Al Andalus

 

    

                                                                                                          Ville de Ceuta

Après avoir conquis la totalité de l'Afrique du Nord, le gouverneur Musa Ibn Nosseyr bute sur la ville de Ceuta qui lui résiste. Territoire byzantin, comme toute la côte africaine avant l'arrivée arabe, la ville est trop distante de Constantinople pour être secourue efficacement. Pour se protéger, Ceuta se tourne vers l'Espagne des Wisigoths8. Julien, le gouverneur de la cité envoie même sa fille à Tolède afin qu'elle puisse y parfaire son éducation. Le comportement du roi Rodéric qui viole la jeune femme fait pourtant basculer la situation; Julien en colère souhaite se venger et il conclut un pacte avantageux avec Musa en lui ouvrant les portes de sa ville, tout en lui vantant les mérites d'une conquête de l'Hispanie. Pour prouver sa bonne volonté, il met à la disposition des troupes musulmanes ses vaisseaux9 mais Musa préfère toutefois demander l'autorisation au calife Walid qui lui répond : « Faites explorer l'Espagne par des troupes légères, mais gardez-vous pour le moment du moins d'exposer une grande armée aux périls d'une expédition d'outre-mer ».

                                                                                 

Gibraltar,par où l'invasion a commencé

Musa obéit au calife et envoie donc un dénommé Abou-Zora accompagné de quatre cents hommes et cent chevaux qui franchissent le détroit à bord de quatre navires affrétés par Julien, le gouverneur de Ceuta. Après avoir pillé les côtes autour d'Algésiras, ils retournent en Afrique au mois de juillet 710. Satisfait du résultat, Musa profite des troubles qui occupent le roi Rodéric au nord pour envoyer Tariq ibn Ziyâd, général de son avant-garde, avec 7 000 hommes. N'ayant que les quatre navires offerts par Julien, Tarîq réunit ses troupes sur la montagne qui porte aujourd'hui son nom, Gibraltar. Immédiatement alerté, Rodéric se met en marche contre Tarîq avec une grande armée. Ne pouvant évacuer ses troupes avant l'arrivée des wisigoths, le général musulman opte pour l'affrontement direct et demande même à Musa l'envoi de renforts qui lui offre 5 000 combattants berbères, si bien que les forces musulmanes s’élèvent à 12 000 hommes, très peu comparé aux armées de Rodéric dont on estime qu'elles étaient au nombre de 40 000. Malgré ce net désavantage numérique, c'est la trahison au sein du camp wisigoth qui aidera les armées musulmanes.

Wittiza, le roi renversé par Rodéric

 

Rodéric avait contre lui un parti très puissant de nobles qui l'accusaient d'avoir usurpé le trône en assassinant son prédécesseur, Wittiza. Obligés de participer aux guerres de Rodéric, ces nobles n'en gardaient pas moins une haine envers leur roi. Pour l'anéantir, ils se mettent d'accord afin de le trahir durant la bataille avec les musulmans. Cette trahison n'avait pas pour but de livrer l'Hispanie aux musulmans, car ces nobles pensaient que le but de Tarîq était uniquement de piller la région puis de repartir

La bataille a lieu sur le rio Wadi Lakkah le 19 juillet 711. Les deux fils de Wittiza commandent les ailes de l'armée espagnole et finissent par trahir Rodéric qui gouverne le centre. Durant la bataille, il est probable que Rodéric perde la vie, ce qui laisse le pays sans chef Tarîq profite de cette situation et contrairement à ce que lui avait ordonné Mousâ mais aussi à ce que pensaient les nobles wisigoths, il marche en avant. L'avancement des troupes musulmanes est renforcé par le soutient qu'ils rencontrent au sein du petit peuple mais aussi des Juifs qui ont longtemps été opprimés. Après avoir conquis Ecija, Tarîq peut à présent envisager la prise de Tolède, la capitale, mais aussi Cordoue, Archidona et Elvira. Archidona, abandonnée par sa population, est prise sans peine, Elvira quant à elle est confiée à des troupes juives et musulmanes, Cordoue est livrée à Tarîq par un berger qui lui indique une brèche d'où il peut facilement entrer avec ses troupes, et Tolède est conquise suite à une trahison des Juifs de la cité. Le commandement de cette dernière est donné à un frère de Wittiza.

