L'Islande

 

L’Islande est le dernier pays d’Europe à avoir été peuplé par l'homme. Ainsi, l’histoire de l’Islande est différente de celle des autres pays européens puisqu’il n’y a pas eu de période préhistorique-

Cependant le pays a pu être découvert bien plus tôt qu’on ne le pense, certaines légendes et histoires allant dans ce sens. Ainsi, le navigateur grec Pythéas a découvert, entre 330 et 320 av. J.-C., une île qu'il présente comme la dernière de l'archipel britannique et la limite septentrionale de son périple et qu’il nomme « Thulé ». Bien que cela n'ait pas été prouvé, il pourrait s'agir de l'Islande, Thulé étant le plus vieux nom de l’île, ce nom a également été utilisé pendant le Moyen Âge. Des pièces romaines de cuivre datées du iiie siècle après J.-C. ont été retrouvées lors de fouilles au sud-est et au sud de l’Islande. On peut penser que des navigateurs romains, venant d’Angleterre, qui était alors une colonie romaine, sont venus à cette époque.

Les Irlandais ont commencé pendant le Moyen Âge à rechercher des endroits isolés où ils pourraient servir Dieu en solitude. Ils ont d’abord découvert les îles Féroé au milieu du viie siècle, avant de continuer vers le nord et d'arriver en Islande – ou Thulé, comme ils appelaient l’île. Cette date peut avoir été antérieure, étant donné que le savant anglais Bède le Vénérable (674-735) mentionne Thulé dans ses écrits.

En 825, Dicuil, un moine irlandais qui a enseigné en France, a écrit dans De Mensura Orbis Terrae que des moines irlandais lui avaient dit qu’ils avaient vécu sur une île inhabitée qu’ils appelaient « Thulé ». Ils y étaient présents en 795 pendant environ six mois. Ils lui ont également dit que pendant l’été, la lumière du jour était présente la nuit et le jour. D’après ses écrits, il est certain que des moines irlandais étaient en Islande un siècle avant que la colonisation viking commence. De plus, dans le Livre des Islandais de Ari Þorgilsson le Savant, ce dernier parle des Irlandais qui étaient présents à l’arrivée des Vikings, et qui étaient surnommés les papar ou pères par les Vikings.

 

Húsavík

Au milieu du ixe siècle, un Norvégien nommé Naddoður naviguait de Norvège vers les îles Féroé, mais ses hommes et lui se sont perdus et ils sont finalement arrivés sur la côte est de l’Islande. Naddoður donna un nom à ce nouveau pays : « Terre de neige ».

Ensuite, un Viking d’origine suédoise, Garðar Svavarson a fait le tour du pays en bateau et a découvert qu’il s’agissait d’une île. Lui et ses hommes se sont ensuite arrêtés sur la côte nord où ils sont restés tout l’hiver. Ils ont construit des habitations et c’est ainsi que Húsavík (la baie de la Maison) a été fondé. Il a ensuite quitté l’île qu’il a nommée Garðarshólmi (l’île de Garðar). Un des esclaves de Garðar Svavarson, Náttfari, serait le premier à s'être installé de façon permanente en Islande après s'être enfui avec deux autres esclaves.

Un Viking norvégien, Flóki Vilgerðarson, plus tard surnommé Raven-Flóki, fut le troisième visiteur venant des pays nordiques. Il est venu avec sa famille dans l’intention de s’y installer. Ils se sont installés dans un fjord dans le nord-ouest de l’île. Après un hiver rigoureux, il décida de nommer cette île Terre de glace, ou Islande.

 

L'âge de la Colonisation (874-930)

 

 Une page du manuscrit du Landnámabók

 

L’histoire de la colonisation de l’Islande nous est connue par le Livre de la colonisation (Landnámabók) et le Livre des Islandais (Íslendingabók), dont nous n’avons que des versions écrites entre les xiiie et xve siècles. La société de ces premiers occupants nous est également connue par les sagas, ces recueils d’histoires et de légendes qui nous ouvrent une fenêtre sur la vie quotidienne et les relations sociales des habitants de l’île du xe au xiiie siècles. 

Selon le Livre des Islandais de Ari Þorgilsson le Savant, les premiers colonisateurs scandinaves trouvent l’Islande déserte à l’exception de quelques « papar ». Ces moines irlandais venus chercher la solitude à bord de currach, des bateaux fait de peaux assemblés tendues sur une armature de bois. Ces papar (singulier papi), comme les appellerons les Scandinaves, partent de leur plein gré ou sont chassés par les colons. L’archéologie atteste les preuves d’une présence celtique bien avant 874. 

En 860 environ, l’Islande auraient été redécouverte par les marins norvégiens de Nadoddrr rejetés par la tempête. Ils auraient baptisé le pays Snaeland, Pays de la neige. Une autre tradition attribue à un Suédois, Gardarr Svávarsson, la découverte de l’île. Ingólfr Arnarson, qui s'installe en 874 selon le Landnámabók, serait le premier habitant permanent. Un autre des premiers pionniers serait le Norvégien Flóki Vilgerðarson vers 870. Il trouve un terrain de chasse et de pêche, mais l’hiver rigoureux lui fait perdre tout son bétail faute de suffisamment de fourrage. Il donne à l’île son nom définitif, Island, le « Pays-de-Glace ».

