Les Turcs ont joué dans l'Histoire universelle,au cours du dernier millénaire, un rôle majeur dont on a peine à se rendre compte aujourd'hui.
Ils ont ouvert la voie aux Mongols en Russie comme en Chine et au Moyen-Orient. Ils ont aussi entamé l'islamisation du sous-continent indien. Enfin, pendant près d'un millénaire, ils ont harcelé la chrétienté, autrement dit l'Europe, sur ses marges orientales. C'est contre eux qu'ont été dirigées les croisades.
Plus tard, leur conquête de Constantinople a eu pour double effet de chasser vers l'Italie les savants et lettrés grecs, sans lesquels il n'y aurait pas eu de Renaissance, ainsi que d'inciter les navigateurs portugais à contourner par la mer le Moyen-Orient soumis à leurs armes. Grâce à quoi Vasco de Gama atteignit l'Inde et Christophe Colomb l'Amérique.
Des nomades très envahissants
Les Turcs sont des nomades apparentés aux Mongols et issus de la steppe asiatique. Au VIIIe siècle, au temps de Charles Martel, l'une de leurs branches, les Khazars, s'établit sur la Volga et se convertit au... judaïsme ! D'autres Turcs, plus au sud, entrent au service des émirs perses, se convertissent à l'islam, s'émancipent et, sous la conduite d'un chef nommé Mahmoud de Ghazni, se lancent vers l'an 1000 à la conquête de l'Inde du nord.
À la même époque, les avant-gardes turques apparaissent au Moyen-Orient sous le commandement de Toghrul-beg. Celui-ci est le petit-fils d'un chef de tribu de la steppe kirghize dénommé Seldjouk, d'où le nom de Seldjoukide donné à sa horde. Converti à l'islam, il prend le pouvoir à Bagdad, capitale de l'empire arabe, en s'octroyant le titre de sultan et en ne laissant au calife arabe que des pouvoirs religieux et honorifiques.
Les Arabes, dès lors, sortent de l'Histoire. Sujets de seconde zone sous l'autorité turque, ils retrouveront en 1918 une indépendance quelque peu formelle après que Français et Anglo-Saxons auront abattu l'empire ottoman.
Les Turcs Seldjoukides s'emparent de l'Arménie et remportent une écrasante victoire sur l'empereur byzantin à Malazgerd (ou Manzikert) en 1071. Sur les territoires enlevés aux Grecs, ils fondent le sultanat de Roum (ce nom est une déformation du mot Romains, car le sultanat s'est constitué aux dépens de l'empire romain d'Orient).
Byzance même est dès lors menacée et appelle l'Occident à la rescousse. Le pape Urbain II lance à Clermont un appel à combattre les infidèles. C'est la première croisade. Elle sauve la chrétienté byzantine du sort dont a été victime l'empire arabe de Bagdad.
À Bagdad, loin des lieux d'affrontement entre croisés et Turcs, les Seldjoukides s'avachissent dans le luxe... Ils ne peuvent éviter la dislocation de l'empire en plusieurs sultanats rivaux et la prise de leur capitale par les Mongols en 1258.
Le rouleau-compresseur ottoman
Une tribu tout juste arrivée de la steppe, encore pleine de vigueur guerrière, s'installe vers 1281 sur les ruines du sultanat de Roum. Le chef de cette tribu est un Turc du nom d'Osman ou Othman, d'où le nom d'Ottoman qui sera porté par ses membres.
Orkhan, le fils d'Osman 1er, enlève aux Byzantins leurs dernières possessions d'Anatolie... En 1353, il traverse le détroit du Bosphore et prend pied sur le continent européen sous le prétexte de soutenir la cause d'un prétendant au trône byzantin, Jean Cantacuzène.
On doit à Orkhan l'organisation administrative du futur empire et la création du corps redoutable des janissaires.
Son fils Mourad 1er se sent assez fort pour prendre le titre de sultan et afficher ainsi son indépendance à l'égard des Mongols de Bagdad. Il a tôt fait de soumettre les Balkans. En 1362, il défait une armée de croisés conduite par le roi Louis 1er de Hongrie et installe sa capitale à Andrinople, à deux pas de Constantinople, l'objectif ultime.
