Bas-relief de la mosquée de Mantingan près de Jepara (côte nord de Java) représentant un éléphant à partir de motifs floraux
Des marchands musulmans étrangers commerçaient avec l'Indonésie et la Chine depuis des siècles. On trouve, dans un mausolée islamique à Leran dans l'est de Java, une pierre tombale portant une date correspondant à 1082 après J.-C.
Ce sont surtout les sources étrangères, notamment chinoises mais aussi européennes, qui donnent des éléments permettant d'établir les jalons d'une histoire de la diffusion de l'islam en Asie du Sud-Est insulaire. On peut distinguer deux processus, liés mais distincts :
La diffusion à partir de Sumatra vers la péninsule Malaise, la cité-État de Malacca jouant un rôle fondamental,
La diffusion sur la côte nord de Java, qu'on appelle Pasisir, et de là vers les Moluques.
Le contexte de cette diffusion est l'essor du commerce international entre d'une part, les Moluques et la Chine et d'autre part, l'Inde et le Moyen-Orient. Ce commerce passe nécessairement par le détroit de Malacca. Situé au point le plus étroit de ce détroit, Malacca devient vite une escale obligée de ce commerce florissant, dominé par les marchands musulmans. À Java, située sur la route des Moluques, c'est aussi l'essor du commerce international qui amène des marchands musulmans à faire escale dans les ports du Pasisir.
On peut attribuer le succès de l'islam auprès des souverains et des classes dirigeantes des cités portuaires de l'archipel par plusieurs facteurs :
Nombre des marchands étrangers étaient liés à des confréries soufies, dont la spiritualité présentait un attrait et pouvait se couler dans les conceptions religieuses traditionnelles des habitants de l'archipel.
L'islam apportait une conception individualiste des rapports sociaux et la notion de protection des intérêts par le contrat, ce qui ne pouvait manquer de séduire les milieux marchands.
Religion prosélyte, l'islam encourageait les nouveaux musulmans à promouvoir leur foi.
Enfin, la menace que représentait l'expansionnisme portugais a favorisé l'émergence d'une conscience commune chez les souverains musulmans.
Les habitants de l'archipel deviennent en fait musulmans sans s’en rendre compte. Un indice est le mot adat, qui désigne la coutume et les traditions antérieures à l'arrivée de l'islam et distinctes de lui. Ce mot est d'origine arabe. On peut donc penser qu'à un moment, les gens aient éprouvé le besoin de nommer quelque chose qui était intrinsèque à leur existence et dont ils n'avaient pas conscience, et qu'ils n'aient pu le faire qu'avec un mot étranger.
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Sumatra et le monde malais
En 1282, le roi de Samudra, situé dans l'actuel Aceh, envoie en Chine deux émissaires portant des noms arabes. Dans son voyage de retour de la cour de Kubilai Khan à Venise en 1292, Marco Polo fait escale à Perlak, voisin de Samudra, et note que le souverain de ce port est musulman, ce qui n'est pas le cas de Basma et Samara. On a essayé d'identifier, sans certitude, Samara à Samudra et Basma à Pasai, une autre principauté voisine.
Le voyageur nord-africain Ibn Battûta fait escale à Samudra à l'aller et au retour de son voyage en Chine en 1345-1346. Il note que le souverain est musulman de l'école chaféite.
Deux pierres tombales musulmanes à Minye Tujuh en Aceh témoignent de la transition en train de s'opérer dans le pays. Toutes deux rédigées en malais, l'une est écrite dans un alphabet d'origine indienne qualifié de « proto-sumatranais », l'autre en arabe. Elles signalent le décès d'une fille du sultan Malik al Zahir. Les deux inscriptions portent une date en ère Saka et en ère de l'Hégire, mais diffèrent d'une dizaine d'années, l'une mentionnant l'équivalent de 1380 après J.-C. et l'autre, 1389.
On peut identifier les jalons historiques suivants :
1290 : le souverain de Pasai devient musulman.
1303 : la "pierre de Terengganu" (Batu Bersurat terengganu) sur la côte est de la péninsule Malaise porte un fragment de texte juridique rédigé en malais mais en écriture arabe.
vers 1410 : le souverain de Malacca se convertit à l'islam.
vers 1500 : celui de Brunei se convertit.
vers 1520 : celui de Patani se convertit.
