Profitant de l'affaiblissement de l'Empire romain d'Occident, une coalition de barbares en majorité germaniques, formée de Suèves, de Vandales et d'Alains traverse le Rhin en 406. Les Vandales descendent alors en Espagne et passent en Afrique en 429. Ils atteignent Hippone (Algérie) en 430. Le gouvernement de Constantinople engage en vain une expédition navale contre cette invasion. Les Vandales s'installent dans l'Afrique du Nord-Ouest pour plus d'un siècle. Il faut attendre 533-534, pour que s'engage la campagne d'Afrique décidée par Justinien Ier et dirigée par le général thrace Bélisaire. Le corps expéditionnaire byzantin anéantit le royaume vandale et déporte ses élites en Asie mineure. La pacification du territoire reconquis est plus laborieuse et se heurte à la pugnacité des Maures, notamment ceux de l'ouest de l'Afrique du Nord. La Maurétanie Tingitane n'est d'abord pas touchée par la conquête et la domination vandales. Les Germains ne contrôleront jamais que quelques points des côtes méditerranéennes du Rif. La région passe sous contrôle byzantin en 534. Mais les Maures, habitués à une indépendance réelle depuis plus d'un siècle, résistent farouchement autour du prince Garmel et harcèlent les légions de Bélisaire6. Les Byzantins érigent l'extrême Nord marocain, autour de Tanger, Ceuta et Lixus, en province de Maurétanie Seconde, administrée par un exarque et par un comes (comte), avec prolongement sur le sud de l'Espagne pris aux Wisigoths (préfecture de Bétique). La Maurétanie Seconde connaît un certain renouveau économique et démographique. Cette présence byzantine fragile, menacée à la fois par les Goths et par les Berbères, subsiste jusqu'à la conquête arabo-musulmane.
Conquête arabo-musulmane
En 638, les Arabes prennent Alexandrie. En 649, ils atteignent le Maghreb. Mais ce n'est qu'à la cinquième campagne (681) qu'ils entrent au Maroc. Ils font alors face à une farouche résistance berbère, à la suite de certaines erreurs diplomatiques. Les Berbères, qu'ils soient montagnards, ou des plaines aujourd'hui marocaines ou algériennes, vont permettre à l'Empire byzantin de se maintenir jusqu'en 698. La présence byzantine est alors vaincue et ne subsiste que la résistance berbère. Cette résistance tient encore quinze ans. En 708, l'antique Maurétanie se convertit massivement à l'islam. Cette conversion, qui touchait des populations qui n'avaient jamais été christianisées, ne fut à aucun moment remise en cause par les Berbères. La région connut par la suite des révoltes anti-arabes, mais elles ne furent jamais anti-musulmanes Très vite, Les musulmans utilisent les capacités guerrières des nouveaux convertis : l'Espagne wisigothique est conquise en trois ans, les troupes arabes et berbères arrivent en Navarre en 715. Ils seront vaincus à Poitiers en 732.
L'ensemble du Maroc côtier est sous domination omeyyade. Dans la région du Rif s'établit un petit émirat berbère autonome : l'émirat de Nekor ou Nokour.
En 740 a lieu la première révolte berbère face au pouvoir arabe : aucunement une remise en cause de l'islam, le kharijisme sert de prétexte pour remettre en cause le califat d'orient. C'est, pour ses fidèles, la volonté de choisir « le meilleur » pour gouverner, et non pas forcément un descendant du prophète (ce que veut le chiisme), ou un candidat choisi par les sages (ce que veut le sunnisme). Le kharijitisme est la thèse la plus appréciée par les peuples berbères, qui ont des sentiments relativement démocratiques : le chef se doit d'être choisi par tous, et non pas imposé Le califat omeyyade ne peut l'accepter, et un conflit éclate. En 750, à Damas, les Omeyyades sont renversés par les Abbassides. Le Maghreb al Aqsa se retrouve dans une quasi-anarchie.
