Les Mayas

Le Classique ancien (300-600 apr. J.-C.) est dominé par la rivalité qui oppose les deux grandes cités de Tikal et Calakmul, avec en arrière-plan l'ombre menaçante de Teotihuacán. Calakmul, comme Tikal, a entamé sa croissance dès le Préclassique récent, et les travaux mettent au jour des édifices, des frises, des sépultures prestigieuses qui témoignent de l'ancienneté de son occupation. Sans qu'on puisse déterminer le rôle de ces deux entités dans l'effondrement de Mirador et des cités du nord du Petén, Calakmul et Tikal ont bénéficié du vide créé par la disparition de concurrents potentiels. Mais leur situation diffère.

 Tikal, dont la dynastie est déjà bien implantée, se trouve sur l'une des routes d'échanges qui traverse la forêt. Elle entretient déjà des liens avec des cités lointaines, en particulier la puissante capitale du Mexique central. Sa position stratégique comme sa prospérité sont peut-être à l'origine des convoitises de Teotihuacán. Vers la fin du ive siècle, Tikal puis les sites voisins Uaxactún et Río Azul tombent aux mains de conquérants étrangers. Loin de l'affaiblir, ils donneront à Tikal un pouvoir inégalé. Le cœur du Petén n'est pas la seule région qui passe sous le contrôle de Teotihuacán. Dans les hautes terres, Kaminaljuyú fournit de nombreux indices d'une forte présence de gens originaires de la métropole mexicaine. Édifices construits en talud-tablero, matériel céramique, sépultures et offrandes funéraires en sont autant de preuves. Il en va de même à CopánCopán, le terrain de jeu de balle, où le dirigeant Yax K'uk Mo' serait également originaire de Teotihuacán. Toutes ces cités sont localisées sur des routes d'échanges ou à proximité de ressources stratégiques : le jade de la vallée du río Motagua, les gisements d'obsidienne d'El Chayal ou d'Ixtepeque. Mais l'influence de Teotihuacán dépasse ces implantations locales et, sur plusieurs sites, des représentations du dieu de l'orage de Teotihuacán (à Yaxhá), des céramiques tripodes (au Belize) et des figurines creuses (à Becán) évoquent la puissance de la métropole mexicaine.

 Calakmul doit-elle à sa localisation dans une région écartée, plus pauvre, d'avoir échappé à ce contrôle ? Sa situation lui permet une croissance régulière et continue qui la conduit à se poser en rivale, souvent victorieuse, de Tikal. Il n'est pas utile de détailler ici l'affrontement entre les deux puissances, mais il est hors de doute qu'il a impliqué la plupart des cités mayas du Petén et leurs dynasties naissantes. Au fil des conflits, Calakmul a su tisser des liens d'alliances, peut-être même de vassalité, avec les ennemis de Tikal, Caracol, Naranjo, voire avec les transfuges de Dos Pilas. Les monuments sculptés, les stèles retracent sur ces nombreux sites l'histoire de cette coalition puissante mais fragile, qui est parvenue à étouffer Tikal, puis à l'écraser, réduisant sa dynastie au silence pendant près de cent trente ans (562-692). Mais Calakmul n'a pas réussi à unifier les cités rivales et à transformer cette coalition hétéroclite en une structure homogène, un État. D'autres cités, comme Palenque, sont demeurées fidèles à Tikal, d'autres encore, Copán ou Quiriguá, aux confins méridionaux des basses terres, sont restées à l'écart.

 Les véritables bénéficiaires de ces guerres permanentes sont les dynasties locales, qui ont profité des circonstances et de l'épuisement des belligérants pour acquérir puissance et prospérité. Lorsque Tikal réussit à retourner la situation en sa faveur et écrase à son tour son ennemie, les basses terres se sont divisées en une cinquantaine d'entités politiques, qui rivalisent d'énergie et d'activité, pour donner naissance à l'époque de la splendeur.

