La ville de Saint Denis

 

Les premiers temps :  de l'Antiquité tardive au début de l'époque mérovingienne

La question du vicus Catulacensis

 

À partir du milieu du IVe siècle, le site de la basilique est occupé de manière continue. Les fouilles y ont révélé la présence de plusieurs bâtiments à l'architecture de pierre. Un fossé de délimitation renfermait les rebuts d'un atelier qui fabriquait des épingles à cheveux en os. Cet ensemble de vestiges évoque une petite exploitation rurale. Ne serait-ce pas le vicus Catulacensis, le domaine d'un nommé Catullus, le plus ancien nom patronymique connu pour Saint-Denis ? 

Naissance d'un cimetière chrétien 

L'archéologie confirme également l'émergence d'une nécropole de la même époque. Dans ce cimetière, les corps reposent dans des cercueils de bois ou dans des sarcophages de pierre dont plusieurs réutilisent comme couvercle des chaperons bombés de murs romains. 

C'est dans cette nécropole qu'aurait été inhumé, vers 250, Denis, le premier évêque de Paris. Dans la crypte archéologique de la basilique actuelle, une vaste fosse est considérée comme l'emplacement de sa tombe. C'est au-dessus de cette tombe, et en fonction de son axe, qu'est édifiée, au plus tard entre 460 et 480, la première basilique. Cet édifice remploie, dans ses fondations, des blocs sculptés qui durent être prélevés dans un mausolée gallo-romain, aux environs de Saint-Denis. 

La tombe du martyr donne naissance à un pèlerinage. Pour la protéger de l'afflux des fidèles, on fait construire une clôture, ou chancel dont subsiste un pilier polychrome. Parmi les plus anciennes manifestations de la foi chrétienne à Saint-Denis, on doit citer les antéfixes en terre cuite, ornements de toit qui représentent un masque humain surmonté d'une croix. 

Arrivée des Francs à Saint-Denis
À partir de la fin du Ve siècle, les aristocrates francs choisissent Saint-Denis comme lieu de sépulture favori. Dans le sous-sol de la première basilique se développe leur nécropole. Les défunts – principalement des femmes – se faisaient enterrer dans des sarcophages de pierre, revêtus de somptueux costumes ornés de galons de broderie d'or et de bijoux en or et argent décorés de pierres précieuses, tel le grenat produit dans les mines d'Inde et du Sri Lanka-

 

La nécropole, cité des morts- Époque mérovingienne

 

 

 

 

La basilique et ses deux nécropoles

 La basilique mérovingienne résulte d'au moins deux agrandissements de l'église primitive. Dans son dernier état, l'édifice s'étend sur près de 60 m de longueur. Il présente une nef flanquée de galeries et dotée, en façade, d'un vestibule. C'est dans le premier agrandissement de cette basilique que Michel Fleury découvre, en 1959, la tombe de la reine Arégonde. Cette tombe était la mieux conservée de la nécropole aristocratique qui se caractérise par des sarcophages essentiellement en pierre et un mobilier funéraire somptueux. Au nord de la basilique, s'est développée une vaste nécropole aux sarcophages en plâtre. Les fouilles de l'Unité d'archéologie y ont mis au jour plus de deux cents tombes mais on peut supposer que l'aire funéraire en comptait originellement près de deux mille. Les dépôts de mobilier funéraire pratiqués dans ces tombes de la nécropole extérieure à la basilique indiquent une population de condition relativement privilégiée. 

Développement de l'ensemble monumental
À la périphérie de ce cimetière sont construites au moins trois églises connues ultérieurement sous les vocables de Saint-Barthélemy, Saint-Pierre et Saint-Paul. Les édifices étaient reliés entre eux par des galeries qui pouvaient se présenter sous forme de portiques couverts aux ouvertures latérales. Églises et galeries étaient ornées intérieurement de stucs et d'enduits, peints en jaune et rouge, comme en témoignent plusieurs fragments découverts en fouille. Plusieurs chapiteaux et colonnettes peuvent également s'y rapporter.
Cet ensemble monumental a, dès l'origine, une fonction funéraire comme l'indiquent les sarcophages installés dans presque toutes les pièces et galeries. Sur le plan juridique, ce cadre architectural qui délimitait l'aire sacrée du cimetière bénéficiait du même droit d'asile que la basilique ; les sources écrites de l'époque le désignent par le terme atrium-

Naissance du monastère 

 Toutes ces églises sont desservies par une communauté de clercs qui se voit dotée, sous le règne de Dagobert Ier (629-639) de divers privilèges et franchises lui permettant d'organiser la circulation des biens dans son vaste domaine. Les religieux ont toujours considéré ce roi comme leur bienfaiteur et on attribue à son orfèvre, Éloi, l'embellissement du tombeau de saint Denis, lorsque celui-ci est érigé au rang de patron particulier du royaume. En choisissant la basilique pour dernière demeure, Dagobert confère à Saint-Denis le statut de nécropole royale. Clovis II (639-657) crée la foire de la Saint Denis. Par la suite, son épouse, la reine Bathilde affranchit Saint-Denis de la tutelle de l’évêque de Paris et fixe les statuts juridiques de la première communauté monastique. On peut supposer que les moines étaient installés dans des bâtiments situés au sud de la basilique. 