Fondation du Maroc
Dynastie Idrisside (789-985), fondatrice du Maroc
L'histoire des Idrissides commence, lorsqu'un prince arabe chiite de la famille de `Ali (quatrième calife de l'islam) et son affranchi Rachid Ben Morched El Koreichi, se réfugient dans le Moyen Atlas. Fuyant la menace des Abbassides (qui avaient massacré des Alides et leurs partisans chiites lors de la bataille de Fakh près de La Mecque), ils séjournent en Égypte avant de s'installer à Walilah (Volubilis), sous la protection de la tribu berbère des Awarbas. Réussissant à rallier les tribus à sa cause, Idriss est investi Imam et fonde la ville de Fès en 789 sous le nom d'Idriss Ier. C'est le début de la dynastie des Idrissides.
Idris Ier est assassiné par un émissaire du calife Haroun al-Rachid de Bagdad, un certain Sulayman al Zindhi. Ne se doutant point que la femme d'Idris Ier (Kenza) est enceinte, Haroun al-Rachid pense que la menace est vaincue. Mais quelques mois plus tard, Idris II naît. Son éducation a été confiée à l'affranchi de son père Rachid. Onze années plus tard, il est proclamé Imam. Au fil des années, sa sagesse et son sens pour la politique s'affirment, il réussit à fédérer plus de tribus, le nombre de ses fidèles s'accroît et la puissance de son armée (dans laquelle s'engagent des Arabes kaisites) se développe. Le royaume idrisside englobe ainsi toute la portion de territoire s'étendant de Tlemcen à l'est jusqu'au Souss au sud. Il semble que la dynastie idrisside, du moins à ses débuts, ait professé le chiisme et plus précisément le zaïdisme, réputé être le plus modéré des rites chiites.
Se sentant à l'étroit à Walilah, Idriss II quitte l'antique cité romaine pour Fès, où il fonde le quartier des Kairouanais sur la rive gauche (Idris Ier s'était établi sur la rive droite, le quartier des Andalous). Les Kairouanais sont issus de puissantes familles arabes et arabo-perses (du Khorassan) établies en Ifriqya depuis l'époque abbasside. Elles sont expulsées de Kairouan en raison des persécutions politiques infligées par les Aghlabides. Les Andalous qui s'installent à Fès sont quant à eux des opposants aux Omeyyades, originaires des faubourgs cordouans (notamment du faubourg du Rabad, d'où le nom de Rabadis attribué aux éléments de cette première vague d'immigration en provenance d'Al-Andalus).A cette même époque, les Vikings du chef Hasting se signalent par leurs incursions dévastatrices sur les côtes nord du Maroc (notamment dans les régions d'Asilah et de Nador).
En 985, les Idrissides perdent tout pouvoir politique au Maroc et sont massivement exilés en Al-Andalus. Installés à Malaga, ils récupèrent peu à peu leur puissance, au point d'engendrer une dynastie pendant l'époque des taifas, les Hammudites. Ces derniers prétendront même au califat à Cordoue en lieu et place des Omeyyades en 1016.
Royaume de Sijilmassa (758-1055)
Un émirat fondé par les Zénètes émerge dans la région du Tafilalet à partir de 758. Dirigé par la dynastie des Midrarides (dont le fondateur est Semgou Ibn Ouassoul), il prend pour capitale la cité de Sijilmassa. Ce royaume professe officiellement le kharidjisme de rite sufrite mais finit par reconnaître à partir de 883 la suprématie religieuse du califat sunnite des Abbassides. Les Midrarides se consacrent cependant à maintenir une alliance avec les autres États kharidjites, comme le royaume des Rostémides de Tahert, et à établir un fructueux commerce caravanier de l'or avec le royaume du Ghana, à l'époque maître des plus importants gisements aurifères de l'Afrique de l'Ouest. L'émirat de Sijilmassa atteint ainsi son apogée au IXème siècle grâce à son rôle de plaque tournante du trafic des métaux précieux, et sa renommée s'étend ainsi jusqu'aux pays méditerranéens et au Moyen-Orient. C'est précisément cette position de débouché de l'or africain qui excite les convoitises des Omeyyades de Cordoue et des Fatimides qui s'affrontent pour sa domination. Ce sont finalement les Almoravides qui s'emparent du royaume midraride en 1055. Par la suite, la fondation de Marrakech éclipse définitivement le prestige de Sijilmassa.