Le Landnám (870-930)

Selon la légende, le norvégien Ingólfr Arnarson et son frère juré Hjörleilf Hróddrmarsson arrivent de Norvège en Islande après une affaire difficile avec le jarl Atli. Hjörleilf est tué par des esclaves qu’il avait attelés à sa charrue. Ceux-ci cherchent refuge dans des îlots au sud-est de l’Islande, auxquels ils donnent leur nom : îles Vestmann (vestman, « homme de l’ouest » désigne des irlandais) ou en islandais : Vestmannaeyjar. Après avoir châtié les assassins de son frère, Ingólfr se fixe à Reykjavík (Baie des fumées). 

Les premiers arrivants, une centaine, se partagent l’île, en respectant les rites magiques concernant la prise de possession du sol. Les suivants obtiennent des premiers des lots de terrains, soit pacifiquement en les achetant, soit en provoquant en duel les propriétaires. La plupart des colons viennent de Norvège (sur 432, six colonisateurs viennent du Götaland, en Suède, un seul du Danemark). Chaque colonisateur arrive avec sa famille, ses esclaves et sa clientèle, une vingtaine de personnes au minimum. Ils n’arrivent pas nécessairement directement de Norvège, mais aussi de Grande-Bretagne et d’Irlande. Certains de ceux-là sont déjà christianisés. 

Leur nombre augmentant, les colons éprouvent le besoin de s’organiser et de tracer un cadastre. Selon la tradition, Thorsteinn, fils d’Ingólfr Arnarson, le premier colon, institue la première assemblée locale, le thing de Kjalarnes, au nord de Reykjavik. D’autres assemblées sont créées par la suite sur le même modèle.

L’installation

 

 

Le knörr, bateau utilisé par les colons

La colonisation de l’Islande commence donc aux environs de 870. Cette date donnée par le Livre des Islandais écrit au xiie siècle, est confirmée par l’archéologie, notamment grâce à l’étude des cendres (téphra) laissées par les éruptions volcaniques. Cette période se termine quand toutes les terres utilisables sont occupées, aux alentours de 930. 

La colonisation est le fait pour la majorité de fermiers libres et indépendants. Les colons s’installent sur une terre vide de tout occupants hormis quelques moines irlandais (papar), et s’adaptent à un environnement souvent hostile avec leur technologie et leur économie héritée de l’âge du fer européen. Ces landnámsmenn (littéralement : ceux qui prennent possession des terres) sont à l’origine d’une constitution et d’un ensemble législatif élaboré original sans précédent.
Ils viennent pour la plupart de Scandinavie, principalement de Norvège, mais aussi des colonies norroises des îles britanniques où ils s’étaient parfois celtisé. 10 000 à 20 000 personnes émigrent. Les colons arrivent à bord de knörr, navires marchands pouvant embarquer 30 tonnes de cargaison, avec leurs familles, leurs dépendants et leurs esclaves, des biens, des outils et des animaux domestiques. La colonisation est largement financée par la richesse accumulée grâce au commerce et aux pillages des Vikings.
Les premiers landnámsmenn s’octroient de vastes territoires. Des conflits arrivent avec les émigrants arrivés plus tard, qui selon le landnámsbók accusent leurs prédécesseurs de s’être attribués trop de terres. Ils réclament l’arbitrage du roi de Norvège Harald à la belle chevelure, qui aurait fixé les règles de répartition des terres. Ces vastes terres sont divisées au cours des générations suivantes en plusieurs fermes. Certaines terres ont pu être vendues à des nouveaux arrivant ou à des esclaves affranchis.
Les arrivants doivent s’adapter à un environnement rigoureux. L’Islande est un pays de glaciers et de volcans, est pris entre le courant marin polaire au nord et à l’est, et le Gulf Stream au sud, qui réchauffe les côtes sud et ouest. Les masses d’air glacial et sec du nord s’opposent à celles humides du sud, qui provoquent de fortes précipitations de pluies et de neige, alimentant lacs, rivières et marécages propices aux oiseaux. L’intérieur des terres est pratiquement inhabitable. Plus de deux cent volcans actif ont modelé un paysage lunaire, constitué de coulées de laves durcies et de pierres ponce en désintégration. Les premiers colons savent utiliser les sources chaudes, pour cuire les aliments, faire la lessive, se réchauffer et se laver. Les bains pris en commun dans les piscines d’eau chaude ont une fonction sociale attestée pas les Sagas (Saga des gens du Val-au-Saumon). Les colons s’établissent le long de la côte et dans quelques vallées abritées. Ils ne rencontrent pas de concurrence dans la faune locale, le renard arctique et le mulot étant les seuls mammifères présents à leur arrivée (à l’exception de quelques ours polaires solitaires dérivant sur les glaces flottante venues du Groenland). Les colons introduisent des chiens, des chats, des cochons, des chèvres, des moutons, les bovins et les chevaux, et avec eux des insectes parasites. L’absence de prédateurs facilite l’élevage des bovins, qui est l’activité la plus importante au début. Celui des moutons s’intensifie au siècle suivant, mais celui des chèvres et des porcs, particulièrement destructeur pour les prairies, est pratiquement abandonné avant l’an 1000. Les robustes petits chevaux scandinaves au poil épais s’adaptent bien au milieu. Les paysans scandinaves sont préparés à cette vie rustique, dans des fermes isolées entourées de pâturages. Les maîtres de maison (húsbóndi) sont des hommes libres, qui doivent subvenir à la nourriture de ceux qui dépendent d’eux.