Les premières agglomérations 

Il demeure extrêmement difficile d'évaluer l'importance de l'habitat qui entourait la nécropole. Les fouilles ont surtout permis de reconnaître la trace d'artisans qui travaillaient le métal.
Non loin de la basilique l'archéologie a révélé trois autres nécropoles de taille plus modeste. Deux d'entre elles ont pu être dotées, dès l'origine, d'églises : Saint-Martin-de-l'Estrée et
Saint-Remi; mais il est encore difficile de circonscrire les agglomérations qui ont dû y être associées.

 

L'abbaye royale du VIIIe siècle à 869

 

 


 

Un programme architectural voulu par les carolingiens 

Dès l'avènement des premiers Carolingiens, l'importance politique de Saint-Denis s'accroît. En 741, les funérailles de Charles Martel inaugurent une nouvelle série d'inhumations royales et, en 754, c'est dans la basilique que le pape Étienne II sacre Pépin le Bref. 

Entre 769 et 775, l'abbé Fulrad reconstruit l'abbatiale sur le plan d'une basilique à colonnes dont le transept ouvre, à l'est, sur une abside semi-circulaire. À l'ouest, l'édifice est précédé d'un massif d'entrée considéré comme l'agrandissement que Charlemagne aurait fait édifier sur la tombe de son père Pépin, mis en terre en 768 devant la porte de la basilique. Dans le monastère, les sources écrites distinguent un dortoir, un réfectoire, une salle chauffée, une cuisine, des bains, une boulangerie, un cellier et des ateliers. À l'entrée de l'établissement est implanté l'hospice qui permet aux moines d'accomplir leur devoir d'hospitalité et d'assistance aux malades et aux pauvres. En 832, l'abbé Hilduin agrandit la basilique en ajoutant une chapelle au chevet. Selon la volonté de l'abbé, huit religieux y célèbrent la messe, jour et nuit. La chapelle devait jouxter le dortoir des moines. 

Dans la nécropole, devenue « grand cimetière » ou « aître » de l'abbaye, l'aire funéraire en arrive à une telle densité d'occupation que de nombreux sarcophages sont réutilisés.

Construction d'une résidence royale...
Promue au rang d'abbaye royale, Saint-Denis attire des hôtes de marque dont la présence est attestée par les textes. Aussi est-il fort probable que des logements appropriés à leur rang leurs soient destinés. Une zone résidentielle, mise au jour au nord de la basilique, peut avoir fait partie d'un palais. En effet, parmi les constructions à l'architecture de pierre, émerge un bâtiment à étage qui mesure au moins 30 m de long sur 14 m de large. Il est établi dans le prolongement des églises funéraires, il est doté, à l'angle sud-est, d'un porche élevé auquel on accédait par un escalier extérieur dont les fondations ont, semble-t-il, été retrouvées. La construction comptait donc au moins un étage.

... qu'un aqueduc alimente en eau courante
À une cinquantaine de mètres au nord de l'ensemble monumental est construit un aqueduc souterrain alimentant trois bassins. L'utilisation de cet ouvrage, taillé dans un calcaire tendre, fut brève. Le nombre considérable d'éléments architecturaux mis au jour dans les couches d'abandon des bassins, confirme la proximité d'un environnement à fort caractère monumental. Les toits à faible pente sont encore couverts avec des tuiles de tradition antique. L'emploi de tubuli de chauffage est également attesté. Des plaquettes de marbre et de pierres de couleur proviennent de pavages et de revêtements de murs en opus sectile

 La découverte d'objets de luxe importés, tels que verres à boire au décor réticulé et poteries dites "de Tating", témoigne du haut niveau de vie des habitants. Une épreuve de coins monétaires en plomb atteste la présence d'un atelier royal sous le règne de Pépin (752-768).

