Période celte
Arrivée des Celtes
C'est vers 550 av. J.-C. que la culture celtique de Hallstatt se diffuse dans les îles britanniques, en provenance d'Europe continentale. La thèse d'une invasion massive est fortement remise en cause au profit d'une acculturation facilitée par les échanges commerciaux-
Les langues celtiques vont progressivement se diversifier et, si l'erse est parlé sur l'île jusqu'au xve siècle, il va céder sa place à une langue qui en dérive et qui prendra le nom de mannois. Il est probable que la civilisation des Celtes fut introduite sur Man depuis l'île de Bretagne.
La base commune des légendes celtiques tend à prouver qu'il existe à cette époque une réelle entité culturelle dans la région autour de la mer d'Irlande. Les personnages de Manannan Mac Lir, Conchobar, roi d'Ulster, Culainn, le forgeron de l'île de Man, sont des thèmes repris dans plusieurs pays celtiques.
L'île de Man à l'époque romaine
En 81-82, dans sa conquête des îles Britanniques, le général romain Julius Agricola envisage l'invasion de l'Irlande. Mais ses projets restent sans lendemain et il rassemble ses troupes dans le sud-ouest de l'Écosse, laissant en paix l'Irlande, mais aussi l'île de Man. L'île de Man n'a en effet jamais subi l'invasion romaine. Elle a toutefois profité comme les autres régions voisines soumises à Rome, des valeurs de la pax romana qui permettent d'établir des conditions favorables dans toute la région de la mer d'Irlande. Cela conduit notamment à l'abandon de plusieurs places fortes sur l'île, comme Close ny Chollagh, Ballacagen, Ballanorris et Ballanicholas.
Par la suite, alors que l'armée romaine tente d'achever en Écosse la construction du mur d'Hadrien, les populations celtes sont refoulées par Rome et de nombreux mouvements ont lieu en mer d'Irlande. Cela est confirmé par la fortification de plusieurs oppidums dans le sud-ouest de l'Écosse, comme Saint Bees et Ravenglass. Il semble que les contrées romaines de Bretagne soient l'objet d'attaques celtes depuis l'Irlande et le Galloway notamment. Même si peu de preuves archéologiques peuvent confirmer le fait, l'île de Man joue sans doute un rôle dans ces mouvements belliqueux. Ainsi, un souterrain d'époque pré-chrétienne découvert dans le Ronaldsway pourrait avoir servi de site défensif.
Introduction du christianisme
Une des trois keeills de Kirk Maughold.
La chute de l'Empire romain au début du ve siècle permet le développement des contacts maritimes entre les pays autrefois sous sa domination et les populations celtiques. C'est ainsi que des missionnaires chrétiens entreprennent l'évangélisation de ces nouveaux territoires. Il est communément admis que le christianisme fut importé sur l’île de Man par des émissaires de l'Église de Rome, comme le moine irlandais saint Patrick ou saint Ninian à Candida Casa (Whithorn, Galloway) et que, par la suite, des moines venus de pays celtiques, et de l’Irlande en particulier, effectuèrent des voyages missionnaires à partir de l’an 500.
On trouve sur l'île de Man des croix celtiques gravées dans l'alphabet oghamique caractéristique du vieil irlandais, preuve des liens qui unissaient l'Église d'Irlande et celle de Man. Outre le sud de l'Irlande, on trouve ce type de croix dans l'ouest du Pays de Galles et en Cornouailles.
Ces missionnaires contribuèrent à l’édification de petites chapelles dans lesquelles ils priaient. Mais l'exigüité des lieux obligeait à pratiquer les baptêmes et la prédication à l’extérieur. Les réformes qu'ils devaient mener, en outre, étaient particulièrement profondes dans la mesure où les tribus celtes conservaient des doctrines jugées païennes par l'Église. C'est ainsi qu'il existait une forme celtique à la pratique de l'Église catholique, même si l'Irlande et, partant, l'île de Man, avait adopté les rites romains dès le début du viie siècle. Il n'empêche que, malgré le synode de Whitby (664), Irlandais et Mannois conservèrent une forme particulière et toute insulaire jusqu'à 716.