Royaume des Berghouata (entre le VIII et le XI ème siècle)
Les Barghawata (ou encore Barghwata ou Berghouata) forment un émirat berbère, appartenant au groupe de l'ethnie des Masmoudas. Après que les kharijites ont échoué dans leur rébellion au Maroc contre les califes de Damas, ils établissent (744 – 1058) un royaume dans la région de Tamesna sur les côtes de l’Atlantique entre Safi et Salé sous l’égide de Tarif al-Matghari. La particularité de cet État est de créer une religion purement berbère, s'appuyant sur un livre saint inspiré du Coran, et dirigé par un gouvernement théocratique fixant les rituels d'un nouveau culte empruntant à la fois à l'islam, au judaïsme et aux antiques croyances locales. Les Barghwata maintiennent leur suprématie dans la région des plaines atlantiques durant quatre siècles, et entretiennent des relations diplomatiques et commerciales avec le califat omeyyade de Cordoue qui voit probablement en eux des alliés potentiels contre les Fatimides et leurs alliés zénètes.
Les Méknassa(vers 916 à 974)
L'influence de cet État dure jusqu'en 1054, date à la quelle la dynastie fondée par Moussa ben Abi Elafia est anéantie par l'Emir almoravide Youssef Ibn Tachfine. Le pouvoir meknassien s'appuie sur son ribat de Taza. Il doit sa puissance presque légendaire à Moussa Ben Abi Elafia Ben Abi Bassil qui parvient à conquérir Fès, Taza, Tanger et Larache en 924. Il s'empare par la suite d'une part importante des régions marocaines suite aux allégeances des diverses tribus. Il chasse les Idrissides de leurs positions. Ces derniers se retranchent dans la forteresse de Hisn Hajar Annasr. En 932, il s'empare de Tlemcen, puis de Tekkour (Haute Moulouya) et sa région. Il s'allie au calife omeyyade Abd al-Rahman III mais est défait par les Fatimides chiites. En conséquence il se replie à Guercif, Tekkour et Taza. On attribue à la dynastie meknassienne, la construction des forteresses de Taza et de Meknès, ainsi que de la ville de Tsoul (détruite plus tard par les Almoravides). La dynastie se perpétue à travers ses fils, mais perd petit à petit de son influence, avant son achèvement par les Almoravides. Vers 954, Selon Ibn Khaldoun les Zénètes s'emparent de plusieurs villes au Maghreb el Aqsa, comme Fès, Oujda, Salé, Sijilmassa en profitant de l'éclipse politique des Idrissides. Pendant la conquête, les Maghraouas, les Banou Ifrens et les Meknassa ont des points de vue divergents, ce qui provoque une instabilité dans la région. Les diverses tribus des Maghraouas et des Banou Ifrens sont tantôt alliées aux Omeyyades tantôt aux Fatimides. Les Fatimides désormais installés au Caire profitent de ces divisions entre les trois tribus zénètes et envoient les Zirides de l'Ifriqiya pour conquérir le Maghreb el Aqsa. Le Ziride Ziri ibn Menad réussit à conquérir une parte du Maroc actuel. En 971, son fils Bologhine ibn Ziri affirme sa souveraineté sur la majorité des villes importantes.
