons, une tumeur très douloureuse, qui, en se développant, enflamme ces régions et emporte le malade au retour de la fièvre, c’est à dire au bout de trois jours, sans compter le premier de la maladie. Eudes, atteint de ce mal, ressentait dans toute la gorge, d’horribles douleurs, son sang était brûlant, sa parole entrecoupée. Ces douleurs ne gagnèrent pas la tête, mais elles attaquèrent la poitrine et déchirèrent le poumon et le foie » -
Malgré la pauvreté des diagnostics et de la thérapeutique, les descriptions des maladies dans les textes du haut moyen âge montrent une bonne connaissance, par les médecins, de la séméiologie médicale provenant des manuscrits anciens. On en conclut que ces derniers sont accessibles aux érudits, et circulent dans le pays. Les maladies dans le haut moyen âge dépendent presque uniquement du milieu extérieur, ce qui explique la prédominance des pathologies infectieuses.
Afin de mieux appréhender la genèse de ces maladies, il est indispensable d’étudier les conditions de vie de cette population. Conditions qui vont aboutir à la création de structures d’accueil pour les plus nécessiteux-
Source : Roger Dachez, Histoire de la médecine de l'Antiquité au xxe siècle, Tallandier, 2004
1. 12/01/2012
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