L'art en Inde médiévale (3)

 

 

 

Les Pala-Sena

Ces dynasties vont régner dans le Nord Est de l’Inde, et vont produire un art essentiellement bouddhique, religion qui ne subsiste à cette époque que dans cette région. Les pala prennent véritablement le pouvoir dans la région à partir du VIIIe siècle. Leur pouvoir s’affaiblit à la fin du XIe siècle et les Sena prennent le relais. On va voir la création de lieux monastiques importants, de grands complexes qui sont de véritables universités bouddhiques.

Dans cette région, c’est le bouddhisme « vajrayana » qui domine, le bouddhisme du véhicule de diamant. C’est un bouddhisme qui se rapproche de l’hindouisme au niveau des rituels. Le Salut peut-être atteint à la fin d’une seule vie selon cette doctrine. On voit une multiplication des divinités, différents bouddha, des bodhisattvas, des déesses parèdres de ces bodhisattvas, leurs formes courroucées… C’est ce bouddhisme là qui se répandra au Tibet et au Népal. Il souffrira particulièrement lors de l’arrivée de l’Islam. Les musulmans détruiront de nombreux édifices, et à partir du XIIème siècle, le bouddhisme sera très minoritaire en Inde. Ainsi, aujourd’hui il ne reste presque rien des temples de cette époque.

o Le site de Nalanda.

Le site de Nalanda était à cette époque une université reconnue de tous et accueillant un grand nombre d’étudiants. C’était un pôle culturel et intellectuel qui rayonnait dans tout le monde bouddhique jusqu’en Asie du Sud Est. Ce site montre de nombreux espaces de vie (logements, réfectoires…)… Mais aussi de nombreux temples.

 Temple  de Nalanda.

 


 

Edifice de briques avec un revêtement de stuc à l’origine pour le décor. Il y a eu au moins sept reconstructions successives pour ce bâtiment. A l’époque Pala, il s’agissait sûrement d’un stupa construit sur une immense terrasse, avec d’autres stupas ou peut être 5 petits sanctuaires. Inspiration de l’architecture hindoue comme à Deoghar avec un édifice à 5 sanctuaires (imitation du Mont Merou). Sur le soubassement, de nombreuses niches, de formes variées avec des images de Buddha, de bodhisattvas ou de divinités mineures… Iconographie très riche et très complexe donc.

Un buddha présente une chevelure typique depuis la période classique, la protubérance crânienne, le vêtement monastique…

Un autre relief représente le bodhisattva Avalokiteshvara portant une tige de lotus, effectuant le geste du don, et un petit bouddha dans sa chevelure. A ses pieds le donateur est représenté en orant, la lecture est donc double, à la fois religieuse et sociale. Il est richement vêtu et paré. L’iconographie est directement inspirée de l’art gupta, avec une plastique fluide, souple, des vêtements moulants, une idéalisation des traits proche de l’art de Sarnath.

L’art Pala dérive donc de l’art Gupta, mais il est, au début, moins élégant, avec des figures légèrement plus trapues…

 

Dans ces sites en briques stuquées et peintes, il y avait de nombreuses statues ou stèles en pierre qui décoraient les temples. A l’époque Pala, ces réalisations se font généralement dans une pierre foncée, presque noire. Ces stèles suivent quasiment toutes un schéma identique, avec au centre en grand la divinité principale, entourée d’autres plus petites, ces dernières permettant de comprendre l’iconographie, la scène, le personnage… Au VIIIème siècle, les stèles cintrées sont relativement simples, puis elles vont avoir tendance à s’enrichir, à devenir plus complexes, les formes se diversifient, et elles vont finir par être ajourées pour faire ressortir le dieu… En revanche, les normes esthétiques n’évoluent que très peu, les canons restent proches de l’art gupta durant toute la période… Pour leur statuaire, ils vont utiliser une pierre noire. C’est essentiellement le bouddhisme du véhicule du foudre de diamant dans cette région.

o Stèle avec Buddha, fin VIIIème début IXème siècle

Buddha est représenté en grand au centre, entouré de 7 autres représentations de buddha se rapportant à différents moments de sa vie. On trouve généralement 3 miracles fondamentaux : la naissance, l’éveil, le premier sermon, l’entrée au Nirvana. Et 4 autres scènes : la descente du ciel des 33 dieux (lorsqu’il descend du ciel après avoir été prêcher à sa mère et aux autres divinités), le grand miracle de Shravasti (différents miracles pour convaincre des hérétiques) et une scène où il calme un éléphant furieux, et une dernière scène où il reçoit les offrandes d’un singe (lorsqu’il reçoit les offrandes de tous les êtres, même les plus simples, symbole de la foi bouddhique ouverte à tous).

o Stèle avec Buddha, Xème-XIème siècle, Boston. 