 Au Classique ancien, de nouvelles expressions artistiques se sont développées. À Tikal et à Calakmul surtout, le culte dynastique s'impose, manifesté par l'érection de stèles et de monuments riches en inscriptions. La céramique s'est aussi enrichie de la polychromie. Et chaque cité a construit des temples, des palais, des acropoles souvent disposées autour de cours où se réunissait la population pour assister aux rites et révérer ses dirigeants. Tous les traits caractéristiques du monde maya sont désormais présents. Chaque dynastie peut laisser libre cours à son dynamisme propre

 

Les stèles, souvent érigées tous les vingt ans, sont les supports privilégiés pour inscrire les dates et les événements importants pour chaque dirigeant. Les Mayas utilisent aussi les disques de pierre (Caracol), les escaliers hiéroglyphiques (Copán, Yaxchilan), les panneaux (La Corona), voire le stuc (à Palenque)Visage modelé, art maya, ou la peinture murale (à Bonampak). L'abondance et la diversité des textes, comme les progrès du déchiffrement permettent peu à peu de faire entrer les Mayas dans l'histoire. L'identification des glyphes-emblèmes, propres à chaque cité, dessine une carte politique du territoire, où s'affrontent au minimum une cinquantaine d'entités rivales. On ne peut ici en dresser la liste, mais il suffit d'évoquer Tikal et Calakmul, bien sûr, mais aussi Copán, Quiriguá, Palenque, Toniná, Yaxchilan, Piedras Negras, Caracol, Naranjo et tant d'autres pour constater que chacune ne contrôle qu'un territoire assez restreint, où souvent une journée de marche permet d'aller des frontières à la capitale. À l'intérieur de ces limites, la population est répartie en hameaux, en petits villages, parfois dans des bourgs contrôlés par une famille noble alliée ou vassale de la dynastie. Ces petits centres comptent alors un palais, un temple, rarement un monument sculpté ou un terrain de jeu de balle.

 C'est dans la cité que réside le dirigeant, l'Ajaw, avec sa famille, ses guerriers, ses prêtres et ses serviteurs. La vie tourne autour de la dynastie régnante. Le roi exerce un pouvoir absolu, entouré de ses ancêtres, et revêtu des symboles solaires ou terrestres qui justifient sa puissance. Il est représenté sur les monuments sculptés, sur les crêtes faîtières qui couronnent les temples, à Tikal, sur les fresques à Bonampak. Il y apparaît revêtu des atours du pouvoir, accompagné de créatures qui évoquent ses prédécesseurs. Il fait ériger les pyramides qui abritent les tombeaux de ses ancêtres, à Palenque (temple des Inscriptions), Tikal (temples I, IV) ou Calakmul. Même si son pouvoir est absolu, il n'est en réalité que le représentant de la dynastie, ce qui lui impose des obligations lourdes. Pour son peuple, il doit assumer la survie et la protection de la communauté, verser son sang dans l'autosacrifice, comme on le voit sur les panneaux de Yaxchilán. Si le pouvoir est héréditaire, sa stabilité dépend largement de la capacité du dirigeant à assurer la prospérité face aux exigences des divinités et aux convoitises des ennemis. Le pouvoir dynastique, la cité, le territoire sont étroitement interdépendants.

 Les dirigeants doivent affirmer leur prestige personnel, celui de leur dynastie et celui de leur cité. Sur le plan intérieur, cela se traduit par une politique permanente de construction et de grands travaux. Chaque cité se dote de temples-pyramides, d'acropoles, de palais aux multiples pièces, de terrains de jeu de balle, mais aussi de gigantesques chaussées pavées, où, comme à Tikal, se déroulent les processions. Les signes extérieurs de richesse se font plus ostentatoires : vêtements brodés, coiffures surmontées de panaches de plumes de quetzal, peaux travaillées de jaguar, bijoux de jade et de pierres fines. Pour assurer la qualité de cet apparat, les dirigeants s'entourent d'artisans qui fabriquent les boucles d'oreilles, les colliers, les anneaux, mais aussi les armes et autres symboles du pouvoir. Des potiers créent la vaisselle de luxe, souvent polychrome, décorée de scènes qui représentent les dirigeants. Parmi ces récipients somptueux, les vases-codex, cylindres polychromes ornés de figures mythologiques et d'inscriptions, occupent une place de choix. Il faut mentionner aussi les scribes, les sculpteurs, les artisans du bois, responsables des linteaux qui ornent, comme à Tikal, l'entrée des temples. Cette politique somptuaire pèse très lourdement sur la population et les ressources.Femme avec chapeau, art maya

 

