Situation de l'Inde avant les invasions musulmanes
La puissante dynastie des Gupta (320-535) unifie le Nord de l'Inde ; cependant, sous la pression des invasions des Huns hephtalites, leur empire se disloque. Il est brièvement reconstitué par Harsha qui règne de 606 à 648, mais à la mort de ce dernier, le pays éclate de nouveau. Cela permet alors l'émergence de puissances régionales : les Rajputs au nord-ouest, les Pratihara dans le bassin du Gange, les Pala au Bihar et au Bengale, les Chandela au centre et les monarchies du Népal et du Cachemire dans l'Himalaya. Ces royaumes, et de nombreux autres moins influents et plus éphémères, sont en situation de guerre chronique.
L'Inde du Sud est plus stable, les Chalukya dominent l'Ouest du vie siècle au viiie siècle tandis que l'Est est contrôlé par les Pallava du ive siècle au ixe siècle puis par les Chola qui étendent leur emprise sur Ceylan et la péninsule indochinoise- Par ailleurs, l'Islam pénètre pacifiquement au Kerala avec l'installation de commerçants arabes qui font souche dans les ports, y construisent des mosquées et s'indianisent progressivement.
Statuaire de Bhubaneswar (temple de Lingaraj, XIe siècle).
L'ensemble du pays connaît une grande vitalité culturelle qui se traduit dans le domaine de l'architecture par des constructions remarquables tels les temples de Bhubaneswar (IXe siècle), Khajuraho (xe siècle, XIe siècle) ou Tanjore (xie siècle).
La littérature est également florissante. Le sanskrit, langue des érudits et de communication entre les Indiens, produit des commentaires de textes philosophiques, des ouvrages juridiques et scientifiques. La littérature tamoule s'épanouit dans la poésie mystique où s'illustrent quelques femmes. Aux côtés de ces littératures anciennes apparaissent des œuvres en langues vernaculaires : bengali, hindi, marathi, malayalam, telougou et kanara. La vie religieuse est intense et se manifeste dans les divers courants de l'hindouisme, notamment à travers la pensée exigeante de Shankara (vers 788-820). En même temps se développe le courant populaire de la bhakti, qui prône la proximité du dévot avec la divinité de son choix.
Cette opulence culturelle est due à la prospérité économique des Indes. Les souverains font réaliser des travaux d'aménagement routier et d'irrigation qui favorisent l'agriculture sur laquelle ils prélèvent des impôts parfois lourds. Cette richesse, concentrée dans les cours qui vivent dans le luxe et dans les temples, grâce aux dons, favorise l'artisanat.
Le commerce intérieur est quelquefois gêné par les guerres, mais le commerce maritime, dominé le plus souvent par les Arabes, est florissant. Le peuple connaît des conditions d'existence beaucoup plus modestes.
Cette époque, entre l'effondrement des grands empires Gupta puis Harsha et l'arrivée des conquérants arabes, turcs, afghans puis moghols n'est pas une période de décadence mais plutôt de transition.
Conquête du Sind
Sous le prétexte d'actes de piraterie, en 712 le gouverneur de l'Irak, Al-Hajjaj ben Yusef, envoie 2000 cavaliers et chameliers à la conquête du Sind (vallée inférieure de l'Indus). Commandés par Muhammad ibn-Qasim, alors adolescent, ils défont l'armée du râja Dahir, forte de 50000 hommes. Le râja est tué, les soldats décapités et la région livrée au pillage.
Rappelé à Bagdad sur de fausses accusations, Ibn-Qasim subit la colère du calife Sulayman ben Abd al-Malik et est condamné à mort. Le fils de Dahir en profite pour se révolter et reprendre quelques villes mais il ne réussit pas à chasser les Arabes. Après une période de conversions forcées, les hindous et les bouddhistes se voient accorder le statut de dhimmis (protégés) leur permettant la liberté de culte soumis à la jizya (capitation). En 737 les Arabes fondent une nouvelle capitale à Mansura et au cours du IXème siècle et Xème siècle ils s'affranchissent de l'autorité du califat. En 965 les Ismaéliens s'emparent de Multan et dominent le Sind, encourageant les échanges avec le Moyen Orient.
Mahmoud de Ghazni et Muhammad Ghuri
Si la conquête du Sind, région périphérique, n'a guère d'incidence sur l'ensemble du pays, il n'en est pas de même des campagnes menées par Mahmoud de Ghazni et Muhammad Ghuri venant du nord-ouest, voie traditionnelle des invasions.