Le 28 juin 1389, a lieu la dramatique bataille de Kosovo Polié qui voit la fin de l'indépendance serbe. Quelques années plus tard, à Nicopolis, les croisés sont une nouvelle fois écrasés par Bajazet, le successeur de Mourad.
Plus rien ne semblerait s'opposer au triomphe ottoman sinon une improbable attaque de Tamerlan !...
Bajazet est défait et capturé à Angora par le conquérant turco-mongol qui a fait irruption de l'Orient. La bataille d'Angora, en assommant les Ottomans, va offrir un répit inespéré de cinquante ans à Constantinople. La «nouvelle Rome» est finalement conquise le 29 mai 1453 et devient sous le nom d'Istamboul la capitale définitive de l'empire ottoman.
Tandis que l'Europe orientale et balkanique est colonisée par les nouveaux venus, l'Occident accueille les savants et érudits byzantins et tire de leurs savoirs assez d'énergie pour partir à la conquête du monde.
Bref apogée de l'empire ottoman
Le nouvel empire, à cheval sur l'Occident chrétien et l'Orient à majorité musulmane sunnite, va vivre au XVIe siècle un bref apogée, en particulier sous le règne de Soliman, surnommé en Occident le Magnifique (1520-1566), avec lequel le roi de France François 1er se permet même de nouer une alliance contre son rival Charles Quint.
Vienne est assiégée (sans succès) à l'automne 1529. Mais toute l'Europe balkanique et la Hongrie tombent sous la coupe des Turcs, de même que l'ancien empire arabe de Bagdad. Seul le Maroc conserve encore et toujours son indépendance.
Les sultans laissent une grande autonomie aux peuples assujettis, se contentant (ce qui n'est tout de même pas rien) de prélever l'impôt spécial aux non-musulmans et d'enlever des enfants chrétiens pour en faire de futurs janissaires. L'architecte Sinan, un ancien janissaire d'origine grecque, magnifie le règne de Soliman avec ses splendides mosquées, inspirées de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople (celle-ci a été transformée en mosquée depuis la conquête de la ville).
Lent déclin
Après la mort du sultan Soliman le Magnifique, l'empire turc entre en décadence, jusqu'à sa désintégration à l'occasion de la Première Guerre mondiale.
Les luttes de succession, dans le harem du sultan, affaiblissent le régime. L'armée, et en particulier le corps des janissaires, gavée d'honneurs et de privilèges, perd peu à peu ses vertus combatives.
Les sultans eux-mêmes se comportent en «rois fainéants» et ne daignent bientôt plus présider les réunions du cabinet impérial, le divan.
Dès 1571, les Turcs subissent une mémorable défaite navale à Lépante face à une flotte espagnole et vénitienne. Mais leurs armées n'en demeurent pas moins redoutables et craintes jusqu'à la fin du XVIIe siècle. C'est seulement après leur nouvel échec devant Vienne en 1683 et leurs défaites successives face au prince Eugène qu'elles cessent définitivement d'être une menace pour les Européens.
Le 15 décembre 1055, le Turc Toghrul-beg s'empare de Bagdad, la prestigieuse capitale de l'empire arabe où siègent depuis trois siècles les califes, les successeurs du prophète Mahomet.
Toghrul-beg est lui-même musulman. C'est le petit-fils d'un chef de tribu de la steppe kirghize dénommé Seldjouk, d'où le nom de Seldjoukide donné à sa horde. Il a déjà conquis l'Iran.
Maître de Bagdad, il profite habilement des dissensions entre Arabes pour imposer sa protection au calife, de la dynastie des Abbassides. Il épouse sa fille et devient son vicaire temporel, avec le titre de sultan. Le calife conserve des fonctions religieuses surtout honorifiques.
Secousses au Moyen-Orient
L'irruption des Turcs sur la scène du Moyen-Orient est lourde de conséquences.
Dans un premier temps, les successeurs de Toghrul-beg relancent la progression de l'Islam. Après leur victoire de Malazgerd, les Turcs Seldjoukides mettent à genoux l'empire chrétien de Byzance, lointain successeur de l'empire romain d'Orient. Ils enlèvent aussi Jérusalem aux Arabes d'Égypte. Il s'ensuit une situation confuse qui empêche les chrétiens de se rendre en pélerinage en Terre sainte.