Stèle en pointe, ajourée autour du Buddha. On retrouve la même iconographie avec les miracles. En revanche, le Buddha porte ici des bijoux, un collier et une riche couronne. Il est montré comme souverain spirituel, et pour montrer cela aux fidèles, on le représente richement orné.

o Linga, VIIIème siècle, Bihar/Bengale, époque pré-Pala, Guimet.


 

Epoque de transition entre les Gupta et les Pala. Le linga est un symbole phallique qui évoque la puissance créatrice de Shiva. Les lingas à visage n’apparaissent seulement qu’au IIème siècle (ekamukalinga).

Ici, le visage de Shiva présente le troisième œil, le chignon d’ascète, le croissant de lune dans les cheveux. Ici, les joyaux dans le chignon sont typiques du Bihar et des Pala. Esthétique héritée des gupta, yeux mi-clos en amande, trois plis du cou, bouche sinueuse…

o Bodhisattva Avalokiteshvara, IXème siècle, Guimet.

 


 

Bodhisattva de la compassion, très populaire. Il est ici représenté en seigneur du monde. N petit Buddha dans les cheveux permet de l’identifier, il s’agit du Buddha du futur en méditation.

Le bodhisattva tient un lotus épanoui, son attribut. Il fait le geste du don. Délassement royal. Socle en lotus sur un trône avec des pilastres lions et éléphants. Animaux symboles de souveraineté. Il a un cordon d’ascète traité comme un rang de perles, typique de l’art Pala. Pagne court et pan de vêtement qui revient sur le socle, caractéristique des Pala également.

Il est sur un trône, adossé à une stèle, typiquement Pala aussi. La stèle arrondie indique que c’est un art Pala ancien, du IXème siècle. Le trône avec une seule projection vers l’avant, simple en comparaison de ce qui suivra, permet aussi d’affirmer cela. Les flammes stylisées et la torsade perlée sur la stèle, est caractéristique des Pala aussi. Une inscription, le « crédo bouddhique » est l’enseignement du Buddha en une phrase. Une autre inscription, sur le socle, est dédicatoire.

o Bodhisattva Avalokisteshvara, fin XIème début XIIème, Guimet. 

Là encore un Buddha dans la coiffe. Lotus épanoui et geste du don. Il est debout, avec un léger déhanchement. Vêtement jusqu’aux chevilles typique des Pala. Encore un cordon perlé. En haut, cinq Buddha (jina) associés aux directions (le centre en étant une en Inde). Avec des positions des mains différentes. Deux stupas les encadrent.

 

 

En bas, quatre personnages, une divinité féminine, Tara, le pendant féminin d’Avalokiteshvara, très populaire. Elle porte elle aussi le lotus et fait un geste de protection. Un personnage princier, mains jointes et tenant un manuscrit. Une autre divinité féminine à quatre bras, Bhrikuti, manifestation de Tara qui aurait propagé le bouddhisme au Tibet. Elle tient un vase à eau et un triple bâton.

Un dernier personnage, la manifestation farouche d’Avalokiteshvara, Hayagriva.

Sur la base, un preta, revenant d’aspect squelettique, sauvé par le nectar d’Avalokiteshvara.

Un autre personnage, le donateur, mains jointes.

La stèle ajourée, est l’une des caractéristiques principales des Pala. Seule la tête d’Avalokiteshvara est en relief, le reste est en ronde bosse. La forme pointue de la stèle donne une datation avancée. Les bords de la stèle en forme de flammes stylisées. Trois projections au niveau de la base, complexité plus tardive encore…

Les Pala montrent aussi une production artistique en bronze. Ils utilisent la technique de la cire perdue. Le plus souvent pour des images votives ou des statues de culte.

o Buddha dans la descente du ciel des 33 dieux, 80cm, IXème siècle, bronze doré.

Scène reconnaissable grâce aux deux autres personnages présent, les dieux Indra et Bhrama. Ce sont des divinités mineures dans le bouddhisme, et elles témoignent d’un syncrétisme courant en Inde pour attirer plus de fidèles.