Mahmoud de Ghazni
Mahmoud de Ghaznî (en robe rouge). Miniature du XVIIème siècle, au musée Reza Abassi de Téhéran.
Mahmoud de Ghaznî - Yamîn al-Daoulâ Abd al-Qasim Mahmoud Ibn Soubouktigîn - (2 octobre 971 - 30 avril 1030) fut le dirigeant de l'Empire ghaznévide de 997 jusqu'à sa mort. En 994, Mahmoud est fait gouverneur du Khorâsan, avec le titre de Saïf ad-Daoulâ - épée de l'État. Deux ans plus tard, son père Soubouktigîn meurt dans la région de Balkh, ayant proclamé son deuxième fils, Ismail, son successeur. Dès qu'Ismail est intronisé à Balkh, Mahmoud, qui est alors à Nichapur, prend contact avec lui en termes amicaux et lui propose un partage des territoires possédés par leur père à sa mort. Ismail rejette sa proposition. Il est aussitôt attaqué par son frère et vaincu. Il est alors ramené au fort de Jourjân où il est emprisonné.
Mahmoud règne alors sans partage sur le Khorâsan et Ghaznî (997). Durant les deux premières années de son règne, Mahmoud consolide sa position dans Ghaznî. Bien que dirigeant d'un État indépendant, Mahmoud fait une allégeance de forme au calife abbasside de Bagdad qui, en retour, l'encourage dans ses conquêtes et le légitime comme gouverneur des terres conquises.
La tradition dit que Mahmoud avait fait le vœu de piller l'Inde une fois l'an et de réciter un verset du Coran après chaque destruction de temple. De fait, il y mène dix-sept campagnes de pillage, la première importante en 1001, la dernière en 1026. Ses premières expéditions ciblent le Panjâb et l'Inde du nord-est, tandis que la dernière atteint Somnâth sur la côte sud du Kâthiâwar dans le Goujerat.
Son principal ennemi est Jaipâl - ou Jayapâla Shâhî -, râja de Lâhore et de Kaboul, chassé par le père de Mahmoud de cette dernière ville et qui règne alors sur le Panjâb. En 1001, Mahmoud marche sur l'Inde à la tête de 15 000 cavaliers, Jaipâl le rencontre avec 12 000 cavaliers, 30 000 fantassins et 300 éléphants de guerre. Lors de la bataille, près de Peshâwar, les Indiens, bien que supérieurs en nombre et en équipement, tombent sous les coups de la cavalerie arabe, laissant 15 000 victimes sur le champ de bataille. Jaipâl et quinze de ses proches et officiers sont capturés puis libérés, mais le râja, qui ne supporte pas la défaite, abdique en faveur de son fils Ânandapâla et monte sur son bûcher funéraire qu'il aurait lui-même allumé.
Ânandapâla lance alors un appel à l'aide aux autres râjas indiens, et en 1008, une grande armée est levée. Les deux combattants se retrouvent entre Und et Peshâwar et se font face durant 40 jours. Mahmoud réussit finalement à forcer Ânandapâla à l'attaquer. La bataille, un moment incertaine, tourne à son désavantage, lorsque l'éléphant d'Ânandapâla, soudainement affolé, fait demi-tour et échappe à tout contrôle. Les troupes indiennes, croyant leur chef en fuite, se débandent, abandonnant un champ de bataille couvert de leurs morts. Rien ne résistera plus à Mahmoud dans ses campagnes de pillage.
De retour avec un immense butin et le Panjâb annexé, Mahmoud transforme Ghaznî en un grand centre d'art et de culture qui accueille un grand nombre de savants et d'artistes, parmi lesquels Fîrdûsî et Al-Birouni. Il fonde une université, trace des jardins et construit mosquées et palais. En 1018, il pille Kânauj et Mathurâ et ramène plus de 50 000 captifs, ce qui cause l'effondrement des cours sur le marché aux esclaves de Ghaznî. En 1021-1022, il abat la puissance des Tchandelâ.