Économie de subsistance et dégradation du milieu naturel

L’Islande est à l’écart du grand commerce scandinave florissant à l’époque des Vikings et la subsistance de ses nouveaux habitants dépend des ressources locales : 

 - chasse : 

  - oiseaux : perdrix des neiges, canards, oies et cygnes sauvages, macareux, 

 - phoques pour la chair et la graisse, qui sert à l’alimentation, à l’imperméabilisation des cuirs, au calfatage des bateaux, à l’éclairage (huile de phoque)
 

 - morses (rosmhvalar) pour la chair, la graisse et l’ivoire, jusqu’à leur extinction 

  - pêche :  pêche côtière à la morue, au requin, à la raie : morue séchée au vent (skreið) sur un morceau de bois (stokkr, qui a donné stockfisch) 

 - pêche au saumon, truite et omble dans les rivières : truite et saumon fumés.
cueillette
 

 - collecte du bois échoué, 

 - ramassage des œufs,
 

- recherche des baleines échouées sur les côtes.

La découverte de baleines peut dégénérer en affrontements violents lors du partage des énormes quantités de viandes et de graisse qui en découlent, comme le raconte la saga de Gretir. La viande et la graisse dépecées sont conservées dans des fosses (hvarlgrafir) où elles fermentent.
 

 - lichens comestibles (fjallagrös, ou mousse d’Islande) utilisés pour remplacer la farine.
élevage : Les troupeaux de bovins et d’ovins, peu nombreux aux premiers temps, prennent de l’importance et sont emmenés à l’estive dans les montagnes où ils trouvent de meilleurs pâturages (almenning, terres communes). Le fourrage récolté dans les prairies des plaines est vital pour nourrir le cheptel durant l’hiver.
 

 - L’élevage devient rapidement le premier moyen de subsistance, fournissant viandes et produits laitiers. La viande fraîche n’est consommée qu’à l’automne, et les bêtes abattues sont plutôt préparées pour la conservation : en l’absence de sel, les viandes sont parfois fumées à la bouse séchée, ou bouillie et placées dans de grands bacs de bois remplis de petit-lait fermenté (súrr) où elle prennent un goût aigre et se conservent.
En hiver, les vaches mises à l’étable et nourries d’une maigre quantité de foin ne produisent plus de lait. 

 - Beurre et skyr (sorte de lait fermenté), sont donc préparés à la belle saison pour être stocké.
Les moutons restent dehors tout l’hiver et subviennent eux-mêmes à leur nourriture.
 

 - La culture de céréale (orge) est marginale. Blé et farine importés sont des produits de luxe.
 

Les tâches liées à la production laitière – traite, préparation du skyr– sont souvent effectuées par les femmes. Le filage et le tissage de la laine également. Les hommes gardent et soignent les animaux, entretiennent les bâtiments, collectent les produits naturels, transportent dans des outres à dos de cheval, le skyr (sel) des burons, vers les fermes, où il est traité.

La société est exclusivement rurale. Un modèle de ferme isolée se subvenant à elle même autour de vastes pâturages se généralise et perdure souvent jusqu’à notre époque. L’agriculture est limitée et produit peu de surplus exportables. Les techniques employées n’évoluent guère jusqu’au xixe siècle. Les premiers colons bénéficient cependant d’un climat plus clément, qui se dégradera à partir de la fin du xiie siècle. Leur exploitation du sol et le développement du cheptel affectent l’environnement de l’île qui s’en trouvera modifié dès le xiiie siècle. Les prairies sont dégradées par le surpâturage et dès 920 le sol des hautes terres connaît une érosion rapide. L’espace forestier se réduit rapidement, ce qui favorise également l’érosion. Les colons défrichent facilement les forêts primaires de bouleau, souvent par brûlis comme l’atteste l’archéologie (fouilles de la ferme de Hrísbrú, dans la vallée de Mosfell), pour en faire des pâturages. Ce bouleau chétif fournit également le bois nécessaire au foyer et à la fabrication de charbon de bois pour la métallurgie (un minerais de fer de piètre qualité, la limonite, est abondant dans les marrais mais nécessite de grande quantité de combustible pour être extrait). Les gros arbres étant rares et rapidement abattus, il faut importer du bois de charpente pour la construction des maisons ou des bateaux. La rareté du bois oblige également à employer les roches volcaniques friables et des mottes de terre herbeuses pour clôturer les champs cultivés et les pâturages.

La maison

 

Maisons islandaises construites en 1193

 

La construction de la maison de ces premiers Islandais, compte tenu de la rareté du bois et de la pierre dure, se fait avec des mottes de terre découpées dans du gazon. Elles forment des murs épais et isolant autour d’une ossature de bois, faite de poutres exportées ou de bois flottés ramassés sur les côtes, principalement apportés de Sibérie par les courants. Ces maisons longues (langhús) existaient dès la préhistoire en Scandinavie, où elles seront remplacés par des maisons de bois à l’époque viking. Elles se composent d’une grande salle commune étroite et oblongue (skáli), qui devait être sombre et enfumée. Les parois intérieures sont entourées de banquettes larges (set) utilisées pour s’assoir, manger et dormir. Un long foyer (langeld) occupe le centre de la pièce à même le sol et la fumée est évacuée par un simple trou dans le toit. C’est là où l’on cuit les aliments. Il y a parfois des dépendances (latrines, magasins de stockage), qui à la fin de la période viking peuvent communiquer directement avec la pièce principale, par souci de sécurité. La porte d’entrée, en façade, et surmontée d’un gâble et son seuil est pavé de pierres. Plus tard, les fermes comporteront plusieurs pièces en plus de la salle commune : pièce à vivre (stofa), vestibule, lit-clos réservé au maître et à la maîtresse de maison.