Bronze doré à l’origine, qui proviendrait d’une cache aménagée lors de l’arrivée de l’Islam, et cela était courant dans ce contexte.

 o Statuette d’Avalokiteshvara, fin XIème siècle.

Bronze doré et incrusté. Il porte un buddha dans sa coiffure et il tient un lotus. Posture de délassement royal. Corps souple, déhanché, visage et plastique du corps influencés par l’art gupta. Visage triangulaire avec menton en pointe, un nez très marqué…

L’art Pala du Nord Est présente également un grand nombre de manuscrits. Les manuscrits étaient fais de feuilles de palmes, de forme quadrangulaires allongées, d’environ 40x5cm. Percées de trous pour les relier entre deux plaquettes de bois. Le plus souvent, les manuscrits sont des textes fondamentaux de la religion. Les planchettes sont peintes avec des scènes en relation ou non avec les textes.

o Plaquettes de manuscrit, Musée Guimet

On voit ici la représentation des 8 miracles du Buddha encore, sur les plaquettes. Ce qui prime dans ces peintures, c’est la ligne, la couleur est moins importante. Néanmoins, cette dernière reste symbolique, avec le jaune pour la peau lumineuse du Buddha, le rouge pour le vêtement monastique…

 

 

Les Chandella X-XIème siècles

Ils vont régner dans le nord de l’Inde. Ils vont mettre en place une architecture spectaculaire mais avec des dimensions assez réduites.

o Temple de Lakshmana, Khajuraho, 954.

 


 

Une inscription donne la date. Temple vishnuite construit sur une terrasse surélevée pour le séparer du monde terrestre. Ensemble de cinq édifices, le sanctuaire au centre et quatre templier aux angles. Les angles étant des modèles réduits de la tour sanctuaire. Imitation du mont Meru. Le temple s’ouvre sur l’est. Il y a un porche suivi d’une salle à pilier, un premier mandapa sans murs. A l’arrière de celui-ci, un second mandapa à piliers avec des murs. Ce second mandapa est plus vaste et est pourvu de fenêtres. Le sanctuaire est composé d’une cella et d’un déambulatoire éclairé par des fenêtres avec des balcons, typique du site de Khajuraho. Le temple est entièrement couvert de sculptures en haut relief, directement taillées dans la maçonnerie ou rapportées. Le sanctuaire principal est sur une deuxième terrasse particulièrement élevée. Les toitures sont de type sikhara, en pain de sucre à arêtes incurvées avec candrasalla en résille et amalaka, typique de l’architecture du Nord. Elles sont évidées pour alléger les structures. Sikhara particulier à Khajuraho, il est entouré de demi-sikhara et tiers de sikhara…. Toiture complexe qui donne un sentiment de légèreté, avec une élévation importante.

Le programme iconographique est très raisonné, complexe, à l’intérieur comme à l’extérieur. Décor de divinités en grand nombre, des animaux mythiques (makara, lions cornus…). Les corps et les visages sont stéréotypés. Les postures sont diversifiées, on insiste sur le mouvement. Les dieux principaux sont déhanchés, assez frontaux. Alors que les dieux mineurs sont dans des postures très contrastées, notamment des « beautés célestes ». Multitude de gestes… Souvent des représentations hélicoïdales avec les jambes de faces, les hanches de profil, le torse de ¾, typique de l’art du nord. Les personnages sont sur des consoles en saillie par rapport à l’architecture, il n’y a pas de niches. Cela est caractéristique de l’apogée de l’art médiéval indien.

 o Temple de Kandariya Mahedeva, début XIème siècle, Khajuraho.

 


 

Temple qui reprend exactement le même type avec une terrasse élevée, et une base propre pour le sanctuaire lui-même. Successions de toitures encore avec porche, mandapa, sikhara. Aux angles il y avait des templions, une nouvelle évocation du mont Meru.

3 niveaux de décor avec des divinités, alors qu’il n’y en avait que deux à Lakshmana. Là encore de nombreuses sculptures donc. Des représentations de couples copulant, métaphore de l’idée que l’âme du fidèle retire une félicité importante lors de cérémonies. Ces couples dessinent également des « yantra », diagrammes mystiques à signification cachée que les initiés comprenaient…

Ce temple, de 70ans plus tardif que celui de Lakshmana montre une évolution nette, avec une complexification des toitures avec une plus grande unité entre les différentes toitures. Volonté d’unifier esthétiquement les différents éléments, symbole d’un dieu unique qui engendre les autres…

 La statuaire qu’ils vont montrer est dit de type « khadjuraho », et elle utilise un grès clair, beige.

o Divinité à l’arbre, Xème-XIème siècles, Guimet.

