Giulio LEONI, La croisade des ténèbres, Grands Détectives Paris, 10/18, 2010, 407 p.
Résumé de l'éditeur : En pleine écriture de La Divine Comédie, Dante accepte à contrecoeur le poste d'ambassadeur de la ville de Florence au Vatican. À peine arrivé à Rome, le poète se retrouve confronté à une série d'événements troublants : des prostituées éviscérées flottent dans les eaux du Tibre ; un mystérieux sarcophage est exhumé au château Saint-Ange... La ville sainte serait-elle devenue le terrain de jeux de pratiques pour le moins sauvages ? Quel lien secret unit ces ténébreuses affaires ? Contraint d'abandonner son habit de diplomate, le grand poète entame une dangereuse croisade, où complots et machinations se tapissent dans l'ombre menaçante de l'Inquisition...
Une fois n'est pas coutume, ce nouveau volume de la collection Grands Détectives chez 10/18 est assez tranché. Je veux dire par là qu'il ne s'agit pas véritablement d'une enquête policière en soi, mais d'un prétexte d'enquête qui sert de décor à une reconstitution de la Rome du début du XIVème siècle parcourue par rien moins que Dante, personnage principal, et devenu enquêteur de surcroît. Clairement, un roman policier comme La Croisade des Ténèbres souffre de la comparaison avec Le Nom de la Rose, qui se déroule aussi au début du XIVème siècle et en Italie... il se laisse cependant bien lire car la présentation historique de Rome à la fin du Moyen Age est assez convaincante. Mais, pour les amateurs d'enquête bien menées, passez votre chemin, d'autant plus que la lecture suppose une bonne connaissance de l'oeuvre du poète, auquel l'auteur fait souvent référence et dont il est spécialiste. L'ensemble donne une impression de brouillon : non seulement l'auteur se concentre plus sur l'aspect historique que sur l'intrigue, mais par ailleurs celle-ci est noyée au milieu de scènes annexes qui viennent couper le fil directeur principal des crimes et de leur résolution. En bref, peut mieux faire.
Bréviaire à l'usage des princes et des pauvres gens ; sentences des XIV et XV siècles réunies par Joël Blanchard
Auteur : Joël Blanchard
Date de saisie : 18/02/2011
Genre : Lettres Et Linguistique Critiques Et Essais
Editeur : Pocket, Paris, France
Collection : Agora
Sorti le : 06/01/2011
* La présentation de l'éditeur
«La chose qui plus fait errer un homme en son jugement est pensée courte et parole précipitée». Guillaume de Tignonville. L'écriture est toujours, consciemment ou non, donneuse de leçons, de règles de vie. La fin du Moyen Age, les XIVe et XVe siècles, a été, en la matière, particulièrement originale. Fille d'une tradition remontant à l'Antiquité et d'une morale chrétienne omniprésente, elle s'en dégage pour offrir un visage infiniment plus contrasté. Aux proverbes et «sagesses» elle ajoute des sentences longues, qui épousent les contours de «mini-moralités». Le style est volontiers plus vif, nourri de dérision et d'auto-dérision. Le regard sur soi et sur l'histoire, souvent peu indulgent, se fait leçon pour autrui. Et lorsque les guides ont nom François Villon, Christine de Pizan, Charles d'Orléans, Philippe de Commynes..., suivons-les en confiance : tristes ou joyeuses, graves ou moqueuses, leurs morales ont une saveur, une valeur universelles. Amis lecteurs, au pire et à défaut de sagesse, vous y prendrez du plaisir.
Les reines pourpres. J-L Fetjaine
Tome 1 : Les voiles de Frédégonde
Tome 2 : Les larmes de Brunehilde
Née servile, Frédégonde est destinée à devenir courtisane sacrée dans un village gaulois. Mais Prétextat, un abbé qui la séduit et la déflore, va changer son sort en la plaçant comme servante chez Chilpéric, l'un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme séduit ses maîtres et s'impose au sein de la cour. Elle devient la confidente d'Audowère, l'épouse de Chilpéric, puis la maîtresse du prince.
En novembre 561, le roi meurt et ses quatre fils se partagent le royaume. Dans l'exaltation du moment, la jeune fille devient la maîtresse de Chilpéric. Brutal, impulsif, naïf parfois dans ses choix politiques, Chilpéric se prend d'une passion dévorante pour Frédégonde, qui n'a encore que seize ans, et ne tarde pas à se débarrasser d'Audowère.
A l'inverse, son frère Sigebert fait preuve de talent de chef de guerre et de souverain qui emportent le respect de tous. Il choisit d'épouser la fille du roi wisigoth d'Espagne, Brunehilde. Elle est l'opposé de Frédégonde : aristocratique et instruite. Leur beauté même, qui frappa les esprits de l'époque, diffère.
Ébloui lui aussi par cette alliance prestigieuse, Chilpéric décide d'épouser la soeur de Brunehilde, Galswinthe, plutôt que son amante. Mais Galswinthe n'a ni la beauté, ni l'intelligence de Brunehilde. A l'instigation de Frédégonde, Chilpéric fait égorger Galswinthe, moins de trois mois après leur mariage.