L’artisanat et le commerce

Les fermes produisent à domicile sur des métiers verticaux un tissu de bure grossier, le vaðmál3, qui est utilisé pour la confection des vêtements et de toiles de voile, une fois imperméabilisé à la graisse animale. Sa production pour l’exportation commencera dès la fin du XIe siècle avec le développement des villes marchandes en Norvège. Les hommes portent une chemise longue et un pantalon de laine. Sous-vêtements de lin importés et vêtement de couleurs sont un signe de richesse. Les femmes portent en général une robe fourreau, parfois plissée, couverte d’un long tablier agrafé par des broches. 

Les métaux précieux (argent) sont rares et les échanges se font le plus souvent avec du bétail, des produits laitiers, des draps (vaðmál), de la laine brute ou des peaux. L’île dispose vite d’un réseau de sentiers cavaliers, mais de peu de routes carrossables et les communications maritimes sont limitées par le coût élevé des constructions navales, notamment après la fin du xie siècle. 

Jusqu’au XIe siècle, les goðar islandais se rendent régulièrement en Norvège sur leurs bateaux et y vendent la laine cardée et d’autres produits brut en échange d’objet de prestige (armes, tapisseries, vêtements, étoffes de lin et tissus de couleurs, outils, farine, cire, bols en stéatite, bijoux, orge et houblon pour brasser la bière, bois de charpente).

Les institutions : naissance d’une nouvelle société

Les hommes qui quittent la Norvège laissent un pays en cours d’unification sous le règne du roi Harald à la belle chevelure, qui selon l’historien islandais du xiiie siècle Snorri Sturluson impose l’impôt foncier aux paysans libres au mépris de leurs traditions et place des jarl (comtes) à la tête de chaque province. Ce refus d’un pouvoir centralisé explique peut-être le choix du départ vers l’Islande et la création d’une communauté dont les structures étatiques sont les plus réduites possible. 

La société s’organise dès le départ sur une conception élaborée de la propriété privée et de la loi, sans qu’aucune institution centrale forte ne les garantisse. Il n’existe aucune organisation militaire centrale ou locale défensive, l’isolement du pays le mettant à l’abri d’invasions extérieures pendant la période viking. Les colons n’ont donc pas besoin d’une aristocratie militaire comme il en existe dans la société scandinave à la même époque et les législateurs privilégient les droits des fermiers libres (bóndi, pluriel bœndr) et un pourvoir exercé collectivement. Cette société est relativement égalitaire, bien qu’il existe une hiérarchie sociale : big men, goðar, bœndr, métayers, travailleurs sans terres, affranchis et esclaves.

Le goði

Le mot vient du vieux norrois Goð (Dieu), et goði est parfois traduit par prêtre-chef. Les premiers goðar exercent probablement des responsabilités de prêtre dans l’ancienne religion. De nombreux goðar ont dû exercer la fonction de prêtre après la conversion de l’Islande au christianisme en l’an 1000. 

Chefs politiques et religieux, les goðar (singulier goði), n’ont qu’un faible pouvoir exécutif et ne gouvernent pas d’unité territoriale. Ce ne sont pas des chefs militaires et ils ont un simple pouvoir de police et de règlement des conflits. Ils assoient leur autorité en possédant des objets de luxe importés, en donnant des banquets et en faisant des prêts ou des dons aux métayers dans le besoin. Ils ne perçoivent apparemment aucun impôt et tirent leurs revenus de l’exploitation de leurs terres par des esclaves, travailleurs sans terre ou métayers et de la location de propriétés ou de bétail. Leur participation privilégiée au processus juridique leur permet également d’acquérir des bénéfices parfois considérables versé par les bœndr où par d’autres chefs qu’ils soutiennent dans les conflits et les procès. Ils jouent un rôle important dans la redistribution des richesses en rendant des services à leur clientèle. L’accroissement de leur pouvoir territorial est limité jusqu’à la fin du XIIe siècle par un système de contrôle mutuel. Les fermiers libres qui confient publiquement l’autorité à leur goði (thingmenn, singulier thingmaðr) peuvent ainsi la lui reprendre et la donner à d’autre. La charge du goði (goðorð) est considérée comme une possession privée et est transmise généralement à un membre de sa famille, qui n’est pas nécessairement l’aîné des fils. Elle peut être vendue, partagée ou offerte, ce qui permet à un bóndi de devenir goði s’il en à l’ambition et garantit la stabilité politique.

Les assemblées

L’Islande possède un corps législatif national, la Lögrétta, dont sont membres les seuls goðar et un système judiciaire évolué. Le droit est fondé sur la coutume. La guerre privée est un moyen courant de régler les litiges, mais le consensus et l’arbitrage public sont généralement recherchés en l’absence d’autorité centrale.