 


 

Contexte shivaïte ou jaïn. Il y a un fond iconographique commun. Les premières représentations de ces divinités se trouvent sur des stupas. Figure de fécondité et de fertilité. En s’accrochant à l’arbre, elles aspirent la sève… Elles sont toujours représentées comme ici, un bras gauche levé tenant un arbre. On voit les attributs classiques de divinités féminines : bijoux, bandeau sur la poitrine. Elles sont généralement placées à l’entrée des temples pour bénir le croyant…

o Tirthankara Rishabhanatha, Xème-XIème siècles, Khajuraho, Guimet

 


 

Apôtre du jaïnisme (24 en tout). Ici, le premier Tirthankara. On retrouve le grès beige. Sur ce site, trois sanctuaires lui étaient dédiés, et cette statue provient certainement d’une cella.

Il est nu, ce n’est donc pas un Buddha. Parfois on trouve des symboles de bon augure sur leur poitrine. Il est en posture de méditation. Il porte la même coiffure que le Buddha avec des mèches individualisée et enroulées vers la droite. Deux mèches sur les épaules l’identifient. En effet, ce jaïn s’arrache les cheveux sur l’ordre de Bhrama et ses mèches ont repoussées sur les épaules.

Plis du cou, plis de beauté, systématisés sous les gupta. Visage avec les yeux mi-clos en amande, sourcils très marqués, bouche sinueuse avec léger sourcil. Comme le Buddha, détaché du monde chez les gupta, et l’on à ici les mêmes caractéristiques.

 

 Les Ganga( XI-XIIIème siècles.)

Ils vont régner à l’est, dans la région de l’Orissa. Le site de Bubaneshvar est important.

o Temple shivaïte de Rajarani, début XIème siècle, Bubaneshvar.

 


 

Structurellement plus simple que les temples de khajuraho alors qu’ils sont contemporains. Tour sanctuaire à sikhara, influence du nord donc, et un mandapa inachevé. Cella carré de multiple fois redentée, mandapa sans piliers. De nombreuses sculptures également. Encadrement de la porte du mandapa avec des colonnes engagées et un linteau. Des figures typiques de cette région de l’Orissa, des nagas anthropomorphes accueillant les fidèles. Il y en a un masculin et un féminin, et sont associés aux richesses… Corps serpentiformes s’enroulant autour des colonnes, ils tiennent des guirlandes…

Sur le linteau, les « graha », des « saisisseurs », le soleil, la lune, les planètes… reconnaissables à leurs attributs. Il y a également le démon de l’éclipse (Rahu), une simple tête car il a été décapité par Vishnu, et c’est une tête immortelle. Il court après le soleil et la lune pour les manger, ce sont les éclipses. Il y a aussi la figuration de l’étoile filante (Keku). Le linteau symbolise donc la montagne de Dieu, car les graha gravitent autour. Rôle déterminant de ces saisisseurs dans la destiné des hommes…

Sur les murs, il y a aussi des divinités, seules ou en groupes. Aux angles, des sanctuaires, des dikpala (gardiens de l’espace), là encore pour donner un cadre géographique au temple. Dans cette région de l’Orissa, la statuaire est plus vivante qu’à Kajuraho.

Dikpala du Sud, Yama : Il est avec sa monture, le buffle. Il est le juge des morts, il est donc représenté de façon macabre, aux yeux exorbités, des crocs, un bâton de justice avec un crâne et une corde, car il peut lier ou délier les âmes au système de renaissance.

 o Temple de Lingaraja, Bubaneshvar, début XIème, agrandi au XIIème siècle

 


 

70m de haut, toiture typique du nord avec sikhara, immense amalaka avec les emblèmes shivaïtes. Encore en activité. Cella carrée avec linga. Mandapa à quatre piliers, agrandit à l’est par une salle d’offrandes et une pour les spectacles de danse. Il y a donc une spécialisation des espaces.

 o Temple de Surya, Konarak, XIIIème siècle

 


 

