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Les historiens discutent sur le fait de savoir si ce sont les Normands qui ont donné leur première structure étatique aux Russes - lesquels auraient, selon des sources médiévales qui font le panégyrique de la dynastie riourikide, lancé un «appel aux Varègues» en 862 - ou s'il existait déjà, chez les Slaves orientaux, des formes développées d'organisation sociopolitique. Toujours est-il qu'à la fin du IX e siècle se met en place, autour de Kiev, un Etat appelé Rous.
Jusqu'en 980, l'Etat kiévien, déchiré à l'intérieur par les luttes fratricides que favorise la complexité du régime successoral, reste sous la menace des Polonais, des Scandinaves et des nomades des steppes.
Puis, sous les règnes des grands-princes Vladimir I (980-1015) et Iaroslav le Sage (1019-1054), le pays connaît un véritable apogée culturel et politique. Le déclin de Kiev s'amorce à la fin du XI e siècle, et aboutira, dans la seconde moitié du XII e siècle, au morcellement de l'Etat en principautés indépendantes.
Les princes de Kiev, dont l'origine du pouvoir est militaire, sont entourés de compagnons d'armes, les boyards, qu'ils dotent généreusement de domaines en récompense de leurs services. Cette aristocratie terrienne puissante - ils forment auprès du prince un Conseil des boyards - vit du travail des paysans, dont la grande masse reste toutefois libre.
Le réseau des villes (gros bourgs, organisés autour d'une forteresse centrale en bois, le kreml, ou kremlin), assez dense, connaît une activité économique polymorphe. Les cités les plus importantes, Novgorod, Pskov et Kiev, pratiquent des échanges essentiellement avec Byzance (avec laquelle des traités commerciaux sont signés en 907, 911, 945 et 971) suivant un axe communément appelé la «route des Varègues aux Grecs».
La conversion des Slaves
La conversion des Slaves de l'Est au christianisme est sans doute le fait essentiel de cette période. En 989, le grand-prince Vladimir impose le «baptême de la Russie» (d'après certaines sources dignes de foi, comme la Chronique, on trouvait des chrétiens parmi les Russes, et même une église chrétienne à Kiev bien avant cette date), par lequel il donne à son peuple une religion nationale, qui va devenir un instrument d'unification politique et un facteur de développement culturel: livres saints copiés en slavon grâce à l'alphabet mis au point par les évêques Cyrille et Méthode (alphabet cyrillique); mise en place d'une hiérarchie ecclésiastique formée à Constantinople; construction, aux XII e et XIII e siècles, d'églises en pierre sur le modèle byzantin (Sainte-Sophie de Kiev, Sainte-Sophie de Novgorod, Saint-Sauveur de Vladimir).
Enfin, grâce au christianisme, l'Etat de Kiev entre dans l'espace des relations diplomatiques européennes (la fille du prince Iaroslav, Anna, épouse Henri I er , roi de France, en 1040). Il faudra cependant plusieurs siècles avant que l'ensemble de la population ne soit christianisé, et l'un des traits les plus frappants de la culture russe sera, jusqu'à l'époque contemporaine, le maintien de traditions païennes à l'intérieur du christianisme, en russe dvoeverié (la double foi).
Sous le joug mongol
XIIe et XIIIe siècle
Aux XII e et XIII e siècles, l'Etat de Kiev, déjà affaibli par un déclin économique et par les luttes entre les villes-principautés qui le composent, doit faire face à deux dangers extérieurs. A l'ouest, l'ordre Teutonique (chevaliers allemands de Livonie) menace les villes russes des pays baltes; leur avance est cependant stoppée sur les glaces du lac Peïpous par le prince Alexandre Nevski en 1242. Venant de l'est, les Mongols - ou Tatars - de la Horde d'Or ravagent l'ensemble du pays entre 1236 et 1240, et installent pour deux siècles leur domination sur le nord et le nord-est du territoire russe.
Cependant, les terres de l'Ukraine et de la Biélorussie actuelles - la plus grande part de ce qui avait été la Russie primitive - échappent au joug tatar; elles seront d'abord rattachées à la Lituanie (XIII e -XIV e siècle), puis, avec cette dernière, à la Pologne, dont elles partageront la destinée jusqu'au XVII e siècle. La conquête mongole arrête brutalement l'essor démographique et économique de la Russie: les villes ont été détruites (à l'exception de Novgorod, qui reste intacte), les populations décimées, les routes commerciales traditionnelles interrompues. L'ensemble du territoire, soumis à l'autorité d'un gouverneur mongol, doit payer un lourd tribut à l'administration occupante, qui organise très efficacement la collecte de l'impôt et les postes.
Les différents princes russes - au XII e siècle, le centre de gravité politique de l'Etat s'était déjà déplacé vers le nord-est, Vladimir-Souzdal étant devenue la plus puissante des principautés après le pillage de Kiev en 1169 - sont réduits à aller quémander à Saray, la capitale tatare sur la Volga inférieure, le iarlyk (la «charte») qui leur garantit leurs possessions héréditaires et le titre de grand-prince. XIIIe et XIVe siècles Au long des XIII e et XIV e siècles, les luttes pour obtenir le iarlyk opposent les principautés de Souzdal, de Tver et de Moscou.