À Clermont, dans le lointain royaume des Francs, un pape va prêcher la croisade en vue de délivrer le Saint-Sépulcre (le tombeau du Christ). Son initiative va réveiller les énergies de l'Occident médiéval.
Deux siècles plus tard, tandis que les croisades arriveront à leur terme, les Turcs Seldjoukides seront définitivement éliminés par un nouveau peuple nomade surgi des steppes d'Asie et encore plus dur qu'eux-mêmes, les Mongols.
Jeanne Lafont.
Le 19 août 1071, l'armée de l'empereur byzantin est anéantie par les Turcs à Malazgerd (ou Manzikert), près du lac de Van, en Arménie.
La chrétienté, à peine débarrassée des Vikings, des Sarrasins et des Hongrois, tremble d'effroi devant l'irruption des nouveaux venus. C'est le début d'un demi-millénaire d'affrontements incessants entre chrétiens et Turcs, jusqu'à la chute de Constantinople.
André Larané.
Humiliante défaite
Quatre siècles plus tôt, au VIIe siècle, Constantinople, capitale de l'empire romain d'Orient, aussi appelé byzantin, a repoussé les assauts de la flotte arabe grâce à une arme secrète, le feu grégeois (ou grec). Les Byzantins ont ensuite résisté tant bien que mal à l'empire arabe de Bagdad. Ils ont même entamé la reconquête du Proche-Orient sous l'égide des empereurs macédoniens. Mais l'irruption des nomades turcs va interrompre brutalement leur progression.
Sous le commandement de Toghrul-beg, les Turcs de la tribu des Seldjoukides, devenus musulmans, ont pris le pouvoir à Bagdad en 1055. Puis, Alp Arslan, neveu et successeur de Toghrul-beb, s'empare en 1064 de l'Arménie chrétienne, aux frontières de l'empire byzantin...
L'empereur Romain IV Diogène, prenant tardivement conscience du danger, se porte à sa rencontre avec plus de cent mille hommes, essentiellement des mercenaires, dont beaucoup d'aventuriers normands. Le sultan n'a que 50.000 hommes à lui opposer. L'affrontement a lieu au pied de la forteresse de Malazgerd.
Trahi par ses mercenaires turcs et certains de ses lieutenants, notamment le Normand Roussel de Bailleul, le basileus Romain Diogène est défait et même capturé. Son vainqueur le traite avec les honneurs... mais à Constantinople, où il revient après la signature d'un traité de paix léonin, ses compatriotes lui crèvent les yeux et reprennent leurs querelles stériles.
Menaces sur la chrétienté
Le fils et successeur du vainqueur de Malazgerd, le sultan Malik Chah, va, dès son avènement, l'année suivante, étendre l'empire seldjoukide jusqu'à la mer Égée. C'est le début de la «turcisation» de l'Asie mineure. La culture grecque, qui avait imprégné la région pendant deux millénaires, va refluer jusqu'à complètement disparaître.
À Rome, le pape Grégoire VII s'alarme des menaces qui pèsent sur les pèlerins qui se rendent en Terre sainte. Plus grave encore, l'empire byzantin, ultime verrou qui protège l'Europe des assauts turcs, paraît sur le point de céder !... Le pape lance un appel aux guerriers francs pour qu'ils aillent au secours de leurs frères d'Orient mais cet appel, prématuré, n'est guère entendu...
Il est vrai que Malik Chah a modéré ses ambitions car il doit faire face dans son propre camp à de nombreuses séditions et à l'émergence de principautés plus ou moins indépendantes comme le seigneur d'Alamout, chef des célèbres Assassins, ou le sultanat de Roum (ce nom est une déformation du mot Romains, car le sultanat s'est constitué aux dépens de l'empire romain d'Orient). De ce sultanat sortira bien plus tard la dynastie des Ottomans.
Après la mort de Malik Chah, en 1092, l'empire seldjoukide est partagé entre ses héritiers. C'est le début d'une rapide décadence. C'est aussi le moment où la chrétienté occidentale se réveille. A Clermont, en 1095, le pape Urbain II renouvelle l'appel de son prédécesseur, un quart de siècle plus tôt, en 1095. Plus heureux, il débouchera sur la première croisade et un sévère recul des Turcs.