Parce qu'elle veut venger sa soeur, Brunehilde déclenche alors une guerre de cinquante ans, qui finira par tous les emporter...
... alors quoi, le nom de Brunehaut n'est-il pas assez romanesque pour M. Fetjaine pour qu'il fredegonde-chilperic.jpg le transforme ainsi en Brunehilde ?
Le premier tome ne m'a pas plus du tout : je croyais trouver là un bon roman historique sur les reines mérovingiennes, personnages et périodes de l'histoire dans lesquelles j'ai de fortes lacunes mais point du tout, il faut prendre ce roman pour rien de plus qu'un roman avec une histoire pleines de rebondissements. Ajouter des histoires de magie et de sortilèges dans ce qui doit être un roman historique lui fait perdre beaucoup de crédibilité.
J'ai bien mieux aimé le second tome où Frédégonde se révèle enfin la reine sanguinaire qu'elle fut et où Brunehaut retrouve mieux sa vraie place de victime.
Connaissant désormais le style d'écriture de Fetjaine, cela me disuade de lire d'autres romans de cet auteur : l'écriture est tellement simpliste qu'on a parfois l'impression qu'il prend le lecteur pour un collégien...
Délivrez-nous du mal Romain SARDOU
RESUME:
Quercy, XIIIe siècle. Dans un village perdu, une troupe d'hommes en noir enlève un enfant. Refusant d'admettre que le petit est perdu, le prêtre du village, le père Aba, décide de se lancer à la poursuite de ses ravisseurs. Les indices qu'il glane à mesure de sa quête lui font craindre d'être devenu le jouet de la perversité de puissants seigneurs. Mais Aba n'est pas le seul à s'intéresser à l'enfant. Pendant ce temps, à Rome, Bénédict Gui se voit confier une mission spéciale : retrouver le frère de la jeune Zapetta, disparu sans laisser de traces, alors qu'il travaillait pour la très secrète Sacrée Congrégation, seule organisation catholique apte à décider qui mérite d'être canonisé et qui ne le mérite pas. Dans un Moyen Age hanté par les querelles religieuses, où le pouvoir de l'Eglise est plus fort que jamais, se noue une intrigue aux fils savamment entrelacés.
La chair de la Salamandre de Jean-Louis Marteil
Présentation :
Roman noir, polar médiéval, ce livre est une immersion dans l’univers de la banque, du commerce et de l’usure pratiqués entre autres par les puissants banquiers cahorsins au XIII° siècle. C’est aussi une descente vertigineuse au cœur d’une famille dans laquelle chacun – et peut-être surtout chacune – a quelque chose à cacher, où la révélation de secrets jusque-là profondément enfouis pourrait bien provoquer la pire des catastrophes. Mais si La chair de la Salamandre est un roman noir, au dénouement aussi surprenant que sordide, c’est également un récit toujours drôle, riche d’ironie et d’humour (noir évidemment), qui nous fait parcourir les rues de cités opulentes et dangereuses et nous emporte au long des rivières redoutables qui menaient les gabarres, souvent chargées de vin, vers Bordeaux et l’Atlantique.
Documenté, respectueux de l’époque, cet ouvrage réjouissant nous fait croiser la route aléatoire de nombreux personnages qui, pour être parfois fort inquiétants, n’en sont pas moins le plus souvent truculents, voire complètement loufoques. Situations abracadabrantes et dialogues absurdes se succèdent, tandis que le drame se joue et que le maître des Enfers rôde, à la recherche de proies…
Un roman noir historique…
Cette double casquette lui donne plus d’ampleur qu’un polar classique, tout en étant complètement différent : je n’avais encore jamais lu de polar se déroulant au Moyen-Âge ! Jean-Louis Marteil nous emmène dans le Cahors du XIIIe siècle, époque où l’usure, bien que nécessaire, est condamnée par l’Église. En immersion totale et sans concession dans la vie au Moyen-Âge, on s’y croirait vraiment, dès la première page ! Les situations, les castes, les dialogues, le langage utilisé, tout est représentatif de la période concernée et donne une excellente idée de la vie à cette époque, où les puissants étaient omnipotents et les relations « diplomatiques » hautement versatiles, souvent à la pointe d’une lame bien affûtée. J’ai beaucoup aimé la mise en situation et le style agréablement soutenu, qui renforcent la vraisemblance du récit.
Un humour noir décapant…
L’auteur fait preuve d’un excellent humour mordant, qui rend la lecture d’autant plus plaisante. Les situations loufoques s’enchaînent et les réparties farfelues des personnages sont franchement cocasses. Même si le sujet est grave (on se retrouve tout de même avec un certain nombre de morts sur les bras !), on ne peut s’empêcher de s’amuser en suivant les altercations de deux vieillards avides d’argent, les éclats des matrones, les échauffourées qui surviennent pour un oui ou pour un non et le parler plus qu’imagé de tout ce petit monde.