Tomé Pires, un apothicaire de Lisbonne qui séjourne à Malacca de 1512 à 1515, note que tous les rois de Sumatra sont musulmans mais que ce n'est pas le cas de leurs sujets.
La route de la soie maritime, contrôlée par des marchands musulmans, passe par l'archipel indonésien. Les princes des cités portuaires trouvent avantage à se convertir à l'islam, ce qui leur permet d'entrer dans ce réseau marchand.
Java
Tombes musulmanes de membres de la famille royale de Majapahit à Troloyo (Java Est)
A Java, la tradition attribue la propagation de l'islam à « neuf saints », les Wali Sanga : les sunan (souverains) Gunung Jati (dont on situe deux tombes, l'une à Cirebon et l'autre à Banten), Kalijaga (dont la tombe est à Demak), Kudus (dans la ville du même nom), Muria (dans la région du même nom), Bayat (dont la tombe est près de Surakarta), Bonang (Tuban), Giri (Gresik), Ngampel (Surabaya), Walilanang (près de Madiun).
On peut identifier les jalons suivants :
vers 1410 : un Chinois musulman fonde Gresik.
vers 1480 : un Chinois musulman du nom de Cek Ko Po devient le premier sultan de Demak3.
1526-1527 : des souverains musulmans sont installés à Cirebon et Banten.
Dans un mausolée à Leran près de Surabaya dans l'est de Java, il y a une stèle musulmane datée de l'an 475 de l'Hégire (1082 après J.-C.).
Le « soleil de Majapahit », emblème figurant sur de nombreuses constructions du royaume
On estime toutefois que l'islamisation de Java débute à l'époque du royaume hindou-bouddhique de Majapahit dans l'est de Java. On trouve en effet, sur le site de l'ancienne capitale à Trowulan, des tombes musulmanes. La plus ancienne est datée de 1290 de l'ère Saka (1368 après J.-C.). La plus récente est datée de Saka 1397 (1475 après J.-C.). La période couverte par ces tombes va donc du règne de Hayam Wuruk (1350-1389) à celui de Singhawikramawardhana (1466-1478). Elles portent des inscriptions en arabe et un médaillon représentant le « soleil de Majapahit ». On pense donc qu'elles sont les sépultures de membres de la famille royale. Pourtant, le Nagarakertagama, poème épique écrit en 1365 sous le règne de Hayam Wuruk, dit du roi qu'"il est Shiva et Bouddha" et cite les clergés bouddhique et shivaite, mais ne mentionne pas l'existence de musulmans à Majapahit. On peut se demander si ce n'est pas parce que l'auteur, le poète de cour Prapanca, considère que des musulmans ne sauraient être considérés comme faisant partie de la société de Majapahit.
Il ne semble pas y avoir de conversion de masse avant le début du xvie siècle. Ma Huan, l'interprète qui accompagne l'amiral chinois musulman Zheng He dans ses escales à Java en 1413-1415, puis en 1432, note que les habitants des ports de Java sont de trois sortes : les Hui-hui (musulmans des contrées occidentales), les Tang (Chinois, dont une partie est musulmane) et des indigènes dont il fait une horrible description.
À la fin du xve siècle, un Chinois musulman nommé Cek Ko Po devient le premier sultan de la cité de Demak sur la côte nord de Java, qu'on appelle le Pasisir. Son successeur Trenggana entreprend l'expansion du royaume vers l'est et l'ouest du Pasisir. À l'est, Demak conquiert en 1527 Tuban, le grand port de Majapahit, et Kediri, ancienne vassale de Majapahit qui semble avoir pris le contrôle du territoire. La tradition javanaise voit dans Demak le successeur de Majapahit. À l'ouest, Demak prend Cirebon, déjà musulmane, sous sa protection et conquiert en 1526 Banten, un port du royaume hindouiste sundanais de Pajajaran. L'expansion de Demak favorise l'essor de l'islam sur le Pasisir.
Est de l'archipel
On identifie les étapes suivantes :
Vers 1460 : l'influence de Gresik amène à la conversion du roi de Ternate dans les Moluques. Le souverain de Sulu dans le sud des Philippines, qui règne sur un archipel situé sur la route commerciale qui mèné directement des Moluques à la Chine, se convertit à la même époque.