En Afrique, Musa qui avait pourtant ordonné à Tarîq d'y retourner après avoir pillé les côtes ibériques est mécontent. La popularité de son général l'agace et il décide donc de prendre part à la conquête de la péninsule. Au mois de juin 712, il passe donc le détroit de Gibraltar accompagné de 18 000 soldats arabes et prend Medina-Sidonia et Carmona puis se met en route vers Tolède ou il rencontre Tarîq qui est fortement réprimandé pour sa conquête solitaire de la péninsule. Le reste de la péninsule, sans chef à sa tête, se soumet rapidement à la conquête arabe.

Environs de Carmona : les serfs continuent d'exploiter les terres après l'arrivée des troupes musulmanes

Les premières années de la présence musulmane sont assez chaotiques mais très rapidement les dirigeants musulmans imposent l'ordre et la domination arabe est acceptée par le peuple qui a le droit de conserver ses lois et ses juges, mais voit aussi la nomination de gouverneurs et de comtes locauxLes serfs qui connaissaient l'exploitation des terres conservent leur rôle mais doivent reverser au propriétaire du terrain les quatre cinquième des récoltes et si les terres appartiennent à l'état ce n’est que trois-cinquième. La situation des chrétiens est très variable selon les villes et les conditions lors de la signature du traité mais en général ils conservent la plupart de leurs biens bien qu’ils doivent payer à l'état un impôt de 48 dirhams pour les riches, 24 pour la classe moyenne et de 12 dirhams pour ceux qui vivent d'un travail manuel. Les femmes, les enfants, les moines, les handicapés, les malades, les mendiants et les esclaves en sont toutefois exemptés18. Enfin, l'impôt est levé si la personne se convertit à l'islam.

Cathédrale de Cordoue dont les chefs musulmans achèteront la moitié aux chrétiens

L'arrivée des Arabes est considérée comme une source de liberté pour de nombreuses couches de la société. Les serfs opprimés durant le règne des rois wisigoths jouissent d'une certaine indépendance dans l'exploitation des terres dans la mesure où leurs nouveaux maîtres sont de piètres agriculteurs et donc laissaient leurs subordonnés cultiver comme ils le souhaitaient. Quant aux esclaves, il leur était extrêmement facile de recouvrer la liberté puisqu'il leur suffisait de se présenter devant les autorités et de prononcer la profession de foi musulmane, ils étaient immédiatement affranchis selon la loi islamique. Ces nouvelles lois ont pour conséquence la conversion de nombreux serfs et esclaves. Pour les plus hautes couches de la société, la conversion permet de ne plus payer l'impôt prévu pour les non-musulmans.

L'arrivée des musulmans apporte aussi son lot de difficultés et de maux. Bien que le culte chrétien soit libre, l'Eglise est sous l'autorité musulmane et juive qui président les réunions. Les sultans nomment les évêques et les traités signés entre musulmans et chrétiens s'estompent au fil des décennies. En 784, soit près de soixante-dix ans après l'arrivée des Arabes dans la péninsule, Abd al-Rahman Ier impose aux chrétiens la vente de la moitié de la cathédrale de Cordoue pour cent mille dinars, il viole aussi le traité qu'avaient signé ses prédécesseurs en confisquant les terres d'Ardabast, descendent de Wittiza, uniquement parce qu’il trouve qu'un chrétien ne peut avoir de terres aussi vastes. Enfin, afin d'accélérer le processus de conversion, les impôts que doivent payer les non-musulmans augmentent.

En 714, Târiq et Musa sont appelés à Damas pour enquête. Le nouvel émir al-Hurr poursuit de 716 à 719 la conquête et parvient jusqu'aux Pyrénées, détruisant Tarragone et occupant Barcelone. Ses successeurs iront même au-delà des Pyrénées, vers la Septimanie wisigothique, d'où ils lanceront des expéditions vers le nord.

En 719, la Septimanie est conquise et Narbonne devient sous le nom d'Arbûna le siège d'un wâli pendant quarante ans, la capitale d'une des cinq provinces d'al-Andalus, aux côtés de Cordoue, Tolède, Mérida et Saragosse. Les musulmans laissèrent aux anciens habitants, chrétiens et juifs, la liberté de pratiquer leur religion moyennant tribut-. En 759, Narbonne est reprise par Pépin le Bref et les musulmans chassés de la Gaule.