La première communauté chrétienne sur l'île de Man semble avoir été fondée à Maughold, par un saint irlandais, Machaoi (McCuill), qui a notamment donné son nom à la paroisse, et qui est l'origine d'autres monastères dans le Galloway, le Kintyre et l'Ulster.
L'île de Man possède plus de 200 sites religieux appelés keeills. Même si leur structure semble date au plus tôt de la période scandinave, elles abritent souvent des croix celtiques d'avant 716. C'est sans doute le nom des saints vénérés à l'emplacement de ces keeills qui a donné le nom des 17 paroisses de l'île de Man.
Les Mannois à l'époque celtique
Le peuple mannois vit à l'époque celtique de l'agriculture et de la pêche et habite des maisons rondes (semblables au crannog écossais), un mode de vie similaire à celui qu'il menait lors de l'Âge du fer. Le site de Port y Candas, près de Ballacraine, en est l'illustration. Les conditions de vie étant tout de même plutôt rudimentaires, la population est de petite taille, comme en témoignent plusieurs découvertes de squelettes.
L'étude de certaines keeills tendrait à prouver que la population se déplaçait saisonnièrement vers les hautes terres de l'île. Le terme Eary qui se trouve dans plusieurs toponymes signifie « pâturages d'été ». Des groupes d'individus s'installèrent même de façon permanente sur ces hauteurs (à plus de 300 mètres d'altitude) à la fin de la période celtique. Leurs bâtiments se nommaient des shielings.
Période scandinave (dite « celto-norroise ») (798-1275)
Les Vikings sur l'île de Man
Les premières invasions vikings
La première incursion retranscrite des Vikings sur l'île de Man date de 798. Cette année-là, les Chroniques d'Irlande indique la mise à sac de la petite île de Saint-Patrick (Inis Patraic) par les Lochlannaibh (les Vikings). Trois années plus tôt, ils avaient déjà attaqué l'île écossaise d'Iona. C'est davantage l'appât du gain que la haine des Chrétiens qui les pousse à attaquer monastères et églises.
Pourtant, ce n'est pas en 798 ap. J.C. probablement, qu'a eu lieu la première attaque du genre. Le monastère de Maughold semble avoir été « visité » dès le début du viiie siècle. Il faut dire que la côte nord de l'île n'offre pas de garanties de protection contre ce genre d'attaques. De plus, l'île de Man offre une position stratégique idéale entre Angleterre et Irlande.
Les Gall-Gaedhil
Les Uí Ímair ou Uí Ímhair étaient une dynastie celto-norroise qui régna sur la mer d’Irlande et la côte ouest de l’Écosse de la fin du ixe siècle jusqu'au xe siècle.
Histoire
Leur nom, écrit en vieil irlandais, signifie « petits-enfants » ou « descendants d’Ivar » : Le mythique Ivar Ragnarsson (dit Ivar Sans-Os ?) ou Ivarr roi de Dublin, celui dont les Annales d’Irlande signalent la mort en 873 de la manière suivante : Imhar, rex Nordmannorum totius Hibernie & Brittanie, uitam finiuit, c’est-à-dire « Ivar, roi de tous les Scandinaves d’Irlande et de Bretagne, a achevé sa vie ».
Les descendants d’Ivar prirent possession de leur héritage et régnèrent sur la mer d’Irlande, l’île de Man, les Hébrides, l’Argyll, et les côtes du Galloway, de l’Ayrshire et du Cumberland–Westmorland, ainsi qu’une bonne partie de la Northumbrie, au siècle suivant.