Vers 1580 : le souverain de Buton, au sud-est de l'île de Célèbes, se convertit.
1605 : le roi de Gowa dans le sud de Sulawesi se convertit.
Majapahit
Majapahit est le plus puissant des royaumes javanais de la période hindou-bouddhique. Il n'est toutefois pas le dernier royaume hindouiste de Java. Le royaume sundanais de Pajajaran, dans l'ouest de Java, ne disparaîtra qu'en 1579.
A l'extrême-est de Java, la principauté de Blambangan restera hindouiste jusqu'à la conversion à l'islam en 1770 de ses derniers princes, qui prêteront allégeance à la VOC (Vereenigde Oostindische Compagnie ou "Compagnie hollandaise des Indes orientales"). L’histoire du royaume a pu être reconstituée grâce notamment à des inscriptions en vieux-javanais, dans deux poèmes épiques, le Nagarakertagama (écrit en "vieux-javanais" en 1365 par le poète de cour Prapanca sous le règne de Hayam Wuruk) et le Pararaton ou "Livre des Rois" (écrit en "moyen-javanais", donc sans doute au XVIe siècle), et des annales chinoises, dont le Yuan Shi.
Le Kidung Sunda, poème écrit en moyen-javanais, probablement au XVIe siècle et dont une copie a été retrouvée à Bali, raconte une histoire d'amour malheureux entre Hayam Wuruk et la princesse Dyah Pitaloka (encore appelée Citraresmi), fille du roi de Sunda. Ce poème ne peut être considéré comme une source historique, mais il montre qu'à l'époque, le nom de Majapahit était encore vivant dans les esprits.
Le fondateur de Majapahit, Raden Wijaya, est le gendre du roi Kertanegara de Singasari, dont la capitale était située près de la ville actuelle de Singosari, à environ 40 km au sud de Surabaya. En 1292 Jayakatwang, prince de Kediri et vassal de Singasari, s'était révolté et avait assassiné Kertanegara. Wijaya s’allie alors avec un corps expéditionnaire envoyé par l'empereur de Chine Kubilai Khan contre Singasari, dont les ambitions l'inquiétaient. Raden Wijaya vainc Jayakatwang, puis force ses alliés sino-mongols à se retirer dans la confusion.
Le royaume atteint son apogée sous Hayam Wuruk (règne 1350-89). Le nom de Gajah Mada, régent de 1331 à 1364 puis maha patih (premier ministre) de Hayam Wuruk, nous est connu par le Pararaton. C'est sous Hayam Wuruk que Majapahit attaque Palembang dans le sud de Sumatra (c'est-à-dire la cité-Etat qui s'appelait auparavant Sriwijaya) en 1377. Il semble que cet événement soit à l'origine de la fuite de Parameswara, un prince de Palembang, sur la péninsule Malaise, où il fondera Malacca.
Majapahit continuera d'être une puissance commerciale au XVe siècle. Le Nâgarakertâgama dresse une liste de près de 100 "contrées tributaires" de Majapahit. Outre Bali, Madura et Sunda, la liste va de Pahang sur la péninsule Malaise à "Gurun" dans les Moluques, en passant par Malayu (Jambi) à Sumatra et "Bakulapura" à Bornéo. Mises sur la carte, elles couvrent à peu près le territoire de l'actuelle Indonésie. En réalité, le territoire directement contrôlé par Majapahit consistait dans la vallée fertile du fleuve Brantas. Un certain nombre de régions de Java étaient données en apanage à des seigneurs apparentés au roi. En s'éloignant vers l'ouest, les principaux lieux cités sont, Daha (c'est-à-dire le royaume de Kediri), gouverné par un oncle de Hayam Wuruk, Wengker (région des villes actuelles de Madiun et Nagawi), confiée à un autre oncle, Lasem (sur la côte nord), donnée à une fille de Hayam Wuruk, Pajang (région de l'actuelle Surakarta) et Mataram, l'ancienne terre de la dynastie des Sanjaya qui a construit Prambanan. En allant vers le nord puis l'est, on trouve Janggala (l'arrière-pays de Surabaya) et Singasari. Les régions plus au sud ou plus à l'est étaient considérées comme marginales, telles Blambangan et Lumajang. Ces noms continueront d'être mentionnés dans les kidung (chansons de geste) rédigées au XVIe siècle.