Son corollaire est, presque inévitablement, une politique agressive vers l'extérieur. Certes, de nombreux produits ne peuvent être obtenus qu'au travers d'échanges. Mais la conquête et le tribut sont d'autres moyens d'enrichir la communauté. La guerre est pour les dirigeants le moyen essentiel d'affirmer leur prestige. De plus, elle entre dans les responsabilités du roi, car elle fournit les prisonniers indispensables aux sacrifices, et un roi victorieux est favori des dieux. On est bien loin du vieux cliché qui voyait dans les Mayas un peuple paisible conduit par des prêtres astronomes : les dirigeants mayas sont de féroces guerriers qui mènent leur peuple à la bataille. Quant aux dirigeants vaincus, ils sont sacrifiés, à Palenque, Copán ou Toniná. Les fresques de Bonampak évoquent non seulement la bataille, mais aussi la torture et la mise à mort des vaincus. Les fouilles de Dos Pilas, Aguateca et Punta de Chimino ont permis de retracer l'histoire indissociable d'une dynastie et de son peuple, unis dans la victoire comme dans la défaite et le massacre. La guerre n'est plus rituelle, c'est une nécessité vitale et un danger mortel.

 

Les conflits permanents pèsent sur une société et une économie fragiles. Malgré la présence autour de la famille dirigeante d'une élite relativement nombreuse, la société maya demeure essentiellement agricole, avec une masse paysanne qui ne dispose que d'une technologie néolithique. Malgré des travaux d'intensification, de construction de terrasses ou de réservoirs d'eau, d'exploitation de zones inondables, les terres disponibles ne peuvent supporter qu'une population restreinte. Les ressources naturelles sont plus variées qu'on ne le pensait (arbres fruitiers, poissons et coquillages, animaux chassés ou domestiqués), mais pas infinies. L'absence de moyens de transport limite les échanges. Dans ces conditions, une guerre ou une défaite ont de lourdes conséquences, même quand la campagne est victorieuse, dans la mesure où elles épuisent les ressources. L'insécurité et l'instabilité s'accroissent et entraînent parfois des révoltes. La famille régnante de Cancuén tombe, victime d'un massacre. Rien ne permet d'affirmer s'il s'agit d'une conquête ou d'une rébellion. Mais c'est un symptôme de cette fragilité qui provoque, à partir du début du ixe siècle, la chute de nombreuses cités. En un siècle à peine (790-909), les capitales du Petén cessent toute activité. La civilisation maya classique a vécu.

 

Même si les grands sites du Petén partagent les caractéristiques qui donnent à la civilisation son unité, on ne saurait minimiser la diversité des expressions régionales. La division même en entités rivales ainsi que la variété des ressources ont facilité cette recherche de spécificité. Elles l'ont parfois même rendu inévitable.

 

Au sein d'un art maya classique, certaines cités innovent. Copán ou Toniná préfèrent aux stèles la statuaire, la sculpture en ronde bosse. Les images de leurs dirigeants ressortent du cadre architectural, pour trôner sur des piédestaux. À Copán, de véritables mises en scène donnent aux monuments un caractère dynamique : ainsi, une statue doit être vue en perspective, afin qu'on en saisisse le sens.

 

À Palenque, la sculpture en pierre est délaissée au profit du stuc : bas-reliefs, moulages ou modelages décorent les façades, les linteaux, les montants de porte. Cet autre médium offre d'autres possibilités de recherche et de représentation pour les dirigeants locaux, en architecture notamment. Les temples de Palenque, tout en respectant des normes communes comme le principe des temples triadiques (les temples de la Croix, du Soleil et de la Croix-Feuillue) ou celui du temple-pyramide surmontant le tombeau de Pacal (le temple des Inscriptions), acquièrent une finesse et une élégance qui les situent à part, dans l'art maya. D'autres cités conçoivent des organisations spatiales originales, comme les complexes jumeaux de Tikal.

 

Ailleurs, comme dans le sud-est du Petén, c'est l'occupation même du territoire qui diffère. Peu de grandes cités dominantes, mais au contraire une abondance de petites entités voisines, qui couvrent un vaste territoire sans que l'on comprenne encore bien les modalités de leur organisation politique. Bien plus au sud, sur les contreforts des chaînes volcaniques et le piémont de la côte du Pacifique, autour de Santa Lucía Cotzumalguapa, fleurit un ensemble qui partage avec les Mayas bien des traits architecturaux, mais développe une spécificité dans sa sculpture. Les sites comportent de grandes acropoles ou plates-formes, le plus souvent de terre, aux revêtements de pierres. Et, à côté des traditionnelles stèles, les habitants innovent avec des colonnes, des statues, des sculptures à tenons ou des monuments formés de pièces emboîtées. Les représentations sont tout aussi variées (crânes, personnages en action, plantes locales) et leurs glyphes n'appartiennent pas à l'écriture maya classique.