Sur la lande de Kossovo Polié (*), dont le nom signifie en serbe le «Champ des Merles», deux armées s'affrontent le 28 juin 1389. Comme dans toutes les batailles médiévales, les soldats sont d'origines diverses, unis seulement par l'obéissance à leur chef.
– D'un côté, une majorité de Serbes mais aussi des Bulgares, des Albanais et des Valaques, sous le commandement de Lazare, prince de Raska (une province de l'actuelle Serbie).
– En face, l'armée du sultan ottoman Mourad 1er, composée de Turcs, de mercenaires de toutes origines, plus souvent chrétiens que musulmans, ainsi que de redoutables Janissaires.
Les Janissaires sont des troupes d'élite formées d'enfants enlevés à des familles chrétiennes et élevés dans le métier des armes, la foi en l'islam et l'adoration du sultan.
Le sultan Mourad 1er est assassiné au cours de la bataille. Son fils Bajazet (ou Bayézid) lui succède aussitôt et à la fin de la journée, victorieux, fait décapiter le prince Lazare tombé entre ses mains. C'en est fini de l'indépendance du royaume serbe. Aucun royaume chrétien n'est désormais en mesure d'arrêter la poussée turque dans les Balkans et l'Europe centrale.
Grandeur et décadence de la Serbie
La Serbie a atteint son apogée sous le règne d'Étienne IX Douchan. En 1346 (l'année de la bataille de Crécy), il se fait couronner à Skoplje (capitale de la Macédoine actuelle) «empereur des Serbes et des Romains» (en fait de Romains, il s'agit des Grecs byzantins).
Étienne Douchan tente de conquérir Byzance et n'hésite pas pour cela à envisager une alliance avec les Turcs et les Vénitiens. Mais il est pris de court par l'empereur byzantin qui appelle les Turcs ottomans à son secours. Ces troupes de cavaliers nomades originaires de l'Asie profonde se sont établies quelques décennies plus tôt en Anatolie. Elles débarquent en Europe, à Gallipoli, en 1354.
Après la mort d'Étienne Douchan en 1355, les Serbes font alliance avec les Bulgares pour contenir la poussée turque dans les Balkans. Mais les Turcs battent cette coalition en 1387. Dès lors, le sort de la Serbie est réglé. Conscients que leur indépendance est condamnée, les Serbes livrent à Kossovo Polié un combat qu'ils savent perdu d'avance.
Comme prévu, la Serbie tombe sous la tutelle ottomane, à l'exception de Belgrade qui se soumettra en 1529.
Les Balkans deviennent colonie ottomane
De la côte dalmate à la mer Noire, la péninsule des Balkans tombe désormais sous la tutelle turque.
Le fils du prince Lazare devient vassal des Turcs et se bat aux côtés du sultan. La plupart des principautés serbes acceptent de payer le tribut au vainqueur et les farouches guerriers mettent très vite leur bras au service du vainqueur.
Les contingents serbes apportent ainsi un concours précieux au sultan ottoman à la bataille de Nicopolis contre les croisés mais ils ne peuvent empêcher sa défaite face à Tamerlan à Angora.
Un demi-siècle après la tragédie du Champ des Merles, un prince élevé dans l'islam et revenu au christianisme, chasse pendant quelques décennies les Turcs d'Albanie. De son vrai nom Georges Castriota (Gjergj Kastrioti en albanais), il est resté dans l'Histoire sous le nom de Skanderbeg.
Les Turcs doivent aussi combattre un contemporain de Skanderbeg originaire de Transylvanie, une région aujourd'hui roumaine où se mêlent Hongrois, Roumains, Allemands,...
Ce prince du nom de Jean Hunyade (Janos Hunyadi en hongrois, Iancu de Hunedoara en roumain) affronte pendant trois jours le sultan Mourad II, du 17 au 19 octobre 1448, sur le lieu même de Kossovo Polié ! Il est battu par des forces quatre fois plus nombreuses que les siennes mais prend sa revanche quelques années plus tard.