 

Le castellum de 869 au début du XIe siècle


 


 

L'abbaye se met à l'abri 

 La première fortification de Saint-Denis est commanditée en 869 par Charles le Chauve pour protéger le monastère des raids vikings ; elle est aujourd'hui documentée, non seulement par les sources écrites, mais également par l'archéologie. En confiant à un représentant militaire la protection de ce qui devient un castellum, le roi prend une décision qui doit constituer une grave intrusion dans la vie spirituelle du monastère. Les moines démontrent que l'enceinte a été construite sur une terre qu'ils possédaient anciennement et obtiennent, en 898, que leur privilège d'immunité porte à nouveau sur les terres situées à l'intérieur du castellum. 

Établissement d'un collège de chanoines 

À la suite d'une réforme de l'abbaye bénédictine, confiée par Robert le Pieux (996-1031) à l'abbé Odilon de Cluny, un collège de chanoines, probablement issu d'une partie de la communauté des moines, s'implante dans l'église Saint-Paul.

Déclin de la présence royale
Progressivement, le castellum Sancti Dionysii devient un bourg qui prospère à l'abri des remparts. En 1008, le roi cède à l'abbé "la justice du sang", c'est-à-dire le droit de condamner à mort sur le bourg et son territoire. L'abbaye parvient alors à se constituer en seigneurie banale : elle a pouvoir de commandement, d'ordre militaire, fiscal, judiciaire et économique. Aussitôt, les moines entrent en rivalité avec les seigneurs de Montmorency qui ont développé leur châtellenie aux portes du castellum, sur la « terre de Saint-Marcel ». En même temps, le roi qui tenait sa cour trois fois l'an à Saint-Denis, à l'occasion des grandes fêtes religieuses, y renonce. Il restitue aux moines la résidence, domus, qu'il possède près de la basilique, avec toutes ses dépendances -Sur le terrain, les bâtiments du palais disparaissent progressivement pour laisser place à une extension de l'habitat civil et du cimetière. Les églises funéraires subissent d'importants remaniements architecturaux, sans doute liés à leur nouveau statut de paroisse. Les galeries qui les reliaient sont détruites et remplacées par des murs formant avec les églises une enceinte ecclésiale autour de laquelle l'habitat vient s'agglomérer.

Agglomérations périphériques 

Aux abords du castellum se développent d'autres noyaux d'habitation, implantés en raison de la présence soit d'une église, soit d'une voie de communication. À Saint-Marcel, on rapproche le cimetière de l'église paroissiale édifiée à une certaine distance de la nécropole mérovingienne. À côté de l'église Saint-Martin, l'abbaye fonde le prieuré de Saint-Denis-de-l'Estrée ; avec les églises Saint-Remi et Saint-Quentin elle servira, au XIe siècle, de points de repère pour délimiter le territoire de l'exemption de l'abbaye qui soustrayait Saint-Denis à l'autorité de l'évêque de Paris.

 

Naissance d'un bourg monastique XIe et XIIe siècles

 

 

 

 

 

 

 


Développement économique et architecture 

 À partir de l'an Mil, l'abbaye pratique une politique favorable au développement du bourg. Elle exempte certains fours de boulangers des droits coutumiers et affranchit les habitants de la mainmorte-  

En 1112, le roi Louis VI le Gros autorise cinq Juifs et leurs familles à s'établir dans le bourg fortifié. Le début du XIIe siècle voit également se développer la foire royale du Lendit. En 1124, le souverain accorde à l'abbaye l'ensemble des ressources liées aux activités de cette foire (droit de justice, taxes, location des étals,...).
Cette période d'essor économique coïncide avec une importante activité de construction. Entre 1135 environ et 1144, l'abbé Suger agrandit l'abbatiale , à l'ouest, par une nouvelle façade (ou massif occidental ) et, à l'est, par un chœur à chapelles rayonnantes. L'abbé avait projeté de doubler la nef carolingienne par des collatéraux doubles, mais cette dernière campagne de construction ne fut jamais achevée. Dans le monastère, Suger construit une nouvelle hôtellerie et met en chantier les galeries d'un somptueux cloître.
Au nord de la basilique, deux nouvelles églises paroissiales se fixent dans le cimetière : Saint-Michel-du-Degré et Saint-Jean-Baptiste. De même, les chanoines de Saint-Paul font reconstruire leur église sur un plan basilical avec une nef à colonnes, flanquée de collatéraux. Comme bienfaiteurs de cette communauté, les abbés leur lèguent Saint-Pierre et Saint-Jean-Baptiste, une église du cimetière qu'on ne peut localiser avec plus de précision.