Des personnages profonds…
Les personnages ont beau être nombreux, ils sont décrits minutieusement et apportent tous leur pierre à l’édifice, même s’ils frôlent souvent la caricature. Les personnages principaux portent le poids de leurs actions passées. Des secrets remonteront à la surface et des blessures profondes seront dévoilées peu à peu, ajoutant une dimension psychologique très intéressante au récit.
Un livre qui vaut le détour et un auteur à suivre de très près…
Jean-Louis Marteil mène tout cela fort habilement, sans se départir de son humour abrasif. Il nous met d’ailleurs immédiatement dans l’ambiance avec sa dédicace de début de roman : « À mon banquier, quel qu’il soit, passé, présent et à venir ». L’histoire est rondement menée et tout s’accélère sérieusement dans le dernier quart, le lecteur n’a plus de répit ! C’est ce qui fait les bons polars, ceux que vous ne pouvez poser avant d’avoir tourné la dernière page… Ce roman noir est loin des enquêtes policières classiques et c’est tant mieux !
Le chevalier de Wielstadt
Pierre Pevel
Paris, automne 1226, le roi Louis VIII, fils de Philippe Auguste est en conquête, le royaume est aux mains de la reine Blanche de Castille, cette reine espagnole arabophone, langue qui suscite suspicion et méfiance et vulgairement nommée la langue du démon. Un libelle trainant dans la boue la reine circule et risque de déstabiliser le pouvoir en place. Les conseillers du roi, afin d’éviter une crise politique, confie la lourde tâche de découvrir l’auteur de ces libelles à Josseran un homme solitaire surnommé le Grammairien. Josseran, homme érudit, grand connaisseur des grimoires et des langues orientales, un peu magicien, va être placé chez un prestigieux marchand en tant que précepteur. Il va ainsi, sous cette couverture, être au cœur de la vie du port et de ses des marchands, pour mener son enquête.
Assisté d’une mystérieuse femme-enfant lisant dans les pierres, de deux acolytes spécialistes en infiltration et d’amis fidèles il va très vite se retrouver confronté à des meurtres, des machinations, des mensonges et de basses manœuvres. L’enquête est figée dans le réelle par la finesse des descriptions de l’époque, de l’organisation politique, des puissances (notamment le clergé) en place et à la fois très mystérieuse. L’auteur évoque, grâce à ce texte, l’horreur de la chasse à l’hérésie au moyen-âge. Certain aspect son très intéressant comme la puissance que pouvait avoir sur le peuple certaines croyances, la peur de la magie (entretenu en laissant certain dans l’ignorance), du mal… La peur de « l’étranger » est également très présente et notamment des arabophones. Ce roman nous plonge dans le Paris du moyen-âge et est très précis. Le vocabulaire utilisé est très riche, parfois soutenu ce qui est très agréable.
Le manuscrit des parfaits ; chroniques limousines
: Michael Bettinelli | Julien Deslembre
Editeur : les Ardents éditeurs, Limoges
Sorti le : 01/10/2010
* La présentation de l'éditeur
Haletant et en sueur, Alexandre se redressa brutalement dans son lit.
Encore ce damné cauchemar ! Il était hanté de la sorte chaque nuit depuis la tragédie, mais cette fois, c'était au-delà du supportable. Se levant d'un bond, il se précipita vers le petit miroir accroché au-dessus de sa table de travail. Ce visage ! Ces traits ! Exactement les mêmes que ceux du jeune clerc de son rêve maudit : habituellement, il les détestait autant qu'il les chérissait. À cet instant toutefois, la haine avait clairement pris le pas sur l'adoration.
Il se saisit d'un grand couteau à la pointe effilée et le pointa sur son reflet. Limoges, une cité sous la Révolution. Alexandre Lonelet, jeune avocat tourmenté par un profond mal de vivre, se retrouve au coeur d'une intrigue angoissante liée à un mystérieux manuscrit. Pourquoi vers l'An Mil, le moine Adémar a-t-il falsifié la mémoire sacrée de son abbaye ? Pourquoi 300 ans plus tard le Grand Inquisiteur Bernard Gui voulait-il exterminer une paisible communauté installée à Gimel, au coeur du Limousin ? Une énigme sur fond de troubles révolutionnaires qui remonte aux temps les plus anciens.
Du Moyen Age à la Révolution, de la cathédrale Saint-Etienne de Limoges aux cascades de Gimel en Corrèze à quelques chevauchées de là, Julien Deslembre a construit un roman d'aventures à la fois mystique et décadent.
Le Moyen Âge, en Alsace comme ailleurs, fut longtemps considéré comme une période d'obscurantisme. Guy Trendel lui rend justice en retraçant les principales étapes, entre Vosges et Rhin, d'un millénaire complexe et fascinant. Depuis l'effondrement de l'Empire romain, au Ve siècle, jusqu'à la terrible révolte des Paysans, à la fin du XVe siècle, il nous livre, en une trentaine de chroniques savoureuses, un bouquet d'images de l'Alsace médiévale : l'arrivée des Alamans sur les rives du Rhin et de l'Ill ; la vie dans les palais mérovingiens ; la naissance et la disparition du duché d'Alsace ; les Serments de Strasbourg ; les églises et commanderies qui couvrent la région ; les grandes figures locales ou de passage ; l'émancipation des villes d'Alsace ; le temps des Raubritter et celui des grands troubles politiques.