Une ambassade de Majapahit est envoyée en Chine en 1377. Les Chinois notent qu'il existe alors deux cours à Majapahit, une "de l'Ouest" et une "de l'Est". Le "roi de l'Ouest" n'est autre que Hayam Wuruk lui-même. Le "roi de l'Est" a été identifié comme étant Bhre Wengker, c'est-à-dire le prince de Wengker, Wijayarajasa, l'oncle de Hayam Wuruk. En 1404, une guerre civile éclate entre la cour de l'Ouest et la cour de l'Est. Le roi de l'Ouest est Wikramawardhana ou Hyang Wisesa (règne 1389-1429), neveu de Hayam Wuruk (1350-1389). Le roi de l'Est est Bhre Wirabhumi, le prince de Wirabhumi, fils de Hayam Wuruk. L'année suivante, l'amiral chinois Zheng He aborde à Java dans le cadre de sa première expédition. La guerre civile se conclut par la défaite et la ruine de la cour de l'Est en 1406. L'ambassade chinoise se trouve alors dans la capitale de l'Est. Wirabhumi est tué lors de la conquête de son palais. 170 Chinois meurent accidentellement dans les combats.
A la fin du xve siècle, des guerres de successions affaiblissent Majapahit. En 1478, son territoire passe sous le contrôle des princes de Kediri. Lorsque les troupes du sultanat de Demak conquièrent la région en 1527, Majapahit n'existe plus, mais son prestige est tel que Demak se proclame son héritier. Blambangan reste indépendante mais ses souverains se mettront sous la protection des rois de Gelgel à Bali. Le succès de Majapahit comme puissance économique prolonge celui de son prédécesseur Singasari. Les facteurs en sont les mêmes : une agriculture prospère et un commerce dynamique.
Administration territoriale
Le royaume était organisé en une cascade de subdivisions administratives, avec une structure hiérarchique correspondante , soit, en allant du haut vers le bas :
Bhumi : le royaume, dirigé par le roi ;
Nagara : la province, dirigée par un rajya ("gouverneur"), ou natha ("seigneur"), ou bhra ("prince") ;
Watek : le département, dirigé par un wiyasa ;
Kuwu : le district, dirigé par un lurah ;
Wanua : le village, dirigé par un thani ;
Kabuyutan : le hameau.
A l'époque de Hayam Wuruk, Majapahit comptait 12 provinces, dont l'administration était confiée à des parents du roi :
Kahuripan (ou Janggala) : Tribhuwanatunggadewi, mère du roi ;
Daha (l'ancien royaume de Kediri) : Rajadewi Maharajasa, tante et belle-mère du roi ;
Tumapel, (l'ancien royaume de Singasari) : Kertawardhana, père du roi ;
Wengker (l'actuelle Ponorogo) : Wijayarajasa, oncle et beau-père du roi ;
Matahun (l'actuelle Bojonegoro) : Rajasawardhana, mari de la princesse de Lasem, cousine du roi ;
Wirabhumi (la future principauté de Blambangan) : Nagarawardhani, nièce du roi ;
Paguhan : Sangawardhana, beau-frère du roi ;
Kabalan : Kusumawardhani, fille du roi ;
Pawanuan : Surawardhani ; Lasem (actuellement une ville de Java Centre) : Rajasaduhita Indudewi, cousine du roi ;
Pajang (près de l'actuelle Surakarta) : Rajasaduhitaiswari, sœur du roi ;
Mataram (l'actuelle Yogyakarta) : Wikramawardhana, nièce du roi.
Les gouverneurs de provinces portaient le titre de Bhre, c'est-à-dire bhra i, "prince à" (et non "prince de").
Aire d'influence
Les "contrées tributaires" citées par le Nagarakertagama étaient en fait des comptoirs formant un réseau commercial dont Majapahit était le centre. Le royaume y envoyait des dignitaires de son clergé shivaite, les bhujanga, dont le rôle était de s'assurer que ces comptoirs ne s'adonnaient pas à un commerce privé qui échapperait à Majapahit. Toute infraction était menacée d'une expédition punitive.