L'arrêt de la conquête musulmane en Occident s'explique certes par la contre-attaque des Francs[réf. nécessaire], mais surtout par l'insurrection berbère au Maghreb, appuyée sur le kharidjisme (740). Les Berbères d'Espagne se soulèvent eux aussi, formant plusieurs colonnes qui menacent Cordoue et Tolède. Face à ce péril, les Arabes, peu nombreux, ne sont pas unis : une opposition traditionnelle existe entre Kaisites (bédouins nomades de l'Arabie du nord et du centre) et Kalbites (cultivateurs sédentaires originaires du Yémen). La révolte berbère est malgré tout matée par le Kaisite Baldj, avec quelques milliers de Syriens qui avaient été évacués de Ceuta assiégée, et qui restèrent finalement en Espagne.

 

Les troubles internes

La période suivante est marquée par la succession de 21 gouverneurs, de 711 à 726, qui prennent de plus en plus d'indépendance par rapport au califat de Damas. À partir de 720, les conflits internes s'aggravent alors que la tendance Kaisite l'emporte. En 739, une grande révolte des Berbères éclate dans le Maghreb occidental et se répercute en Espagne. D'abord victorieux à Cordoue, ils seront vaincus et doivent quitter la péninsule. La guerre civile perdurera pendant une quinzaine d'années.

Le renversement des Omeyyades par les Abbassides a pour conséquence l'émancipation de l'Espagne : Abd al-Rahmân, petit-fils du dernier calife omeyyade, se réfugie en Afrique du Nord, parmi les tribus berbères dont sa mère est issue. Son affranchi Badr lui ayant obtenu le ralliement des Syriens et d'une partie des Kalbites d'Espagne, il passe dans ce pays et s'empare de Cordoue en 756, où il se proclame émir.

 

L'émirat de Cordoue

Règne d'Abd al-Rahman Ier, le fondateur de la dynastie

Statue de Abd al-Rahman Ier. Almuñécar, Espagne.

En 750 le califat ommeyyade s'éteint avec la défaite de la bataille du Grand Zab et toute la famille est assassinée hormis Abd al-Rahman Ier qui s'échappe et arrive à atteindre l'Espagne. Ayant lui-même une mère berbère il s'intègre facilement et arrive à enrôler de nombreux soldats arabes et berbères au sein de son armée. Pauvre financièrement, ils n'ont pas les moyens de réaliser un étendard correct et se contenteront d'utiliser un turban accroché à une lance, ce qui deviendra d'ailleurs le symbole des ommeyyades d'Espagne. En 756, Abd ar-Rahman arrive à remonter sur le trône après avoir pris Cordoue pour fonder l'émirat du même nom.

Hicham Ier

Son fils Hicham Ier poursuivra l'oeuvre de son père, et mis à part la révolte lancée par son frère, le règne du nouveau calife est paisible. Il se caractérise par sa piété, s'habillant d'une extrême simplicité. Il parcourait les rues de Cordoue afin de rendre visite aux pauvres et aux malades, distribuait la monnaie aux voyageurs et demandait à son peuple de faire de même. A la même époque vivait de l'autre côté du monde musulman, à Médine le juriste et fondateur de l'école qui porte son nom l'imam Mâlik ibn Anas. Lorsqu'on rapporte à ce dernier le comportement de l'émir ommeyyade Hishâm il ne tarit pas d'éloges envers ce dirigeant, voyant en lui l'idéal du gouverneur musulman face aux Abassides qu'il considère comme des usurpateurs. Bien que cela puisse paraître secondaire, de cette union entre les deux hommes va naître une lignée de juristes dont l'Espagne a grandement besoin. Hishâm encourage vivement les échanges avec l'imam Mâlik et le malékisme devient la branche officielle de l'islam sunnite d'Al Andalus. Au moment de la mort d'Hishâm, d'illustres juristes comme le berbère Yahiya ibn Yahiya, un des plus brillants élèves de l'imam Malik enseignent le droit en Espagne.

Al-Hakam Ier, le temps des révoltes

Le nouveau groupe de religieux commença par former un véritable caste au sein de l'Etat, qui se permettaient de donner leurs avis et même de critiquer le nouveau sultan Al-Hakam Ier qu'ils considéraient pas assez pieux. Ils comploteront même contre leur dirigeant en souhaitant le remplacer par son cousin Ibn-Châmmas, mais ce dernier fidèle au sultan l'avertit du complot et une partie des meneurs sont exécutés. Al-Hakam qui durant sa jeunesse était connu pour sa gaieté et son souhait de continuer sur la voie tracée par son père se transforme au fil des révoltes en personnage aigri, déçu par le comportement de ses sujets dont il n'hésitera pas à décapiter les éléments les plus turbulents .