Guy Trendel retrace aussi la «petite histoire», au plus près de la vie quotidienne des gens : métiers et fêtes, mais aussi épidémies et «colères du Ciel», les troubadours, les mystiques et les lettrés, l'invention de l'imprimerie, la naissance de l'humanisme. Une passionnante plongée dans les métamorphoses de l'histoire alsacienne, au carrefour des cultures européennes.
Guy Trendel est un excellent connaisseur de l'Alsace. Ancien responsable de la rédaction régionale du Nouvel Alsacien et ancien conservateur de la Bibliothèque du Crédit Mutuel, il a publié de nombreux ouvrages sur l'histoire et le patrimoine de l'Alsace. Son dernier livre paru à La Nuée Bleue, Racontez-moi Strasbourg, à partir de ses chroniques dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, a été un très grand succès public.
Les premières lignes
Extrait de l'introduction
Le long enfantement de l'Alsace moderne
Le Moyen Âge est la période la plus longue de notre histoire puisqu'elle s'étend sur pratiquement un millénaire. On admet, en général, un espace-temps allant du début du Ve siècle jusqu'à la fin du XVe siècle. En somme, c'est la période qui voit l'effondrement de l'empire romain sous les poussées «barbares», et qui se ferme sur le début de la Renaissance. Longtemps cette période fut considérée comme celle de l'obscurantisme, période noire de l'humanité. Puis, petit à petit, justice a été rendue à ce millénaire qui a vu l'homme s'ouvrir la route vers plus d'humanité, de progrès. On aime dire que cette période est celle des douleurs de l'enfantement du monde d'aujourd'hui !
Retracer tous les événements qui se sont déroulés en Alsace durant cette période est un pari que nous n'avons ni voulu, ni pu, relever. Nous avons simplement souhaité éclairer quelques étapes de la marche médiévale de l'homme devant le conduire vers des temps qu'il espérait toujours meilleurs. Nous avons jeté des regards sur ce qui nous paraissait refléter les principaux événements vécus par les femmes et les hommes établis entre Rhin et Vosges tout au long de ces mille années.
Au début du Ve siècle, les Romains évacuent la «ligne du Rhin», incapables de faire face aux attaques et incursions incessantes des Germains et tout particulièrement des Alamans. Ces derniers, venus des rives de la Baltique, poussant vers le sud pour fuir devant d'autres peuples en mouvement, vont finalement s'établir entre Rhin et Vosges. Ce sont eux les ancêtres des Alsaciens qui connaîtront, au fil des siècles, un brassage extraordinaire de peuples. Puis s'engage la lutte contre les Francs - autre peuple germanique - qui menacent la frontière nord du pays à peine conquis ! Les Alamans sont sauvés par le roi des Ostrogoths d'un total assujettissement et forment même, un temps, un duché important qui s'étend jusqu'à l'Autriche actuelle.
Eric JAGER, Le dernier duel. Paris, 29 décembre 1386, Au fil de l'histoire, Paris, Flammarion, 313 p.
Le 29 décembre 1386, sous les yeux du roi de France Charles VI -qui n'a pas encore sombré dans la folie-, se tient au monastère parisien de Saint-Martin-des-Champs le dernier grand duel selon le jugement de Dieu du Moyen-Age français. Jean de Carrouges défie Jacques le Gris, accusé d'avoir prémédité et exécuté le viol de son épouse pendant son absence, un viol dénoncé par celle-ci peu de temps après les faits, en janvier 1386. Le vaincu verra son corps pendu au gibet de Montfaucon ; et si Le Gris gagne, Marguerite de Carrouges, qui deviendra alors parjure par le jugement de Dieu, est condamnée à être brûlée vive sur le champ.
L'affaire est complexe car ce duel n'est que l'aboutissement de l'hostilité larvée entre Jean de Carrouges, seigneur normand d'une famille ancienne et respectée, et Jacques Le Gris, parvenu qui prend l'ascendant sur son rival et ancien ami auprès de leur suzerain commun, le comte d'Alençon. Carrouges se heurte à plusieurs reprises à Le Gris à la cour comtale et dans des procédures judiciaires au sujet, en particulier, d'acquisitions de titres et de terres qui montrent à l'évidence qu'il a perdu la faveuur du comte d'Alençon. Désargenté, il participe ensuite à l'expédition française de Jean de Vienne qui rallie l'Ecosse pour envahir l'Angleterre, mais celle-ci s'achève piteusement, en 1385.
