La médecine arabo-islamique

 

 

En histoire de la médecine, le terme médecine islamique ou médecine arabe fait référence à la médecine développée pendant l’âge d'or de la civilisation islamique médiévale et consignée dans des écrits en langue arabe, la lingua franca de la civilisation islamique. En dépit de ce que ces deux termes accolés pourraient le laisser croire, un grand nombre de scientifiques de cette période ne sont pas arabes. Certains considèrent l’expression "arabo-islamique" comme historiquement inexacte, faisant valoir que cette locution ne rend pas compte de la richesse et de la diversité des chercheurs orientaux qui ont contribué au développement de la science islamique à cette époque; les traductions latines du XIIe siècle d’ouvrages médicaux écrits en arabe ont eu une influence significative sur le développement de la médecine moderne-

Généralités

Les écrits de médecine de l’âge d’or de la civilisation islamique ont été influencés par plusieurs systèmes médicaux, dont celui de la médecine traditionnelle de l’Arabie de l'époque de Mahomet, celui de la médecine de la grèce antique ainsi que par la médecine yunâni, la médecine ayurvédique de l'Inde ancienne et la médecine de l’Iran antique de l’Académie de Gundishapur .

 

Fondements

 Le premier médecin musulman aurait été Mahomet lui-même, car un nombre important de hadiths concernant la médecine lui sont attribués. Selon la tradition orale, plusieurs sahabas auraient été traités avec succès, pour d’authentiques maladies, en suivant les recommandations de Mahomet. Les trois méthodes de guérison connues pour avoir été mentionnées par ce dernier sont le miel, les ventouses et la cautérisation, bien qu'il ait été généralement opposé à l'utilisation de la cautérisation à moins qu'elle "convienne à la maladie. " Selon Ibn Hajar al-Asqalani, Mahomet n'aimait pas cette méthode parce qu’elle était "douloureuse et effrayante pour le patient", puisqu’il n'y avait pas d’anesthésie à cette époque.Mahomet semble également avoir été le premier à suggérer la nature contagieuse de la lèpre, de la gale et des maladies sexuellement transmissibles et à avoir dit qu'il y a toujours une cause et un remède à toutes les maladies,selon plusieurs hadiths mentionnés dans les textes de Sahih al-Bukhari, de Sunan Abi Dawoud et d' Al-Muwatta et attribués à Mahomet, tels que:

« Il n'y a pas de maladie que Dieu ait créée, excepté celle pour laquelle il a aussi créé le traitement correspondant. »

— Sahih al-Bukhari

 « Faites usage des traitements médicaux, car Dieu n'a créé aucune maladie sans prévoir un remède pour elle, à l'exception d'une seule maladie, la vieillesse. »

— Sunan Abi Dawood

 « Dieu vous envoie à la fois la maladie et la guérison, et il a prévu un remède pour chaque maladie, aussi soignez vous avec des médicaments. »

— Sunan Abi Dawood

« Celui-là seul qui vous envoie la maladie vous envoie aussi le remède. »

— Al-Muwatta

 

La croyance qu'il existe un remède à chaque maladie a encouragé les premiers musulmans à se livrer à la recherche médicale et à chercher un remède pour toutes les maladies qu’ils connaissaient. Toutefois, un grand nombre des premiers auteurs de la médecine islamique, étaient habituellement davantage des clercs que des médecins et l’on sait qu’ils préconisaient les pratiques médicales traditionnelles de l’époque du prophète Mahomet, comme celles qui sont mentionnées dans le Coran et les hadiths. Par exemple, la thérapeutique de l'époque ne prévoyait pas la nécessité pour le patient de se soumettre à une quelconque intervention chirurgicale.

A partir du IXe siècle, Hunayn ibn Ishaq a traduit de nombreuses œuvres de Galien en arabe et a continué ses travaux par la traduction des Sushruta Samhita, des Charaka Samhita et des œuvres de Gundishapur en langue pehlevi. Bientôt les médecins musulmans ont commencé à faire eux-mêmes des progrès importants et ont apporté des contributions personnelles à la médecine, notamment dans les domaines qui seront plus tard ceux de l’allergologie, l’anatomie, la bactériologie, la botanique, l’odontologie, l’embryologie, l’écologie, l’étiologie, l’immunologie, la microbiologie, l’obstétrique, l’ophtalmologie, l’anatomo-pathologie, la pédiatrie, la périnatalogie, la physiologie, la psychiatrie, la psychologie, la cardiologie, la chirurgie, la thérapeutique, l’urologie, la zoologie et les sciences pharmaceutiques telles que la pharmacie et la pharmacologie, entre autres.