Mahmoud effectue sa dernière expédition en 1024-1026, expédition restée célèbre par l'ampleur de ses destructions. Il détruit les temples d'Ajmer, puis prend la direction du riche Goujerat qu'il n'a pas encore mis à sac. Il redescend sur la côte méridionale du Kâthiâwar le long de la mer d'Oman, attaque la ville sainte de Somnāth qui se défend chèrement, et la rase ainsi que son temple dédié à Shiva, un des plus importants de l'Inde où officie un millier de brahmanes et qui entretient trois cents musiciens et danseurs. Mahmoud passe les dernières années de sa vie à combattre des tribus venant de l'Asie centrale qui menacent son empire. À la fin de sa vie, il ne reste plus guère de temples debout dans les villes de Vârânasî, Mathurâ, Ujjain, Maheshwar, Jwalamukhi, et Dvârakâ. À sa mort, causée par la malaria, les Ghaznévides entrent dans une lente décadence.
Les Ghaznévides (962-1186), nomades originaires d'Asie centrale, fondent la première dynastie turque iranisée, tirant leur nom de leur capitale, Ghazni, située au sud de Kaboul. Reconnu comme le souverain le plus puissant de la région par le calife de Bagdad, Mahmoud de Ghazni (971-1030) obtient ainsi une légitimité religieuse commode pour la poursuite de ses conquêtes. Attiré par les immenses richesses des Indes, il y lance sa première attaque en l'an 1000 contre Jayapala qu'il défait à Peshawar. Par la suite il conquiert et pille Delhi et Kanauj en 1018 ou encore Somnath, l'un des plus riches temples indiens qu'il détruit après avoir massacré la population. Visant les villes riches, il ne se limite pas aux royaumes hindous et, en 1005 et en 1010, il attaque Multan gouverné par des musulmans auxquels il reproche d'être d'obédience ismaëlienne alors qu'il est sunnite.
Le brillant érudit Al-Biruni qui accompagne Mahmoud de Ghazni lors de ses campagnes, les décrit ainsi dans son Histoire de l'Inde :
"Mahmoud ruina complètement la prospérité du pays et accomplit de singuliers exploits, réduisant les Indiens à des atomes de poussière épars. Leurs restes dispersés entretiennent naturellement la plus profonde aversion à l'égard des musulmans."
Mausolée de Mahmoud de Ghaznî, en Afghanistan. Les portes de bois de santal en étaient réputées provenir du pillage du temple hindou de Somnath.
Entre 1000 et 1026 Mahmoud de Ghazni mène dix-sept raids meurtriers aux Indes, tous victorieux. C'est un brillant militaire qui, avec des forces inférieures en nombre, vient à bout d'armées indiennes plus puissantes mais indisciplinées et peu combatives. Bien que les Ghaznévides dominent la vallée de l'Indus pendant 150 ans et y fondent Lahore en 1022, Mahmoud de Ghazni ne songe nullement à bâtir un royaume aux Indes qu'il considère uniquement comme une zone de pillage ; après chacune de ses expéditions il rentre à Ghazni chargé de ses butins et de nombreux esclaves indiens. Il utilise ses richesses pour embellir sa capitale où il fait construire une immense mosquée, une université et une bibliothèque, et se montre protecteur des arts et des lettres.
Après la mort de Mahmoud de Ghazni en 1030, les Turcs se divisent et s'affaiblissent, offrant aux Indes un siècle et demi de répit.
Muhammad Ghuri
Haut de 72.5mètres, le Qutb Minar ou « tour de la victoire » dont la construction est entreprise par Qutb ud-Din Aibak à Delhi est l’un des minarets les plus hauts du monde
Au milieu du XIIème siècle les Ghaznévides sont supplantés par les Ghorides dont la capitale, Ghur, est située au centre de l'Afghanistan. Muhammad Ghuri (1160-1206) entreprend la conquête des Indes en 1175. Après quelques succès au Punjab, il rencontre plus de résistance au Gujarat et de la part des Rajputs. Il oriente alors ses ambitions plus au nord mais il est battu par Prithiviraja Chahumana III, roi de Delhi, et ses alliés lors de la Première bataille de Tarain en 1191. Le sultan ghoride revient un an plus tard, mieux préparé, et lors de la Seconde bataille de Tarain remporte une nette victoire, aidé par la désunion des hindous.