De nouveau ruiné, et malade, Jean de Carrouges tente d'arranger ses affaires lorsque survient le viol de sa femme, laissée temporairement à la garde de sa mère dans son château de Capomesnil, en janvier 1386. Le viol a certainement bien eu lieu, orchestré par Le Gris et un complice qui a mis au point le crime. Mais contrairement à ce que pensait Le Gris, Marguerite de Carrouges choisit de tout dévoiler à son époux malgré les risques encourus. L'affaire est d'autant plus grave que Marguerite est bientôt enceinte, sans que l'on puisse déterminer qui est le père réel de l'enfant à venir. Or, pour la noblesse de l'époque, la question de la pureté des relations entre hommes et femmes pour assurer la descendance et fondamentale, dans une société lignagère.
Et c'est bien pour cela, en particulier, que la justice royale va accorder à Jean de Carrouges le duel selon le jugement de Dieu que celui-ci réclame pour régler ses comptes avec Jacques Le Gris, protégé du comte d'Alençon, mais également par contrecoup du roi de France dont ce dernier est un proche. Le duel, repoussé pour attendre le retour du roi parti en Flandres pour surveiller les préparatifs d'une flotte destinée à envahir l'Angleterre, a lieu finalement le 29 décembre 1386. Il se solde par le triomphe de Jean de Carrouges, qui achève son adversaire mis à terre, et qui refuse d'avouer son crime. Le vainqueur prend finalement la place de son rival à la cour de France et se voit par la suite chargé d'importantes missions à l'étranger. Il périt le 25 septembre 1396 lors de la bataille de Nicopolis, lors d'une des dernières grandes croisades du Moyen-Age contre les Ottomans, en Hongrie, celle-là même où Jean Sans Peur, futur duc de Bourgogne, est fait prisonnier par les Turcs.
Eric Jager n'est pas à proprement parler un historien : c'est un critique littéraire et un spécialiste de la littérature médiévale, professeur au département d'anglais de l'université de Californie. Son ouvrage souffre de quelques approximations, dont on ne sait s'il faut les mettre sur le compte de la traduction : Philippe le Hardi devient Philippe le Téméraire, et Louis d'Orléans devient Louis de Valois...pourtant, il produit un livre intéressant, en particulier par la description des différents protagonistes, de l'enquête elle-même et de sa conclusion dans le duel. Il évoque aussi la légende noire attachée à cette histoire, puisque des siècles après les faits, on trouve encore une version selon laquelle Le Gris était innocent : d'autres condamnés auraient, plus tard, reconnu les faits, et la femme de Carrouges, pour expier sa faute, se serait retiré au couvent. Le parti pris de l'auteur en faveur de la version de Carrouges est très net, et ne correspond pas vraiment à la posture qu'on attendrait d'un historien, mais l'auteur n'en est pas un. Rendons-lui donc justice : il réussit à nous passionner par le récit d'une affaire somme toute banale dans ce XIVème siècle finissant, que l'on connaît plus pour la folie de Charles VI, le Grand Schisme de la Papauté où la révolte de Wycliff en Angleterre.
Sottes chansons contre Amours". Parodie et burlesque au Moyen Âge
Textes présentés, édités et traduits par Eglal Doss-Quinby, Marie-Geneviève Grossel, Samuel N. Rosenberg
Paris : Honoré Champion, coll. "Essais sur le Moyen Âge", 2010.- 248 p.
Contre-texte de la chanson courtoise des trouvères, la "sotte chanson contre Amours" est un genre parodique qui vise à subvertir le Grand Chant tout en le célébrant. Sa spécificité naît de la réflexion (à tous les sens du terme) menée par les mots sur une tradition dont la raillerie ne laisse jamais oublier la valeur. Tirées pour la plupart d'un chansonnier de provenance lorraine copié aux alentours de 1310 et d'une petite anthologie de chansons présentées au Puy de Valenciennes au dernier quart du XIIIe siècle ou au début du XIVe, les pièces que nous rassemblons ici se caractérisent par la distorsion, l'inversion et la dérisiondu système dominant ; elles séduiront tous ceux qui s'intéressent à la parodie, au burlesque, à l'obscénité, au non-sens et au réalisme au sein de la lyrique française du Moyen Âge. Souhaitant apporter un éclairage neuf sur le rire chez les trouvères, nous mettons ce corpus à la portée des lecteurs modernes en offrant une édition critique rigoureuse assortie d'une traduction en français moderne et d'une riche introduction qui met en relief les moyens de la parodie dans la sotte chanson aussi bien que le contexte culturel où celle-ci vit le jour.
L’auteur nous emmène donc à la rencontre d’une famille, les Le Viste, dont le patriarche, Jean, ne cherche rien moins qu’à asseoir son importance à la cour, bien qu’il ne vive point prés du palais mais à proximité des marécages jouxtant St Germain des Prés. En quête de reconnaissance, Jean Le Viste cherche autant que faire se peut à démontrer sa richesse et, à cette époque, les tapisseries en sont un signe ostentatoire, tant elles requièrent un long et coûteux travail. Si elles servent à réchauffer les pièces et leur apporter couleurs et habillement, elles se doivent également de signaler la position d’une famille en reprenant ses armoiries et en véhiculant un message qui sera ainsi transmis aux visiteurs de la famille. Aussi, Jean Le Viste passe-t-il commande d’une importante tapisserie pour habiller sa salle de réception. Pour cela, il fait d’abord appel à un peintre parisien, Nicolas des Innocents, connu à la cour pour réaliser de magnifiques portraits et auquel il confie ses exigences : la tapisserie devra représenter la bataille de Nancy dans laquelle devront apparaître le Roi, les armoiries des Le Viste et Jean Le Viste lui-même. Hélas, Louis XI n’a pas participé à cette bataille et le destin de la tapisserie prendra un tout autre chemin. D’une, elle deviendra six, et d’une bataille, elle aboutira en un chef d’œuvre connu sous le nom de Dame à la Licorne.