Les ports de Majapahit sont Surabaya à l'embouchure du Brantas, Gresik au nord de Surabaya, fondé au début du XIVe siècle par un Chinois et Tuban sur la côte nord. Le Nagarakertagama énumère les contrées d'origine des marchands qui viennent dans ces ports : "Jambudwipa (l'Inde), Khamboja, Cina, Yawana (c'est-à-dire le Vietnam), Cempa, Kharnnatakadi (sud de l'Inde), Goda (Gaur au Bengale) et Muang Syanka (le Siam)". Ce commerce international était vraisemblablement organisé par des fonctionnaires du royaume. Sous Majapahit, les relations de Java avec la Chine s'intensifient. De 1370 à la fin du XVe siècle, l'Histoire des Ming mentionne 43 ambassades javanaises.
De 1405 à 1433, l'amiral Zheng He mène sept grandes expéditions vers l'Inde, le Moyen-Orient et la côte est de l'Afrique, et fait escale à Java. Au début du XVe siècle, la Chine prend le parti de Java contre Malacca, qui revendiquait la suzeraineté sur Palembang. Enfin, on estime que l'islamisation de Java débute à l'époque de Majapahit. On trouve en effet, à Trowulan et dans les environs, des tombes musulmanes. La plus ancienne est datée de 1290 de l'ère Saka (système de datation hindouiste commençant en 78 après J.-C.), soit 1368 après J.-C. La plus récente est datée de Saka 1397 (1475 après J.-C.). Majapahit était d'ailleurs exactement contemporain du sultanat de Pasai dans le nord de Sumatra, premier royaume musulman indonésien attesté.
Généalogie des rois de Majapahit
Les rois de Majapahit
On a pu établir avec une relative certitude les noms et dates de règne des souverains suivants :
Kertarajasa Jayawardhana (Raden Wijaya dans la tradition javanaise), 1294 - 1309 ;
Jayanegara, 1309 - 1328 ;
La reine Tribhuwana Wijayottungadewi, 1328 - 1350 ;
Rajasanagara (Hayam Wuruk), 1350 - 1389 ;
Wikramawardhana, 1389 - 1427 ;
La reine Suhita, 1427- 1447 ;
Sri Kertawijaya, 1447 - 1451 ;
Rajasawardhana, 1451 - 1453.
On constate une interruption de 3 ans, peut-être due à une crise de succession. La maison de Majapahit se divise en deux branches rivales.
On connaît ensuite les dates de règne suivantes :
Girindrawardhana 1456 - 1466 ;
Singhawikramawardhana 1466 - 1478.
On pense que Majapahit passe ensuite sous le contrôle de sa vassale Kediri. La tradition javanaise donne aux derniers souverains de Majapahit le nom de "Brawijaya" avec un numéro d'ordre.
Économie
Le réseau commercial de Majapahit consistaient en diverses "contrées tributaires " de l'archipel et de la péninsule malaise. Le Nagarakertagama cite notamment : Sumatra : Lampung, Palembang, Jambi et Malayu (autre nom de Jambi), Kampar et Siak (actuelle province de Riau), Minangkabau, Barus et les pays Batak (actuelle province de Sumatra Nord), Lamuri et Samudra (actuelle Aceh) ; Bornéo : Kutai (actuelle province de Kalimantan Est), Kuta Waringin (actuelle province de Kalimantan Sud), Sambas (actuelle province de Kalimantan Ouest), Buruneng (Brunei) ; Péninsule Malaise : Kalanten (Kelantan), Keda (Kedah), Kelang (Klang dans l'Etat de Selangor), Lengkasuka (peut-être Kedah), Pahang, Tumasik (Temasek, ancien nom de l'île de Singapour) et Tringgano (Terengganu) ; Petites îles de la Sonde : Bali, Lombok, Dompo et Bhima (Sumbawa), Sumba, Timur (Timor) ; Sulawesi : Butun (l'île de Buton), Luwuk, Makassar ; Moluques : Ambwan (Ambon), Gurun (les îles Gorong), Maloko (Maluku), Seran (Seram).
On remarquera l'absence du nom Sriwijaya. On peut en déduire que la cité-Etat s'appelait déjà Palembang à l'époque de Hayam Wuruk. En revanche, on note "Maloko". On attribue à ce nom une étymologie arabe, Jazirat al Muluk, "l'île des rois". On peut en déduire que les Arabes, gros acheteurs d'épices, avaient donné ce nom avant le XIVe siècle, et qu'il avait été adopté par les marchands étrangers qui venaient à Majapahit.