La médecine a été un élément central de la culture islamique médiévale. En réponse à des circonstances de temps et de lieu, les chercheurs et les médecins islamiques ont élaboré une littérature médicale vaste et complexe pour explorer et synthétiser l’ensemble des théories et des pratiques de la médecine. La médecine islamique a été construite initialement sur la tradition, principalement à partir des connaissances théoriques et pratiques développées en Arabie, en Perse, en Grèce, à Rome, et en Inde. Galien et Hippocrate ont été pour eux des autorités pré-éminentes, ainsi que les médecins de l’Inde ancienne Sushruta et Charaka ainsi que les chercheurs de l’époque hellénistique d’Alexandrie. Les érudits musulmans ont traduits leur volumineux écrits du grec et du sanskrit en arabe, puis ont ajouté de nouvelles connaissances médicales sur la base de ces textes. Afin de rendre les traditions grecques et indiennes plus accessibles, plus faciles à comprendre et à enseigner, les érudits musulmans les ont classées et ont présenté d’une manière plus systématique et cohérente les connaissances médicales gréco-romaines vastes et parfois contradictoires, en écrivant des encyclopédies et des résumés. C'est par le biais des traductions arabes que l'Occident a pris connaissance des œuvres de la médecine hellénique, notamment des travaux de Galien et d’Hippocrate. Ces œuvres systématiques et globales comme le Canon de la médecine d’ Avicenne ont été traduites en latin, puis diffusées sous forme de manuscrits d’abord avant d’être imprimés dans toute l'Europe Occidentale où ces livres ont eu une influence égale, sinon plus importante, à celle des originaux de l’antiquité grecque. Rien qu’au cours des seuls quinzième et seizième siècles, le Canon de la Médecine a été réédité plus de trente-cinq fois.

 

Héritage

George Sarton, le père de l'Histoire des sciences, a écrit dans son Introduction à l'histoire des sciences:

« Grâce à leurs recherches médicales, ils n’ont pas seulement élargi les horizons de la médecine, mais élargi les concepts humanistes en général. [...] Par conséquent, il ne peut guère s’agir d’un hasard si ces recherches devaient inévitablement les conduire au-delà de ce qui était à la portée des maîtres Grecs. Si on considère comme symbolique que le plus spectaculaire succès de la moitié du vingtième siècle soit la fission atomique et la bombe nucléaire, il ne semble pas fortuit que l'effort médical des premiers musulmans ait pu conduire à une découverte qui a été tout aussi révolutionnaire mais peut-être plus bénéfique. »— George Sarton,

« Une philosophie de l'égocentrisme, sous quelque forme que ce soit, serait à la fois incompréhensible et répréhensible pour la pensée musulmane. Cette pensée était incapable de voir l'homme, qu’il soit en bonne santé ou malade, seul et comme indépendant de Dieu, des autres hommes et du monde qui l’entoure. Il était probablement inévitable que les musulmans découvrent que la maladie ne provenait pas nécessairement du patient lui-même, mais pouvait l’atteindre de l'extérieur, en d'autres termes, qu'ils soient les premiers à avoir établi clairement l'existence de maladies contagieuses »— George Sarton,

« L'un des plus célèbres représentants de l’Universalisme musulman et une des personnalités les plus éminentes de la connaissance islamique était Ibn Sina, connu en Occident sous le nom d’Avicenne (981-1037). Pendant un millier d'années, il a gardé la réputation d’être l’un des plus grands penseurs et chercheurs en médecine de toute l'histoire. Ses ouvrages médicaux les plus importants sont le Canon de la médecine et un traité sur l’utilisation des Drogues pour les maladies de Cœur. Le Canon de la médecine est une immense encyclopédie de médecine. Il contient quelques-unes des plus éclairantes réflexions relatives à la distinction entre la mediastinite et la Pleurésie la nature contagieuse de la phthisie, la transmission des maladies par l'eau et la terre, la description minutieuse des maladies de peau, des maladies sexuellement transmissibles et des Perversions, ainsi que des maladies du système nerveux. »— George Sarton,

« C’est pendant les croisades que l'Europe a enfin commencé à ouvrir des hôpitaux et nous avons de bonnes raisons de penser qu’elle s’est alors inspirée de l’expérience des Arabes du Proche-Orient .... Le premier hôpital de Paris, Les Quinze-vingt, a été fondé par Louis IX après son retour de la croisade de 1254 à 1260. »

 

Méthode Scientifique

Comme dans d'autres domaines de la science islamique, les médecins musulmans ont été les premiers à développer la Méthode scientifique dans le domaine de la médecine avec notamment, l'introduction de la mathématisation, la quantification, l’expérimentation, la recherche médicale, la médecine fondée sur les faits, les essais cliniques, la dissection, l’expérimentation animale, l’expérimentation humaine et l’examen post-mortem (autopsie) par les médecins musulmans, tandis que les hôpitaux du monde islamique inventaient les premiers essais thérapeutiques, veillaient à la pureté des médicaments, et pratiquaient l’évaluation des compétences des médecins