Ce succès lui ouvre la vallée du Gange et il conquiert Delhi en 1193 d'où il repart pour Ghur, confiant la poursuite de la guerre à l'un de ses généraux, Qutb ud-Din Aibak. Celui-ci se lance avec zèle et efficacité à la conquête de la vallée gangétique, pillant Kanauj et Bénarès où il fait raser les temples et commet d'importants massacres. Il est secondé par Muhammad Khilji qui, s'enfonçant plus à l'est, détruit en 1199 les universités monastiques bouddhistes de Nalanda et Vikramashila, tuant de nombreux moines et contraignant les survivants à se réfugier au Népal. Continuant sa percée, il soumet le Bengale en 1202, s'emparant de sa capitale, Nadiya. Malgré des tentatives répétées, Aibak ne réussit pas à vaincre la résistance des Rajputs et finit par renoncer au Gujarat.
Ces campagnes sont particulièrement désastreuses pour les hindous car, outre les pertes matérielles et humaines, elles provoquent l'anéantissement de leurs centres culturels : grands foyers religieux, bibliothèques et universités. Bien que les conquêtes d'Aibak ne soient pas toujours durables - plusieurs villes sont prises, perdues puis reconquises - après chaque victoire il laisse dans la place un des ses lieutenants et quelques troupes pour en assurer le contrôle, amorçant ainsi la constitution d'un royaume.
Muhammad Ghuri meurt assassiné en 1206, laissant le royaume sans héritier.
Explication des succès musulmans

Prithivîrâja Châhumâna III, vaincu, capturé puis tué par Muhammad Ghûrî, lors de la seconde bataille de Tarain.
Les conquêtes musulmanes frappent par leur ampleur et leur rapidité. Les chroniques émanant d'auteurs musulmans sont les seules sources historiques disponibles et sont donc probablement partiales. Elles fournissent néanmoins quelques pistes explicatives.
Causes politiques
Le morcellement des Indes et l'incapacité des souverains à s'unir et à bâtir une défense cohérente est la cause principale de leurs défaites. Il n'est pas rare que l'intérêt incite des princes ou des ministres à la trahison. La population, habituée aux guerres intestines, est indifférente.
Causes stratégiques
Les guerriers hindous sont plus soucieux de prouver leur valeur personnelle que d'obéir à un chef et de s'insérer dans une stratégie collective. Le plus souvent recrutés de force, les hommes de troupe ne reconnaissent que leur supérieur immédiat qui est celui qui les paie. Si celui-ci vient à disparaître, ils désertent, n'ayant aucun intérêt au combat. Les rajas hindous restent attachés à des armées constituées d'innombrables fantassins soutenus par des éléphants ; encombrées de nombreux non-combattants, elles sont extrêmement lourdes, lentes et peu manœuvrables. Les musulmans au contraire disposent d'armées moins nombreuses, mais constituées de guerriers aguerris et disciplinés qui s'appuient sur une cavalerie fournie et très mobile.
Points faibles des forces musulmanes
Les Turcs et les Afghans sont placés sous l'autorité de dynasties dans lesquelles la personnalité du chef joue un rôle essentiel. Les rivalités y sont brutales, allant jusqu'à l'extermination de toute une lignée. De plus ils ne disposent pas de l'administration nécessaire à la gestion d'un peuple sédentaire et nombreux et n'ont aucun ancrage dans le pays. Ces éléments rendent la pérennité de leurs conquêtes aléatoire.
Le sultanat de Delhi
Expansion du sultanat de Delhi
Le sultanat de Delhi domine le Nord des Indes du XIIIème siècle au XVème siècle. Les cinq dynasties qui s'y succèdent voient l'importance de leur territoire varier considérablement en fonction de la capacité du sultan à contenir les rebellions de ses vassaux et les attaques des Mongols.
Expansion du sultanat
Dynastie des Turcs ilbarîdes (1211-1290)
Muhammad Ghuri étant mort sans héritier, Qûtb ud-Dîn Aibak se proclame sultan à Delhi et s'attelle à consolider l'administration des territoires conquis. Aibak meurt en 1210 et son fils est rapidement vaincu par Iltutmish, qui fonde la dynastie ilbarîde. Ce dernier, après avoir éliminé ses rivaux, renforce son autorité au sud du Gange et au Bengale et réussit à refouler les attaques des Mongols qui commencent en 1220. Homme d'état compétent, il fait du sultanat une monarchie héréditaire et poursuit l'œuvre administrative d'Aibak. Il est aidé en cela par l'arrivée à Lahore et à Delhi de nombreux musulmans fuyant les armées mongoles qui dévastent l'Asie centrale. Après la mort d'Iltutmish le royaume est en proie aux querelles de succession et aux rivalités entre factions. Les souverains s'emploient principalement à mater les rébellions de leurs vassaux et à résister aux incursions mongoles.