Néanmoins, l’historien Alex Woolf signale qu’il serait erroné d’imaginer la domination des Uí Ímair comme un « empire unitaire » mais plutôt comme un ensemble de seigneuries dirigées par la même dynastie, avec plus ou moins d’unité selon les circonstances politiques du moment.
Vue du site de Balladoole.
La toponymie mannoise atteste de l'importance de la culture scandinave sur la vie de l'île au ixe siècle. C'est à cette époque qu'apparaissent les Gall-Gaedhil en Irlande. Guerriers d'origine mi-norroise mi-celtique, ils colonisent une bonne partie de l'Irlande et probablement aussi de l'île de Man. Au fil des décennies, ils se fondent à la population par le moyen de mariages et créent une population insulaire originale que l'on dénomme « celto-norroise ».
Les Celto-Norrois sont païens alors que les insulaires ont été évangélisés. Il va se développer sur l'île une culture assez originale liée à la mort. Des dizaines de tumulus sont érigés, particulièrement sur les côtes, suivant les anciennes coutumes vikings. Les sites de Balladoole, Cronk yn Howe et Knock y Doonee sont inclus dans ce cadre. Le riche matériel militaire trouvé dans ces tombes laisse imaginer des rites funéraires élaborés. Selon certains chercheurs, la richesse des tombes avait pour dessein de montrer que ces familles venues de Scandinavie avaient pris possession de la terre de Man de façon totale et définitive.
De nombreux cimetières chrétiens mannois ont été érigés sur l'emplacement de ces sites vikings et semblent avoir vu cohabiter les deux cultures de façon simultanée. Il existait donc une relation étroite entre Celtes et Scandinaves sur l'île de Man au ixe siècle.
Dans les siècles suivants, de nombreux chefs de guerre tentent de mettre la main sur l'île de Man. L'Orkneyinga saga révèle que des flottes armées passaient l'hiver sur Man et reprenaient la mer aux beaux jours. Pour cette raison, la population de l'île veillait à l'entretien de plusieurs sites de défense. Ainsi des sites construits à l'Âge du bronze ou à l'Âge du fer étaient encore en activité au xie siècle ou avaient été réactivés : Cronk ny Merriu, Cass ny Hawin, Close ny Chollagh ou même les fortifications de l'île Saint-Patrick.
Conversion au christianisme
Les populations celto-norroises adoptent le christianisme à la fin du xe siècle, même si cela a été progressif. On trouve des traces de religion scandinave sur les croix de plusieurs cimetières mannois (comme la croix de Thorwald dans la paroisse d'Andreas ou la présence de caractères runiques sur des croix du cimetière de Kirk Michael).
Le royaume de Man et des Îles
Le royaume de Man et des Îles était un royaume norrois qui exista dans les îles Britanniques entre 1079 et 1266.
Ce royaume se divisait en deux parties : une constituée des îles du sud (les Hébrides et l'île de Man), nommée Sodor (Suðr-eyjar), et une autre des îles du nord (les Orcades et les Shetland), nommée Norðr (Norðr-eyjar). Les souverains portaient le nom latin de Rex Manniae et Insularum (« roi de Man et des Îles »).
En 1164, il est divisé en deux royaumes : le royaume des Hébrides et le royaume de Man.
Aujourd'hui encore, l'évêque de l'île de Man porte le titre d'« évêque de Sodor et Man ».
Formation
Le royaume de Man et des Îles est constitué par le roi celto-norrois Godred Crovan lorsqu'il soustrait l'île de Man au pouvoir des Vikings de Dublin en 1079. Godred échoue lors de ses deux premières tentatives d'invasion de l'île. Ce n'est que lors de sa troisième tentative qu'il remporte une victoire près de Ramsey (bataille de Skyhill). Auparavant, les Îles étaient passées sous puissance scandinaves suite aux invasions de Vikings de 700 à 900 environ. Jusqu'à l'arrivée de Godred, celles-ci étaient administrées par les royaumes norrois de Dublin et des Orcades.