 

Mathématisation

Au IXe siècle, al-Kindi (Alkindus), dans De Gradibus, a décrit l'application des mathématiques arabes et de la quantification à la médecine, en particulier dans le domaine de la pharmacologie. Il citait notamment l'élaboration d'une échelle mathématique pour quantifier l’effet des médicaments, et un système qui permettrait à un médecin de déterminer à l'avance, pour une maladie donnée, la plupart des jours critiques pour le patient, sur la base des phases de la Lune-

Méthode Expérimentale

Au Xe siècle, Razi (Rhazes) a introduit le contrôle scientifique et l’Observation clinique dans le domaine de la médecine et a rejeté plusieurs théories médicales de Galien non vérifiées par l’expérimentation.] Les plus anciennes expériences médicales connues ont été effectuées par Razi pour trouver l’endroit le plus hygiénique pour construire un hôpital. Il a accroché des morceaux de viande dans toute la ville de Bagdad au Xe siècle et répertorié l’endroit où la viande se décomposait le moins vite et c'est là qu’il a construit l'hôpital. Dans ses traité de médecine, Razi rapportait des cas cliniques tirés de sa propre expérience et de très utiles observations sur diverses maladies. Dans son doutes sur Galien, Razi a également été le premier à prouver à partir des données de l'expérimentation que la Théorie des humeursde Galien et la théorie des Quatre éléments d’Aristote étaient toutes les deux fausses. Il a également introduit l'analyse d'urines et l’examens des selles.

 

Avicenne (Ibn Sina) est considéré comme le père de la médecine moderne,pour son introduction systématique de l’expérimentation et de la quantification dans l'étude de la Physiologie, l’introduction de la Recherche médicale, des essais cliniques, de l’analyse des facteur de risque et du concept de Syndrome pour le diagnostic spécifique de certaines maladies, dans son encyclopédie médicale, le Canon de la médecine (vers 1025) qui était également le premier livre traitant de la médecine fondée sur des preuves, et d’essais cliniques randomisés,et de tests d’éfficacité.

 

Selon Toby Huff et AC Crombie, le Canoncontient "un ensemble de règles qui ont fixé les bases de l’utilisation expérimentale et de l'essai des Médicaments" ce qui constitue "un guide pratique d'expérimentation" dans le processus qui consiste à " découvrir et à prouver l'efficacité de nouveaux Médicaments. "Avicenne a mis l'accent sur l'essai de médicaments et jeté les bases d'une approche expérimentale de la Pharmacologie.Le Canon énonce ci-après des règles et les principes des tests d'efficacité des nouvelles drogues et des médicaments, ce qui forme toujours la base de la pharmacologie clinique et des Essais cliniques modernes :

1. "Le médicament doit être exempt de toute pollution étrangère accidentelle."

2. "Il doit être utilisé sur une maladie unique et non une association de plusieurs maladies."

3. "Le médicament doit être testé avec deux types contraires de maladies, parce qu’un médicament guérit parfois une maladie par ses qualités intrinsèques et parfois par pur hasard."

4. "La qualité du médicament doit correspondre à la force de la maladie. Par exemple, certains médicaments agissent sur la chaleur alors que certaines maladies sont caractérisées par la froideur, de sorte que ces médicament n'ont pas d'effet sur elles."

5. "Le temps d'action doit être observé, afin de ne pas confondre l’action propre du médicament et un effet accidentel."

6. "L'effet attendu du médicament doit se produire constamment ou dans de nombreux cas, car dans le cas contraire, il faut considérer qu’il s’agit d’un effet accidentel."

7. "L'expérimentation doit être réalisée sur l’homme, si un médicament est expérimenté sur un lion ou un cheval on ne peut tirer de cet essai aucune conclusion que ce soit quant à son effet sur l'homme."

 

L'un des premiers médecins connus pour avoir réalisé une dissection sur l'homme et un examen post-mortem du corps (autopsie) pour des expériences médicales était Ibn Zuhr (Avenzoar), qui a introduit la méthode expérimentale en chirurgie pour cette raison il est considéré comme le père de la chirurgie expérimentale. A cette époque un certain nombre d'autres praticiens ont été également des pionniers de la dissection et de l'autopsie notamment Ibn Tufayl, al-Shayzari médecin de Saladin,Ibn Jumay, Abd-el-latif, et Ibn al-Nafis-

La méthode expérimentale a été introduite en botanique, en matière médicale et en agronomie au XIIIe siècle par le botaniste arabe et andalous Abou al-Abbas al - Nabati, le professeur d’Ibn al-Baitar. Al-Nabati a introduit des méthodes d'essai empiriques, a descrit et identifié de nombreuses substances entrant dans la matière médicale et il fait le tri entre les effets non vérifiés et ceux qui ont été démontrés par des essais et des observations.