Durant cette période, les Berghouata (confédération de tribus Masmoudas et Sanhadja pratiquant une religion particulière, devenue distincte de l'islam) sont donc attaqués par les Zirides. Les Maghraoua demandent l'aide des Omeyyades. Ces derniers acceptent enfin d'aider les Zénètes à reconquérir les territoires, en particulier ceux des Maghraoua de l'ouest du Maghreb. Bologhine ibn Ziri est contraint de reculer devant l'armée omeyyade venue d'Andalousie par voie maritime, et qui débarque à Ceuta. Par la suite, Ziri Ibn Attia entre en conflit avec les chefs des Banou Ifrens et des Meknassa. Une lutte au pouvoir acharnée éclate entre les fractions zénètes. Les Banou Ifren attaquent les Berghouata et prennent plusieurs fois Fès aux Maghraouas. Ces derniers rétablissent l'équilibre du Maghreb el Aqsa. Ces périodes d'instabilité ne permettent à aucune de ces trois tribus de constituer une dynastie durable. Le règne des trois tribus zénètes s'achève par l'arrivée des Arabes Hilaliens et des Almoravides vers le XIe siècle. Les Zénètes sont momentanément éliminés comme force politique par les Almoravides.
Les Almoravides (1059-1147)
Les Almoravides sont issus des tribus berbères sanhadjas des Lamtounas et des Guzzalas qui nomadisaient dans le désert saharien entre le Sénégal et le sud du Maroc en passant par la Mauritanie. Ces tribus guerrières se structurent au sein d'un puissant mouvement religieux, sous l'impulsion du prédicateur Abdullah Ibn Yassin. Leur but est d'instaurer l'islam sunnite de rite malékite dans toute l'étendue de l'Occident musulman (Al-Andalus et Afrique du Nord). Ainsi leur vient leur nom d'al-Murabitoun, c'est à dire les combattants du ribat, un genre de forteresse de la guerre sainte dressée contre leurs ennemis. Les Almoravides sont victorieux dans leur guerre contre les royaumes noirs du Tekrour et du Ghana. Ils s'emparent ainsi du Ghana et de sa capitale Aoudaghost, avec tout l'or que produit ce pays et parviennent à remonter les pistes caravanières vers le nord, jusqu'au Tafilalet dans les années 1050, où ils mettent fin à l'existence du royaume de Sijilmassa. Leurs chefs sont successivement Abu Bakr Ibn Omar al Lamtouni puis Youssef Ibn Tachfin.
La guerre éclate entre les Almoravides et les Zénètes. Les deux dynasties zénètes des Banou Ifren et les Maghraouas disparaissent après la victoire finale des Almoravides. C'est Youssef Ibn Tachfin qui fonde Marrakech en 1062, au départ simple campement nomade destiné à devenir la capitale d'un empire. Les Almoravides font disparaître dans les régions qu'ils contrôlent toutes les doctrines qu'ils suspectent d'hérésie. C'est ainsi qu'ils mettent fin à la présence du chiisme dans le Souss et qu'ils détruisent le royaume berghouata qui prospérait dans les plaines centrales de Tamesna. Partout les Almoravides imposent le sunnisme malékite le plus strict, tel qu'enseigné par les écoles théologiques de Médine et de Kairouan. Cette unification religieuse se double d'une unification politique. Les Almoravides étendent ainsi leurs conquêtes jusqu'au Maghreb central, à la limite du royaume hammadide.
En 1086, Youssef Ibn Tachfin, appelé par les roitelets musulmans d'Al Andalus, franchit le détroit de Gibraltar à la tête de ses forces sahariennes et parvient à briser l'offensive du roi de Castille Alphonse VI à Zallaqa (bataille de Sagrajas). Les Almoravides mettent fin au règne chaotique des roitelets, exilent les émirs de Séville (Al Mutamid Ibn Abbad) et de Grenade à Aghmat et unifient Al-Andalus, qui est incorporée à leur empire à partir de 1090. Ils ne parviennent cependant à récupérer Tolède tombée aux mains des Castillans en 1085. Youssef Ibn Tachfin, qui a pris le titre d'Émir des Musulmans (mais non celui de calife, considérant ce privilège dévolu au seul Abbasside), règne sur un ensemble géopolitique s'étendant du Sénégal jusqu'aux abords des Pyrénées et des côtes atlantiques jusqu'à Alger.