Un paysage urbain en gestation
Progressivement l'habitat civil s'étend sur toute la surface du castellum - Malgré l'importance des surfaces fouillées, il est difficile d'avoir une idée précise de l'organisation du bourg monastique. Le réseau radio-concentrique des rues, avec ses itinéraires convergeant vers le noyau monumental, structure l'agglomération et se fixe dès l'an Mil. En revanche, le tracé des voies secondaires reste fluctuant jusqu'au XIIIe siècle, car l'habitat n'est pas encore stabilisé. Les structures archéologiques correspondent à des maisons à l'architecture de bois. La pierre n'est mise en œuvre que pour la construction des puits collectifs. Les plans des maisons sont malheureusement trop lacunaires pour que l'on puisse en proposer une reconstitution. Plusieurs annexes accompagnent cet habitat. Des ateliers de tissage à demi enterrés ont gardé les empreintes laissées par les bâtis des métiers à tisser. Une fosse de tannage est à mettre en rapport avec l'activité d'un pelletier. La présence de nombreux silos, destinés au stockage des grains, indique que la population conserve une certaine activité agricole.

 

Saint-Denis prospère du XIIIe et au milieu du XIVe siècle

 

 

 

Achèvement du programme architectural

 

 L'abbatiale de Suger est restée inachevée et l'on peut supposer que l'ancienne nef carolingienne, vieille de quatre siècles, commençait à menacer ruine. C'est pourquoi l'abbé Eudes Clément du Mez décide, en 1231, d'entreprendre sa reconstruction. Les deux roses du transept constituent sans doute la réalisation la plus spectaculaire de ce chantier qui a bénéficié de la présence du célèbre architecte Pierre de Montreuil. Ces travaux nécessitent le remaniement de la plupart des sépultures royales. En 1264, les corps sont rassemblés sous la croisée du transept. Seize gisants de la "Commande de Saint Louis" exposent, dans une mise en scène symbolique, la continuité dynastique où huit Carolingiens précèdent autant de Capétiens. C'est le commencement du fameux "cimetière des rois". L'église est achevée en 1281. Dans le monastère, cette période d'opulence s'est également traduite par la reconstruction de la plupart des bâtiments communautaires. De même, avec la construction des églises Sainte-Geneviève, Saint-Michel-du-Charnier et La Madeleine, le cadre architectural du grand cimetière de l'abbaye arrive à son extension maximale. Ce n'est qu'en 1242, qu'est citée pour la première fois Saint-Jacques, église située au sud de l'abbaye et réservée aux serviteurs des moines. 

La dynamique urbaine
Avec la densification de son habitat, le bourg monastique affiche sa prééminence sur les autres agglomérations périphériques. Rapidement, l'extension urbaine déborde du mur d'enceinte dont les fossés s'envasent progressivement. Toutefois, le Croult, le canal qui les alimentait,1 est conservé, endigué par des palissades soigneusement entretenues. En tant qu'équipement hydraulique, cette rivière joue un rôle moteur dans la vie économique du bourg. Progressivement ses abords se transforment en un secteur d'activité artisanale. La qualité de l'eau favorise tout particulièrement la draperie et la tannerie. En 1229, l'abbaye fait édifier une deuxième halle ce qui l'oblige à transférer l'ancienne geôle de la ville à la porte Compoise qui deviendra le châtelet

Les faubourgs
La ville se développe aux portes du castellum et le long des quatre voies d'accès. Elle rejoint les agglomérations de Saint-Marcel, de l'Estrée et de Saint-Remi. La "terre de Saint-Marcel" nous est mieux connue car elle est documentée par un fonds d'archives renfermant de nombreuses pièces relatives aux litiges qui continuent à opposer l'abbaye aux seigneurs de Montmorency. Les décisions de justice, qui portent essentiellement sur la voirie, témoignent du commerce intense qui a dû profiter au développement de ce faubourg. L'église Sainte-Croix, citée en 1205, résulte probablement d'un démembrement de la paroisse Saint-Marcel. Quant à l'église Saint-Nicolas-des-Aulnes, qui doit se trouver entre la Seine et l'Estrée, on ignore encore son emplacement exact.

Apogée économique
En 1294, les seigneurs de Montmorency cèdent à l'abbaye le bourg Saint-Marcel. Dorénavant les religieux sont les seuls maîtres de la ville et de son territoire. Malgré l'épidémie de la Peste Noire de 1348, le XIVe siècle reste une grande période de prospérité pour la ville dont l'expansion va de pair avec l'accroissement de ses activités. Entre 1300 et 1360, la foire du Lendit est à son apogée. Dans la ville l'activité de construction se maintient et l'emploi de la pierre de taille se généralise dans l'architecture civile. Aux abords de l'ensemble monumental, plusieurs celliers voûtés sont construits en bel appareil. En 1328, on recense 2351 feux à Saint-Denis, soit près de 10 000 habitants. À la même époque, Paris en compte près de 200 000.