Fondé par Narasimhadeva I, roi Ganga. Il ne reste aujourd’hui que le mandapa. Pas de réductions d’édifices dans la toiture. Surya est le dieu soleil. Une grande enceinte avec le sanctuaire et le mandapa. Une salle de danse non accolée au mandapa. Il y a d’autres temples, une cuisine…

Une gravure du XVIème siècle montre qu’il y avait un immense sikhara. C’est la reproduction de la demeure de Surya, qui est souvent sur un char, toujours dans une course. Ainsi, sur le soubassement, d’immenses roues au nombre de 24, qui sont les roues du char. 12x2, 12mois, 24 lunaisons, 24h par jours… Une symbolique des nombres… Sur les roues, des divinités de constellations. Leur association correspond à un programme iconographique complexe. Au niveau des jantes, des clous pour que les roues agrippent sur les roues boueuses den l’Inde…

Un immense escalier permet d’accéder au temple, avec des chevaux cabrés, qui tirent le char, ils sont sept. Nombre impair original, mais qui correspond au nombre de jours en une semaine. Sculptures monumentales, richement ornés, mais avec un aspect assez mécanique, systématique, dans les détails.

De nombreuses figures sur les façades, des nagas, des beautés célestes, des couples…

Stèle illustrant les hauts faits du roi fondateur de ce temple : on trouve fréquemment les images de commanditaires à l’époque médiévale. Le roi est ici représenté plusieurs fois, respectueux de la religion…

Stèle en haut relief avec Surya : stèle ajourée autour de la figure, traitement typique de la période médiévale pour mettre en valeur le personnage. Il est chaussé de bottes, il est sur un piédestal qui est le char tiré par sept chevaux. Ses vêtements sont ornés, mais on retrouve cet aspect mécanique du traitement, artificialité de la représentation.

 

  Les Chola

Dynastie très ancienne dans le Tamil Nadu mais qui va prendre de l’importance entre le IXème siècle et le XIIIème siècle. Forte puissance politique qui va mener des conquêtes… Leur capitale est Gangaikondacholapuram.

o Temple de Nageshvara, Kumbakonam, fin du IXème siècle.

 


 

La toiture à été modifiée plus tardivement. Structure simple et sculpture admirable. Sanctuaire à toiture de aux étages décroissant du sud, et mandapa. De nombreuses inscriptions, typique de l’Inde du Sud. Des niches avec des divinités, surtout shivaïtes.

Shiva androgyne : côté masculin assez sobre, contrairement à la souplesse du côté féminin. Art des cholas où il n’est pas rare de voir trois bras à ces figures de Shiva androgynes. Derrière lui se trouve le taureau Nandi. Plastique élégante, longiligne (caractéristique du sud), gracile, presque fragile.

 o Temple shivaïte de Koranganatha, Shrinivasanallur.

 


 

Modèle de tour sanctuaire, avec une cella carrée précédée d’un mandapa. Niches à piliers sur les façades de la cella.

Dans l’un de ces niches, il y a une statue de Shiva Dakshina, iconographie typique du sud de l’Inde. C’est un Shiva enseignant, assis avec les jambes croisées sous un arbre, avec des animaux, des personnages… Cette iconographie se place toujours sur les faces sud des temples dans l’Inde du Sud. Les figures sont moins fines avec les Chola, elles vont s’alourdir… Les premiers temples chola sont beaucoup plus simples que les derniers temples pallava pourtant contemporains.

 Avec le roi Rajaraja Ier (985-1014), la dynastie va connaître son apogée. Il va lui aussi construire des temples.

o Temple shivaïte de Rajarajeshvara, Tanjore, début XIème.

 


 

Temple du Sud de l’Inde également. Toiture de faux étages décroissants avec des réductions d’édifices. Il y a donc une reprise des pallava avec les Chola. Une grande enceinte englobe différents temples contemporains et plus tardifs.

Tour sanctuaire carrée avec déambulatoire précédé de deux salles à colonnes. A l’est, un pavillon sur piliers pour le taureau Nandi. Une porte monumentale, Gopura, avec une toiture de faux étages et de réductions d’édifices sur un plan rectangulaire. Cette porte permet de rentrer dans l’enceinte. On peut accéder dans les toitures du gopura qui sert à conserver des manuscrits.

Il y avait une enceinte plus vaste, avec un autre gopura qui a aujourd’hui disparu.