Dynastie des Khaljis (1290-1320)
Image d'Ala ud-Din, dans un ancien livre d'école afghan.
Aux Ilbarîdes, succèdent les Khaljis. Ala ud-Din, d'abord au nom de son oncle le sultan Jalal ud-Din Firuz, puis pour le sien propre après avoir fait assassiner ce dernier et s'être proclamé sultan, entreprend une série de conquêtes d'importance. Il commence par s'emparer de la capitale des Yadavas, Devagiri (actuel Maharashtra) puis, avec ses frères, conquiert le Gujarat (1299) et s'attaque aux forteresses rajputes de Ranthambhore (1301) et de Chittor (1303) : avant de se lancer dans un combat désespéré, les guerriers rajputs pratiquent le jauhar, qui consiste à immoler toutes les femmes pour leur éviter les outrages de la défaite. Ensuite il confie à Malik Kafur, Indien gujarati attaché à son service, le soin de mener trois campagnes fulgurantes de 1309 à 1312. Kafur ravage le sud de l'Inde jusqu'à Madurai, pillant les villes, détruisant les temples et massacrant les populations qu'elles soient hindoues ou musulmanes, puis il réinstalle sur leurs trônes les princes soumis après les avoir dépouillés de leurs richesses. Pour conforter son pouvoir et entretenir son armée, Ala ud-Din entreprend des réformes économiques qui approvisionnent largement son trésor mais appauvrissent les chefs de villages, les artisans et les commerçants. Il réorganise son service d'espionnage et contrôle fermement l'aristocratie et les princes.
Dynastie des Tughluq (1320-1414)
Souverain modéré, le premier sultan de la dynastie des Tughluq, Ghiyath al-Din, rétablit une politique économique moins rigoureuse pour la population, ce qui le rend immédiatement populaire.
Son successeur, Muhammad bin-Tughluq, est un fin lettré et un brillant militaire. Après avoir repoussé les Mongols et maté plusieurs rébellions, l'importance stratégique du Deccan lui apparaît primordiale et il décide de déplacer sa capitale de Delhi vers Devagiri qu'il rebaptise Daulatabad. Cette opération, qui se révèle coûteuse économiquement et humainement, est un échec et le sultan doit réintégrer Delhi. Muhammad bin-Tughluq met en place une monnaie fiduciaire sous forme de jetons de cuivre, mais cette initiative, mal préparée et prématurée par rapport aux idées de l'époque, tourne également au désastre du fait de la prolifération de la fausse monnaie. Sans doute pour éliminer le danger mongol, il conçoit ensuite le projet de conquérir l'Asie centrale et rassemble à cet effet une armée considérable qu'il paie d'avance sans finalement l'utiliser, mettant de nouveau à mal les finances de l'état. Sous le règne de Muhammad bin-Tughluq le sultanat de Delhi atteint sa plus grande expansion territoriale, s'étendant de l'Himalaya au nord du pays tamoul, mais les échecs politiques successifs du souverain incitent à la fronde, souvent matée, mais parfois victorieuse comme au Bengale, au royaume de Bahmani, au Rajasthan ou à Vijayanagar.
Son successeur, Firuz Shah, continue à lutter pour préserver l'intégrité du sultanat, sans plus de succès mais avec moins de cruauté. Par ailleurs, il entreprend, avec l'appui des brahmanes, des travaux d'irrigation, la construction de caravansérails et d'hôpitaux ; soucieux d'éducation et de culture il installe des madrasas et des bibliothèques, fait traduire des manuscrits sanskrits en persan et protège les poètes et les érudits.
Tamerlan
Le sultanat de Delhi étant entré dans une phase de déclin et de démembrement, Tamerlan (Timur Lang), Turc musulman roi de Transoxiane, saisit l'occasion pour lancer un raid dévastateur vers les Indes sous le prétexte d'une trop grande tolérance des sultans à l'égard de leurs sujets hindous. Parti de Samarkand au printemps 1398, il ravage l'Afghanistan, s'empare de plusieurs forts rajputs, de Sarsuti et arrive aux portes de Delhi en décembre. Les troupes turco-mongoles écrasent ses défenseurs, pillent la ville et massacrent la population. Tamerlan se dirige ensuite vers le nord, où il dévaste les villes de Nagarkot et Jammu, rejoignant Samarkand en mars 1399. Cette expédition foudroyante de quelques mois laisse le sultanat de Delhi dans le chaos.