 

Comité de lecture

La première description d’un processus précurseur de ce qu’on nommera plus tard un comité de lecture figure dans l’éthique du médecin, œuvre d’Ishaq Ali bin al-Rahwi (854-931) d'Al-Raha en Syrie qui décrit le premier comité de lecture de médecins (examen par des pairs). Son travail, ainsi que les manuels de médecine arabe plus tardifs, prescrivent qu’un médecin qui examine un patient doit toujours rédiger en double une note sur l'état de santé du malade mise à jour à chaque visite. Lorsque le patient est guéri ou est décédé, les notes du médecin sont examinées par un conseil médical local composé d'autres médecins qui font un examen de la pratique du médecin d’après ces notes pour déterminer si ses prescriptions ont respecté les règles des soins médicaux. Si ces conclusions étaient négatives, le médecin praticien pouvait faire l’objet d’un procès intenté par un patient victime d’un traitement inadapté-

 

Anatomie et Physiologie

En Anatomie et Physiologie, le premier médecin à réfuter la théorie des humeurs de Galien est Muhammad ibn Zakarīya Rāzi (Rhazes) dans ses doutes sur Galien au Xe siècle. Il a critiqué la théorie de Galien selon lesquelles il existait dans l'organisme quatre "humeurs" (des substances liquides), dont l'équilibre était la clé de la santé et de la température naturelle du corps. Razi a été le premier à prouver que cette théorie était fausse en utilisant une méthode expérimentale. Il a effectué une expérience qui perturbait ce système par l'introduction dans l'organisme d'un liquide à une température différente de celle du corps, entraînant une augmentation ou une diminution de la température corporelle qui se rapprochait de la température de ce fluide. Razi a noté en particulier qu’une boisson chaude réchauffait le corps à un niveau beaucoup plus élevé que la température naturelle, donc que la boisson déclenchait une réponse de l'organisme, supérieure à ce qui relevait du seul transfert de la chaleur ou du froid vers le corps. Cette critique a été la première réfutation expérimentale de la théorie des humeurs de Galien et de la théorie des Quatre éléments d’Aristote sur laquelle elle était fondée. Les expériences alchimiques de Razi lui-même ont suggéré l’existence d'autres qualités de la matière, telles que " son caractère huileux" et " sulfureux", ou son Inflammabilité et sa Salinité qui ne s'expliquent pas facilement par la traditionnelle division en quatre éléments comme le feu, l'eau, la terre et l’air.

 

Anatomie et physiologie Expérimentale

Les contributions d’Avicenne à la Physiologie comprennent l'introduction systématique de l’expérimentation et de la quantification pour l'étude de la physiologie dans le Canon de la médecine. La contribution d’Ibn al-Haytham (Alhacen) à l’Anatomie et à la physiologie est principalement l’explication correcte du processus de la vision et de la perception visuelle pour la première fois dans son Traité d’optique, publié en 1021.Les autres innovations introduites par les médecins musulmans dans le domaine de la physiologie à ce moment-là sont également l'utilisation de l’Expérimentation animale  et de la dissection du corps humain.

 

Avenzoar (Avenzoar) (1091-1161) a été un des premiers médecins connu pour avoir effectué des dissections et des examens post-mortem autopsies chez l'homme. Il a prouvé qu’une maladie de peau, la gale était causée par un parasite, une découverte qui allait bouleverser la théorie des humeurs prônée par Hippocrate et Galien. L'élimination du parasite du corps du patient n'impliquait pas de purge, de saignée ou tout autre traitement traditionnellement associé à la théorie des quatre humeurs.

 

Au XIIe siècle, les médecins de Saladin al-Shayzari et Ibn Jumay ont été également parmi les premiers à entreprendre la dissection du corps humain et ils ont appelé explicitement d'autres médecins à en faire autant. Au cours d'une famine en Égypte en 1200, Abd-el-Latif a observé et examiné un grand nombre de Squelettes et il a découvert que Galien avait formulé des conclusions erronées sur l’anatomie de l'os du maxillaire inférieur et du sacrum. 

 

Anatomie et Physiologie Cardiovasculaire

Ibn al-Nafis, le père de la Physiologie circulatoire,fait partie des autres précurseurs de la dissection humaine-En 1242, il a été le premier à décrire la circulation pulmonaire,les Artères coronaires et la Circulation capillaire qui forment la base du système circulatoire, découvertes pour lesquelles il est considéré comme l'un des plus grands physiologistes de l'histoire.Les premières descriptions Européennes de la circulation pulmonaire n’ont été faites que plusieurs siècles plus tard, avec Michel Servet en 1553 et William Harvey en 1628. Ibn al-Nafis a également décrit le premier concept du métabolisme et développé de nouveaux systèmes Nafisiens d’anatomie, de physiologie et de Psychologie pour remplacer les doctrines d’Avicenniennes et Galéniques, après avoir discrédité un grand nombre de leurs théories erronées sur les quatre humeurs, le Rythme cardiaque, les os, les Muscles, les Intestins, le Système sensoriel, les canaux biliaires, l’Œsophage, l’estomac et l’anatomie de presque toutes les autres parties du Corps humain.