Le hreppr gère et contrôle les terres communes, en particulier les pâtures d’estive et les côtes. Il peut intervenir comme assurance au bénéfice d’éleveurs mis en difficulté par une mauvaise récolte de foin. 

Les colonisateurs commencent par instituer des thing locaux, assemblées héritées de la tradition scandinave. Ils réunissent les fermiers propriétaires libres. A la fin de la colonisation, les Islandais de la deuxième et troisième génération éprouvent le besoin d’une forme de structure gouvernementale. Le Livre des Islandais dit que Ulfljót aurait été envoyé en Norvège vers 920 pour étudier la législation de l’assemblée de Gula (le Gulathing) pour l’adapter à la situation en Islande. Vers 930, à la fin du Landnám, un gouvernement décentralisé est institué : l’Althing. C’est une assemblée générale, qui adopte vers 965 une série de réformes constitutionnelles qui fixent le nombre de goðorð à 39. C’est le début de l’État libre ou république (Thóðveldi) d’Islande. 

 

 

Carte présentant les aires de colonisation scandinave

Les raisons de cette immigration vers l’Islande sont nombreuses. Tout d’abord, en Norvège, le roi Harald Ier essayait d’unifier le pays en un seul État, ce qui engendrait de nombreux conflits, et de nombreux ennemis se sont enfuis en Islande. Beaucoup ont aussi quitté la Norvège en raison des taxes importantes et de l’oppression menée par le roi. Pour faire face à cette vague d’émigration un accord fut trouvé pour que tous les colons islandais payent une taxe au roi. Cette taxe fut permanente, même après l’âge de la colonisation. L’immigration était également due au besoin constant de terres.

À la fin de l’âge de la colonisation, en 930, la population est estimée à 6 000 personnes.Parmi les colons les plus connus, on peut citer Ingólfur Arnarson, qui a fondé Reykjavík (« la baie des fumées », en raison des nombreuses sources d’eau chaude), qui deviendra ensuite la capitale de l’Islande.

 

L'État libre islandais (930-1262)

Fondation de l'Althing (930)

 

Þingvellír

Les colons qui sont venus en Islande arrivaient en groupe, avec les hommes libres, les femmes, les enfants et les esclaves. Ces groupes appartenaient souvent à une grande famille, chacune étant regroupée sur une partie de l’île. Chacun de ces groupes était gouverné par un homme riche et de descendance noble, qui édictait les règles applicables à sa colonie et prenaient également soin de faire les offrandes nécessaires aux dieux. Pour ces services, les colons devaient payer des taxes, ce qui renforçait la place du chef en le rendant plus riche et plus puissant. Ainsi, à travers le pays, de nombreuses principautés se sont développées. Dans une colonie viking, ces arrangements étaient naturels puisque les colons n’apportaient avec eux que leurs coutumes. Ainsi, les membres de chaque communauté se réunissaient en assemblée à certains moments pendant l’année pour discuter des lois, mais aussi pour juger les gens qui violaient ces lois.

 

Représentation d'une réunion de l'Alþing

L’établissement du Þjóðveldisöld est dû à un groupe consistant en grande partie d’émigrants récents norvégiens ayant fui l’unification de leur pays sous le roi Harald Ier. 

Le système des goðorð

La structure de l’Islande médiévale était peu commune. Sur le plan national, l’Althing constituait à la fois un tribunal et une chambre législative ; il n’y avait ni roi ni pouvoir exécutif central. L’Islande se divisait en nombreux goðorð (au pluriel comme au singulier) consistant essentiellement en clans ou en alliances dirigées par des chefs de clan appelés goðar (singulier goði). Les chefs de clan assuraient la défense et nommaient des juges pour résoudre les conflits entre les membres du goðorð qui ne consistaient pas, à strictement parler, en zones géographiques mais en groupes auxquels chaque individu adhérait de son plein gré. Il était donc possible, au moins en théorie, de changer à volonté de goðorð. C’étaient aussi les goðar qui avec 2 hommes de leur suite chacun représentaient le peuple dans le parlement Althing, une structure donc plutôt oligarchique. 

Telle est la base de la thèse, contestée, selon laquelle l’État libre constituait une sorte de démocratie. Le goði était propriétaire de son rang qu’il pouvait acheter, vendre, emprunter et léguer alors que nul groupe d’hommes de position inférieure ne pouvait élire ou déclarer quelqu’un goði.

Le système judiciaire

Si quelqu’un voulait faire appel d'une décision prise par son tribunal de goðorð ou si un conflit surgissait entre les membres de différents goðorð, il était possible de référer l’affaire à un système de cours de plus haut niveau jusqu’aux quatre cours régionales de 36 juges (fjórðungsdómur) composant l’Althing, alors les goðar des quatre parties de l’Islande. L’Althing a, par la suite, créé une « cinquième cour » nationale (fimmtadómur), une sorte de cour suprême composée de 48 juges nommés par les goðar de la partie législative (Lögrétta) de l’Althing. Bien que l’Althing n’ait que modérément réussi à résoudre les disputes, elle a également montré l’ampleur de ses pouvoirs lorsqu’elle a ordonné, quand l’Islande a été contrainte, sous les menaces du roi Olaf Ier de Norvège, de se convertir au christianisme en l’an 1000, que tous les Islandais devaient être baptisés et a interdit la célébration publique, et quelques années plus tard, privée, des rituels païens. En 1117, ses lois ont été mises par écrit.