 

C'est surtout au Yucatán que se mettent en place des variantes régionales qui se différencient non seulement par leur art, mais aussi par leur structure sociale et politique. Le premier de ces styles est localisé au Campeche, dans la région de Río Bec, à proximité immédiate du Petén. Sites mayasLes sites de Río Bec, Becán, Chicanna, Hormiguero sont dépourvus de stèles et d'inscriptions glyphiques et ne comportent pas non plus de temples-pyramides, d'acropoles ou de terrains de jeu de balle. Inversement, ils disposent d'édifices résidentiels bas surmontés de tours en trompe l'œil et aux façades décorées de masques et de motifs géométriques. Si l'on retrouve dans l'iconographie des caractères mayas, l'originalité de cet ensemble tient dans l'absence de centre monumental qu'on puisse associer à une dynastie. Les édifices sont dispersés en petits groupes de taille presque équivalente suggérant l'absence de pouvoir central, et peut-être au profit d'une organisation politique de type aristocratique, mais il est trop tôt pour l'affirmer. Plus au nord, le style Chenes est encore plus mal connu, faute de fouilles. Sa caractéristique majeure demeure la présence de petits temples dont la façade, en mosaïque de pierres, figure le monstre terrestre maya. La porte, telle une gueule grande ouverte, est surmontée de la mâchoire supérieure et du mufle, la plate-forme d'entrée signifiant la mâchoire inférieure. De part et d'autre des montants, des boucles d'oreilles et des serpents sont représentés.

 

Plus au nord et plus tardivement (600-950) se développe le style Puuc, dans les collines éponymes. On connaît, par les fouilles d'Uxmal, de Sayil ou de sites secondaires comme Xkipché ou Xculoc, les raisons de cette colonisation tardive. Dans cette région aride, l'eau manque ou demeure difficilement accessible. Une installation humaine permanente était donc impossible, du moins tant que les Mayas n'avaient pas conçu un système de citernes souterraines pour emmagasiner l'eau de pluie. L'utilisation systématique de ces chultuns permet une colonisation intense et rapide de ce territoire quasi vierge et inexploité. Il en résulte une floraison de sites prestigieux, Uxmal, Kabah, LabnaLabna, qui connaissent leur apogée quand les cités du Petén déclinent ou s'effondrent. Le style Puuc se caractérise par de longs édifices, souvent disposés autour de cours, comme le quadrilatère des Nonnes à Uxmal, et décorés de mosaïques de pierres qui dessinent des grecques, et des motifs mayas caractéristiques, comme la natte, symbole du pouvoir. Et les façades s'ornent à l'infini du masque au long nez du dieu de la pluie.

 

Des édifices de style Puuc sont présents à Chichén-Itzá, démontrant le dynamisme de cette variante de la civilisation maya, mais ils marquent surtout une continuité entre le Classique et le Postclassique. L'effondrement maya n'a pas, en effet, touché également tout le territoire. Même aux marges du Petén, des cités comme Lamanai au Belize ont perduré. Les cités du Puuc se maintiennent jusque vers 950 ou 1000. Les petites communautés des hautes terres poursuivent également leur existence. Sur les marges occidentales des basses terres, des populations mayas mexicanisées, ayant acquis des traits originaires du Mexique central ou d'autres régions voisines, font preuve à l'inverse d'un dynamisme accru. Ces groupes, diversement désignés comme Putuns, Maya Chontales, puis plus tard Itzas, sont peut-être en partie responsables de l'effondrement de certaines cités, ou profitent au moins de leur affaiblissement. Leur présence est manifeste sur des sites du Petén comme Seibal, où ils donnent un éphémère regain de prestige à la cité déclinante. Ce sont peut-être eux, également, qui contribuent à l'introduction dans les hautes terres de traits « mexicains », comme les pyramides-jumelles ou les halls à colonnades qui caractériseront les centres politiques du Postclassique tardif.