Premières tapisseries du genre, les représentations de la Dame à la Licorne susciteront une mode dont Tracy Chevalier tente d’imaginer le point de départ. Qui sont ces dames et que signifient les tapisseries ? Comment ce projet prend il forme et pour quelles énigmatiques raisons Jean Le Viste se laissa -t-il convaincre de changer ses plans ? De leur ébauche à leur réalisation, l’auteur nous entraîne dans la conception de ces pièces uniques. D’abord peintes sur des toiles, comme de simples tableaux, elles doivent ensuite être reproduites sur les cartons des tapissiers et pour cela adaptées aux nécessités de leur nouveau format. Enfin, elles peuvent être brodées dans l’atelier des lissiers, dont les plus fameux se trouvent dans le Nord de la France et en Belgique. De Paris, elle nous conduit donc à Bruxelles, aux contacts des artisans, lissiers, teinturiers et de leurs Guildes aux stricts règlements. Mais l’histoire de ces Dames est capricieuse et elles ne seraient rien sans la passion des hommes, sans le jeu des sentiments et des illusions, sans le poids des conventions, sans la nécessité de gagner pitance et d’assurer la pérennité d’une maison et d’une réputation.
Tracy Chevalier conte, il est vrai, l’histoire de six tapisseries, mais à travers elle, c’est des hommes dont elle parle et d’une époque où rien n’est simple, où il faut savoir compter pour assurer la survie et l’influence de sa famille, qu’il s’agisse du monde impitoyable de la noblesse ou des ateliers de lissiers. Mais plus encore, Tracy Chevalier nous conte l’histoire de ces femmes, coupables de ne pas donner de descendance masculine à leur mari ou de donner naissance sans en avoir, de vouloir épouser l’objet de leur amour ou de se marier sans lui, de vouloir mener une vie de recluse ou d’être condamnée à jouer un rôle dans l’alliance financière et politique de deux familles. Ces femmes, qui n’ont aucun pouvoir, ce elles pourtant qui demeurent, dignes et délicates, traversant les siècles, immortalisées dans la beauté de leur jeunesse, détentrices des secrets de leur conception et ignorantes des desseins des hommes de leur époque, sur les tapisseries du Musée du Moyen Âge…
La particularité de Michèle Barrière? Elle est historienne de la gastronomie. Elle a choisi le support du roman noir pour nous faire découvrir les saveurs du moyen âge à la Régence, en passant par les XVIIème et XVIIème siècle. Ainsi, avec son premier roman « Souper Mortel aux étuves », elle nous plonge dans la gastronomie du moyen âge en nous faisant découvrir une cuisine très épicée où les cuisiniers ne lésinaient pas sur la cannelle, le safran, le clou de girofle, la muscade, le gingembre, la cardamome… Chaque roman contient à la fin un corpus de recettes réalisable chez soi !
Dans « Souper Mortel aux étuves », l’action se passe à Paris, un 6 janvier 1393.Messire Jehan est retrouvé la gorge tranchée dans des étuves mal famées de la rue Tirechappe. Constance n'a alors qu'une seule idée : venger son mari. Elle se fait embaucher comme cuisinière par Isabelle la Maquerelle - la patronne des étuves. Elle doit affronter l'irascible Guillaume, - cuisinier à la cour du roi, qui arrondit ses fins de mois aux étuves.
Leurs joutes culinaires deviennent vite l'attraction majeure du quartier de la Grande Boucherie. Dans les rues bruyantes de la capitale, Constance découvre les étals des bouchers, des maraîchers ou des rôtisseurs, apprend à distinguer les poissonniers de mer et d'eau douce. Elle croise colporteurs et marchands d'oublies, goûte une tourte d'épinoches, achète les petits pâtés à la moelle d'Enguerrand le Gros, se régale d'une gaufre ou d'une dariole. À la cour de Charles VI, après le tragique épisode du Bal des Ardents, elle rencontre le célèbre cuisinier Taillevent, auteur du Viandier, - le premier best seller gastronomique. Malgré les embûches, Constance mène l'enquête et utilise ses talents culinaires pour obtenir des informations. C'est à Bruges, sur la piste des assassins de son mari, qu'elle rencontrera l'amour ! Mais pourra-t-elle échapper au piège mortel qui lui est tendu et confondre ses ennemis ? Souper mortel aux étuves plonge le lecteur au cœur du Paris du Moyen-âge.