Le royaume de Man et des Îles s'étendait sur les îles du nord de la mer d'Irlande et les terres à l'ouest de la côte occidentale de l'Écosse. Il incluait :
- L'île de Man et ses îles (Calf of Man, Saint-Michael, etc.)
- Les Hébrides intérieures
- Les Hébrides extérieures
La situation évolua en 1153 avec la mort de deux rois de la région : David Ier d'Écosse et Amhlaibh de l'île de Man. Somerled, maître de l'Argyll et du Kintyre, attaqua trois ans plus tard l'Écosse et l'île de Man dans l'espoir de s'en emparer. Man était alors dominée par Goraidh mac Amhlaibh, le beau-frère de Somerled. Le 6 janvier 1156, Goraidh fut battu par la flotte de Somerled à l'ouest d'Islay. Celui-ci s'empara du royaume mais laissa au vaincu les Hébrides extérieures et Man.
À l'occasion de ce découpage de 1156, les trois fils de Somerled devinrent rois d'une région chacun à la mort de leur père (1164) :
- Engus (Angus), tué en 1210, Bute,
- Dufgall, Mull, Coll, Tiree et Jura ancêtre des MacDougall,
- Rögnvaldr (Reginald), et le Kintyre ancêtre des Mac Donald "Seigneurs des Îles".
- Goraidh (Godfred V de Man) et ses descendants, eux, conservèrent l'île de Man et les Hébrides extérieures jusqu'en 1248.
Deux descendants de Somerled, Jon mac Dungadr (1249-1263) et Duggall mac Ruaidri (1263-1266), furent ensuite rois des Hébrides intérieures qui s'affranchissaient alors définitivement de l'union avec Man, comme vassaux de Håkon IV de Norvège, pendant que Man seule restait aux descendants de Godfred jusqu'en 1266.
Le royaume de Man avait une grande influence dans l'extrême-ouest de l'Écosse et dans certaines zones à l'est de l'Irlande, comme le Furness, le Whithorn, l'Argyll et le Galloway. À un certain moment, le royaume de Man et des Îles est devenu un domaine dépendant des rois de Dublin et des rois de Jorvik.
La fin du royaume de Man et de celui des Hébrides
Les deux royaumes furent cédés à l'Écosse à l'occasion du traité de Perth (1266).
L'île de Man passa ultérieurement à l'Angleterre et est aujourd'hui une dépendance de la Couronne qui bénéficie d'une autonomie.
Les Hébrides sont devenues une région d'Écosse.
Le royaume de Man et des Îles à la fin du xie siècle.
Lorsque, en 1079, le roi celto-norrois Godred Crovan (le « roi Orry » des légendes mannoises) tente une invasion de l'île de Man, pour la troisième fois, il s'impose à la bataille de Skyhill (aussi appelée la « bataille de Scacafell »), près de Ramsey, face à une armée de 300 Mannois qui ne peut lui résister. Le pouvoir des Vikings sur l'île s'amenuise puis est contraint de céder face au nouveau roi. Un royaume se constitue, sous le nom de royaume de Man et des Îles, qui englobe l'île de Man et les archipels écossais des Hébrides, des Shetland des Orcades.
Une période de confusion survient peu après la mort du souverain (1095). Le roi de Norvège, Magnus III Berføtt, s'installe sur Man pour en faire une base afin de préparer des attaques sur le pays de Galles et l'Irlande. La situation donne aux fils de Godred Crovan, successeurs de leur père, peu de légitimité.
Des luttes de clan se font jour sur l'île, entre factions représentant la Norvège, l'Écosse ou encore l'Angleterre. Le règne de Godfred V de Man (1153-1187) voit le royaume de Man et des Îles perdre une grande partie de ses terres. Seules l'île de Skye et la région de Lewis sur l'île de Lewis et Harris lui restent attachées.