 

Le médecin arabe Ibn al-Lubudi (1210-1267), originaire également de Damas qui a écrit le Recueil des discussions à propos de cinquante questions d’ordre psychologique et médical , dans lequel il rejette la théorie de quatre humeurs défendue par Galien et Hippocrate, a découvert que la préservation du corps dépend exclusivement du sang et rejeté l'idée de Galien selon laquelle les femmes peuvent produire la semence et a également découvert que la pulsation des Artères n’est pas tributaire des battements du cœur, que le cœur est le premier organe à se former dans l’organisme du fœtus (et non le cerveau comme le pensait Hippocrate) et que les os formant le crâne peuvent former des tumeurs. Dans les cas de fièvre élevée, il conseille également à un patient de ne pas sortir de l'hôpital.

 

Au XVe siècle, le Tashrih al-Badan (Anatomie du corps) écrit par Mansour ibn Ilyas contenait des schémas représentants la structure globale du corps, le système nerveux et le système circulatoire.

 

Pouls et Tension artérielle

Les médecins musulmans ont été pionniers dans l’étude du rythme cardiaque. Dans les temps anciens, Galien ainsi que les praticiens de la médecine traditionnelle chinoise ont cru à tort qu'il y avait un type unique de rythme cardiaque pour chaque organe du corps et pour chaque maladie. Galien pensait également à tort que "chaque partie d'une artère bat en même temps" et que la perception d’une impulsion était due à des mouvements naturels (les artères se dilatant et se contractant naturellement), par opposition aux pulsations forcées (le cœur provoquant la dilatation et la contraction des artères ). La première explication correcte des pulsations a été donnée par les médecins musulmans.

Avicenne a été un pionnier de l’étude du pouls après avoir affiné la théorie de l'impulsion de Galien et découvert ce qui suit dans le Canon de la médecine :

« Chaque battement du pouls est composé de deux mouvements et de deux pauses. Les différentes phases se suivent ainsi : expansion, pause, contraction, pause. [...] Le pouls est un mouvement dans le cœur et les artères ... qui prend la forme d’une alternance de dilatation et de contraction. »

 

Avicenne est aussi un pionnier de la conception moderne de la prise du pouls grâce à la palpation du poignet qui est encore pratiquée à l’époque moderne. Ses raisons de choisir le poignet comme endroit idéal est dû au fait qu'il soit facilement accessible et que le patient n'ait pas besoin d’exposer son corps ce qui peut être une difficulté pour lui ou pour elle. La traduction latine de son Canon a aussi jeté les bases nécessaires à l’invention plus tardive du sphygmographe (tensiomètre).

 

Ibn al-Nafis, dans son commentaire sur l'anatomie décrite dans le Canon d'Avicenne, a complètement rejeté la théorie galénique de la pulsation après sa découverte de la circulation pulmonaire. Il a développé une théorie Nafisienne de la pulsation, après avoir découvert que la pulsation est le résultat naturel de deux mouvements, qu’il s’agit d’un mouvement forcé et que le "mouvement forcé correspond à la contraction des artères provoquée par la dilatation du cœur et le mouvement naturel est celui de la dilatation des artères." Il note que les "artères et le cœur ne se dilatent et se contractent pas en même temps, mais plutôt que l'un se contracte, pendant que l'autre se dilate" et vice versa. Il a également reconnu que l'objectif de l'impulsion est de favoriser l’irrigation du reste du corps par le sang provenant du cœur. Ibn al-Nafis résume brièvement sa nouvelle théorie de la pulsation:

« Le but principal de la dilatation et de la contraction du cœur est d'absorber l'air frais et d'expulser les déchets de l'esprit et l'air chaud, lorsque le ventricule du cœur est dilaté. Cependant, quand il se dilate il ne lui est pas possible d'absorber l'air jusqu'à ce qu'il soit plein, car cela ruinerait le tempérament de l'esprit, dans sa substance et sa texture, ainsi que le tempérament du cœur. Ainsi, le cœur est nécessairement forcé de se remplir complètement par absorption de l'esprit. »

 

