La littérature chinoise

 

Le roman

C'est à l'époque mongole que semble remonter le véritable roman chinois en pure langue parlée, celui qu'on appelle communément le « roman à épisodes » parce qu'il est longuement développé en épisodes ou chapitres, dont le nombre peut aller jusqu'à cent et plus. En chinois, ces épisodes portent le titre de « fois » (hui), c'est-à-dire que la narration se divise en tant de « fois » : 50 » fois », 100 « fois »... Ce terme est un des traits par lesquels le grand roman, destiné à des lecteurs et non plus à des auditeurs, se rattache encore aux récitations des conteurs publics, qui se prolongeaient en un certain nombre de séances ou de « fois » ; un autre en est la formule qui termine traditionnellement les chapitres des longs romans : « Si vous voulez savoir ce qui arriva ensuite, veuillez écouter la fois suivante », ou autres tours de ce genre. Toutes ces formules, restées traditionnelles dans le roman écrit et lu, alors qu'elles n'y avaient plus aucune raison d'être, en marquaient les origines orales et populaires et contribuèrent à laisser le roman en marge de la littérature noble. Les vrais lettrés affectaient de l'ignorer et eussent trouvé de mauvais goût d'y attacher ouvertement leur nom. C'est pourquoi les auteurs des grands romans classiques sont inconnus ou très mal connus. Les textes, d'autre part, ont été périodiquement retouchés, remaniés, accrus, développés sans cesse, et nous sont parvenus pour la plupart en des recensions tardives dont, faute de documents suffisants, on a peine à distinguer les couches successives. Aucune de nos éditions actuelles n'est antérieure aux Ming, et il est probable que c'est aux lettrés des Ming que sont dues les qualités de langue et de style qui font la valeur littéraire de ces ouvrages.

 

La « matière » des premiers grands romans est souvent la même que celle du théâtre. Le Roman des Trois Royaumes (San guo zhi yanyi) met en scène les preux de cape et d'épée qui, au IIIe siècle de notre ère, se disputèrent la succession de la dynastie des Han. Ce genre d'« amplifications » sur l'histoire se rattache à l'une des variétés de littérature orale que cultivaient les conteurs publics sous les Song, l'« histoire expliquée » (jiang shi) ; il est d'origine en partie scolaire et éducative, les passages en vers en étant inspirés d'épitomés poétiques de l'histoire nationale qui circulaient dans les écoles et dans le public dès la fin des Tang, au IXe siècle.

 

Un autre grand roman historique, Au bord de l'eau (Shui hu zhuan), a plus de valeur littéraire. C'est l'histoire d'une bande de brigands en révolte qui s'illustra durant l'ère Xuanhe des Song (1119-1125) sur les bords d'un lac du Shandong. C'est l'épopée du bon bandit redresseur de torts, déjà glorifié par Zhuangzi et cher au cœur du peuple chinois, qui n'a jamais ressenti un amour immodéré pour l'administration mandarinale.

 

De la fin des Ming date un roman religieux dont la valeur littéraire est également grande, le Voyage en Occident (Xi you ji) de Wu Cheng'en (XVIe s.), qui reprend le thème du pèlerinage en Inde de Xuanzang pour en tirer une fantaisie de haute liesse. Le véritable héros en est un vieux singe magicien plein de tours et malices, vague reflet du Hanumat indien, mais combien transformé dans le miroir de la religion populaire chinoise, dont cet ouvrage est l'épopée à la fois féerique et burlesque.

 

De la même époque (XVIe s.) date un roman d'un genre bien différent, lui aussi en 100 « fois », mais dont l'auteur n'est pas connu, et pour cause, car il s'agit d'une œuvre où la satire sociale se pimente de pornographie pure et simple. Son titre, Les Fleurs de prunier dans le vase d'or (Jin Ping Mei), est un jeu de mots sur les noms des trois principales héroïnes, concubines d'un riche droguiste dont le roman décrit les exploits amoureux.

 

À côté de ces grands romans qui suffiraient à réhabiliter littérairement l'époque des Ming, la fiction de moindre haleine, le conte, la nouvelle progressèrent également, tant en langue écrite qu'en langue parlée. En cette dernière, le recueil intitulé Spectacles curieux d'aujourd'hui et d'autrefois ( Jin gu qi guan) a un caractère très populaire ; la langue est triviale jusqu'à la grossièreté, la morale est d'un simplisme désarmant. Il reste que la vigueur du trait, l'évocation pleine de vie et de drôlerie de la société n'ont pas peu fait pour assurer la renommée de ces petits contes. De courts romans moraux, d'un style plus relevé, où l'on voit des jeunes gens et des jeunes filles de bonne famille obtenir immanquablement la récompense de leurs vertus – L'Heureuse Union, Les Deux Cousines, Les Deux Jeunes Filles lettrées, etc. – ont, eux aussi, fait les délices de nos pères, et la bourgeoisie de Louis-Philippe se plut à retrouver sa propre image dans ces chinoiseries à l'eau de rose de la fin des Ming.