Dans le même temps Al-Hakam jouera l'apaisement en donnant aux villes en majorité espagnoles, des gouverneurs issus de leur peuple, comme Amrous gouverneur de Tolède. Malgré tout, les notables de la ville trahiront le sultan. La réaction est immédiate, Al-Hakam envoie son fils Abd Al-Rahman exécuter les meneurs lors de la journée appelée Journée de la Fosse, la terreur de ce massacre calme toutes les rebellions dans le pays durant une décennie. Le calme n'est toutefois qu'apparent car dans le secret les comploteurs continuent à vouloir la chute du sultan. Le nom d'Al-Hakam est insulté dans les rues et les mosquées de Cordoue, en réponse celui-ci n'hésite pas à exécuter les meneurs et à engager de plus en plus de soldats africains qu'on dénommait les muets car ils ne connaissaient pas la langue arabe et donc étaient d'autant plus redoutables. Toutes ces mesures au lieu d'effrayer la population la rend de plus en plus rebelle.

Cordouans chassés d'Al-Andalus pour s'être révoltés contre le sultan, en partance pour la conquête de l'île de Crête

Le pays est au bord de la guerre civile, et la tension atteint son paroxysme au mois de mai 814, lorsqu'un des soldats du sultan assassine un artisan de Cordoue qui ne voulait pas lui obéir, spontanément une foule en colère se regroupe autour du palais. Le sultan et ses hommes prennent conscience qu'ils n'ont aucune chance face à la population et tout le monde s'apprête à être tué dans la journée. Al-Hakam demande même d'assassiner immédiatement les prisonniers qui avaient menés les révoltes précédentes afin qu'ils ne lui survivent pas. Avant de s'avouer vaincu, Al-Hakam décide de lancer une offensive de la dernière chance. Elle consiste à envoyer quelques cavaliers qui doivent se frayer un chemin dans la foule et atteindre les faubourgs de la ville afin d'incendier les maisons qui s'y trouvent, le but de l'opération est d'affoler la population qui en voyant ses demeures en feu abandonnera les armes pour aller éteindre les incendies. C'est à Obeid-Allah qu'incombe la tâche qu'il accomplit avec succès, il brûle les biens de la population qui rompt les rangs et ainsi déssère l'étau qui pèse sur Al-Hakam et son palais. L'armée du sultan sort et massacre une partie des protestataires. Les autres se divisent en deux groupes, le premier composé d'environ 10 000 personnes et dirigé par Abu Hafs Omar ibn Suab partent pour l'Egypte puis pour l'île de Crête où ils fondent leur propre dynastie35. Le second groupe composé de 8 000 familles, s'installe en Afrique et plus précisément à Fez où le prince Idris Ier les accueille dans sa nouvelle capitale. Le sultan sort victorieux à l'issue de cette journée qu'on appelle la journée de la Révolte du Faubourg. Les religieux qui ont menés la révolte sont quant à eux sont pour la plupart graciés mais contraints à l'exil bien que le sultan croit fermement être dans son bon droit s'il condamne à mort les meneurs de la révolte.

Le règne d'Al-Hakam consolide énormément le pouvoir de l'émir, et il laisse à son fils Abd al-Rahman II un état pacifié et stable, qui permet à ce dernier d'initier la civilisation andalouse. Lui-même n'était pas étranger aux arts, il invite à Cordoue le poète Ziriab, qui introduit en Al-Andalous de nombreuses pratiques orientales, dans les domaines des arts, des sciences et des cultures.

 

Eglise de Cordoue anciennement mosquée au temps des Ommeyades

A l'âge de trente ans, Abd Al-Rahman II monte au trône. Pieux, il aime aussi les arts et les sciences, et se donne pour objectif de faire venir de Baghdad des artistes de la cour abasside comme Ziryab, amenant son pays au premier rang européen en la matière. De nombreux chrétiens, impressionnés par le raffinement arabe, se mettent à utiliser exclusivement cette langue, ce qui ne manque pas de causer une amertume à certains :