Épidémiologie, Étiologie, Pathologie

Dans le domaine de l’Étiologie et de l’Épidémiologie, les médecins musulmans sont responsables de la découverte des Maladies infectieuses et du Système immunitaire, des progrès de l’Anatomo-pathologie et des premières hypothèses relatives à la bactériologie et à la Microbiologie. Leur découverte des maladies contagieuses, en particulier, est considérée comme révolutionnaire et reste l'une des plus importantes découvertes en médecine.On peut faire remonter les premières idées sur la contagion à plusieurs Hadiths attribués à Mahomet au VIIe siècle qui affirment la nature contagieuse de la Lèpre, de la Gale et des maladies sexuellement transmissibles La conséquence de ces premières idées sur la contagion est une attitude généralement favorable des médecins musulmans envers les lépreux (qui sont souvent considérés sous un jour négatif dans d'autres sociétés antiques et médiévales) qui peut être retrouvée dans un hadith attribué à Mahomet et fait suite aux conseils donnés dans le Coran:

« Il n'y a pas de faute à être aveugle, il n'y a pas de faute à être boiteux et il n'y a pas de faute à être malade. »

 

Cela a finalement abouti à la théorie des maladies contagieuses qui a été bien assimilée par Avicenne au XIe siècle. À ce moment-là, les risques de contagion ont été bien pris en compte et, par conséquent, les hôpitaux ont été créés avec des quartiers séparés pour certaines maladies spécifiques, de sorte que les personnes atteintes de maladies contagieuses puissent être tenues à l'écart des autres patients indemnes de l’infection et hospitalisés pour une autre pathologie.Dans le Canon de la médecine (1020), Avicenne a découvert la nature contagieuse de certaines maladie infectieuses comme la phtisie (Tuberculose), la transmission des maladies par l’eau et les sols et bien compris la nature contagieuse des maladies sexuellement transmissibles. En épidémiologie, il a présenté la méthode de la quarantaine comme un moyen de limiter la propagation des maladies contagieuses et introduit la méthode de l’analyse des facteurs de risque et le concept de Syndrome pour le diagnostic de certaines maladies.

Afin de trouver l’endroit le plus hygiénique pour construire un hôpital, Muhammad ibn Zakarīya Rāzi (Rhazes) a procédé à une expérimentation au cours de laquelle il a accroché des morceaux de viande dans différents lieux de la ville de Bagdad au Xe siècle et répertorié les endroits où la viande se décomposait le moins rapidement. Razi a également écrit un traité de médecine au IXe siècle. Le Grand traité était la plus recherchée de toutes ses œuvres, celle où Razi avait noté les cas cliniques tirés de sa propre expérience et de très utiles observations sur diverses maladies, ainsi que la découverte de la rougeole de la variole et de la varicelle. Le Grand traité a également critiqué les vues de Galien, après que Razi eut observé de nombreux cas cliniques qui ne correspondaient pas aux descriptions des Fièvres de Galien. Par exemple, il a déclaré que les descriptions par Galien des maladies urinaires étaient inexactes, parce qu’elles étaient fondées sur trois cas seulement, alors que Razi avait étudié des centaines de cas dans les hôpitaux de Bagdad et de Ray.Le Traité de médecine, en particulier avec la description de la variole de la varicelle et de la rougeole, a eu une grande influence en Europe.

 

Ibn Zuhr (Avenzoar) a été le premier médecin à découvrir une étiologie réellement scientifique des maladies inflammatoires de l’Oreille et le premier à exposer clairement les causes du Stridor (dyspnée laryngée). Il a également été le premier à donner des descriptions précises de certaines maladies neurologiques, comme la Méningite, la thrombophlébite intracrânienne et les tumeurs médiastinales. Averroès a entrevu l'existence de la Maladie de Parkinson et a découvert les propriétés des photorécepteurs de la rétine. Maïmonide a écrit sur les troubles neuropsychiatriques et décrit la rage et l’intoxication par la Belladone.

 

Allergologie et immunologie

L'étude de allergologie et de l’immunologie trouve son origine dans la civilisation du monde islamique.Muhammad ibn Zakarīya Rāzi (Rhazes) est responsable de la découverte de "l’asthme allergique", et il a été le premier médecin connu pour avoir écrit des articles sur l’allergie et le système immunitaire. Dans le sens de l’odorat, il explique la survenue d’une Rhinite après avoir respiré l’odeur d’une rose au printemps. Dans l'article intitulé la raison pour laquelle Abou Zayd Balkhi souffre d’une rhinite lorsqu’il sent le parfum des roses au printemps, il décrit la rhinite saisonnière, dont le mécanisme est le même que celui de l'asthme allergique ou du rhume des foins. Al-Razi a été le premier à comprendre que la Fièvre était un mécanisme de défense naturel, un moyen pour l'organisme de lutter contre la maladie.

 

La distinction entre la variole et la varicelle remonte également à Al-Razi. La procédure médicale de la variolisation a été pratiquée dans le monde islamique médiéval afin de traiter la variole. Cette méthode fut ensuite suivie par la première vaccination contre la variole par l’inoculation d’une forme atténuée de la Variole, inventée en Chine et transmise à l’Occident par l’intermédiaire de la Turquie au début du XVIIIe siècle.