 

Classique chinois 

La Civilisation chinoise a produit un grand nombre de textes en prose et en vers, certains datant de la dynastie des Zhou Orientaux, parmi lesquels les classiques chinois recensés dans les canons chinois. Ces textes anciens constituent le fondement de courants philosophiques et se sont transmis pour la plupart jusqu'au xxie siècle, assurant la continuité de la culture chinoise. 


L'étude des Quatre Livres (à partir du xiiie siècle) et des Cinq Classiques (à partir du iie siècle av. J.-C.) était obligatoire pour les étudiants qui souhaitaient devenir fonctionnaires. La rédaction, la compilation ou le commentaire des Cinq classiques étaient attribués à à Confucius. Toute discussion politique était émaillée de références à cette base commune et il n'était pas possible de devenir lettré, ou même officier militaire, sans les connaître à la perfection.


Les Quatre Livres et Cinq Classiques

Les Quatre Livres (Sìshū) sont quatre textes sélectionnés et commentés par Zhu Xi durant la dynastie Song pour servir d'introduction à la philosophie chinoise et au confucianisme. Ils comprennent les Analectes de Confucius ( Lúnyǔ), compilation des paroles de Confucius rassemblées par ses disciples, le Mencius ( Mèngzǐ), un livre d'entretiens entre Mencius et des rois de son époque, la Grande Étude (Dàxué), correspondant au nom d'un chapitre du Livre des Rites et l'Invariable Milieu ( Zhōngyōng), qu'on pourrait traduire aussi par la Voie médiane , le nom d'un autre chapitre du Livre des Rites.

Selon la tradition, les Cinq Classiques  furent compilés par Confucius lui-même.

Le Classique des mutations ou Yì Jīng ( Yìjīng) est un manuel de divination basé sur les huit trigrammes et attribué à l'empereur Fu Xi. À l'époque de Confucius ces huit trigrammes ont été multipliés pour obtenir soixante-quatre hexagrammes.

Le Classique des vers ( Shījīng) est un livre composé de 305 poèmes divisés en 160 chants répartis entre 74 chants festifs mineurs, chantés traditionnellement lors des festivités de cour, 31 chants festifs majeurs, chantés lors de cérémonies de cours plus solennelles, 40 hymnes et eulogies chantés lors de sacrifices aux dieux et aux esprits des ancêtres dans la maison royale. Ce livre est généralement considéré comme une compilation effectuée par Confucius.

Le Classique des documents (Shūjīng) est un ensemble de documents et de discours qui auraient été écrits par les dirigeants et les officiels de la dynastie Zhou. Il contient des exemples de la prose chinoise des premières époques.

Le Livre des rites ( Lǐjì) est une restauration du livre Lǐjīng perdu au iiie siècle av. J.-C. qui décrit les rites anciens et les cérémonies de cour.

Les Annales des Printemps et des Automnes (Línjīng) est une description historique de l'État de Lu, d'où est natif Confucius, de -722 à -479. Il est censé avoir été écrit ou compilé par Confucius, et constitue une condamnation implicite des meurtres, incestes et autres escroqueries.

Le Classique de la musique (Yuèjīng) est parfois cité comme le sixième classique, mais a été perdu pendant la dynastie Han. On ajoute encore quatre autres classiques pour composer les Neuf classiques ( jiujing), et encore quatre autres pour former les Treize classiques ( shisan jing).

Autres Classiques

Le Classique de la piété filiale (xiàojīng), le Classique des Mille Caractères (qiānzìwén) et le Classique des Trois Caractères (sānzìjīng) forment également des ouvrages de références.

Outre l'école confucéenne, chaque école conduit à la création de ses propres ouvrages de référence. Le Mo Zi est attribué au philosophe du mohisme.

Les classiques du taoïsme sont le Classique de la voie et de la vertu ( Dàodéjīng), attribué à Lao Zi, le Zhuang Zi, attribué au philosophe du même nom, et le Vrai classique du vide parfait, attribué à Lie Yukou. À partir de la fin des Han, chaque école taoïste développe son propre canon aussi fleurissent le canon de Shangqing, le canon de Lingbao etc. De nombreux textes importants sont rassemblés dans le Canon taoïste dont la version actuelle date pour l'essentiel des Ming.