Cette domination almoravide se manifeste par une symbiose des identités andalouses, ouest-maghrébine et sahariennes, préparant la voie à l'émergence d'une civilisation hispano-mauresque. Les édifices subsistant à Marrakech, Tlemcen et Alger montrent ainsi une forte influence de l'école artistique andalouse (héritage des Omeyyades et des taïfas) adaptée au goût berbère. Dans le domaine économique, l'État almoravide se distingue par sa maîtrise des flux de l'or, dont il contrôle les zones de production et les voies d'acheminement, du Ghana au bassin méditerranéen. Le dinar d'or almoravide, appelé marabotin, circule sur tous les grands marchés commerciaux comme devise de référence.
Après la mort de Youssef Ibn Tachfin en 1106, son fils Ali lui succède, mais déjà la dynastie est contestée aussi bien en Espagne qu'en Afrique. La famille régnante prend en effet goût aux plaisirs et aux délices de la vie de cour. Dans le même temps, les populations subissent la dictature rigoriste des cadis malékites et les exactions locales des chefs militaires d'origine sanhadja saharienne qui exercent leur commandement depuis les villes marocaines et andalouses. Une telle conjoncture favorise un mécontentement généralisé dans l'ensemble du grand royaume almoravide.
Empire Almohade entre 1147 et 1269 (Apr JC)
Les Almohades (al Muwahiddines) sont à l'origine un mouvement religieux fondé par le mystique Ibn Tûmart (qui s'autoproclamait Mahdi et Imam impeccable). Ibn Tûmart était un Berbère qui avait longtemps séjourné au Moyen-Orient, notamment à La Mecque et à Bagdad. Il aurait rencontré personnellement au cours de ce périple le fameux théologien persan Ghazali dont les textes avaient été condamnés par les Almoravides. De retour dans sa région d'origine (le Haut-Atlas) en 1125, Ibn Tûmart impose une doctrine intransigeante qui entend "purifier les mœurs". Il prend pour cible la dynastie almoravide, jugée selon lui hérétique. Le mouvement almohade prend de l'ampleur et Ibn Tûmart contrôle bientôt toute la montagne depuis son nid d'aigle de Tinmel. Le meilleur disciple d'Ibn Toumert est un Zénète de Nedroma qui se nomme Abd al-Mumin. Accepté par les Masmoudas du Haut-Atlas, il prend la tête du mouvement à la mort de son maître et devient le premier véritable souverain almohade. Almoravides et Almohades se livrent à d'incessantes batailles, les Almoravides employant une milice de mercenaires chrétiens menés par le chevalier catalan Reverter. Les Almohades ont à leur disposition une armée tribale solidement organisée par une discipline de fer. Mais l'Émirat almoravide traverse une période de crise, et le Maghreb tombe facilement aux mains des Almohades. Marrakech sera prise en 1147 et presque tous les monuments almoravides y seront rasés, dans un souci de "purification".
Abd al-Mumin prend le titre de calife, rompant ainsi avec les Abbassides de Bagdad et imposant l'idée d'un califat berbère indépendant. Abd al-Mumin inaugure un système de gouvernement pyramidal et hiérarchisé, avec à sa tête le calife désigné comme étant le meilleur disciple de l'Imam. Le calife commande à un Conseil des Dix autres disciples, et ce Conseil des Dix transmet enfin ses ordres à l'Assemblée des Cinquante cheikhs almohades les plus influents. Cette structure collégiale sera ensuite sophistiquée et étendue sur une large échelle grâce à l'apport du système administratif d'origine arabo-andalouse.