Vijayanagar
Le royaume de Vijayanâgar vers 1446-1520.
Le royaume de Vijayanagar (1336-1565) est le dernier grand royaume hindou que connaissent les Indes, formant pendant toute cette période un rempart contre l'expansion musulmane. Selon la tradition, le royaume de Vijayanagar (Cité des victoires) est fondé entre 1336 et 1346 par les cinq frères Sangama : faits prisonniers lors d'incursions musulmanes, ils sont convertis à l'Islam puis relâchés pour apaiser une révolte dans le Deccan et sous l'influence du maître védique Vidyaranya ils reviennent à l'hindouisme. Les Sangama imposent leur autorité dans l'Inde péninsulaire, au sud de la Tungabhadra sur les rives de laquelle ils fondent leur capitale, Vijayanagar. À partir de cette cité fortifiée, ils bâtissent un royaume militaire puissant qui s'oppose pendant plus de deux siècles au sultanat bahmani (1347-1518) puis aux cinq sultanats du Deccan issus de son éclatement. Pendant cette période les forces des deux blocs s'équilibrent, mais la défaite de Ramayara à la bataille de Talikota en 1565 provoque le saccage de sa capitale et marque la fin du royaume de Vijayanagar.
Les souverains Sangama puis Tuluva contrôlent fermement les princes et gouverneurs locaux, les contraignant à résider à la cour et leur interdisant de construire une forteresse sans autorisation. Ils administrent leur état avec rigueur, faisant de Vijayanagar un royaume prospère tant dans le domaine agricole (riz, canne à sucre) que minier (diamant, or, fer) ou du commerce maritime. Cette richesse profite à l'hindouisme qui est d'autant plus florissant qu'il bénéficie de l'arrivée de pandits du Nord fuyant le pouvoir musulman. Le sud des Indes devient alors un pays de culture sanskrite autant que dravidienne. La littérature, la musique, l'architecture, mais aussi les sciences, sont protégées par l'empereur et les princes, et se développent à l'abri des influences persanes qui s'exercent dans les États musulmans.
Fin du sultanat
Dynastie des Sayyid
Mausolée de Muhammad Shâh, dont le fils est le dernier souverain de la dynastie des Sayyid, au Lodi Garden de Delhi.
Ruiné par le raid de Tamerlan, le sultanat est la proie de luttes intestines qui permettent à Khizr Khan Sayyid d'accéder au pouvoir et de fonder la dynastie des Sayyid (1414-1451). Khizr Khan essaie de récupérer les tributs des anciens vassaux du sultanat pour en renflouer les caisses et pouvoir reconquérir les territoires dont les gouverneurs et les rajas, profitant de la faiblesse du pouvoir central, se sont déclarés indépendants. Mais ses tentatives et celles de ses successeurs, le plus souvent incapables, demeurent vaines et le sultanat se trouve réduit à la région de Delhi.
Dynastie des Lodi
Bahlul Lodi, riche gouverneur afghan qui s'est constitué un territoire important au Punjab, attaque Delhi à plusieurs reprises et finit par la conquérir à la troisième tentative. Il s'y fait proclamer sultan en 1451, fondant une nouvelle dynastie, les Lodi (1451-1526), qui reprend la politique de conquête. Son arrivée au pouvoir marque l'émergence des Afghans dans le jeu politique indien jusqu'alors dominé par les Turcs. Bahlul Lodi défait le puissant sultan de Jaunpur en 1479 ce qui lui permet de dominer la vallée du Gange jusqu'au Bengale. Son successeur, Sikandar Lodi (1489-1517), commence par évincer ses frères et ses cousins pour affirmer son autorité sur le sultanat. Il déplace ensuite sa capitale à Âgrâ pour combattre les Rajputs mais échoue à s'emparer de Gwalior. Tout en agrandissant progressivement son territoire, Sikandar Lodi réorganise le sultanat et lui permet de retrouver la prospérité. Mais son successeur, Ibrahim Lodi (1517-1526), en butte à la rivalité de son frère, suscite l'hostilité de nombreux nobles en pratiquant une répression aveugle. Pour arbitrer leur dissension, les différentes factions décident de faire appel au roi de Kaboul, le Moghol Babur, qui met fin au conflit en s'emparant du pouvoir
1. 05/01/2012
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