 

Hématologie

En Hématologie, Abu Al-Qasim (Abulcasis) a donné la première description de l’hémophilie (ou du moins d’une maladie de la coagulation) dans son livre Al-Tasrif, dans lequel il rapporte le cas d’une famille andalouse dont les hommes mouraient d'hémorragie après des blessures légères.

 

Microorganismes

Les médecins musulmans ont spéculé sur l'existence des bactéries et des micro-organismes, si ces théories anciennes n'ont pas été démontrées ou observées avant le XVIIe siècle, lorsque des investigations dans le domaine de la microbiologie ont été rendues possibles par l'invention du microscope. Ces premières idées ont cependant, influencé Girolamo Fracastoro.

 

Avicenne a émis l'hypothèse que les Sécrétions corporelles étaient contaminées par de la terre souillée par des organismes étrangers putréfiés avant qu’apparaisse l’infection.

 

Lorsque la Peste noire ou peste bubonique atteint Al-Andalus au XIVe siècle, Ibn Khatima a émis l'hypothèse que les maladies infectieuses étaient causées par de petits "Micro-organismes" qui pénètrent dans le corps humain et provoquent des maladies. Au XIVe siècle un autre médecin andalou, Ibn al-Khatib (1313-1374), a écrit un traité appelé sur la peste, dans lequel il affirmait:

« L'existence de la contagion est établie par l'expérience, les investigations, les faits constatés par les sens et des études dignes de confiance. Ces faits constituent un bon argument. Le fait de l'infection devient clair pour le chercheur qui observe comment s’établit le contact avec la personne atteinte de la maladie, alors que ceux qui ne sont pas en contact sont épargnés, et la façon dont la transmission se produit par les vêtements, les navires et les boucles d'oreilles. »

 

Parasitologie

En Parasitologie Avenzoar, par le biais de la dissection, a été en mesure de prouver que la gale est provoquée par un parasite, une découverte qui allait bouleverser la théorie des humeurs défendue par Hippocrate, Galien et Avicenne. L'élimination du parasite du corps du patient ne nécessite pas de Purge, de saignée ou tous autres traitements traditionnellement associés à la théorie des quatre humeurs.

 

Dentisterie

Les dentistes musulmans ont été des pionniers en odontologie, notamment en chirurgie dentaire et odontologie conservatrice . Le premier texte médical décrivant la chirurgie dentaire en détail est le Al-Tasrif d’ Abulcasis. Il a préconisé des méthodes détaillées pour assurer le succès de la reimplantation des dents arrachées.

 

Restauration dentaire

Au Xe siècle un autre dentiste arabe, Abou Amed Gaafar ibn Ibrahim ibn abi Halid al-Gazzar en Afrique du Nord, a décrit les méthodes de restauration dentaire dans son Kitab Zad al-Musafir qut wa al-Hadir ( Provision pour le voyageur et nutrition pour les sédentaires) qui a ensuite été traduit en latin comme viatique par Constantin l'Africain à Salerne. Il a propose le premier traitement des caries dentaires :

« Il faut tout d'abord purger la carie et ensuite les dents peuvent être remplies avec de la noix de galle, des teintures, un extrait de Nerprun, de la résine de pin, de la résine de Cèdre, de Myrrhe, d’Anacyclus pyrèthrum et de miel, ou des fumigations à la racine de Coloquinte. »

 

— Abu Gaafar Amed ibn Ibrahim ibn abi Halid al-Gazzar,

Al-Gazzar a également recommandé un composé d’arsenic dans ses prescriptions pour combler les trous des dents, ainsi que pour les caries dentaires et pour le relâchement des nerfs lorsqu’il en résulte un excès de Fluides.

 

Avicenne a consacré de nombreux chapitres du Canon de la médecine à l'art dentaire, en particulier à la restauration dentaire. Influencé par Al-Gazzar, il a proposé son propre traitement de la carie dentaire, en précisant que la dent cariée doit être remplie de cyprès, d’herbes médicinales, de pâte de Pistachier lentisque, de myrrhe, ou Styrax, entre autres, avec de la noix de galle, du soufre jaune, du poivre, du Camphre et des drogues pour la douleur, comme l'arsenic ou le lait de louve. Il a en outre déclaré que l'arsenic bouilli dans l’Huile devait être introduit dans l’orifice de la carie.