Le premier calife almohade et ses successeurs, fruits de son union avec une Masmouda, Abu Yaqub Yusuf et Abu Yusuf Yaqub al-Mansur agrandissent l'Empire par les conquêtes du Maghreb oriental (jusqu'en Tripolitaine) et d'Al-Andalus. Au vu de ses dimensions, l'Empire est partagé en vice-royautés dont celle d'Al Andalus et celle des marches orientales (Ifriqya, avec la famille des Hafsides qui prendra plus tard son indépendance). L'État almohade devient une puissance majeure du monde méditerranéen, s'appuyant sur un potentiel militaire considérable (certaines estimations feraient état d'environ 500 000 hommes, répartis en unités berbères proprement almohades et tribus ralliées, en contingents arabes d'origine bédouine hilalienne, en garde noire soudanaise et même en corps de mercenaires chrétiens et d'archers turkmènes) Paradoxalement, les Almohades se prévalant d'une foi intransigeante acceptent de recruter des mercenaires chrétiens, chose qu'ils avaient précisément reprochée aux Almoravides. Il semble que la dynastie ait ainsi tourné le dos aux dogmes intransigeants édictés par l'Imam impeccable fondateur de l'almohadisme, et se soit rapprochée au fil de sa puissance des idées tolérantes de l'humanisme andalou et des principes plus rationnels et pragmatiques du sunnisme malékite. Cette tendance s'accentuera au début du XIIIème siècle, avec l'abandon officiel de la doctrine almohade par les derniers califes de Marrakech et le retour au sunnisme, mais au moment même où l'Empire se disloque de toutes parts.
Les trois capitales almohades : Marrakech, Rabat et Séville, connaissent l'apogée culturelle et artistique de la civilisation hispano-mauresque, et des plans de grands réaménagements urbains audacieux pour l'époque. Le commerce, les productions agricoles et artisanales sont florissantes, et les ports nouent des relations avec les villes commerçantes italiennes, provençales et catalanes qui établissent des comptoirs à Tunis, Bejaïa, Oran, Ceuta, Salé et Azemmour. Ce sommet de gloire est suivi d'un lent mais irréversible déclin. En 1212, le calife Muhammad an-Nasir est vaincu par la gigantesque coalition croisée à Las Navas de Tolosa. L'appel du pape Innocent III à la croisade espagnole contre les Almohades en 1209 mobilise non seulement la Castille, l'Aragon et le Portugal, mais également la France, l'Angleterre et le Saint Empire romain germanique. Le califat almohade se désagrége, laissant finalement la place aux quatre nouvelles entités politiques de l'Occident musulman : les royaumes de Fès (Mérinides), Tlemcen (Abdalwadides), Grenade (Nasrides) et Tunis (Hafsides).
Le Maroc au cours des croisades
Le califat almohade, sous le règne d'Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, établit un partenariat stratégique avec l'Égypte du sultan Saladin. Le point d'orgue de cette relation est l'ambassade d'Abou al Harith Abderrahman Ibn Moukid envoyé par Saladin auprès de la cour de Marrakech. Cette mission se concrétise par la participation de la flotte marocaine aux opérations maritimes contre les Croisés (sur les côtes du Proche-Orient et en mer Rouge)]. Suite à la prise de Jérusalem par Saladin en 1187, de nombreuses familles originaires du Maroc viennent participer au repeuplement de la Ville Sainte. Ils établirent ainsi un quartier qui porte jusqu'à nos jours le nom de "Quartiers des Marocains" ; de nombreux Palestiniens descendent de ces Marocains installés en Terre Sainte.