Dans le temple, un linga dans la cella, et le déambulatoire présente des ouvertures. Les murs sont couverts de peintures illustrant les aspects de Shiva (Shiva dansant…). Mais aussi des figures historiques comme Rajaraja avec son gourou…

Deux niveaux de niches sur les façades avec des pilastres encadrant des figures de Shiva. Entre les niches, des troncs stylisés sortant d’un vase, motif récurent à la période classique Chola. Il s’agit de l’arbre « kalpa » qui a un rôle bénéfique. Diverses figures à côté des niches en référence avec Shiva…

Durga Mahishamardini sur la tête du démon buffle après son combat. Elle est victorieuse, elle porte les attributs de Vishnu (conque, disque) car c’est sa sœur, mais c’est aussi la femme de Shiva.

Portrait de Rajaraja et son gourou : portrait idéalisé avec un chignon d’ascète, jeune… Le gourou a une carnation plus foncée, il porte une barbiche. Alors que le roi est serein, le gourou a les sourcils froncés. Peinture en aplat, sans paysage, peu de volumes des corps. La profondeur est donnée par des différences de couleurs…

 o Temple de Brihadeshvara, Gangaikondacholapuram, début XIème siècle.

 


 

Construit par Rajendra (1012-1044), il est très proche de celui de son père à Tanjore.

On retrouve un gopura, aujourd’hui effondré. Différents monuments dans l’enceinte toujours. Le temple est une tour sanctuaire avec la même toiture caractéristique du sud. Sur les façades, il y a encore deux niveaux de niches, des pilastres qui font des doubles encadrements… Cella carrée avec déambulatoire.

Une niche présente un Shiva dansant. Danse cosmique qui détruit le monde et préfigure une nouvelle ère cosmique. Haut relief, presque une ronde bosse. Autour de lui, des ascètes, Parvati et Nandi.

Une autre niche montre Shiva androgyne, avec trois bras, typique de cette représentation sous les Chola.

 o Temple de Airavateshvara, Darasuram, XIIème siècle.

 


 

On retrouve la toiture caractéristique du Sud. Ce temple est plus tardif, il y a moins de mouvements, un seule rangée de niches… On retrouve les thèmes fondamentaux pour les Chola avec Shiva enseignant, Shiva dansant…

Une niche montre Shiva dans le linga de feu, a côté duquel sont Vishnu et Brahma, plus petits et lui rendant hommage. Cela montre donc la suprématie de Shiva…

 La sculpture de pierre est indissociable de l’architecture en Inde. Mais les chola vont développer un art du bronze important. Ces sculptures de bronze étaient offertes aux temples et servaient aux processions.

Dans le temple de Tiruvenkadu, on a trouvé dans une cache un grand nombre de sculptures de bronze. Bronze doré à l’origine et peint, fondu avec la technique de la cire perdue.

o Shiva et Parvati, XIème siècle, Tanjore

 


 


 

Couple divin, Shiva avec un chignon aplati et des mèches individualisées. Grande qualité de vie avec les bronzes contrairement à la pierre…

o Shiva dansant, XIème siècle, Tanjore.

Commande de Rajaraja Ier. Shiva est vêtu et paré car il était utilisé pour le culte. Bronze oré avec des incrustations à l’origine. Tous les éléments de la sculpture participent à la symbolique.

o Shiva maître de la musique, XIème siècle, Guimet. 

Il tient une hache (brisée) et une gazelle, qui sont les attributs classiques de Shiva en Inde du Sud. Il peut parfois avoir le trident, le tambour, le feu, attributs plus représentés dans le Nord.

On retrouve ici son troisième œil, le croissant de lune, la coiffure ascétique en chignon comme une tiare conique, typique des bronzes chola. Parure avec une ceinture au niveau de l’abdomen, typiquement chola encore. Il porte un vêtement caractéristique des Chola, un pagne très court et très serré. Sur la ceinture, le « masque de gloire », monstre sans mâchoire inférieure, motif que l’on retrouve dans l’hindouisme, dans le jaïnisme et le bouddhisme.

Il est en posture dite « Tribhanga », avec un décalage entre la tête, le corps et les jambes, posture classique à partir des gupta. Il devait probablement tenir un instrument de musique disparu, tout comme les boucles d’oreilles qui étaient également rapportées. Au niveau de la gazelle, on voit que les jets de coulée ont été conservés.