La lignée parvient toutefois à se perpétuer et, jusqu'à 1265, l'île de Man est dirigée par les descendants scandinaves de Godred Crovan. En 1261, Alexandre III d'Écosse envoie des émissaires en Norvège afin de négocier la cession des îles. Cette initiative ne menant à rien, les hostilités sont déclenchées entre les deux parties et s'achèvent par une bataille indécise à Largs (1263). Néanmoins, le roi norvégien Haakon Haakonsson meurt l'hiver suivant. Cela permet à Alexandre de mener à bien sa conquête. Magnus, roi de Man et des Îles (de 1252 à 1265), qui avait combattu du côté norvégien, est contraint de rendre toutes les îles, à l'exception de l'île de Man. Il meurt deux ans plus tard et, en 1266, le roi Magnus VI de Norvège cède les îles, dont l'île de Man, à l'Écosse, lors du traité de Perth pour 4 000 marks (merks en écossais) et une annuité de 100 marks. Mais il faudra attendre 1275 et la bataille du Ronaldsway, près de Castletown, au cours de laquelle l'armée mannoise de Godfred Magnuson est battue par les Écossais d'Alexandre, pour assurer une domination permanente de l'Écosse sur l'île de Man. Plus aucun roi scandinave ne régnera ensuite sur l'île de Man.
La vie sur l'île de Man au temps des Celto-Norrois
Le Tynwald
Une des plus brillantes innovations de la période scandinave est l'actuel parlement de l'île de Man, le Tynwald. Il doit son origine aux rois celto-norrois de l'île. Il est même réputé être le plus ancien parlement au monde ayant eu une existence ininterrompue depuis 979 (on peut toutefois faire remonter ses racines à la fin des années 800 si on considère que le nom désigne le lieu où se tenait une assemblé des pillards normands qui ne résidaient pas en permanence sur l’île)-
Celtes contre Scandinaves
Il semble acquis que la période scandinave n'ait pas altéré de façon importante la culture celtique des habitants de l'île. Malgré la présence viking sur Man, le gaélique, ancêtre du mannois, a continué à être majoritairement parlé par la population. De plus, il ne semble pas que la population scandinave ait eu un statut social plus avancé que la population celtique.
Statut du catholicisme
Sodor et Man est un diocèse de l'Église d'Angleterre. À l'origine beaucoup plus vaste, ce diocèse couvre aujourd'hui l'île de Man et les îlots adjacents.
Le diocèse norvégien de Sodor fut formé en 1154. Il couvrait alors les Hébrides et les autres îles de la côte ouest de l'Écosse. Son nom norrois était Súðreyjar ou Sudreys (« îles du sud »), par opposition aux Norðreyjar, les « îles du nord » que sont les Orcades et les Shetland. L'île de Man fut incluse à ces îles du sud. Ce diocèse était une partie de l'archidiocèse de Trondheim.
La Norvège contrôla ces îles jusqu'en 1266, date à laquelle elle les céda à l'Écosse (traité de Perth). L'île de Man fut détachée des îles d'Écosse et tomba sous la suzeraineté des rois d'Angleterre en 1334. Par la suite, ce diocèse passa aux seigneurs de Man (les Stanley, comtes de Derby, de 1406 à 1736 et les ducs d'Atholl à partir de 1736) jusqu'à ce que la seigneurie fût achetée par la Couronne britannique en 1765. Le droit de nommer l'évêque de Sodor et Man appartenait aux seigneurs de Man, puis il fut exercé par les ducs d'Atholl, avant d'être remis à la Couronne, en 1828.
Il semble que l'origine du nom Sodor ait été perdu. Il est probable que ce terme désignait l'îlot qui abritait le siège de l'évêque. La terminaison "et Man" semble avoir été ajoutée au XVIIe siècle. Jusqu'en 1604, les évêques signaient invariablement "Sodorensis", puis, jusqu'en 1684, ils utilisaient tantôt la forme "Soderensis" tantôt la forme anglaise Sodor and Man. Depuis 1684, ils signent invariablement "Sodor and Man".