« Mes coreligionnaires, dit-il, aiment à lire les poèmes et les romans des Arabes; ils étudient les écrits des théologiens et des philosophes musulmans, non pour les réfuter, mais pour se former une diction arabe correcte et élégante. Où trouver aujourd'hui un laïque qui lise les commentaires latins sur les saintes Ecritures ? Qui d'entre eux étudie les Evangiles, les prophètes, les apôtres? Hélas! tous les jeunes chrétiens qui se font remarquer par leurs talents, ne connaissent que la langue et la littérature arabes ; ils lisent et étudient avec la plus grande ardeur les livres arabes; ils s'en forment à grands frais d'immenses bibliothèques, et proclament partout que cette littérature est admirable. Parlez leur, au contraire, de livres chrétiens : ils vous répondront avec mépris que ces livres-là sont indignes de leur attention. Quelle douleur ! les chrétiens ont oublié jusqu'à leur langue, et sur mille d'entre nous vous en trouverez à peine un seul qui sache écrire convenablement une lettre latine à un ami. Mais s'il s'agit d'écrire en arabe, vous trouverez une foule de personnes qui s'expriment dans cette langue avec la plus grande élégance, et vous verrez qu'elles composent des poèmes, préférables, sous le point de vue de l'art, à ceux des Arabes eux-mêmes »

Cette amertume se transforme au sein de certains hommes d'Eglise en propagande mensongère afin de placer l'islam au même niveau qu'une religion païenne. La haine que ressentent les prêtres n'est pas envers l'islam mais plutôt envers les arabes et surtout le peuple qui les brimaient continuellement, eux qui à peine un siècle plus tôt formaient l'élite du pays du temps des rois wisigoths.

C'est aussi sous le règne d'Abd Al-Rahman II que les drakkars vikings s'abattent sur Al-Andalus. Après avoir pillés Séville, les vikings obligent le sultan à mettre en place un réseau de tours de guets et de forteresses, ainsi qu'une flotte de guerre toujours opérationnels un siècle après sa mort, ce qui a pour conséquence immédiate la défaite viking.

La fin de son règne est troublée par les intrigues à propos de sa succession. Il avait eu quarante-cinq fils, et les deux factions principales soutenaient respectivement Muhammad, le fils aîné, et Abd-Allah, le fils de la favorite, Tarub. Les conflits allèrent jusqu'à une tentative d'empoisonnement de l'émir. Finalement, ce fut Mohammed qui lui succéda.

Muhammad Ier

Ibn Marwan

 

 

Dynastie Ommeyyade

Le jour même de la mort de son père, les eunuques se lancent dans la difficile polémique pour le choix du futur émir. Après plusieurs tergiversations, ils se mettent d'accord sur le choix de Muhammed, qui est intronisé le soir même- Le nouveau sultan ne ressemble pas à son père : d'une personnalité froide, il est, comme le craignaient les eunuques lors de son élection, un personnage plutôt intolérant envers ses sujets chrétiens, dont il ordonnera la destruction de plusieurs églises.

Les royaumes chrétiens du nord de la péninsule, apprenant la nouvelle, décident de prendre les armes à Tolède. Muhammed, sentant que la menace est aux portes de la capitale, envoie toute son armée afin de mater la rebélion. Les chrétiens, avec à leur tête le comte Gaton de Bierzo, aidés par le roi Ordoño Ier d'Oviedo, préparent aussi leur armée qui se retranche dans Tolède. Muhammad, comprenant qu'il ne peut prendre la ville par la force, décide de la prendre par la ruse. Il ordonne à une partie de ses hommes de se cacher derrière les rochers et avec une faible troupe il s'avance lui-même devant les remparts de la cité. Les Tolédans, étonnés par l'audace et ne se doutant de rien, tentent une sortie menée par Gaton qui décide de poursuivre Muhammad et ses hommes qui simulent la fuite. Arrivés auprès de son armée qui est restée cachée, le sultan ordonne le massacre de Gaton et de ses huit mille hommes qui sont cernés de toutes parts par les troupes musulmanes. Malgré le fait qu'il n'ait pu reprendre Tolède, Muhammad est satisfait car Cordoue n'est plus menacée, mais ce n'est pas pour autant que les harcèlements envers les chrétiens de Cordoue cessent dans la mesure où le sultan augmente l'impôt auquel ils devaient s’acquitter.