Le 24 janvier 1458, l'un des fils de Jean Hunyade est élu roi de Hongrie par les magnats ou nobles hongrois. Prince de la Renaissance avant l'heure, il est connu sous le nom de Matthias 1er Corvin.
La péninsule des Balkans ne retrouvera son autonomie puis son indépendance qu'au XIXe siècle.
Le 29 mai 1453 figure traditionnellement parmi les dates-clés de l'Histoire occidentale. Ce jour-là, Constantinople tombe aux mains du sultan ottoman Mehmet II (ou Mahomet II).
La cité, vestige de l'empire romain d'Orient et de l'empire byzantin, son avatar, était l'ultime dépositaire de l'Antiquité classique. Elle faisait aussi office de rempart de la chrétienté face à la poussée de l'islam. Sa chute, bien qu'attendue et prévisible, provoque l'émoi dans toute la chrétienté. Elle consacre l'avènement d'une nouvelle ère historique.
André Larané.
Déjà les Arabes...
La prestigieuse capitale de l'empire byzantin avait déjà subi deux sièges par des flottes musulmanes. C'était aux premiers siècles de l'islam. Le premier siège avait duré cinq ans, de 673 à 677 ; le second un an «seulement», en 717.
À chaque fois, les assiégeants - des Arabes - avaient été repoussés grâce à une arme secrète dont disposaient les Byzantins : le feu grégeois (ou grec). Il s'agit d'un mélange mystérieux de salpêtre, bitume, soufre.... qui a la particularité de brûler même sur l'eau. Propulsé en direction des navires ennemis, il permettait d'incendier ceux-ci à coup sûr. Malgré cet atout, les Byzantins perdirent au fil des siècles leur supériorité en matière d'armement.
D'un siècle l'autre, ils eurent aussi à affronter des adversaires d'autres origines : Bulgares et Avars venus du bassin danubien, croisés francs, Normands, Vénitiens et Génois venus d'Occident....
... Et voici qu'arrivent les Turcs
La chute de la «nouvelle Rome» devient inéluctable lorsque de nouveaux envahisseurs venus d'Asie, les Turcs ottomans, traversent le détroit du Bosphore. Ils s'emparent de la plus grande partie de la péninsule des Balkans et installent leur capitale à Andrinople, à un jet de pierre au nord de Constantinople. Celle-ci se trouve dès lors presque complètement isolée au milieu des territoires ottomans. Elle ne peut d'autre part guère compter sur le soutien des Occidentaux...
Dès le XIVe siècle, les victoires des Turcs à Kossovo et Nicopolis sur les armées coalisées des chrétiens permettent de croire à la chute imminente de Constantinople. Mais la défaite des Turcs à Angora(aujourd'hui Ankara, en Turquie), face à Tamerlan, diffère d'un demi-siècle l'échéance fatale.
Au milieu du XVe siècle, réduite à moins de 100.000 habitants et dépourvue d'arrière-pays, la ville de l'empereur Constantin 1er n'est plus que l'ombre d'elle-même. C'est un petit État en relation avec les marchés de l'Extrême-Orient pour le plus grand bénéfice des marchands de Venise et de Gênes qui s'approvisionnent en soieries chinoises.
La mobilisation
En 1451, à Andrinople, capitale de l'empire ottoman, Mehmet II succède à son père Mourad II à la tête de l'empire ottoman. Né d'une mère esclave, probablement chrétienne, le nouveau sultan, à peine âgé de 19 ans, décide d'en finir avec Constantinople.
Il adresse en juillet 1452 une déclaration de guerre à l'empereur byzantin. Deux mois plus tard, il entame les hostilités, testant la résistance des murailles de Constantinople avec 50.000 hommes.
Le siège commence en avril 1453 avec150.000 hommes, y compris 6 à 10.000 janissaires, et une flotte puissante.
Le basileus (empereur en grec) Constantin XI Dragasès (50 ans) ne dispose pour sa défense que de 7.000 soldats grecs et d'un détachement d'environ 700 Génois sous le commandement de Giovanni Giustiniani Longo, ainsi que d'une quarantaine de navires. Il se fie aux puissantes fortifications héritées du passé pour résister aux Turcs en attendant d'hypothétiques secours.