 

La ville dans la tourmente du milieu du XIVe au XVIe siècle

 

 

La ville se met à l'abri
Dès le début de la guerre de Cent Ans, l'abbaye se préoccupe de sa protection. Les chroniques rapportent que, dès 1347, on commence à "faire des fosses en l'environ de la ville". C'est probablement de cette époque que date un fossé découvert en fouille dans le quartier Saint-Remi. À partir de 1356, l'abbé et le régent Charles, le futur Charles V, joignent leurs efforts pour édifier un rempart. Mais, dix ans plus tard, Saint-Denis n'est toujours pas en état d'être défendue : aussi le roi ordonne-t-il que le faubourg Saint-Remi soit rasé. La ville se replie alors derrière une enceinte au périmètre plus réduit. Elle englobe le bourg monastique, Saint-Marcel et le quartier de l'Estrée, mais exclut Saint-Nicolas-des-Aulnes, Saint-Remi et la majeure partie du verger de l'abbaye, la Couture, que l'on entoure d'un simple mur de clôture. La nouvelle enceinte est percée de cinq tours-portes établies sur les principaux axes de circulation.

Les désastres de la guerre de Cent Ans
De 1410 à 1436, la ville est assaillie successivement par les Bourguignons, les Armagnacs et les Anglais. En ces temps de guerre, Saint-Denis, qui contrôle l'accès nord de Paris, est un site stratégique car, en l'occupant, on peut priver la capitale de ravitaillement en la coupant des campagnes fertiles du Pays de France. L'abbaye est elle-même une place à prendre. Elle conserve les reliques du saint patron, garant du royaume, et entretient des liens anciens et privilégiés avec la royauté. De plus, son trésor, l'un des plus riches de l'Occident médiéval, attire les convoitises car il permet de financer les guerres. Progressivement, les troupes de passage transforment le complexe abbatial en citadelle. En 1435, la ville est reprise aux Anglais par Dunois, le Bâtard d'Orléans. L'enceinte urbaine est partiellement démantelée et la ville se vide de ses habitants qui cherchent refuge à Paris.

L'évolution urbaine stagne
Durant cette période mouvementée, les réalisations architecturales ne concernent plus guère que les édifices religieux. L'église Saint-Marcel est alors agrandie et dotée d'une crypte-ossuaire. En revanche, la construction civile stagne. L'abandon d'une partie de l'habitat favorise le remembrement des petites parcelles. C'est uniquement le long des places et des rues commerçantes que le front continu des petites maisons se maintient. Sur le plan économique, la ville entre alors dans une période difficile. Parallèlement, le revenu de l'abbaye est grevé par le déclin de la foire du Lendit qui reprend en 1444.

Les signes d'une reprise économique
En 1529, François Ier impose à l'abbaye comme abbé commendataire le cardinal Louis de Bourbon, un membre de la famille royale ; il inaugure ainsi une succession de neuf abbés, ecclésiastiques séculiers ou laïcs. Pour renouer avec le faste des abbés du XIVe siècle, le cardinal fait entreprendre, à partir de 1530, la construction d'un somptueux logis. Vers 1572, Catherine de Médicis met en chantier le mausolée des Valois, situé au nord de l'abbatiale . L'activité artisanale locale bénéficie de ce regain dans la construction. Les comptes de l'abbaye citent les marchands et les artisans qui participent à ces travaux et qui, pour la plupart, habitent Saint-Denis.

Nouveaux malheurs...
En 1567, Saint-Denis est à nouveau bouleversée par l'occupation huguenote. Les moines se réfugient avec le trésor à Paris, abandonnant le monastère aux hérétiques qui y font nombre de dégâts. Les églises de l'ensemble monumental sont, pour la plupart, dévastées. Saint-Paul est quasiment détruite, ce qui oblige les chanoines à se replier dans une portion de son collatéral aménagé en chapelle dédiée à saint Pantaléon. De même, Sainte-Geneviève, Saint-Michel-du-Degré et Saint-Barthélemy sont endommagés. Les sièges des trois paroisses sont alors réunis en un bâtiment, partiellement reconstruit, dont l'archéologie a révélé un chevet singulier à trois absidioles. Or, les annales rapportent que leurs trois curés étaient tenus de vivre "paisiblement ensemble jusqu'à ce que deux d'iceux étant morts, leurs titres seroient supprimés et que le dernier survivant demeuroit seul curé". Le chevet, qui probablement abritait trois autels, matérialise donc cet arrangement provisoire.

Source

http://www.saint-denis.culture.fr

Commentaires (1)

1. womenshi 16/02/2012

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