Économie et société

La population de l’Islande vers 930 est alors estimée à 35 000 personnes. Elle est fortement mêlée, composée à majorité de Norvégiens du sud-Ouest, mais aussi de Danois et de Suédois, de Flamands, de Saxons et d’Anglais. La proportion des Celtes est considérable, venus d’Irlande et des îles nord-atlantiques (Orcades, Shetland, Hébrides), voire de l’île de Man ou du nord de l’Écosse. 

Les colons islandais vivent principalement de l’élevage extensif des bovidés et surtout des ovins. La pratique de l’agriculture (blé noir principalement) est possible dans le sud, mais limitée, et le grain sera toujours un article d’importation indispensable. La pêche est une ressource importante (saumon et truite, morue et hareng), à laquelle s’ajoute la chasse au phoque et à la baleine, pour l’ivoire en particulier. Le commerce vers la Norvège, l’Angleterre et l’Irlande tient une place importante (importations de bois de construction, de blé, de fer, de goudron, de vin, d’habits de luxe et d’objets d’art, en échange de laine, de suif et de peaux).

Déclin et chute

Vers l’an 1220, à la suite des conséquences de l’instauration de la toute première taxe territoriale islandaise destinée à l’entretien des églises, détournée par des chefs et entraînant leur enrichissement excessif1, l’État libre islandais a commencé à souffrir de graves dissensions internes : à cette époque, 80% des terres appartenant à seulement cinq grandes familles, les disputes entre celles-ci dégénéraient en sorte de guerre civile qui déchirait le pays, surtout au milieu du xiiie siècle.
Le roi de Norvège aussi continua plus que jamais à faire pression sur les Islandais pour qu’ils soumettent leur pays à son pouvoir. Le fameux, riche et influent poète-politicien Snorri Sturluson jouait un rôle clé toujours disputé dans ces entretiens. Les mécontentements suscités par les conflits internes et la pression exercée par les souverains norvégiens ont amené les chefs de clans islandais à mettre de facto fin à l’État libre islandais en décidant, en 1262, de reconnaître pour souverain le roi Haakon IV de Norvège et d’adopter des structures de pouvoir féodal.

L’État libre islandais comme exemple d’anarcho-capitalisme

Selon une théorie exprimée par l’économiste David Friedman, la société islandaise aurait été anarchiste pendant ses trois siècles d’indépendance, l’Althing s’apparentant plus à une chambre de commerce qu’à un corps de législation souverain. Si cette représentation s’avère exacte, l’histoire islandaise serait celle qui aurait approché au plus près de l’idéal anarcho-capitaliste de Friedman.

La multitude de colonies en Islande a eu pour conséquence une multitude de lois différentes. Ainsi, comme de nombreux colons voulaient vivre en paix, les chefs ont réalisé que l’unification du droit et de la société serait bénéfique pour le pays. Le résultat fut donc l’établissement de l’État libre islandais en 930.

Une fois que les chefs dominants eurent décidé d’unifier le pays en une seule société, ils envoyèrent un homme, Úlfjótur, en Norvège pour y apprendre le mode de fonctionnement du droit et des formes de gouvernement. Un autre homme, Grímur Geitskör, fut envoyé à travers l’Islande pour trouver un endroit convenable pour établir le parlement et pour acquérir de la part du reste des chefs un soutien. Au même moment, un fermier qui habitait à Bláskógar, dans les environs de Reykjavík, fut déclaré coupable du meurtre d’un homme libre. Sa condamnation consistait au paiement d’une amende et à l’abandon de ses terres. C’est sur ces terres, qui devinrent propriété publique, qu’on décida d’établir l’Alþing, à Þingvellír. Elle se réunit pour la première fois en 930. Il y avait trente-six principautés, et donc autant de chefs qui étaient membres de la nouvelle assemblée. Cette composition de l'assemblée évolua au fil du temps. Le Parlement possédait le pouvoir judiciaire et législatif, le pouvoir exécutif étant exercé en privé.

 

L'âge des Sagas (930-1030)

 

Le poète et guerrier Egill Skallagrímsson, un des personnages les plus populaires des Sagas

La période entre 930 et 1030 est connue comme étant l'âge des Sagas. La plupart des événements héroïques qui ont donné lieu aux sagas se sont produits durant cette période. Les sagas étaient transmises oralement de génération en génération avant d'être retranscrites par écrit pendant les xiie et xiiie siècles. Cette période était une ère de prospérité pour les Islandais. La plupart des Islandais vivaient de l'agriculture et de la pêche, mais également des raids vikings.

 Les principales routes décrites par la Saga d'Erik le Rouge et la Saga des Groenlandais.

Les Islandais étaient toujours des grands navigateurs. Naviguer sur les océans était une grande tradition viking et les Islandais continuaient l'exploration des mers et découvraient de nouvelles terres. Comme le Groenland n'était pas très éloigné de l'Islande, la découverte de l'île est intervenue assez tôt. Le premier à apercevoir les côtes du Groenland fut Gunnbjörn Úlfsson au xe siècle. Par la suite, Snaebjörn Galti fut le premier a tenter d’accoster en 978. Les nouvelles de cette découverte se sont très vite répandues. Eiríkur Thorvaldsson (ou Erik le Rouge), vivait sur la côte ouest de l'Islande. Après avoir été condamné à trois ans d'exil pour avoir tué d'autres Islandais, il décida de partir vers cette nouvelle terre à l'ouest vers 980. Ayant découvert l'île, il la nomma Groenland. Finalement, il s'y installa définitivement en 986. Cette histoire est racontée dans la Saga d'Erik le Rouge.