Un peu plus tard un dénommé Ibn Marwan, descendant d'une famille de wisigoths convertis à l'islam, se révolte contre l'autorité arabe et berbère. Muhammed envoie son fils Al-Mundhir et un de ses ministres dénommé Hâshim  Suite à une erreur de stratégie, les hommes du sultan sont massacrés et Hâshim est fait prisonnier, ce qui permet à Ibn Marwan de négocier à son avantage un traité humiliant pour le sultan. L'accord prévoit qu'Ibn Marwan fonde sa propre ville nommée Badajozayant une large autonomie vis-à-vis du sultan. Cette marque de faiblesse discrédite encore plus le sultan face à une population de plus en plus insoumise.

La dernière grande révolte à laquelle le sultan sera confronté est celle d'Omar Ben Hafsun, un descendent de chrétiens convertis à l'islam. Il s'établira dans sa forteresse de Bobastro d'où il attaque la campagne environnante. Voyant qu'il est dans son intérêt de se soumettre au sultan, il conclut un pacte et s'engagea même dans l'armée. Il la quitte cependant rapidement et retourne à son état de brigand. Omar survivra toutefois au sultan Muhammad et c'est à son fils Al-Mundhir que revient la tâche de l'arrêter Le nouveau sultan est plus prudent et plus énergique que son père et en 888, il se lance avec son armée dans la pacification du territoire et décide d'attaquer Bobastro. Omar par une ruse se sauve de cette situation, quand à Mundhir il meurt durant le siège. Le nouveau calife désigné est Abd Allah.

 


Abd Allah ben Muhammad

 

Omar, apprenant la mort de son ennemi, souhaite attaquer le convoi funèbre mais Abd Allah ben Muhammad lui demande de ne pas agir. Au contraire, il lui propose la paix, ce qu'il accepte et se soumet au nouveau sultan. Peu de temps, après il rompt cette alliance de nouveau et se relance dans sa vie de pillage. Quand à Abd Allah, son alliance avec les ennemis du pays lui vaut de nombreuses critiques au sein même de la noblesse arabe. Quelques années plus tard, Abd Allah a l'occasion de vaincre définitivement son adversaire au pied de la forteresse de Polei. Disposant d'une armée composée de quatorze mille hommes, nettement moins nombreuse que celle d'Omar qui en avait deux fois plus, Abd Allah joue l'avenir de la dynastie ommeyyade, car il est bien conscient qu'une défaite face à Omar lui serait fatale. La bataille qui au départ semble confuse au sein du clan ommeyyade finit par tourner à leur avantage et Omar ainsi que ce qui reste de son armée prend la fuite. Omar connaîtra encore quelques succès par la suite mais sa conversion au christianisme et sa défaite face à Abd Allah lui sont désastreuses. Il perd de nombreux éléments berbères de son armée et le soutien d'autres chefs rebelles musulmans et finit par mourir de maladie en 917.

Durant la fin du règne d'Abd Allah le pouvoir du sultan est minime . Le règne d'Abd Allah est marqué par les rivalités ethniques et de nombreuses révoltes qui l'obligent à se montrer intransigeant, mais étant trop faible son autorité baisse au fil des années. Ainsi, le gouverneur arabe de Séville Ibrahim Banu Hadjabj prend le titre de roi et son indépendance, qu’Abd-Allah est contraint de reconnaître bien qu'à la fin de sa vie il se soit de nouveau soumis à l'autorité du sultan. Cela permet à Abd Allah de reprendre de la vigueur et dès lors les dernières années du règne du sultan connurent presque toutes des batailles victorieuses. En 903 son armée prit Jaën ; en 905 elle gagna la bataille du Guadalbollon sur Ibn-Hafçoun et Ibn-Mastana ; en 906 elle enleva Cafiete aux Beni-al-Khalî ; en 907 elle força Archidona à payer tribut ; en 909 elle arracha Luque à Ibn-Mastana ; en 910 elle prit Baëza52. Abd Allah meurt le 15 octobre 912 et son successeur est Abd al-Rahman III.

Abd Al-Rahman III

Abd Al-Rahman III

Orphelin dès sa jeunesse, Abd Al-Rahman qui est né en 891 est élevé par son aïeul, jusqu'à son accession au trône à l'âge 22 ans. L’intronisation du nouveau sultan est bien acceptée et aucune contestation ne se fait entendre. Bien que poursuivant l'oeuvre de pacification de son prédécesseur, il change radicalement de politique et souhaite se montrer plus ferme vis-à-vis des gouverneurs rebelles Contrairement à Abd Allah qui se satisfaisait d'un tribut annuel face aux gouverneurs de province dissidents, Abd Al-Rahman prévient qu'à présent, en cas de rébellion il n'hésitera pas reconquérir les terres perdues et à punir durement les meneurs. En contrepartie il annonce qu'il pardonnerait à tout personne qui se soumettrait à son autorité . Bien qu'en apparence terrifiante cette proposition est plutôt bien accueillie ; les années de guerre durant le règne d'Abd Allah ont épuisés les Andalous, les antagonismes nationaux se sont éteints avec la mort de leurs instigateurs et les nouvelles générations n'aspirent qu'à retrouver la paix.