Si la lecture de ces romans vous donne envie de passer à la pratique, Michèle Barrière vous propose aussi des cours de cuisine du moyen âge, de la renaissance, du XVIIème et XVIIIème siècle. Les dates sont proposées sur son site.
Le livre des morts - Glenn Cooper
3 périodes : Moyen-âge, 1947, 2009, dont les évènements sont distillés à travers le roman, ce qui en fait une construction astucieuse.
L'histoire est bien menée et on a envie d'en savoir toujours plus de ces mystères historiques, ces histoires de l'Histoire...
A New York, été 2009, des personnes reçoivent une carte postale avec une date et un cercueil dessiné dessus. A la date indiquée, ces personnes meurent. On appelle l'agent du FBI Will Piper sur cette affaire de tueur en série dit tueur de l'Apocalypse. On lui colle une jeune recrue entre les pattes, lui qui est proche de la retraite et qui n'a qu'une seule envie, s'y retrouver le plus vite possible. Mais il est bon dans ce qu'il fait : traquer les tueurs en série. Celui-ci par contre, lui donne du fil à retordre car il ne correspond à aucun profil.
En 777, sur une île proche de l'actuelle Grande-Bretagne, naît le 7ème fils d'un 7ème fils, le 7ème jour du 7ème mois... Dans le village comme à l'abbaye, la rumeur court que c'est un enfant du démon.
Février 1947, à Londres, Churchill est rappelé par l'opposition, mais de manière secrète, pour résoudre un problème suite à une découverte mystérieuse. Il doit s'entretenir avec Truman pour que les USA s'occupe de l'affaire. Ainsi naîtra la Zone 51...
Le mélange des genres tient la route, mais le plus appréciable, c'est la partie moyennageuse, qui revêt une atmosphère presque digne d'Umberto Eco et du Nom de la Rose...
La seconde chute d’Ervalon- Les brigands d’Avelden (David Bry)
Dans un Moyen-Age de fantaisie, Chtark Magreer et son ami Ionis Torde marchent vers Aveld, capitale du pays d’Avelden, pour fuir la famine qui règne dans leur village suite aux dévastations causées par des bandes de brigands. Chtark trouvera à se faire engager dans la garde du duc Harken et Ionis deviendra le bras droit d’un puissant mage. Mais tout va mal dans le duché qui est ravagé par des bandes organisées et puissantes comme des armées. Les villes tombent les unes après les autres jusqu’au jour où la capitale elle-même se trouve menacée. La ténacité d’Iselde, fille du duc assassiné et le courage de Chtark et de ses amis suffiront-ils à repousser la terrible menace ?
Un roman de fantaisie moyenâgeuse où l’on marche énormément et combat souvent des ennemis assez mal définis. Le contexte est longuement décrit : il s’agit d’un royaume divisé contre lui-même qui s’est déjà délité et dont les barons se disputent les dépouilles. Bien sûr, le meilleur est sans doute dans la suite car dans ce premier opus, le lecteur ne découvrira qu’une vague présentation d’évènements et d’aventures somme toute fort conventionnels. Féodalité, rivalité entre seigneurs, ravage des campagne par des bandes de brigands et surtout le clou : une interminable attaque de château-fort (en fait, la capitale-citadelle). Si on y ajoute un style assez approximatif (coquilles, erreurs de conjugaison assez nombreuses), des personnages convenus (mage lanceur de flammes, guérisseuse par imposition des mains et courageux guerrier sans état d’âme) et des situations mille fois (mieux) racontées par ailleurs, on obtient un premier roman mal fagoté plutôt que le chef d’oeuvre de l’année.
GILLET David (Fr) Inthia et son roi
Un auteur originaire de Fère-en-Tardenois, dans l’Aisne, qui a publié son premier roman, « Inthia et son roi », centré sur un Moyen Age imaginaire aux éditions Bénévent
◊ Fantasy Médiévale /Magie
→ Au coeur d’un château inconnu à ses yeux, Inthia découvrira de nombreux secrets dont un sur sa propre famille de fermiers. Un secret si terrible qu’il pourrait changer la donne et influencer son choix, car elle est au centre d’un complot destiné à tuer le Roi. Elle seule peut influencer la terrible conclusion. À la recherche de solutions, elle découvrira un allier inattendu mais trop mystérieux à son goût. Elle découvrira les secrets de la magie et aussi de la sorcellerie. Il ne lui restera plus qu’à choisir son camp, le Roi ou le clan des Sorciers rejetés, la magie ou la sorcellerie ?
Publié par Chroniques d'ailleurs
La conspiration Bosch de Yves Jégo
Si vous aimez les énigmes sur fond historique, alors vous allez aimer ceci.
Imaginez-vous en Europe, tout au début du XVI° siècle, entre l'obscurantisme du Moyen-Âge et l'ouverture d'esprit de la Renaissance.
Quand on découvre une scène de crime abominable dans l'Eglise de Bois-le-Duc, on imagine sans peine l'oeuvre du Malin. Mais d'autres crimes viennent réveiller la superstition des populations et l'Europe menace de s'enflammer.
Alors on enquête, les uns discrètement, les autres à visage découvert.