Le Nagarakertagama ne considère pas comme "tributaires" les pays suivants, qui commerçaient avec Majapahit : Khamboja (le Cambodge) ; Yawana (c'est-à-dire le Vietnam, appelé Yuon en langue khmer) ; Cempa (le Champa) ; Muang Syanka (le Siam) ; Cina (la Chine) ; Jambudwipa (ou Jambudvipa, nom de l'Inde dans les textes bouddhiques) ; Kharnnatakadi (le Karnataka dans le sud de l'Inde) ; Goda (Gaur au Bengale occidental en Inde).
Si la mention de Goda correspond à la réalité, et que ce nom désigne effectivement Gaur, le fait mérite d'être noté. Gaur a été conquise par les Musulmans en 1198. Cela voudrait dire que des marchands indiens musulmans venaient à Majapahit au XIVe siècle-
Tirelire en terracotta d'époque Majapahit
Malaka
La première mention écrite connue de Malaka provient d'un texte chinois, le Ko Kwo Yi Yu, qui relate une mission chinoise à Malaka en 1403. On doit à ce texte une liste de mots malais transcrits en caractères chinois, avec leur traduction en chinois.
Selon la tradition, Malaka a été fondée peu avant 1400 par Parameswara, un prince de la cité hindou-bouddhique de Palembang (sud de Sumatra) qui refusait la suzeraineté du royaume javanais de Majapahit et quitta Palembang. Malaka revendiqua la suzeraineté sur Palembang, mais la Chine prit le parti de Majapahit. Située sur une grande voie de commerce international entre d'une part, de la Chine et des Moluques et d'autre part, l'Inde et le Moyen-Orient, la cité-État de Malaka devint rapidement le port le plus important de la région, rôle que du VIIIe au XIIIe siècles avait tenu une autre cité-État, Sriwijaya, ancien nom de Palembang.
Les marchands musulmans jouaient un rôle prépondérant dans ce commerce. Parameswara se convertit à l’islam à la fin de son règne en 1414 et prend le nom d'Iskandar Shah. L'expansionnisme du royaume thai d'Ayutthaya (1350-1767) est une menace pour Malaka. En 1405, la cité cherche la protection de la Chine et y envoie plusieurs missions, auxquelles participent les trois premiers souverains eux-mêmes.
En retour, l'amiral chinois musulman Zheng He vient plusieurs fois à Malaka de 1405 à 1433, à la tête d'une énorme flotte. Le quartier de Bukit Cina témoigne de l'établissement de Chinois, qui considéraient qu'il avait le meilleur Feng Shui de la cité. Le cimetière chinois de Malaka est le plus grand cimetière chinois du monde hors de Chine.
Malaka est prise en 1511 par le vice-roi portugais des Indes, Afonso de Albuquerque, parti de Goa à la tête d'une flotte de dix-huit bateaux et 1 200 hommes. Le sultan Mahmud déplace sa cour à Johor dans le sud de la péninsule Malaise. Les principautés portuaires de Java, alliées de Malaka, tentent plusieurs fois, sans succès, de reprendre la ville aux Portugais, notamment Jepara, en 1512-13 d'abord, puis de 1551 à 1574.
La prospérité de Malacca reposait sur un réseau commercial musulman dans lequel les Portugais n'arrivent pas à s'intégrer. Tomé Pires, un apothicaire portugais qui vécut à Malaka de 1512 à 1515, a pu décrire la richesse de Malacca et le dynamisme de son commerce. Avec les Portugais, le commerce de Malaka périclite rapidement. La cité est prise dans le conflit qui opposait le royaume d'Aceh dans le nord de Sumatra et le sultanat de Johor pour le contrôle du détroit. Aceh notamment lancera plusieurs attaques sur Malacca, sans succès. La première a lieu en 1537. C'est surtout le sultan Iskandar Muda (règne 1607-36) qui, dans le cadre de ses campagnes pour conquérir les principautés des deux côtés du détroit qu'il cherche à contrôler, défait notamment une flotte portugaise à Bintan dans les îles Riau en 1614. Mais en 1639, Iskandar Muda lance une flotte sur Malacca, qui est totalement détruite avec 19 000 hommes perdus.
Source
Buresi, Pascal, Géo-histoire de l'islam, Paris, Belin, 2005
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