Empire Mérinide à son extension maximale en 1347-1348 (Apr JC)
Les Mérinides ou Marinides forment une dynastie berbère appartenant au groupe des Zénètes, des nomades originaires du bassin de la haute Moulouya, aux marges du Sahara. Les Mérinides dominent, entre 1215 et 1465, diverses régions de l'actuel Maroc et imposent temporairement leur pouvoir à l'ensemble du Maghreb. Le centre de leur empire se situe entre Taza et Fès. Ses frontières, qui évoluent avec le temps, sont l’océan Atlantique à l’ouest, la mer Méditerranée au nord, le domaine des Abdalwadides à l’est et le Sahara au sud. Les plus importants souverains de cette dynastie sont Abu Said Uthman, Abu al-Hasan ben Uthman (surnommé le Sultan noir) et Abu Inan Faris. Sous leur règne le royaume mérinide atteint son extension maximale, jusqu'à Tunis à l'est, et impose une tutelle sur le petit royaume nasride de Grenade. Sur le plan culturel, l'apogée s'incarne dans les réalisations architecturales majeures (médersas de Fès, Salé, Meknès, palais de la ville de Mansourah fondée près de Tlemcen, aqueducs de Salé, hôpitaux de Fès et de Taza) et dans l'essor intellectuel symbolisé par Ibn Khaldoun, Ibn al-Khatib et Ibn Battûta.
Entre 1275 et 1340, les Mérinides soutiennent activement le royaume de Grenade contre les attaques chrétiennes, mais leur défaite à la bataille de Tarifa devant la coalition castillano-portugaise marque la fin définitive de leurs interventions dans la péninsule Ibérique.
En 1358, la mort d’Abu Inan Faris, tué par l'un de ses vizirs marque le début de la décadence de la dynastie qui ne parvient pas à refouler les Portugais et les Espagnols, leur permettant, ainsi qu'à travers leurs continuateurs les Wattassides, de s'installer sur la côte. La résistance s'organisera autour des confréries et des marabouts dont est issue la dynastie saadienne.
Wattassides (1465-1555)
Les Wattassides ou Ouattassides ou Banû Watâs sont une tribu de Berbères zénètes comme les Mérinides. Cette tribu, qui serait initialement originaire de l'actuelle Libye, était établie dans le Rif, au bord de la Méditerranée. De leur forteresse de Tazouta, entre Melilla et la Moulouya, les Beni Wattas ont peu à peu étendu leur puissance aux dépens de la famille régnante mérinide (voir l'article détaillé sur les Wattassides). Ces deux familles étant apparentées, les Mérinides ont recruté de nombreux vizirs chez les Wattassides. Les vizirs wattassides s'imposent peu à peu au pouvoir. Le dernier sultan mérinide est détrôné en 1465. Il s'en suit une période de confusion qui dure jusqu'en 1472. Le Maroc se trouve coupé en deux avec, au sud, une dynastie arabe émergente, les Saadiens, et au nord un sultanat wattasside déclinant.
En 1472, les sultans de Fès ont perdu tous leurs territoires stratégiques et n'ont plus le contrôle du détroit de Gibraltar. Les Portugais prennent possession de Tanger en 1471 puis cèdent la ville à l'Angleterre en 1661 comme dot apportée par Catherine de Bragance à son époux Charles II d'Angleterre. Durant la domination portugaise (1471-1661, avec un intermède espagnol entre 1580 et 1640), Tanger constitue la capitale de l'Algarve d'Afrique, car il existe alors deux Algarves, celle d'Europe et celle d'Afrique, toutes deux considérées comme territoires relevant personnellement de la dynastie d'Aviz (le roi du Portugal porte aussi le titre de roi des Algarves). Sous les règnes successifs d'Alphonse V, Jean II et Manuel Ier (période marquant l'apogée de l'expansion portugaise) l'Algarve africaine englobe presque tout le littoral atlantique marocain, à l'exception de Rabat et de Salé. Les Portugais contrôlent la portion côtière s'étendant de Ceuta à Agadir et à Boujdour, avec pour points de jalon les places fortes de Tanger, Asilah, Larache, Azemmour, Mazagan, Safi et Castelo Real de Mogador. Ces possessions forment des fronteiras, équivalent portugais des "presidios" espagnols, et sont utilisées comme escales sur la route maritime du Brésil et de l'Inde portugaise. Néanmoins la plus grande partie du Maroc portugais est reconquise par les Saadiens en 1541. La dernière fronteira est celle de Mazagan, récupérée par les Marocains en 1769. Les Espagnols pour leur part s'attribuent la côte méditerranéenne avec les présides de Melilla et le rocher de Vélez de la Gomera, ainsi que la région de Tarfaya faisant face aux îles Canaries. Ils prennent également le contrôle de Ceuta à l'issue de la débâcle portugaise à la Bataille des Trois Rois qui se solde par l'Union ibérique (1580).