 

Avicenne et al-Gazzar, toutefois, estiment tous deux que les caries dentaires sont provoquées par les " vers de dents " comme le croyaient les anciens. En 1200 cela s’est révélé faux et la preuve en a été apportée par un autre médecin musulman nommé Gaubari dans son Book of the Elite concerning the unmasking of mysteries and tearing of veils (Livre des Elites concernant la révélation des mystères et le dévoilement des secrets) qui consacre un chapitre à l'art dentaire. Il fut le premier à rejeter l'idée que les caries dentaires étaient provoquées par des vers et il a déclaré que les vers de dent, en fait, n'existaient même pas. La théorie du vers de la dent n'était donc plus acceptée dans la communauté médicale islamique du XIIIe siècle

 

Obstétrique

Les médecins musulmans ont fait de nombreux progrès en obstétrique, notamment en périnatalogie. Dans l'Antiquité grecque et hellénistique des auteurs tels qu’Hippocrate, Galien, Ptolémée et Paul d'Egine estimaient à tort que les contractions utérines étaient seulement une indication de l'imminence de l’accouchement et que le fœtus devait par la suite nager vers la sortie de l 'Utérus et le Vagin. Au Xe siècle, Ali ibn Abbas al-Majusi a prouvé que cette théorie était fausse lorsqu’il a découvert que les contractions utérines sont en fait la cause de l’expulsion du fœtus. Abu al-Qasim al-Zahrawi a donné des conseils aux sages-femmes sur l'accouchement et les complications de l’obstétrique dans son Al-Tasrif (1000) et a fait un certain nombre de progrès dans ce domaine. Il a été le pionnier de la méthode de la craniotomie du foetus pour la délivrance en cas de présentation dystocique et il a introduit les instruments chirurgicaux destinés à cette opération. La césarienne a été décrite en détail par Ferdowsi dans le Shâh Nâmeh (1010) et par Al-Biruni dans son livre Al-Athar al-Baliyah .

 

Embryologie

L’Embryologie a été étudiée dans une certaine mesure, dans les premiers textes de la littérature islamique, y compris le Coran et les hadiths.

Ibn al-Nafis a critiqué les précédentes explications aristotéliciennes, galéniques et Avicenniennes de l’Embryologie et a cherché à développer ses propres théories sur l'embryologie et la reproduction. Il estimait que, lorsque les hommes et les femmes mélangeaient leurs Semences, ils créaient une nouvelle Matière qui avait la capacité de recevoir une âme animale ou humaine et Dieu donnait une âme à cette matière qui se développait ensuite pour former un Embryon destiné à se transformer ensuite en formant des Organes.Il a en outre écrit :

« Galien estime que chacune des deux semences a en elle la faculté active de modeler la matière et la faculté passive à être façonnée, mais la faculté active est plus forte dans la semence mâle alors que la faculté passive est plus forte dans la semence femelle. Les investigateurs parmi les "falasifa" (philosophes) croient que la semence mâle a seulement la faculté active, tandis que la femelle a seulement la faculté passive.. Quant à notre avis à ce sujet et Dieu le sait mieux que nous, aucune des deux semences n’a en elle la faculté active de modeler la vie. »

 

Il montre ensuite que, lorsque le sperme de l’homme et la semence de la femme sont réunis dans l'utérus, la semence de la femme tempère le feu du sperme de l’hommes par sa nature fraiche et humide.

Le médecin arabe Ibn al-Quff (1233-1305), un élève d'Ibn al-Nafis, a décrit l'embryologie et la périnatologie avec plus de précision dans son Al-Jami:

 

« La formation d'une écume à la première étape de 6 à 7 jours qui se transforme progressivement en un caillot au bout de 13 à 16 jours et au bout de 28 à 30 jours en un petit bourgeon de chair. En 38 à 40 jours, la tête apparaît distinctement séparée des épaules et des membres. Le cerveau et le cœur suivis par le foie se forment avant les autres organes. Le fœtus tire sa nourriture de sa mère pour se développer et reconstituer la substance qu'elle perd ... Il existe trois membranes recouvrant et protégeant le fœtus, la première relie les artères et les veines du fœtus avec les vaiseaux de l’utérus de la mère par l’intermédiaire du cordon ombilical. Les veines apportent la nourriture pour l'alimentation du foetus, alors que les artères transmettent l'air. Au bout de sept mois, tous les organes sont complets ... Après l'accouchement, le cordon ombilical du bébé est coupé à une distance de quatre doigts du corps, et ligaturé avec un fil de laine. La tranche de section est recouverte d'un tissu humidifié d’huile d'olive enveloppé d’un stypique pour prévenir les saignements ... Après l'accouchement, le bébé est allaité par sa mère dont le lait est le meilleur pour lui. Ensuite, la sage-femme emmène le bébé dormir dans une chambre tranquille et obscure... les soins au bébé sont effectués deux à trois fois par jour. Avant les soins, le sein maternel doit être pressé deux ou trois fois pour faire couler le lait du mamelon. »

Commentaires (0)

Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

 


 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite