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• Période byzantine (324-640)
Par sa victoire de 324, Constantin devient le maître de tout l'Empire romain. Faisant de Byzance sa capitale, il la transforme profondément, lui donnant, notamment, un caractère chrétien : sous le nom de Constantinople, la « nouvelle Rome » sera inaugurée en 330.
Mais, sans attendre cette date, Constantin généralise et multiplie les mesures favorables aux Chrétiens, encourageant, notamment, ceux-ci à réparer les édifices du culte qui ont souffert du fait des persécutions, à les agrandir, et même, au besoin, à en construire de nouveaux, le trésor impérial étant largement ouvert pour financer ces travaux ; il ordonne, aussi, de remettre aux communautés chrétiennes les lieux auxquels est attaché le souvenir de leurs martyrs.
Dès 325, au concile de Nicée (Anatolie), Constantin et le chef de la communauté chrétienne de Jérusalem/Aelia, l'évêque Macaire, décident ensemble de nettoyer le Golgotha (endroit où Jésus aurait été crucifié et mis au tombeau) du Capitole, avec sa triade de divinités (Jupiter, Junon et Vénus), qu'Hadrien y a fait élever. La construction d'une basilique y est aussitôt entreprise ; des vestiges de celle-ci apparaissent, encore, dans l'édifice actuel qui est l'œuvre des Croisés.
Les femmes de la famille impériale s'intéressent beaucoup à la Palestine. La mère de l'empereur, Hélène, vient, en 326, à Jérusalem ; à sa demande, deux autres basiliques seront édifiées, l'une à Bethléem, au-dessus de la grotte dans laquelle serait né Jésus, et où Hadrien avait introduit le culte d'Adonis, l'autre sur le mont des Oliviers, à l'emplacement d'où Jésus serait monté aux cieux. De son côté, la belle-mère de Constantin, Eutropie, s'étant, à la suite d'un vœu, rendue à Mambré pour y vénérer les endroits auxquels la tradition attachait le souvenir d'Abraham, obtient de l'empereur que les pratiques idolâtriques en soient bannies, et qu'une basilique y soit bâtie. Bien d'autres lieux saints de Palestine furent, alors, dotés de monuments plus ou moins importants ; la Galilée, pourtant, resta longtemps en dehors de cette floraison de monuments chrétiens, en raison, d'une part, de l'hostilité des Juifs – dont les rabbins tenaient école en cette région, et qui y eurent leur patriarche jusqu'en 425 –, et, d'autre part, du refus opposé par les Judéo-chrétiens locaux, peut-être jusque vers le milieu du ve siècle, à toute relation avec les étrangers, chrétiens ou non.
Sous le court règne de l'empereur Julien (361-363), la situation se renverse à nouveau, momentanément : le paganisme triomphant se venge des précédentes victoires chrétiennes ; par ailleurs, selon certaines sources, Julien aurait été favorable à la reconstruction du Temple de Jérusalem. Introduit probablement en Palestine à partir de l'Égypte, au ive siècle, le monachisme chrétien y connut un prodigieux développement jusqu'au viie siècle (le seul désert de Juda comptait plus de 130 installations) ; les invasions lui furent alors funestes ; relevons, à la fin du ive siècle, l'établissement de communautés latines : monastère d'hommes et monastère de femmes sur le mont des Oliviers (autour, respectivement, de Rufin d'Aquilée et de Mélanie la patricienne romaine) ainsi qu'à Bethléem (avec Jérôme, l'ancien secrétaire du pape Damase, et Paule, une descendante des Scipions et des Gracques).
Grâce à la connaissance de la langue hébraïque qu'il acquit sur place, Jérôme fut le premier à donner, à partir du texte hébreu, une traduction de la Bible en langue latine ; cette traduction est appelée « la Vulgate ». À la suite d'un vœu, Eudocie, l'épouse de l'empereur Théodose II, effectue un pèlerinage à Jérusalem en 438, puis vient s'y installer (444-460) : nombre d'églises, de monastères et d'hospices lui seraient dus, en Palestine.