Seule, à cette époque, l'Eglise - le clergé est exempté de toute charge, et la Horde laisse la liberté de culte - reste un ferment d'unité, maintenant le sentiment d'un patrimoine culturel commun. Au XIV e siècle, Moscou (dont la première mention écrite date de 1147) finit par supplanter Souzdal (en un siècle, entre 1300 et 1462, le territoire moscovite passa de 20'000 km 2 à 430'000 km 2 ). Forte de sa stabilité dynastique, de son essor politique et économique et du soutien de l'Eglise, elle se sent prête à combattre les Tatars. En septembre 1380, le prince Dimitri Donskoï remporte la bataille de Koulikovo, sur les bords de la Volga; si elle reste sans lendemain, cette victoire brise cependant le mythe de l'invincibilité des Mongols et confère aux princes de Moscou un immense prestige, qu'ils sauront mettre politiquement à profit.
La Moscovie
Du XIIIe au XIVesiècle, l'une de ces principautés, la Moscovie, dirigée par des princes habiles, annexe progressivement toutes les autres pour devenir la Russie. Le prince Dimitri Donskoï vainc une première fois les Mongols à la bataille de Koulikovo (1380). Toutefois, ce mouvement d'unification se heurte aux rivalités et à la tradition de partage des territoires entre les différents fils du prince, ce qui engendra une guerre civile entre 1425 et 1453. Monté sur le trône en 1462, Ivan III, qu'un voyageur vénitien décrit comme un « homme de haute taille, penché en avant et beau », libère la Moscovie du joug des Mongols dont l'empire est désormais fragmenté en plusieurs khanats, puis absorbe les principales principautés russes encore indépendantes dont Novgorod (1478) et Tver (1485). En 1485, Ivan III prend le titre de "souverain de toute la Rus' ", désirant montrer sa volonté de reconstituer tout l'héritage de Vladimir. À la fin du règne d'Ivan III le territoire de la Moscovie a quadruplé. Son fils Vassili III (1505-1533) poursuit l'extension territoriale en annexant la cité-état de Pskov (1510) et la principauté de Riazan (1521) ainsi que Smolensk (1514). Ivan IV dit « le Terrible », premier prince à se faire désigner sous le titre de tsar (dérivé de César), parachève ces conquêtes en s'emparant du khanat de Kazan en 1552 et du khanat d'Astrakhan en 1556 mais il perd l'accès à la mer Baltique face à une coalition de l'Empire suédois avec la Pologne et la Lituanie. Désormais l'expansion de la Russie vers l'Est n'a plus d'obstacle sérieux. La colonisation par les paysans russes du vaste bassin de la Volga et de l'Oural prend son essor. Des paysans et fugitifs, les cosaques, s'installent sur les marges et s'organisent en « armée » tout en jouant les rôles de pionniers et de garde-frontières. Ivan IV le Terrible se considère alors logiquement comme l'unique héritier de Vladimir, bien qu'il ne possède pas la ville de Kiev aux mains de la dynastie lituanienne des Jagellon. Cette dernière avait conquis la plupart des territoires de la Rus' occidentale.
Les Ivan
C'est le grand-prince Ivan III (1462-1505) qui libère la terre russe du joug mongol. En 1480, après avoir officiellement annoncé son refus d'allégeance à la Horde d'Or, il écrase les armées tatares. Parallèlement, il soumet les différentes villes et principautés russes: Novgorod (ville libre) en 1478, Tver en 1485, la plus grande partie de la principauté de Riazan en 1503.
Se faisant appeler «prince de toute la Russie», Ivan III se présente, à la faveur de la chute de Constantinople (1453), comme l'héritier de l'empereur byzantin et le véritable gardien de l'orthodoxie (Moscou serait la «troisième Rome»); il organise autour de lui un rituel de cour extrêmement fastueux, qui tend à le diviniser.
A sa mort, son fils Basile III (1505-1533), puis son petit-fils Ivan IV le Terrible (1547-1584), qui sera le premier à se faire proclamer «tsar», prolongent cette œuvre d'unification et de centralisation du pays autour de Moscou et de son grand-prince.
Renouveau démographique et économique
Les terres russes connaissent dès la fin du XIV e siècle un certain renouveau démographique et économique. La grande propriété, aux mains essentiellement de l'Eglise et des boyards, sous forme de votchina (propriété pleine et entière), ne cesse de s'étendre.
Le pomestie (propriété conditionnelle accordée à des serviteurs du grand-prince) est créé en 1478. Sur toutes ces terres, les paysans sont soumis à la corvée et à des redevances en nature. Seuls ceux qui travaillent sur les fronts de colonisation du Grand Nord ou sur les terres appartenant au grand-prince gardent une certaine liberté. Parallèlement, les villes prospèrent, se fortifient (le kreml est de plus en plus souvent construit en pierre), devenant d'importants centres d'échanges régionaux.
Moscou
Moscou et sa région se transforment en un foyer culturel attractif - Andreï Roublev y peint une quarantaine d'icônes au début du XV e siècle. La ville se pare de riches monuments religieux, telle la cathédrale Basile-le-Bienheureux; le Kremlin est embelli. La production littéraire de l'époque, encore peu abondante, chante les louanges de la centralisation autocratique, célèbre les ascendances légendaires des grands-princes de Moscovie (le Dit des descendants d'Auguste), et magnifie leurs luttes héroïques contre les Tatars.
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