La cathédrale du diocèse de Sodor et Man se trouvait à l'origine sur l'île Saint-Patrick, à Peel, la seule cité de Man. Au cours du XVIIIe siècle, elle tomba progressivement en désuétude et, plusieurs années durant, il n'y avait qu'une pro-cathédrale à Douglas. En 1980, l'actuelle cathédrale du diocèse de Sodor et Man, l'église paroissiale de Saint-German de Peel, fut désignée par acte du Tynwald.
Prérogatives
L'évêque de Sodor et Man possédait une très importante quantité de terres sur l'île de Man, notamment 99 fermes et 77 cottages. Il possédait sa propre cour et sa propre prison au château de Peel. D'autres terres mannoises étaient en revanche la propriété de l'abbaye de Furness, en Écosse
Ruines de la cathédrale Saint-German, sur l'île de Saint-Patrick.
Alors que l'Europe entière se convertissait au catholicisme, l'arrivée de conquérants païens sur l'île de Man a considérablement retardé l'adoption de la religion catholique, bien que 716 ap. J.C. soit la date officielle à laquelle l'Ulster et Man se soient soumises à l'Église de Rome. Il faudra attendre la fin du xiie siècle pour assister à la construction de la première cathédrale mannoise, la cathédrale de Saint-German, sur l'île Saint Patrick. Cette île fut précédemment le lieu d'accueil de trois églises, dont on peut voir encore les ruines.
La construction de la cathédrale Saint-German est à mettre au crédit de l'évêque Simon (1227-1247), même si le bâtiment moderne présente plusieurs phases de rénovation et de reconstruction ultérieures. Des fouilles archéologiques ont démontré la présence d'une occupation domestique au nord de la cathédrale dès le xiie siècle, remplacée au xve siècle par un dortoir pour prêtres.
Roolwer, évêque évangélisateur
Quelques décennies plus tôt, de nombreux évêques, comme Roolwer (xie siècle), se sont évertués à évangéliser l'île, avec l'aval des rois mannois. Ainsi, Olaf Ier de Man qui invita les moines de Furness à venir évangéliser l'île en 1134 et à fonder l'abbaye de Rushen, à Ballasalla.
Période britannique (1275-1866)
Le centre décisionnaire de l'île de Man est transféré du château de Peel au château de Rushen, ce qui fait de Castletown la nouvelle capitale de l'île.
Rivalités anglo-écossaises (xiiie et xive siècles)
Édouard Ier d'Angleterre.
Les décennies qui suivent sont le théâtre de rivalités entre l'Écosse et l'Angleterre pour la domination de l'île de Man. Mais la dynastie écossaise s'affaiblissant dès la fin du xiiie siècle, c'est sans opposition que le roi d'Angleterre Édouard Ier revendique l'île et en prend possession en 1290. Il l'utilisera selon son gré comme cadeau royal, qu'il remettra d'abord à John Balliol, puis à Anthony Beck, évêque de Durham et enfin, c'est Piers Gaveston, le favori d'Édouard II, qui en héritera. Mais les Écossais ne souhaitent pas renoncer pour autant à leurs prétentions sur Man. Robert le Bruce, roi d'Écosse, débarque à Ramsey en 1313 et assiège le château de Rushen, à Castletown- Elle capitulera au bout d'un mois. Cela remet donc l'île de Man entre les mains de Thomas Randolf, comte de Moray. Mais les forces écossaises n'assurent qu'une faible protection de l'île alors que celle-ci est la proie de pillards venus d'Irlande (1316). Anglais et Écossais se disputent à nouveau l'île, en provoquant des attaques ininterrompues, installant à la tête de l'île des seigneurs de leur pays, malgré plusieurs trêves (1318, 1328 et 1333).