Par ses intrigues, l'évêque de Jérusalem, Juvénal, obtient de Théodose II le titre de patriarche, et du concile réuni à Chalcédoine, en 451, la ratification de cette décision de l'empereur : le siège métropolitain de Césarée – où s'était développé un centre de recherches chrétiennes, avec, notamment, au iiie siècle Origène (exégète pratiquant l'interprétation allégorique de la Bible), et au ive siècle Eusèbe « de Césarée » (premier historiographe de l'Église) – cédait ainsi la première place, en Palestine, au siège de Jérusalem.
Notons que les conflits théologiques, qui divisent alors entre eux les chrétiens, ont des répercussions en Palestine. Peu après le début du règne de Justinien, un soulèvement nationaliste des Samaritains (529-530) couvre de ruines le pays, jusqu'à Bethléem ; l'empereur prend à sa charge la reconstruction des édifices religieux, et, de plus, fait élever un grand nombre de bâtiments, ornés souvent de mosaïques, dans toute la Palestine : c'est ainsi que Jérusalem est dotée, notamment, de la basilique de Sainte-Marie-la-Neuve (construite entre 531 et 543) et de deux hospices, et que de belles églises sont édifiées à Gaza, ville où règne, maintenant, une atmosphère d'humanisme chrétien. Il faut ajouter que le VIe siècle constitue une époque de prospérité pour nombre d'anciennes villes nabatéennes du Néguev central, telles Avdat (= Oboda ou Éboda ; à 50 km au sud de Beershéba) et Soubeita (= Sobota ; à une faible distance au nord-ouest de la précédente) ; les vestiges particulièrement importants de ces deux cités ont révélé que les raisins constituaient sans doute la principale production de celles-ci, comme en témoignent les nombreux pressoirs à vin qui y ont été découverts.
Conséquence des conflits théologiques, deux conciles régionaux se tiennent à Jérusalem, au temps de Justinien, l'un en 536 (à propos de l'hérésie monophysite), l'autre en 553 (pour approuver la condamnation de la doctrine d'Origène, prononcée par le concile œcuménique tenu, la même année, à Constantinople). À cette époque, les pèlerins abondent en Palestine.
Mais, en 613, les Perses de Chosroès II envahissent la Palestine, où Juifs et Samaritains les accueillent avec empressement ; Jérusalem, qui a voulu résister, est prise en 614 : ses habitants sont, en grand nombre, massacrés ou déportés avec leur patriarche, ses sanctuaires livrés aux flammes ; une tradition prétend que seule fut respectée par les Perses la basilique de Bethléem, construite sous Constantin et remaniée sous Justinien, parce que les envahisseurs avaient reconnu leurs ancêtres dans les mages (les Rois mages qui seraient venus adorer l'enfant Jésus dans sa crèche, à Bethléem) qu'une mosaïque du fronton représentait, suivant l'usage, sous le costume mithriaque.
Bientôt, les Perses autorisent les Chrétiens à rentrer en possession des églises et monastères dont ils avaient été spoliés, à remettre ceux-ci en état et à exercer librement leur culte. Maîtres de l'Égypte où dominait, comme en Mésopotamie, l'hérésie monophysite (selon laquelle Jésus n'aurait eu qu'une seule nature, la divine, et non pas, également, l'humaine), ils favorisèrent les Chrétiens monophysites qui avaient été persécutés par l'Empire byzantin. Les Perses évacuent la Palestine en 629, vaincus par l'empereur Héraclius qui ramène lui-même à Jérusalem, en 630, la relique « de la vraie Croix » que les Perses y avaient prise, étant ainsi – à moins qu'il ne faille croire au prétendu pèlerinage de Théodose en 386 – le premier empereur chrétien à se rendre dans la Ville sainte. Puis Héraclius, pour punir les Juifs de leur collaboration avec les Perses, prend contre eux une série de mesures qui en poussent beaucoup à émigrer de Palestine en Perse, en attendant la suite des événements. Ceux-ci se précipitent, en effet.