Les Wattassides affaiblis donnent finalement le pouvoir à une dynastie se réclamant d'une origine arabe chérifienne (les Saadiens) en 1554
L'arrivée des Andalous et des Moriscos (morisques)
Dès le début des succès de la Reconquista, des musulmans andalous ont commencé à se replier vers le Maroc ; ainsi dès le XIIe siècle certains Andalous décidèrent de quitter l'Espagne maure mais la majorité d'entre eux ont été contraints de quitter l'Espagne principalement en deux temps : à la chute du Grenade en 1492, et en 1609 avec l'expulsion des Morisques suivi du repli vers le Maghreb.
Il est nécessaire de rappeler qu'avant 1492, la proximité géographique du Maroc avec l'Espagne andalouse a naturellement induit des échanges constants et divers entre ces deux pays. La proximité du Maroc et la volonté de retour va entraîner la présence d'une grande concentration d'Andalous sur les rives Nord du Maroc. Les Rois catholiques espagnols voyant dans cette concentration un danger, situé à juste à 14 km de leur rive, attaquèrent les rives Nord du Maroc et du Maghreb et prirent les villes de Melilla et de Penon de Velez afin de prévenir toute tentative de retour.
L'arrivée massive de ces Andalous, que le Maroc devra intégrer dans les tissus social et économique, va marquer un nouveau tournant dans la culture, la philosophie, les arts et la politique. Notons que de nombreux intellectuels et artistes andalous rejoindront les cours royales, ce mouvement sera initié par le célèbre Averroes de Cordoue (décédé à Marrakech) et par le dernier poète arabe classique de l'Espagne musulmane, Ibn al-Khatib de Grenade qui finit sa vie à Fès.
Les Moriscos installés à Rabat (appelé la Nouvelle Salé) et Salé (Salé l'Ancienne) forment un État corsaire à partir de 1627, la République du Bouregreg dite aussi République des Deux Rives. Cette entité politique, comparable aux autres Régences barbaresques du Maghreb, subsiste de courses commerciales fructueuses qui amènent ses caïds gouvernants à négocier avec les principales puissances européennes. La témérité des capitaines salétins est en effet réputée, et certains d'entre eux mènent des raids audacieux jusqu'en Islande voire jusqu'en Amérique du Nord (Terre-Neuve, Baltimore). Après une période d'indépendance au début du XVIIème siècle, le sultan alaouite Moulay Rachid met fin à l'existence de la république salétine et l'annexe à l'Empire chérifien. Au Maroc, la guerre de course décline à la fin du XVIIIe siècle, avec arrêt définitif en 1829, suite aux attaques de représailles de la flotte autrichienne contre la ville d'Asilah (qui faisait suite à la capture d'un navire de cette nation par des corsaires marocains). La majorité des capitaines salétins est d'origine morisque mais sont aussi présents des renégats (le plus célèbre étant le Néerlandais Jan Janszoon devenu Mourad Raïs), des Marocains autochtones et des marins turcs venus d'Alger et de Tripoli.
Source
Bernard Lugan, Histoire du Maroc, Perrin, 2000 (ISBN 2-262-01644-5)
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