Le socle est en forme de lotus, classique également. Des ouvertures dans ce socle permettent de fixer la sculpture pour la porter en procession. Art mobile donc, contrairement à l’art lapidaire.

o Shiva somaskandamurti, XIème siècle, Guimet

Groupe familiale de Shiva avec Parvati et Skanda (qui à disparu ici). Thème développé sous les Pallava, très populaire en Inde du Sud, et sous les Chola.

Shiva porte une coiffure en tiare, des bijoux, le cordon d’ascète en trois brins, la ceinture d’abdomen, une ceinture avec le masque de gloire, le pagne court chola. Il porte la gazelle et la hache. Il fait un geste d’absence de crainte et du don (Parvati fait les mêmes gestes). La position des jambes indiquent le délassement royal.

Parvati est dans la même position, elle porte une coiffure en forme de pagodon. Ils ont un disque derrière la tête en forme de soleil, typique des Chola. Parvati devait certainement tenir un lotus.

Sur le socle, des tenons supportaient un cadre qui encerclait la scène. Il y a également des anses de procession.

o Le poète Sambandar, XII-XIIIème siècles, Guimet.


Sambandar était un poète shivaïte représenté comme un jeune homme nu, debout.

En Inde, dès le VIème siècle, on voit le mouvement de la Bacti, culte hindou basé sur des hymnes et des chants. Il y avait une soixantaine de poètes shivaïtes et une dizaine vishnuïtes. Sambandar aurait vécu au Xème siècle et aurait écrit des vers shivaïtes très violent à l’égard du bouddhisme et du jaïnisme. Il aurait été abandonné enfant et nourrit par Parvati. Il est donc nu et comme un enfant. Une main levée vers le ciel et tenant une coupelle recevant le nectar de Parvati.

o Shiva maître de la danse, XIème siècle, Guimet. 

Bronze Chola toujours. Danse créatrice de l’univers. Univers évoqué par le cadre avec les flammes. Cette danse est le symbole de la destruction et de la construction de Shiva. Il tient un tambour en forme de sablier, tambour qui donne le rythme de la danse. Un serpent dans une main, symbole de son pouvoir de destruction. Et un autre serpent attaque l’ignorance terrassée par Shiva en bas. Il porte toujours une chevelure en tiare, et certaines mèches sont individualisées et à l’horizontale, et sur l’une de ces mèches, la déesse Ganga (descente du Gange). Il porte donc la coiffure et le vêtement caractéristique de l’art Chola.

L’attitude de Shiva est caractéristique, avec le haut et la tête de face, et le bas et les jambes vers la droite. La jambe gauche est levée et le bras gauche est parallèle (geste de la trompe d’éléphant). Posture typique de Shiva maître de la danse des Chola.

Stylisation des flammes, et une flamme dans une coupelle qu’il tient, indique que l’on est au début de la période Chola. Il porte aussi une écharpe qui va du buste au cadre et dont un pan est sur l’épaule. Sur le socle, une ouverture encore pour les processions.

Un art lapidaire également avec les Chola.

o Trois démones, les Matrika, Tamil Nadu, XIème-XIIème siècles, granit noir, Guimet.

 


 

Coiffures hérissées en flammes. Visages avec des crocs. Calottes crâniennes dans leurs mains, brassards en serpents… Les matrika (petites mères) sont les personnifications de la puissance créatrice (sakti). Elles sont très peu représentées, et ces trois là font partie d’un groupe de 16. Leur identification est difficile.

Sur les socles, des attributs, un lézard, une oie, un serpent. Celle avec le lézard est l’une des formes de Parvati, qui avait fait pénitence pour séduire Shiva.

o Shiva maître de la connaissance, granit noir, XI-XIIème siècles, Guimet.

Pierre typique des Chola. Cette forme de Shiva est toujours placée au Sud du sanctuaire. On voit le masque de gloire et le serpent dans la coiffure. Le 3ème œil, le rosaire dans une main, le feu dans l’autre. Geste de l’argumentation, de l’enseignement. Il tient un livre, les traités. Il enseigne à des ascètes. Il écrase d’un pied le gnome de l’ignorance. Attitude héroïque avec la position des jambes. Au dessus de lui, un arbre, un figuier avec de multiples branches qui font de l’ombre et symbolisent l’ignorance couvrant le monde. Il porte les mêmes parures que sur les bronzes chola, tout comme le pagne court avec la ceinture au masque de gloire.

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