Leifur, fils d'Erik le Rouge, ou Leif Ericson l'Heureux, est né en Islande, mais il s'installa plus tard avec son père au Groenland. Comme son père, c'était un aventurier et un explorateur. En l'an 1000, il navigua vers le sud-ouest et découvrit plusieurs territoires. Il arriva d'abord à Helluland (l'île de Baffin), à Markland (le Labrador) avant de s'arrêter à Vinland, ou « Terre du Vin », qui pourrait être L'Anse aux Meadows, sur Terre-Neuve.

 

L'évangélisation de l'Islande (1000)

 

Une statue reproduisant Thor datant du 10ème siècle, retrouvée en Islande

 

Ólafur Tryggvason, le roi de Norvège

 

Goðafoss

 

Les Islandais étaient des païens croyant à la mythologie nordique. Alors que les pays nordiques s'étaient déjà tournés vers le christianisme, les premiers missionnaires chrétiens arrivèrent en Islande à partir de 980. Mais très vite, ils furent obligés de quitter l'île.

Quelques années plus tard le chef viking Ólafur Tryggvason devint roi de Norvège. Après avoir accompli l'évangélisation des Norvégiens, il dirigea ses efforts vers les colonies nordiques, comme les Îles Féroé, les Îles Shetland, le Groenland et l'Islande, en envoyant des missionnaires. Le premier missionnaire du roi fut Stefnir Thorgilsson, un natif d'Islande, qui commença par attaquer les temples païens, mais il fut rapidement envoyé en exil. Un second missionnaire flamand échoua également et il rapporta au roi que les Islandais étaient mauvais par nature et qu'ils ne pourraient jamais être convertis.

Le roi Ólafur Tryggvason menaça alors de massacrer tous les Islandais qui ne voulaient pas se convertir. Devant ces menaces, deux chefs islandais, Gissur le blanc et Hjalti Skeggjason, qui étaient convertis, rencontrèrent le roi et lui promirent que les Islandais seraient évangélisés. Le roi accepta cette offre et les deux chefs rentrèrent en Islande pour la session de l'Alþing de l'an 1000. Les Islandais se rassemblèrent en grand nombre, mais ils étaient divisés entre ceux qui voulaient garder leur religion et ceux qui voulaient se convertir. La plupart des Islandais voulaient simplement éviter une guerre de religion. Devant l'opposition, les chefs se mirent d'accord pour que Þorgeir Þorkelsson, le goði de Ljósavatn, qui était païen, mais qui avait une position modérée, décide sur ce problème. Le jour suivant, Þorgeir annonça que les Islandais devaient devenir chrétiens à la condition que certaines traditions soient respectées et que le culte païen puisse être exercé en privé. Un grand nombre de personnes furent baptisées sur place- La légende raconte que lorsque Þorgeir Þorkelsson rentra chez lui, il prit toutes ses statues et les jeta dans une cascade. Depuis, cette cascade est appelée Goðafoss, la cascade de Dieu.

 

L'âge de la paix (1030-1220)

L’Islande s’est convertie à la religion chrétienne en l’an 1000 après J.-C. En Islandais, on parle de kristnitaka, littéralement «prise du christianisme». 

Les premières manifestations du christianisme en Islande apparaissent selon toute vraisemblance avec l’arrivée des premiers colons lors de la colonisation de l'Islande au cours des IXème et Xème siècle de l’ère chrétienne. Certains d’entre eux étaient originaires des Îles britanniques et furent convertis au christianisme au contact avec les Irlandais. Cependant la plupart des colons étaient païens, adorant les Ases (les dieux nordiques), ce qui permet d’affirmer que tout culte chrétien s’éteint au bout d’une ou deux générations.

Témoignages

On considère généralement que l’Islande a adopté le christianisme en l’an 1000, bien que certains historiens placent cette conversion en l’an 999 après J.-C. La plupart des faits historiques qu’a connu l’Islande avant la conversion sont consignés dans le livre des Islandais d’Ari Þorgilsson, les sagas des Islandais et des écrits de l’Église à propos des premiers évêques et pasteurs. Le compte rendu d'Ari Þorgilsson concernant la conversion semble être fiable; bien qu’il soit né soixante-sept ans après la conversion, ses sources sont de première main.

Des débuts peu concluants

À partir de 980, l’Islande fut visitée par plusieurs missionnaires. le premier d’entre eux semble être un Islandais de retour dans son pays après un voyage à l’étranger, Thorvald Konradsson. Il était accompagné d’un évêque allemand appelé Fridrek, dont on sait peu de choses. Toujours est-il que la tentative de Konradsson de convertir les Islandais au christianisme ne rencontra pas un franc succès. Il fut ridiculisé et finalement chassé du pays pour son implication dans un différend où deux hommes furent tués.