L'année même où Héraclius faisait acclamer la Croix à Jérusalem, Mahomet s'emparait de La Mecque (630), et, au moment où les mesures contre les Juifs sont promulguées, les troupes musulmanes franchissent les frontières méridionales de la Palestine, se répandant dans les campagnes tout en évitant les villes fortifiées (634). La lutte se déplace alors vers le nord, et en 636, après la bataille du Yarmouk, Damas est définitivement occupée ; maintenant, les villes de Palestine vont se rendre les unes après les autres. Négligeant, momentanément, Césarée, les envahisseurs assiègent Jérusalem, qui se trouve coupée de la mer d'où auraient pu venir des secours ; pour épargner à la ville le sort qu'elle a connu en 614, le patriarche négocie, donc, avec le calife Omar, et lui ouvre les portes de Jérusalem en 638 : en échange de leur capitulation, de leur soumission et d'un tribut annuel, les habitants de la ville se voient garantir la vie sauve, la propriété de leurs biens et celle de leurs églises. La prise de Césarée, en 640, marque la fin de la conquête de la Palestine par les armées musulmanes.
Ernest-Marie LAPERROUSAZ
• La conquête musulmane et les croisades
Partis des déserts d'Arabie, les conquérants musulmans déferlèrent sur la Palestine. Sous la dynastie des Omeyyades, puis celle des ‘Abbāsides, fut entreprise l'arabisation de la Palestine qui devint l'une des principales provinces du monde musulman.
La population chrétienne locale se convertit progressivement à l' islam sous la pression des contraintes imposées aux minorités religieuses. À la fin du xe siècle, la Palestine passa sous la domination des Fātimides, mais les croisades remirent en cause les conquêtes de ces califes. En 1100 fut fondé le royaume latin de Jérusalem.
La Palestine devint alors un vaste champ de bataille où s'affrontaient la Croix et le Croissant. En définitive, les mamelouks furent les principaux bénéficiaires de l'échec des croisés. Les xive et xve siècles sont considérés comme une époque de ténèbres. La domination des Baḥrites (1250-1382) puis des Burdjites (1382-1517) ne fut guère profitable au pays ; celui-ci fut cependant épargné par l'invasion mongole de Tamerlan. Mais il ne put échapper aux querelles frontalières qui opposèrent les troupes turques de Qā‘itbey et de Selim Ier aux derniers Burdjites. La Palestine fut envahie, en 1516, par les armées turques.
• La Palestine ottomane
L'occupation de la Palestine par les troupes du sultan ottoman Selim Ier, à l'automne de 1516, n'a constitué à l'origine qu'une étape rapide dans la conquête des pays soumis à l'autorité des sultans mamelouks du Caire : la Syrie, la Palestine, l'Égypte, l'Arabie. Après les victoires remportées sur le shāh séfévide d'Iran en 1514, l'entreprise menée par Selim Ier avait plusieurs buts : s'imposer comme le premier, sinon le seul, souverain du Proche-Orient, comme le chef des musulmans sunnites et le maître des cités saintes de l'islam, et enfin contrôler tout le commerce de transit entre l'océan Indien et la mer Méditerranée.
Les habitants de la Palestine n'offrirent aucune résistance, et très vite la province fut confiée à des administrateurs ottomans établis dans les livas (districts) de ‘Adjlūn, Ladjūn, Naplouse, Jérusalem, Safad et Ghazza, et dépendant du gouverneur de Damas. Des règlements internes furent édictés pour chacun de ces districts, en vue de fixer les conditions de la vie économique et les charges fiscales de la province. Par la conquête ottomane qui la rattachait indirectement au gouvernement central d'Istanbul, la Palestine se trouvait une fois de plus pratiquement détachée de l'Égypte.
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