Les forces sont en place et les intrigues politiques bouillonnent : Louis XII, le Roi de France a fait de Bayard, "le chevalier sans peur et sans reproche" son homme de main, le Saint Empire Romain germanique connaît déjà les frémissements d'un Luther réformateur, le tout jeune roi d'Angleterre, le sulfureux Henri VIII, cherche à se faire respecter des vieilles puissances européennes après avoir forcé la main du Pape pour annuler le précent mariage de sa femme, le Pape Jules II vient d'excommunier Venise, et celà lui en coûte car il cherche aussi à isoler la France par le biais de la "Sainte Ligue" ... Bref, les espions de tout poil ont du travail !
On parcourt l'Europe au rythme des meurtres, des vols, des enlèvements qui affaiblissent les uns et renforcent les autres. On passe de la chapelle Sixtine, dont le plafond vient d'être peint par Michel-Ange, à l'atelier de Jéröme Bosch, dont les peintures sont plus inspirées de l'enfer que du Paradis, on visite l'atelier de dissection de Léonard de Vinci, le chantier de la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, les demeures de riches bourgeois, Venise, touchée par la peste, Bois-Le-Duc à deux doigts de l'insurrection, tout comme Paris.
Cette intrigue mélange fiction et réalité, comme tout bon roman, mais permet ausside comprendre que cette période est un tournant politique, religieux, social, culturel en Europe.
Nous sommes en l’an de grâce 1221.
Au fin fond de la Prusse, un moine découvre par hasard le repaire de très jeunes loups-garous… et par la-même, donne à l’Église une arme redoutable. L’Ordre des Chevaliers Teutoniques dispose désormais d’une meute de lycanthropes, dressée pour traquer les païens. Une bonne façon d’exercer la colère divine contre les incroyants, et de convertir les populations… Cependant, Lily est l’un de ces loups-garous et elle ne veut plus être l’instrument de Dieu. Profitant d’une expédition dans un village, elle décide de fuir.
Udolf est trop jeune pour se souvenir du massacre qui lui fit perdre son village, son bras et ses parents. Mais il connaît la souffrance de la solitude. Aussi, lorsqu’il trouve cette belle jeune fille blessée et abandonnée en plein milieu des bois, il court à son secours. Le garçon et sa famille adoptive la recueille, bien décidés à la protéger…ce qui pourrait leur être fatal : Les Chevalier de la Croix sont déjà à leur poursuite, bien décidé à récupérer leur propriété. De plus, si Udolf ne parvient pas à percer les ténèbres que Lily nourrit dans son âme, sa mort pourrait se faire plus pressante…
.Critique
Par Gillossen, le 20/08/2010
Sous un titre bien plus évocateur que l’original, le roman de S.A Swann constitue l’une de ces sorties que l’on n’attend pas forcément et qui, finalement, en quelques pages, séduisent le lecteur.
Il faut dire que le cadre, déjà, en pleine Roumanie du Moyen-Âge, se révèle plutôt original, et exploité sans surenchère. On est rapidement plongé dans cette région oppressée par l’Église sans que l’auteur s’appesantisse pour autant sur ces éléments au point de vouloir verser dans la reconstitution purement historique.
Swann bénéficie également d’un style direct et efficace, agrémenté de temps à autre de quelques jolies images. Ce qui ne nous épargne pour autant quelques maladresses, à parts égales. Difficile après tout de se montrer inspiré de bout en bout…
S’il fallait continuer à évoquer, brièvement, les défauts du roman, il faut bien avouer que certains points de l’intrigue sont tout simplement cousus de fil blanc et se devinent, ou plutôt se reniflent, dans le cas présent, à des lieues à la ronde. Dommage ! Il s’agit, évidemment, serait-on tenté de dire, de ce qui touche généralement aux aspects “romantiques” de l’histoire. Une certaine émotion n’est pas impossible, mais mieux vaut ne pas avoir totalement coupé les ponts avec son côté fleur bleue !
Toutefois, difficile aussi de ne pas se laisser prendre au jeu de l’histoire de ces créatures et de leurs maîtres, tout comme par le sens de la mise en scène de l’auteur. Plusieurs scènes sont purement jouissives, instinctives, animales précisément. Quand d’autres sonnent là encore comme des passages obligés.
Si l’on ressort malgré tout avec l’impression d’avoir passé un bon moment de lecture, c’est aussi grâce aux personnages. Si, là encore, certains n’évitent que de peu de tomber dans la caricature, et encore, d’autres s’avèrent nettement plus consistants, à commencer par Lilly bien sûr et la famille du jeune Udolf. Des seconds rôles, comme le sergent Günter, apportent également un autre point de vue.
Au final, nous avons donc affaire à un roman agréable, qui ne renonce pas d’ailleurs à une certaine noirceur, mais qui choisit très rapidement l’espoir plutôt qu’une ambiance réellement crépusculaire. Restent donc un récit enlevé et un cadre plus original que la moyenne, peuplé de personnages au cœur d’un véritable tourbillon d’émotion et de dilemmes.
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