Constantin XI envoie des émissaires en Occident. Le brigantin qui porte ces émissaires déguisés en Turcs se faufile avec audace parmi les navires ennemis et finit par atteindre Venise.
La Sérénissime République arme aussitôt dix puissants navires pour secourir ses anciens alliés... Mais l'absence de vent... et le peu d'empressement des Vénitiens ne permettront pas à cette flotte d'arriver à temps pour sauver Constantinople.
Le siège
Devant le triple cercle de murailles de la ville, Mehmet II fait appel à toutes les ressources de l'artillerie. Il dispose de pas moins de 25 à 50 grosses bombardes (canons primitifs) et de plusieurs centaines de plus petites qui vont projeter sans trêve des pierres et des boulets sur les murailles pendant plusieurs semaines d'affilée.
Il dispose aussi d'une bombarde d'exception, surnommée «la Royale» qui, montée sur un impressionnant château de bois et manoeuvrée par un millier d'hommes, tire sur la cité des pierres pesant jusqu'à 1500 livres ...
Cette bombarde est l'oeuvre d'un Hongrois du nom d'Orban qui s'est mis au service du sultan contre argent. Mais les Grecs arrivent à incendier le château grâce à des flèches enflammées, rendant la machine inopérante.
L'immense flotte du sultan fait par ailleurs le siège de la ville par le Bosphore et la mer de Marmara. Mais elle ne peut entrer dans le chenal de la Corne d'Or, qui ferme la ville par l'Est, car celui-ci est protégé par une chaîne qui en interdit l'accès.
En désespoir de cause, Mehmet II fait aménager sur la colline de Galata, de la rive du Bosphore à la rive de la Corne d'Or, une glissière en bois de 4,5 kilomètres. Des milliers d'hommes vont hisser le long de cette glissière pas moins de 72 birèmes (galères à deux rangs de rames). Arrivés au point culminant, les navires descendent d'eux-mêmes sur la glissière jusqu'au bord de la Corne d'Or.
Au prix de ce mémorable exploit, encore commémoré de nos jours par des fêtes et des reconstitutions, les navires turcs arrivent à contourner la chaîne et à s'introduire dans la Corne d'Or avec marins et soldats, Constantinople se trouve complètement assiégée et réduite à l'impuissance.
Sexe des anges et querelles byzantines
On raconte qu'au palais de l'empereur, les prêtres orthodoxes et les courtisans continuaient de se disputer à propos du sexe des anges tandis que les Turcs faisaient le siège de Constantinople et s'apprêtaient à dévaster la ville. Il ne s'agit que d'une légende sans fondement historique mais on lui doit l'expression de «querelles byzantines» pour désigner des disputes disproportionnées par rapport à leur enjeu.
L'assaut
Le 28 mai, les hérauts du sultan annoncent la bataille décisive.
Toute la ville prie cependant que dans le camp turc, des religieux musulmans excitent les soldats en vue du combat. Arrive l'aube fatale où des dizaines de milliers d'hommes ivres d'impatience entrent dans la ville. Dans la basilique Sainte-Sophie, l'empereur grec meurt avec courage, les armes à la main, au milieu de ses derniers soldats. Dès la mi-journée, le sultan peut faire son entrée dans la ville.
Les combats ont fait au moins 4.000 morts. Selon la tradition de l'époque, les vainqueurs s'offrent le droit de piller la ville, de violer et de tuer à qui mieux mieux pendant les trois jours qui suivent sa chute. Tous les habitants survivants (25.000), attachés deux par deux, sortent de la ville et sont réduits en esclavage.
Le sultan Mehmet II, qui songe à faire de Constantinople sa propre capitale et veut lui conserver sa grandeur, veille à ce que les pillages ne s'éternisent pas. Il fait venir des immigrants de tout l'empire pour rendre à la cité sa splendeur antique. Il peut enfin déplacer sa capitale de la ville voisine d'Andrinople à Constantinople, bientôt rebaptisée Istamboul.
Celle-ci atteindra son apogée sous le règne de Soliman le Magnifique... Notons que jusqu'à la fin de l'empire ottoman, elle conservera une population majoritairement chrétienne.
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