Prise de possession anglaise
En 1333, le roi d'Angleterre Édouard III remet l'île entre les mains de William Montagu, premier comte de Salisbury. L'Angleterre devient désormais seule décisionnaire dans les questions relatives à l'île de Man. En 1392, le fils de Montagu, William II, vend l'île à William Le Scrope, partisan de Richard II. Le nouveau roi de l'île paiera cher son soutien à Richard et, lorsque Henri IV monte sur le trône d'Angleterre (1399), Le Scrope fait partie des exécutés. Henri IV remet l'île à Henry Percy, le premier comte de Northumberland. Mais en 1403 Percy se rebelle contre le roi d'Angleterre qui lui confisquera tous ses titres, dont celui de roi de Man, deux ans plus tard. L'île retourne une fois de plus au roi d'Angleterre qui décide d'en donner la gestion à James Stanley, dont la famille recevraplus tard le titre de comtes de Derby. Les Derby resteront à la tête de l'île de Man jusqu'en 1736.
La vie sur l'île de Man au xive siècle
Le site présumé de la bataille de Skyhill, près de Milntown (île de Man).
En raison des troubles anglo-écossais et des incursions fréquentes de pirates venus d'Irlande, la fin du xiiie siècle et le xive siècle dans son ensemble resteront comme l'une des périodes les moins sûres pour les habitants de l'île de Man. Les villes et les campagnes sont régulièrement pillées et incendiées. En 1377, contre rémunération, la France proposera même aux Mannois une protection contre ces dépradations. Dans le même temps, taxes et dîme augmentent de manière radicale en raison des difficultés endurées par l'Église mannoise. De nouvelles taxes sont créées : sur le poisson en 1291, sur les produits artisanaux en 1334. En 1302, le seigneur de Man impose une taxe sur les foyers en réponse aux dissensions des Mannois sur l'appropriation des églises de Saint-Michael et de Saint-Maughold par l'abbaye de Furness-
Dans le même temps, le paysage se modifie sur l'île. Des murets sont érigés en de nombreux endroits pour délimiter les propriétés terriennes. Un texte de 1422 indique l'existence d'« un vieux mur connu des habitants le long des pentes des montagnes » au-dessus de Laxey. Il marque la limite des terres de l'abbaye de Rushen et remonte à la fin du xiiie siècle ou au début du xive siècle. C'est aussi semble-t-il à cette époque que le manque de bois et de forêts se faire sentir sur l'île, même s'il existe aujourd'hui un débat d'historiens sur la question. S'il est vrai qu'en 1098, Magnus III de Norvège, roi de Man, exige du Galloway qu'il approvisionne l'île de Man en bois pour assurer l'entretien des forteresses mannoises, on apprend pourtant que le roi Godred Crovan, à l'occasion de la bataille de Skyhill (1079), cache trois cents hommes dans les forêts du Scacafell, ce qui ne semble pas indiquer une quelconque pénurie de bois.
Les comtes de Derby (1405-1736).
En 1405, deux ans après la rébellion de Henry Percy, le roi d'Angleterre remet l'île de Man à John Stanley, prélude d'une période de trois siècles de stabilité politique. La famille Stanley portera le titre de rois de Man jusqu'à 1504, puis celui de seigneur de Man, l'île cessant d'être un royaume. Le premier Stanley ne se rendra jamais sur l'île de Man. C'est son fils, John Stanley II, qui y mettra le premier les pieds, très intéressé par la gestion de l'île et de ses affaires. Il entreprend une série de réformes administratives et législatives qui amenuisent le rôle de l'église au profit de celui du Tynwald, le Parlement mannois, dont il restaure l'autorité.
Le premier Stanley réellement investi dans les affaires mannoises est James Stanley, 7e comte de Derby, surnommé par les Mannois « le Grand Stanley ». Résident à temps complet sur l'île de Man, il prend l'initiative inédite de nommer un Mannois gouverneur de l'île, Edward Christian, ce qui permettra d'opposer une forme de contre-pouvoir en faveur des intérêts du peuple mannois.
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