En 913, la ville de Jaén qui est sortie de l'autorité du sultan depuis plus de vingt-ans est reprise54, les autres forteresses se rendent sans difficulté. Rapidement les provinces d'Elvira et de Jaén sont pacifiées et les regards se tournent dès lors vers les régions du centre de la péninsule, moins imprégnées par la religion musulmane et plus farouches. Le comportement d'Abd Al-Rahman III, qui se montre équitable aussi bien envers les musulmans qu'envers les chrétiens qui déposaient les armes, l'aide dans sa reconquête et prouve sa volonté de pacifier le pays tout entier. Cependant, comme il l'a promis, il est intraitable avec ceux qui lui résistent. La forteresse de Tolox en fera l'amère expérience puisque une partie de sa population est exécutée, en réponse aux longs mois de siège qu'Abd Al-Rahman a dû mener. Séville et la famille d'Ibrahim banu Hadjabj qui avait proclamé l'indépendance se rendent le 20 septembre 913. Abd Al-Rahman reprend Carmona en 914 mais en 915 une terrible famine frappe Cordoue, ce qui l'oblige à interrompre ses campagnes. Ce contretemps n'empêche pas toutefois la pacification de la région que ses prédécesseurs craignaient et dont sont issus les plus farouches opposants au sultan, comme Ibn Marwan. Ces victoires impressionnent les ennemis du sultan qui déposent les armes les uns après les autres sans combattre. La pacification du pays et la destruction des poches de résistance va durer près de dix ans. Le dernier défi d'Abd Al-Rahman est la ville de Tolède, qui résiste farouchement à l'autorité du sultan depuis plus de vingt-quatre ans et qui n'est toujours pas décidée à déposer les armes. Furieux, Abd Al-Rahman rassemble une grande armée qui siège dès le mois de juin 930, mais les chefs de la cité comprenant qu'ils ne pourraient s'opposer, fuient et laissent la cité sans dirigeants. Abd al-Rahman, comprenant que le siège risque de durer longtemps, bâtit une cité près de Tolède pour son armée. Affamés et délaissés par le roi de Léon, les habitants capitulent finalement. Abd Al-Rahman est parvenu en quelques années à soumettre l'ensemble du pays et éliminer toutes les poches de résistance qui avaient si longtemps menacé l'émirat.

La victoire d'Abd Al-Rahman n'est pas sans conséquence puisque celui-ci, dans sa volonté d'unir le pays, met au même plan les différentes ethnies de la société, ce qui déplaît à la noblesse arabe qui voit ses pouvoirs réduits, mais qui satisfait les wisigoths qui voient là le fruit de leur longue résistance.

Sur le plan international, l'émirat est tout aussi menacé. Au nord par le royaume de Léon et au sud par un royaume d'obédience chiite, le calfat fatimide. En 914, le roi de León Ordoño II prend les armes contre Abd Al-Rahman et saccage le territoire de Mérida, puis prend la forteresse d'Alanje après en avoir massacré sa population et accumulé ses richesses. Abd Al-Rahman comprenant qu'il avait là une occasion de montrer sa valeur décide de riposter, malgré le fait que le district de Mérida n'ait pas encore été pacifié. En 916 le sultan envoie son commandant Ibn Abi-Abda piller la région. En 917, une nouvelle tentative est soldée par un échec et Ibn Abi-Abda y trouve la mort. Au sud, Abd Al-Rahman souhaite dans un premier temps ne pas s'exposer au califat fatimide tant que le pays n'est pas pacifié et que les royaumes de Leon ne soient pas défaits, cependant il n'hésite pas en sous main à soutenir les princes arabes d'Afrique du Nord qui avaient le même ennemi que lui.


Le califat omeyyade de Cordoue (929-1031)

 

La péninsule Ibérique de 925 à 929.