Les classiques du légisme sont le Guanzi, attribué par la tradition à Guan Zhong, en réalité, probablement une compilation des écrits des pensionnaires de l'académie Jixia et le Han Fei Zi, attribué à Han Fei. Le Shen Zi, attribué à Shen Buhai, a été perdu. Le Shen Zi est attribué à Shen Dao, et probablement perdu. Le Livre des Lois ou Fa Jing est attribué à Li Kui.

Les classiques de l'art militaire

L'Art de la guerre, attribué à Sun Zi, est le premier traité de stratégie militaire écrit au monde. C'est un classique de la littérature chinoise autant que mondiale. 


Les 36 stratagèmes, découvert en 1939, décrit les ruses et les méthodes qui peuvent être utilisées pour l'emporter sur un adversaire. Il n'est donc pas un classique en tant que tel.

Historiographie classique

Les Vingt-Quatre Histoires est une compilation de références fondées concernant l'histoire de la Chine. Les Annales des Printemps et des Automnes détaillent la chronique des règnes des douze princes de l'État de Lu, de -722 à -481. Le Guoyu ou Discours des États est une compilation d'événements historiques des nombreux États durant la période des Printemps et des Automnes. Les Stratégies des Royaumes Combattants (Zhan Guo Ce) sont attribuées à Liu Xiang. 


Les Annales des Printemps et des Automnes de Wu et Yue ou Wu Yue Chunqiu compilation d'événements historiques des États de Wu et de Yue durant la Période des Printemps et des Automnes, et attribuée à Zhao Ye.

Les Annales de bambou, chronique de l'Antiquité à -299, concernant plus particulièrement l'État de Jin à partir du viiie siècle av. J.-C., puis l'État de Wei à partir du ve siècle av. J.-C..

Les Annales des Printemps et des Automnes des seize royaumes, ou Shiliuguo Chunqiu, une compilation historique des Seize Royaumes, attribuées à Cui Hong, et perdues aujourd'hui.

Le Zizhi Tongjian est attribué à Sima Guang.

Les Annales des Printemps et des Automnes de Lü Buwei ou Lüshi Chunqiu , attribuées à Lü Buwei.


L'age d'or classique de la poésie

 Pendant la dynastie Han, les poèmes Chu ont évolué vers une autre forme lyrique, le fu , un poème en vers rimés à l'exception des passages introductifs et conclusifs en prose, souvent sous forme question / réponses.

À partir de la dynastie Han, les poèmes yue fu suivirent l'héritage du Shi Jing. Il s'agissait encore de chansons lyriques, avec des chansons folkloriques originales, des imitations de cour et les versions des poètes les plus connus - notamment Li Bai sous les Tang.

À partir du deuxième siècle après J.-C., le yue fu évolua, aboutissant à la forme shi canonique de la poésie classique, qui devait dominer la poésie chinoise jusqu'à la période moderne. Ce sont des poèmes de cinq ou sept pieds (caractères), avec une césure avant les trois derniers caractères de chaque ligne. Ils se divisent en gushi ( vieux poèmes) et jintishi , une forme plus stricte avec des règles de répartition tonale et métrique développée sous la dynastie Tang. Les plus grands auteurs de gushi et de jintishi furent Li Bai et Du Fu.

À la fin de la dynastie Tang, la forme lyrique ci devint plus populaire. Typiques de la dynastie Song, les ci sont composés sur des thèmes variés, mais sont le plus souvent lyriques et intimes.

Les ci devinrent plus littéraires et artificiels après les Song, puis laissèrent la place au san qu , une forme plus libre, nourrie de nouvelles chansons populaires. Le recours aux chansons de san qu dans le théâtre marqua une étape importante dans le développement de la littérature vernaculaire.



Poésie classique tardive

 Après la dynastie Song, les poèmes shi continuèrent d'être composés jusqu'à la fin de la période impériale, et dans une moindre mesure jusqu'à aujourd'hui. Toutefois, ces œuvres ont toujours été considérées comme inférieures à celles de la période classique, de la dynastie Tang en particulier. La raison principale en est la révérence à l'égard de la culture classique, écrivains et lecteurs se refusant à envisager que de nouvelles créations puissent arriver à la cheville des productions passées. En conséquence, les poètes tardifs ont multiplié les jeux allusifs, les références à leurs prédécesseurs adulés, contribuant à obscurcir la signification de leurs pour les lecteurs modernes. Une autre raison est l'augmentation de la population, la popularisation de la littérature et la plus grande diffusion des travaux grâce à l'imprimerie et aux travaux éditoriaux qui ont amplifié grandement le volume de production littéraire, rendant plus difficile l'identification et l'évaluation des nouveaux travaux. La littérature vernaculaire, au contraire, s'est beaucoup développée durant cette période, en particulier le théâtre et les romans, qui devinrent les moyens d'expression les plus courants.

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