L’action du roi Olaf

Olaf Tryggvasson devient Olaf Ier de Norvège 

 L’accession au trône du roi Olaf Ier de Norvège décupla les efforts pour christianiser l’Islande. Olaf renvoya dans son pays un Islandais nommé Stefnir Thorgilsson pour convertir ses compatriotes. Celui-ci détruisit violemment des représentations et des sanctuaires sacrés, ce qui le rendit si impopulaire qu’il fut déclaré hors-la-loi. Après l’échec de Thorgilsson, Olaf manda un prêtre appelé Thangbrand. Thangbrand était un dévot expérimenté, car il avait déjà à son actif la conversion au christianisme de la Norvège et des îles Féroé. Sa mission, qui dura de 997 à 999, ne connut qu’un succès mitigé. Certes, il réussit à convertir quelques chefs parmi les plus importants, mais tua deux ou trois individus au passage. Thangbrand retourna en Norvège en 999 afin d’avouer son échec au roi Olaf. Ce dernier adopta alors une attitude beaucoup plus radicale à l’égard des Islandais. Il refusa aux marins islandais l’accès aux ports norvégiens, et pris en otage des Islandais résidant en Norvège. Cela coupa tout échange entre l’Islande et son principal partenaire commercial. Certains des otages étaient des enfants d’éminents chefs islandais, et Olaf menaça de les tuer si les Islandais n’acceptaient pas le christianisme. La politique étrangère de l’état libre islandais consistait essentiellement à maintenir de bonnes relations avec la Norvège. Les chrétiens islandais utilisèrent la menace du roi pour intensifier leur campagne de conversion. Les deux religions rivales ont rapidement divisé le pays en deux : on frôlait la guerre civile.

La décision de Thorkelsson

Cette situation dura jusqu’au rassemblement du parlement islandais, l’Alþing, l’été suivant. Des heurts entre membres des deux communautés religieuses étaient à prévoir, mais des médiateurs décidèrent de traiter la question par arbitrage. Le lögsögumad de l’Athing, Thorgeir Thorkelsson, fut accepté en tant que médiateur par les deux parties car on le considérait comme un homme modéré et raisonnable. Il accepta la responsabilité de décider si l’Islande devait devenir chrétienne, à condition que les deux parties acceptent la décision. Quand cela fut accepté, il passa un jour et un nuit de contemplation, blotti dans une couverture de fourrure. Le jour suivant il annonça que l’Islande devenait chrétienne, bien que la consommation de viande de cheval, condamnée par le christianisme, serait autorisée. Le culte païen privé serait également maintenu, en contradiction avec le second et le quatrième commandement divin. Thorkelsson, qui était lui-même un prêtre païen, se saisit de ses idoles païennes et les lança dans une grande cascade, appelée de nos jours la Cascade des Dieux (Goðafoss). La question religieuse résolue, la décision de Thorkelsson fut respectée et les baptêmes commencèrent. Cette christianisation rapide est remarquable, au regard des décennies de dissensions qui ont été nécessaires pour que la Norvège deviennent complètement chrétienne. On peut dire que cette facile conversion résulte d’un appui politique fort des chefs de clans islandais qui craignaient la guerre civile. Une fois que l’Église fut fermement implantée en Islande, on interdit tout culte païen ainsi que la consommation de viande de cheval.


La cathédrale de Skálholt

Le premier évêque islandais fut Ísleifur Gissurarson en 1056. Il travaillait comme évêque missionnaire en Islande et au Groenland, puisqu'il n'était affecté à aucun diocèse. Durant cette période, l'Église et le christianisme se renforcèrent en Islande. À sa mort, c'est son fils, Gissur Ísleifsson qui lui succéda. Il créa le siège épiscopal de Skálholt, et y affecta son patrimoine. Il y construisit une cathédrale et renforça l'autonomie de l'évêque et de l'Église en Islande. Sa plus grande réussite fut l'introduction d'une dîme en 1097, beaucoup plus tôt que dans les autres pays nordiques. La dîme était le premier impôt général dans le pays. La dîme posa la base de la domination de l'Église jusqu'à la Réforme de 1550. Un second siège épiscopal fut créé au nord, à Hólar, et son premier évêque fut Jón Ögmundsson-

 

Hólar

 

La dîme de 1097 a eu une grande importance pour l'Église et a radicalement changé l'État libre islandais. L’Église est devenue plus riche et les évêques plus puissants. Les chefs qui étaient dispersés à travers l'île profitèrent également de la dîme en se faisant nommer prêtres, détournant ainsi l'argent destiné aux pauvres.

Avant l'évangélisation de l'Islande, les Islandais ne connaissaient que l'alphabet runique. L'introduction du christianisme fut accompagnée de l'alphabet latin. Les lois ont été écrites pour la première fois durant l'hiver 1117-1118. Ce corpus de lois de la République a plus tard été appelé Grágás. Le premier écrivain connu est Sæmundr Sigfússon, dit « le Savant ». On dit qu'il fut la première personne venant d'un pays nordique à étudier en France.

C'est en 1130 que le premier livre d'histoire a été écrit. L'Íslendingabók, ou le Livre des Islandais, écrit par Ari Þorgilsson, retrace les événements les plus importants de l'histoire de l'Islande, depuis l'âge de la colonisation jusqu'à la mort de l'évêque Gissur Ísleifsson.

Pendant le xiie siècle et le début du xiiie siècle, il était évident que la structure sociale du pays changeait rapidement. Avec la richesse croissante de l'Église, certains Islandais sont devenus très riches et très puissants. Ces derniers se comportaient sans tenir compte des lois et petit à petit, à travers des alliances, leurs territoires s'agrandissaient.

 


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