L'émirat est alors si florissant qu'il ambitionne le titre de califat. C'est Abd al-Rahman III (912-961) qui en 929 se coupe de Bagdad et se proclame calife du troisième califat du monde musulman (avec celui abbasside sunnite de Bagdad qui existe depuis 750, et celui fatimide chiite instauré en Égypte en 909). C'est l'apogée d'al-Andalus. Son fils Al-Hakam II (962-976) possède la plus grande bibliothèque de son temps et encourage les arts et les lettres.

  L'expansion du califat de Cordoue sous Almanzor (977-1002).

À sa mort, son fils Hisham II n'a que 11 ans. Sa régence est assurée par le vizir Ibn Abi Amir qui s'efforcera de réorganiser le califat pour prendre le pouvoir. Il est surnommé Almanzor (le victorieux). Il attaque le royaume chrétien de Leon et détruit Saint-Jacques-de-Compostelle en 997. Il essayera d'imposer la dynastie des Amirides ce qui cause une guerre civile avec les légitimistes. En 1010, Cordoue est incendiée et, en 1031, les possessions musulmanes explosent en une vingtaine de taïfas (en espagnol : bande, faction)


L'époque des taïfas (1031-1085)

 

 

  

Carte historique de la péninsule Ibérique présentant l'époque des taïfas et les petits royaumes chrétiens émergents.

Dans chaque taïfa, les rois encouragent l'administration, l'économie et la culture. C'est une période de concurrence et d'entrainement mutuel. Au fur et à mesure les taïfas les plus faibles sont absorbés par les autres. Les troubles facilitent la Reconquista par les rois chrétiens et les Berbères sont de nouveau appelés. Ils débarquent en 1086, dirigés par les Almoravides


Les Almoravides et les Almohades (1086-)

Expansion des Almoravides au Maghreb et al-Andalus.

Les Almoravides rétablissent l'unité politique de l'Espagne musulmane et freinent la Reconquista. Ils sont renversés par les Almohades en 1147. En 1212, l'armée almohade est battue à Las Navas de Tolosa

 

Les chrétiens face aux royaumes musulmans

 

Le royaume de Grenade (1238-1492)

Le royaume de Grenade a été le dernier État musulman de la péninsule Ibérique.

Bien que militairement relativement faible, il a connu un grand essor culturel et architectural.

Il prend fin en 1492, à la suite de la conquête de Grenade par les Rois Catholiques d'Espagne. Ce qui a permis l'achèvement du mouvement de Reconquista et a mis fin à la présence arabo-musulmane dans la péninsule Ibérique.

 

La diversité religieuse

Islam

L'islam sunnite a été la religion officielle de l'Espagne musulmane de la conquête en 711 jusqu'à la chute du royaume de Grenade en 1492. Les autres « religions du Livre » furent acceptées avec, toutefois, des périodes de répression. Au XIe siècle, l'islam était devenu la religion majoritaire et les musulmans constituaient plus de 80 % des habitants d'Al-Andalus.

Christianisme

Avant les années 1200, l'al-Andalus était essentiellement sous domination musulmane. Lorsque les chrétiens commencèrent à s'unir pour repousser les musulmans installés depuis les années 720, la région était dirigée par un calife, le calife de Cordoue. Plus tard, la Reconquista, reconquête chrétienne, commença, et finit après la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, victoire catholique, aux portes de Grenade.

En 1237, en pleine déroute, un chef musulman nasride prend possession de Grenade et fonde le royaume de Grenade, reconnu vassal par la Castille en 1246 et qui devait ainsi lui payer un tribut. De temps en temps, éclataient des conflits par le refus de payer et qui se terminaient par un nouvel équilibre entre l'émirat maure et le royaume chrétien. En 1483, Muhammad XII devient émir, dépossédant son père, événement qui déclencha les guerres de Grenade. Un nouvel accord avec la Castille, provoqua une rébellion dans la famille de l'émir et la région de Málaga se sépara de l'émirat. Málaga fut pris par la Castille et ses 15 000 habitants furent faits prisonniers ce qui effraya Muhammad.

Ce dernier, pressé par la population affamée et devant la suprématie des Rois Catholiques, qui avaient même de l'artillerie, capitule le 2 janvier 1492, terminant ainsi onze ans d'hostilité pour Grenade et sept siècles de présence du pouvoir islamique en Espagne. La présence de populations musulmanes ne prit fin qu'en 1609, lorsqu'elles furent totalement expulsées d'Espagne par Philippe III.

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