 

Il ne fait en tout cas guère de doute que certains d'entre eux font partie des nouveaux arrivants qui contribuent à l'apogée de Chichén-Itzá au Postclassique ancien (900-1200). Cette cité était déjà un centre Puuc actif, mais à partir de 950 environ, on assiste à un déplacement de son centre de gravité, qui connaît une expansion rapide. De Chichen Viejo au sud, où se trouvent les édifices Puuc, les habitants migrent vers le grand Cenote, le puits calcaire naturel qui a permis la croissance du site. Tout autour, les habitants implantent les édifices majeurs : le Castillo, gigantesque temple à quatre escaliers, le grand terrain de jeu de balle, un tzompantli destiné à accueillir les crânes des sacrifiés et le Temple des Guerriers entouré d'un vaste hall à colonnades. Ces édifices, d'une inspiration clairement septentrionale, comme le tzompantli ou les salles hypostyles à toit plat supporté par des colonnes, sont décorés de sculptures qui proviennent également du Mexique. Parmi elles, les représentations de guerriers, de serpents à plumes et surtout les Chac Mools, ces divinités allongées sur le dos tenant un récipient dans les mains croisées sur le ventre. Les thèmes sont étrangers mais le traitement est maya, avec un sens de l'arrondi, une souplesse que l'on ne retrouve pas sur les homologues du Mexique central. Chichén-Itzá est donc le point de rencontre de plusieurs traditions culturelles, dont la conjonction redonne vie aux basses terres septentrionales. L'influence de la cité s'étend jusque dans le nord du Belize (Nohmul) et sa réputation jusque dans les hautes terres du Guatemala : la Tollan pourrait être la capitale yucatèque, d'où proviendraient les dynasties locales.

 

Chichén-Itzá se différencie aussi des cités antérieures par son organisation politique. Contrôlant un vaste territoire, on pense à la lumière des textes de l'époque coloniale que le pouvoir, le multepal, était plutôt de type collégial, aux mains d'une aristocratie à la fois guerrière et commerçante. Ce système réunissait la noblesse locale, mais aussi les dirigeants des cités soumises ou alliées, obligés de résider dans la capitale. Il serait très exagéré de l'apparenter à une démocratie, car la noblesse exerçait sa domination avec rigueur ; les représentations guerrières ou sacrificielles en témoignent. C'est peut-être d'ailleurs l'origine des conflits qui entraînent la chute de la cité, car des groupes rivaux commencent à s'entre-déchirer. Les Cocoms, une branche dirigeante, profitent de l'absence de dirigeants itzas pour s'emparer du pouvoir et massacrer leurs adversaires. Les Itzas survivants migrent jusqu'au cœur du Petén, où ils érigent de nouvelles cités, Tayasal et Topoxté, que rencontre beaucoup plus tard Hernán Cortés, lors de sa traversée du Petén. Ces cités ne se soumettent au pouvoir espagnol qu'avec difficulté, en 1697. Au Yucatán, les Cocoms victorieux fondent une nouvelle capitale, Mayapan (1200-1500), où l'on retrouve bien des traits appauvris de Chichén-Itzá. Malgré son activité, Mayapan n'atteint pas la puissance de la cité postclassique. Le Yucatán se divise en provinces plus ou moins autonomes, autour de centres comme Tulum ou Santa Rita, sur la côte caraïbe, où l'on poursuit les traditions, notamment la peinture murale. Mais une grande partie du territoire est désormais dépeuplée. La Conquête espagnole et les ravages des maladies européennes accentuent encore la chute de population, au point de laisser croire à une disparition des Mayas.

 

La situation est tout autre dans les hautes terres. Ces dernières n'avaient pas connu un parcours aussi prestigieux que les basses terres voisines, mais le Postclassique récent voit, après l'apparition des traits mexicains, le développement de petits États dont la puissance dépasse le cadre traditionnel des vallées, pour englober des vastes ensembles régionaux. Les royaumes quichés et cakchiquels rivalisent d'ardeur pour fonder leurs capitales respectives, Qumaarkaj et Iximché, construire des temples, des édifices communautaires souvent dédiés à des ordres guerriers. Cette politique de prestige s'accompagne, comme pour les cités classiques, de guerres et de conflits territoriaux, une situation dont profitent les conquistadores espagnols d'Alvarado. Diviser pour régner : les royaumes des hautes terres du Guatemala tombent facilement aux mains des Espagnols qui jouent des rivalités, une situation qui a peut-être paradoxalement permis aux Mayas de survivre : ils constituent encore, de nos jours, la majorité des habitants du Guatemala.

 

Eric TALADOIRE

 

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Commentaires (1)

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